À paraître




PIGEAT Jean-François
Bingo

Avouez qu’on croit rêver et qu’il y a de quoi se frotter les yeux : s’appeler Bingo père, avoir un Bingo de fils, et ne jamais tirer le bon numéro, être un abonné du petit jeu et de la mise en pure perte. Les choses, pourtant, n’avaient pas trop mal commencé avec, de la tête aux pieds, un physique de rêve. Mais rien n’y fait, ça sonne à vide, la chance est de sortie : Jacky Bingolacci (pour la faire longue) alias l’Apollon des voies de garage, hanté par « la conscience d’avoir toujours tout foiré », après avoir tâté de la chanson, du cinéma, finit par tomber dans une affaire branquignolesque. Fils Florian, quant à lui, gazouille et zone dans la vie sous la surveillance de maman, as des questions pressantes et de l’osso buco, épris d’Azra, une dulcinée albanaise tout en longs cils et cousins violents. À l’ombre, Jacky devient l’homme de confiance de Salvatore Di Pietro, dit « le velu », un pileux qui le charge de récupérer, de nuit, dans une villa désaffectée et avec l’aide d’une consœur en dévouement, le trésor de guerre des Noyaux révolutionnaires prolétariens. Bingo se lance mais a décidé que, cette fois-ci, on jouait gagnant. Ne m’en demandez pas plus car, entre de sombres histoires de pucelages tarifés, de pitbulls en rut, d’homme en bonnet bleu, de lingots d’or et de poubelles jaunes, ce concerto pour pieds nickelés et roue de la fortune empile les péripéties comme des jetons de loterie, accumulant les coups de théâtre comme les coups de poing, sans oublier le coup de pot final. Et Jean-François Pigeat de nous driver l’attelage avec un bonheur de scénariste à l’italienne et de gagman existentialiste, un vrai régal, et prenant avec ça ! Faites vos jeux, rien ne va plus !

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BERROYER Jackie
Parlons peu, parlons de moi

Au français, il manque un mot, un verbe pour être exact : « se berroyer », « je me berroie, tu te berroies, etc. » Sens : parler de soi avec une tendresse rosse, un cynisme feint, sans narcissisme excessif et avec un goût certain pour l’autoportrait bichonné. Origine du mot : l’écrivain, acteur et journaliste français Jackie Berroyer né à Reims en 1946. Soi est un sujet que Jackie Berroyer connaît comme sa poche. Il nous parle de lui comme un instituteur de son cancre préféré, impitoyable et émotif, la taloche caressante, précis et attentif. Parlons peu, parlons de moi, son deuxième livre au Dilettante, regroupe les chroniques données principalement à la revue suisse Vibrations (LA revue suisse sur la musique dans tous ses états), chroniques qu’il assortit d’exégèses attendries et distanciées. Comme dans ses proses il parle souvent de lui, j’entends déjà les commentaires : ah oui, du tout-à-l’ego sans passer par la case filtrage, irrespirable. Eh bien, non, car Berroyer berroie. D’abord, il nous parle des autres avec des larmes dans la plume ou des sourires plein la phrase : de Miles Davis souvent, sinon un peu de Miles Davis, parfois de Miles Davis, mais la plupart du temps des jazzmen et des soulwomen (dont la femme de Miles Davis), de Grant Green et de mille milliards d’autres musicos, de ses girlfriends passées, présentes et à venir, des potes de toujours et d’Emmanuel Lévinas et de Rory Gallagher, cite Corbière et Michel Serrault. Bref, « berroyer », c’est parler de soi pour mieux aimer les autres, s’aimer soi pour mieux parler des autres. Le genre de livre bouée qu’on rouvre à chaque tangage, au moindre coup de bleu. Vive les berroyeurs ! 

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