Découvertes




ADAM Olivier
Je vais bien, ne t'en fais pas

La vie s'écoule avec la régularité molle et poussive d'un tapis roulant. On y est porté vers la mort, comme un lot anodin de marchandises vers la caisse. Claire vit de l'image de Loïc, son frère enfui, qui, par instants, lâche la fusée d'une brève carte. De ces signaux un jour elle ne se contente plus ; d'un coup part en chasse, se jette dans le vent, s'offre à la mer. Portbail. D'où Loïc a écrit. Puis c'est le secret entrevu, l'entrebâillement sur un mensonge patiemment tissé. Claire fera comme si… Jouera sa portée dans la partition énigmatique, les fausses consonances qui sont celles de sa famille. Une vie menue et tenace, un drame lancinant, une énergie butée : le mystère de Claire.

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ALMENDROS Julien
Vue sur la mère

On connaît l’enfance « vipère au poing » ; on la connaît moins « couleuvre au cou ». C’est en effet la situation du récitant, qui nous vient au monde strangulé par son cordon ombilical : image d’une dépendance et d’une appropriation maternelle reptilienne avec laquelle il va bien falloir ruser. Toute mère est unique, mais l’espèce recèle des variations infinies : oublieuse, farceuse, voleuse, frondeuse ou, comme dans le cas présent, celui de Julien Almendros, dévoreuse. C’est en effet dans un espace aérien redoutablement surveillé qu’évolue un narrateur toujours en vaine de trouées, d’escapades et d’échappatoires ; secondé par un père en majorité fragile et un frère en minorité relative. Reste le chien, enjeu de toutes les conquêtes. La mère : faire avec. Avec ses coups de gueule, de sang, de blues, de poing sur la table, sa manière de traquer les coups bus en douce et les clopes ou les joints grillés sous le manteau. Sa manière surtout d’assaillir les copines. Tant d’électricité accumulée, un jour forcément se résout en éclair : « Connasse ». C’est soudain, sec, spontané, mais ça touche. Cœur de cible. D’un petit mot, Julien, de sa mère, a fait une femme. Plus de mythe, une simple femme, à qui l’on n’a plus rien à dire. Rien. Que du calme, enfin.

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AVEL Christine
Double foyer

Pour être statisticien, je n’en suis pas moins myope, nous déclare Victor, le héros de Christine Avel. Un myope passionnément myope qu’une infime et brasillante piqûre laser rendra à la netteté, un jour caniculaire de juillet. Un monde atroce perçu nettement n’est qu’un monde atrocement net. Après le purgatoire de l’imprécision, un flou potage de formes et couleurs malgré tout bien sécurisant, Victor affronte l’enfer de l’acuité. Tout n’est que contour ciselé, couleurs franches, détails lisibles. Le point se fait sur les amis, les voisins, la mort d’un chien, une femme au bord du vide. Mais un coin de paradis, une trouée de bleu, s’offre également à Victor : la rencontre d’une autre femme qui succède à Claire, la mère de Léo.

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AVEL Christine
L’Apocalypse sans peine

L’Homme a un rêve anxieux : l’Apocalypse sur écran plat. Être là à la fin, quand du grand Tout, tout pétera d’un coup. Au balcon et en chaussons, quand Dieu, soûlé de nous, renversera la table et fera valdinguer les couverts. Pour l’heure, il se peaufine de menus cataclysmes, bricole des sabordages à usage perso, s’annule en songe. C’est une brochette de Millenium pour petits budgets que nous offre Christine Avel dans ce recueil délectable : on y trouvera un ver géant guinéen qui se fore son petit bonhomme de chemin sous-cutané, un enfant qui joue à qui perd meurt, un archéologue atlante en Jacuzzi, une portée de babouins muée en thérapie maritale, un expert-comptable hanté par la fin des Temps, un remugle entêtant pour jeune couple en passe d’enfant. J’arrête la parade de toutes ces épopées minuscules. Gardons-nous des biscuits pour la Fin, la grande, la vraie, l’Ultime et ruons-nous sur les coupe-fins de Christine Avel.La nouvelle "La koko kantas" est parue dans Le Monde2 du 7 août 2006.

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BARTELT Franz
La Belle maison

Les meilleures intentions du monde ont quelquefois des conséquences tragiques. Les Capouilles, seuls pauvres authentiques de la petite ville, vont pâtir des bienfaits dont les comblent les autres habitants, lesquels ne comprendront pas à temps que ce n’est pas parce qu’on n’a rien qu’on n’a rien à cacher.

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BARTELT Franz
Les Noeuds

À travers les tourments de son dernier de cordée, Basile, Les Noeuds raconte l’ultime jour de la dynastie Porquet, spécialistes historiques de la fabrication des cordes à nœuds. Dans un sursaut désespéré, Basile tente de retarder l’heure, pourtant inéluctable, de son propre dénouement.

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BARTELT Franz
La Fée Benninkova

Les contes de fées, on connaît, mais les mécomptes d’une fée, la chose est beaucoup plus rare, et fort pathétique. Dont acte avec la Benninkova de Franz Bartelt qui s’en vient cogner, minuit sonnant, à l’huis de Clinty Dabot ! La pauvrette s’avoue toute harcelée par trois malheurs : une envie pressante, la perte de sa baguette et le péril rôdant des Grands Lutins Noirs, horribles malfaisants, gourmets de fées qu’ils dépiautent et savourent en bande. Surpris mais compatissant, Clinty Dabot, béquillard à la patte folle et au dos en vrac, lui offre une hospitalité récompensée, comme il se doit, quand la régie régionale des baguettes de fées aura renvoyé un autre spécimen, par le traditionnel voeu exhaussé. La fée s’acclimatant et la confiance venant, Clinty se met à dévider par le menu les replis d’une existence aussi tortueuse et douloureuse que son squelette. Une vie hantée par le dévoilement tarifé (et au plus haut !) de l’anatomie de Marylène, l’opulente caissière du supermarché dont les rondeurs, les plis et replis, la fourrure et les accès intimes sont la terre d’aventure du Clinty Dabot. Noir, goguenard, hilare et féroce, ce conte féérique inspiré par la fée Clochette et la pulpeuse Paulette de Pichard, est ciselé par le talentueux Franz Bartelt. Un régal !

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BEAUJON Nicolas
Le Patrimoine de l'humanité

1987. La scène est à Cachan, c’est-à-dire nulle part. Le héros rêve à Sade en passant un exam’ : agent de contact, l’appellation chic pour gardien de musée. Reçu. Et c’est la pièce dans l’appareil, l’histoire démarre alors : première personne, odyssée en vase clos pour rocker hendrixien, objets rares et socles éclairés. Coulé dans un redoutable uniforme marron, l’icelui plonge dans le monde sans pitié du gardiennage : trognes gothiques, bavasseries, sueur et surtout, avec les semelles de crêpe, l’instrument de travail n°1 : la chaise, repos de l’arpenteur de zones protégées. Le temps coule, mou et crispé, par instant, une grève comme un grumeau, la guérilla contre les démanchés du clic-clac flash, la visite d’une porno star. Néanmoins, pour l’évasion hors du planning : six cordes de guitare ou un rail de coke (aspiré en sous-sol et entre confrères). La coke qui enneige de plus en plus notre conteur (pour qui le musée devient celui des horreurs) et mène en taule, puis à la tombe, le gardien-dealer. Grève de soutien, visiteurs séquestrés. Retour à la normale ensuite pour notre héros que le musée avalera et galonnera à vie. Sic transit gloria mundi, comme le chantait Hendrix.

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BERROYER Jackie
La femme de Berroyer est plus belle que toi, connasse !

Songez donc ! Frank apprend, au téléphone, que sa Sophia, avec laquelle il croyait tricoter le plus indémaillable amour, le trompe. Avec doigté, recourant au passage à quelques ampoules de métaphysique, Berroyer entreprend de relever Frank le morfondu. Sont convoquées quelques fines gâchettes du concept : Baruch S., Soeren K. et Salomon. Las ! Angoisse existentielle contre grâce ontologique, c'est l'impasse. Le cogito s'est pris les pieds dans la chair. Soit. Prépare-toi, Frank, car le pire vient à la fin… et la chute sera sévère !

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BERROYER Jackie
Parlons peu, parlons de moi

Au français, il manque un mot, un verbe pour être exact : « se berroyer », « je me berroie, tu te berroies, etc. » Sens : parler de soi avec une tendresse rosse, un cynisme feint, sans narcissisme excessif et avec un goût certain pour l’autoportrait bichonné. Origine du mot : l’écrivain, acteur et journaliste français Jackie Berroyer né à Reims en 1946. Soi est un sujet que Jackie Berroyer connaît comme sa poche. Il nous parle de lui comme un instituteur de son cancre préféré, impitoyable et émotif, la taloche caressante, précis et attentif. Parlons peu, parlons de moi, son deuxième livre au Dilettante, regroupe les chroniques données principalement à la revue suisse Vibrations (LA revue suisse sur la musique dans tous ses états), chroniques qu’il assortit d’exégèses attendries et distanciées. Comme dans ses proses il parle souvent de lui, j’entends déjà les commentaires : ah oui, du tout-à-l’ego sans passer par la case filtrage, irrespirable. Eh bien, non, car Berroyer berroie. D’abord, il nous parle des autres avec des larmes dans la plume ou des sourires plein la phrase : de Miles Davis souvent, sinon un peu de Miles Davis, parfois de Miles Davis, mais la plupart du temps des jazzmen et des soulwomen (dont la femme de Miles Davis), de Grant Green et de mille milliards d’autres musicos, de ses girlfriends passées, présentes et à venir, des potes de toujours et d’Emmanuel Lévinas et de Rory Gallagher, cite Corbière et Michel Serrault. Bref, « berroyer », c’est parler de soi pour mieux aimer les autres, s’aimer soi pour mieux parler des autres. Le genre de livre bouée qu’on rouvre à chaque tangage, au moindre coup de bleu. Vive les berroyeurs ! 

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BERTRAND Dorine
La Preuve par neuf

Neuf nouvelles, entre le rire et la nausée, pour décliner un éventail de vertiges : en coup d’envoi le passage de la ligne, la ligne de crête, celle de la vie. Après l’ascension, c’est la descente, la dévalée, le compte à rebours. Pour avoir entendu à la radio que la vie d’un homme, d’un homme bien moyen, comme lui, s’arrêtait en général à 79 ans, le narrateur, passé les trente-neuf ans et six mois, sombre dans le malaise. Il s’affaire alors à noter les occasions perdues et les temps morts. Surviennent ensuite les émois d’une punkette de 15 ans, les faux-semblants, aux quatre coins du quotidien, d’une femme mariée en pleine panade sexuelle, ceux d’une mère de famille nombreuse en proie à son treizième bambin, d’une femme toujours parasitée par le spectre criard d’une fillette, d’une obsédée de l’adultère puis de deux autres encore, l’une flanquée d’un mari qui embaume la mort, l’autre travaillé d’envie de guerre. Hantise, fringale, lubie : toute la lyre du mal-être et de l’angoisse décrits avec un humour noir qui fait rire du pire.

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BERTRAND Alain
On progresse

L’homme, j’espère que je n’apprends rien à personne, est un mammifère dressé qui vit essentiellement dans les supermarchés. On peut, là, l’observer à loisir et noter le fonctionnement de son mode de vie. C'est ce qu’a fait l’anthropomane Alain Bertrand, un disciple de Vialatte ayant emprunté, sans la rendre, la boîte à outils de Carelman, passionné de cet espèce d’être. Il nous le catalogue avec minutie et détaille le sens rituel du barbecue, l’essence tragique de l’applique murale, l’ambiguïté du string, la fonction psychique du magazine usagé (dit de salle d’attente) et celle, anxiolytique, du Tupperware. On y apprend que « la machine à café est une vache à lait sans le fumet de la campagne ». Grâce à lui, le sous-texte affectif du vernis à orteil tombe le masque, le caddie trouve enfin un avocat et le tire-bouchon sa définition absolue : « le tire-bouchon déplante le liège et enchante le verre. C’est l'enfant naturel de la vrille et du flacon ». Il y en a encore un stock à déballer, j’ai tout dans le coffre arrière. Bilan : un livre essentiel pour survivre en milieu humain, le plus dur milieu du monde. Alain Bertrand «connaît l’homme comme s’il était la grand-mère du diable» : suivez le guide !

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BIER Christophe
Obsessions

Avec Christophe Bier, fils de Pic de la Mirandole et de Brigitte Lahaie, le bis a son Bossuet, le X son Savonarole et la culture populaire, depuis la gazette à un sou jusqu’aux dernières bobines de Jean-Pierre Mocky, son encyclopédiste le plus jubilatoire et son érudit le plus impitoyable. Tous les samedis à 22 heures, en clôture de l’émission Mauvais Genres sur France Culture, comme pour offrir à l’ensemble un clou digne de ses déviances et le cimier d’un somptueux exercice rhétorique, le maître Bier, œil bleu lorrain, diction au rasoir, veste stricte, escarpins Ernest et queue-de-cheval tchétchène, monte en chaire pour pleurer la mort d’un bisseux illustre, déplorer le départ d’un cinéaste navrant ou d’une cover-girl aussi mignarde que sa gloire fut brève, témoigner d’une lecture sulfureuse, chanter l’effort d’un fanzine unique en son mauvais genre ou pousser à la visite d’une exposition interdite. Avec sa minute Bier, Mauvais Genres isole son élixir et opère sa quintessence. Cette année 2017, alors que l’émission impossible commémore ses vingt ans, l’idée nous est venue de vous proposer la substantifique moelle de ses chroniques, cent trente-deux invocations triées sur le volet. Le sommaire fait frémir, d’une nécrologie du nain Piéral à l’apologie de l’éditrice scandaleuse Marie-Laure Dagoit, en passant par les acteurs-gorilles ou les starlettes bavaroises, Sim ou Maciste, gros calibre ou vampires nues, fumetti italiens ou acromégales hollywoodiens, c’est tous les hors-pistes et les mis au ban, les monstres et les déviants qui sont panthéonisés par ce Malraux de la planète freak : entre ici Christophe Bier, avec ton cortège d’ombres !!!!

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BLANC Jean-Noël
Galipettes arithmétiques choisies

"D'aucuns sont prêts à toutes les additions, d'autres tapis dans leurs retranchements : les nombres ne se chiffrent pas, tant ils sont illimités. Ils ont compté pour nous, on les retient. Très vite ils tournent au symbole : 1515, 33, 007, 36.15, 21 x 29,7, etc. Voici donc, pour ces numéros marrants, des scénarios cocasses. Avant tout, ils se tracent, ont forme et figure ; costumons-les, et l'on obtient toute une sarabande de petites bambochades quantifiées se dénouant en morale, chacune livrée avec son blason. Après quoi, pour réviser, quelques « Exercices arithmétiques appliqués » sont proposés au lecteur."

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BLANCHARD André
Entre chien et loup

in-16 br., édition originale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé

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BLANCHARD André
Contrebande

Lisant le Journal de Jacques Brenner, qui vient de paraître, je revois mes premiers pas vers la publication. C’est en effet Brenner, auquel j’avais envoyé le manuscrit d’Entre chien et loup au printemps 1988, qui, par téléphone, recadra mon affaire : « Si les Cahiers des saisons existaient toujours, je vous en prendrais des extraits avec joie. Cela pour vous dire que vos Carnets, c’est de la littérature à part. » Je compris « à part » comme tiré à part. J’avais bien compris. « Cela ne peut intéresser qu’un petit éditeur. » Et c’est ainsi que je bifurquai, que je me suis mis à compulser le Bottin, tombai sur ce nom, Le Dilettante, qui me plut, comme une flatterie envers mes penchants. De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Normal, c’est son job. Mais l’essentiel, c’est qu’il y ait un pont, celui qui conduit de minuscule éditeur à maison d’édition qui a du crédit sur la place, et celle de Paris, malgré les prêchi-prêcha des ultras qui adorent aller s’agenouiller outre-Atlantique, reste la meilleure du monde. L’autre, de pont, serait celui qui m’aura évité la noyade, et permis de relier mes trente ans à mes cinquante grâce à ces Carnets dont voici, en plus fournie, la dernière livraison. André Blanchard

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BLANCHARD André
Entre chien et loup

C’est sur le mode mineur qu’André Blanchard rompt le silence ; il préfère, à l’assaut d’un premier roman, le repli feutré de quelques feuillets intimes, en demi-teintes, entre chien et loup. Loin des pets d’âme et du prurit mondain, il se risque en lui-même pour y pratiquer l’arpentage méticuleux de son périmètre interne, l’exacte saisie de son paysage intérieur. Plume au poing, André Blanchard se sillonne avec lenteur et gravité et nous livre ainsi, ligne après ligne, une vie émaillée de sourires et secouée d’implosions. Un livre paru pour la première fois en 1989 au Dilettante. – Nouvelle édition augmentée d’une préface de l’auteur.

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BLANCHARD André
Pèlerinages

André Blanchard, l’oeil ému, la narine fureteuse, mains aux poches et clope au bec, part en pèlerinage sur les lieux d’une apparition : la sienne. Datée, pérenne, indéniable. Toutes les sources auxquelles abreuver sa mémoire étant bonnes, il pousse des portes, celles délicatement grinçantes d’une église de campagne où tonnent encore les mises en garde dominicales, passe des porches, celui d’un collège religieux où un défunt « peuple noir » le scolarisa il y a belle lurette, fait des ruelles de Besançon son labyrinthe intime, très intime, revisite certaine cafétéria de campus, des vignobles ; on le voit tendre l’oreille aux dires crépitants d’une aubergiste de campagne, jeunette de quatre-vingts ans qui lui éructe clair et haut : « Moi de toute façon j’suis d’un monde fichu, qu’a pour ainsi dire disparu », collecter le grain de voix d’un bonimenteur, laisser dialoguer les souvenirs. Il monte même à Paris, ce « Reims de l’art » où sont sacrés les rois boycottés dans leur pays, revenant sur les lieux de son premier fait d’armes littéraire : Le Dilettante. Il fait le Père-Lachaise, fleurit d’un regard la tombe de Desproges, longe Notre-Dame, passe l’Odéon. L’avant-dernière station, bouleversante, se fait ailleurs, au Saint Tombeau : face à la dalle sobre de Louis Calaferte, son « sauveur » en la vie d’écriture, l’ultime à la chapelle de Ronchamp, « aérienne et écrasante ». Cette déambulation sinueuse dans les replis d’une histoire intime, hauts lieux d’une mémoire sienne se fait sans hausser la voix, sans désir de vous tirer infantilement par la manche, (ce que Bernard Frank appréciait déjà chez Blanchard), avec une intensité retenue qui donne force et élan. S’il n’y a hélas « plus de trous perdus », restent des livres comme celui-ci, pour se rameuter, soi et sa mémoire. Dont acte.

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BLANCHARD André
Autres directions

Avec Pèlerinages, son précédent livre publié au Dilettante, André Blanchard nous invitait à suivre, étape après étape, l’itinéraire prescrit de sa mémoire intime, lieux et livres, gens et tombes qui furent les siens, et qui perdurent en lui?: marcheur fidèle. Autres directions, ses carnets 2006-2008, le rend au hasard, à l’imprévu du quotidien?: l’espace est vierge, la route à faire et le présent une caisse où l’on chine d’une main fiévreuse, en espérance. Posté à la croisée des lignes, des jours, Blanchard ne couve pas ses distillations intérieures, mais reçoit et répercute. Cela sans bruit?: le seul événement, c’est l’application du regard. Trois années, donc, de sismographies intellectuelles, vibrées d’une plume rude et nette, où se détectent l’émoi des lectures (le Journal de Brenner, déjà une archive, ou la correspondance de Flaubert, à l’encre jamais sèche), le souvenir d’amis morts qui reviennent toquer à la vitre (Renaud Raphael) et de souffrances intimes traversées, d’ombres denses que les livres libèrent (Bernard Frank, Calaferte), de notations rosses (poses toc et expressions fausses), de soucis éditoriaux (chaque «?carnet?» publié dit l’histoire du précédent) et surtout de livres trouvés, couvés, scrutés, dorénavant là comme des chats adoptés, fidèles, disponibles, fructueux. En véritable égonoclaste, Blanchard va sans bruit, sans relâche, un chemin sans autre but que le chemin lui-même, sa plume en main comme une canne-épée. En route !

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BLANCHARD André
À la demande générale

Fort d’une nouvelle cagnotte d’instants élus, un sien trésor d’émotions intimes, vécus entre 2009 et 2011 parmi chats et livres, nourrissant les uns, se nourrissant des autres, les sauvant tous de la rue ou de la benne pour les héberger entre rayonnages et coussins, André Blanchard nous revient avec ce nouveau volume de carnets. On le retrouve écrivant au passé du méditatif ou au présent du corrosif, passant d’une notule griffue contre une faute de français, une facilité franglaise, d’un aperçu assassin sur les erreurs ou les bourdes d’un critique léger ou d’un mémorialiste flou, à l’analyse d’un passage de Proust (chez qui « c’est toujours ouvert, et allumé »), d’un vers de poète. Là, Blanchard se pose, laisse fondre, déguste : allant au bout d’une impression littéraire devenue intimité poétique, au cœur d’un sortilège d’écriture ; plus loin il s’insurge, prend parti, pousse la pointe, défendant Barrès ou Montherlant. On le suit au fil des jours, prosterné devant une caisse de vieux livres qu’il empilera, pour ensuite les « dépiler » les tamisant page à page pour nous en proposer les pépites, réagissant au jargon conceptuel de l’art contemporain, souffrant à la mort d’un chat (« enterrer un chat ne remue pas que de la terre »), vivant son quotidien d’« indécis endurci », de « patraque » à qui la vie reste sur le cœur mais à qui la littérature est une cause et un asile de nuit, en tout cas l’objet d’une ascèse confiante : À la demande générale, mais sans céder à une quelconque et fumeuse « communauté de fidèles ». « Au diable » s’écrie-t-il, voici les carnets d’André Blanchard, ultime glane d’impressions et présent d’un regard : « La littérature, c’est ce qui nous persuade de l’inutilité qu’il y ait autre chose après la mort. » Dont acte.

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BLANCHARD André
Le reste sans changement

Bienvenue dans les dernières années d’un Journal qui ne dit pas son nom. Un an après sa disparition, nous publions les derniers textes d’André Blanchard, écrits de 2012 à 2014.

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BONNAND Alain
Martine résiste

Proche d'un Morand dont il a le goût du sprint et de la fringale d'aventures, et d'un Nimier, à qui il emprunte la dureté de dent et la pointes démouchetée. Pas d'épanchements chez cet auteur, mais les brefs moments d'une épopée amoureuse où défilent Martine et Annie, Cécile et Nathalie: fugaces comètes de la galaxie Bonnand, aussi vite disparues qu'entrevues, adulées qu'évincées.

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BONNAND Alain
Martine résiste

Plaquette in-16 br., édition originale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), jaquette illustrée par Doury conservée, non coupé

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BRACEWELL Michael
Une époque formidable

Sept, ils seront sept, les chapitres du livre de Michael Bracewell ; sept comme les vieux démons ou les étapes d’une marelle sociale à laquelle joue un narrateur au ton sifflotant et à l’œil d’acier. Sept chapitres pour conter le périple d’un petit bureaucrate de la City qui en sillonne le dédale, en grimpe les étages, en répertorie les objets, les sites avec l’aisance affolée d’un rat de labyrinthe. Comme une sonde à la surface d’une planète glacée, il en capte tout : odeurs, couleurs, visages, tics, habitudes, menant une sorte d’ethnologie caustique du petit peuple de papier qui vit dans ces lieux, accrochant des tableautins-minute qui sont autant de trophées sagaces. Et c’est ce qui fait le charme ambigu, le malaise propre au texte : la sensation d’une victime plus lucide que les bourreaux somnolents qui le manipulent, celle d’un cobaye qui pratiquerait la fouille de l’expérimentateur. Dans un monde minuté, maniaque qui n’a plus d’axe mais des niveaux, tout fait centre et Bracewell de fondre en piqué sur tout ce qui s’offre à sa vue, finissant néanmoins par être rappelé à l’ordre, nous laissant l’impression d’avoir assemblé lui-même les pièces de la machine qui le broie.

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BRACEWELL Michael
Saint Rachel

Lui c’est John, un Anglais de Londres, ville reteinte en gris par toutes les pluies possibles. Anne a quitté John, un jour de juillet. Depuis ce moment où il s’est enfoncé, seul, « dans le flou des rues ensoleillées et vides », il remâche morose sa tristesse, flirte avec la mort. S’ouvre à Sarah sa cousine, s’échoue mollement à la grève froide de différents bars et sillonne sans trêve la Ville pris aux rais des souvenirs : Anne, encore, toujours, dans le champ, en permanence. Inéffacée. Quand, brusquement : Rachel ! Rachel d’abord entrevue, sitôt oubliée, mais soudain essentielle. Rachel qui fond sur lui en foudre douce, éclair suave et lent porteur de tout le bonheur éprouvé depuis l’enfance. Rachel qui débobine pour lui le fil mordoré de sa vie. Rachel : « flamme sacrée qui avait métamorphosé ses quelques ornements en une sorte d’autel, à côté duquel il ne se sentait jamais totalement seul ». Rachel qu’il aime « d’un amour absolu ». Prise d’un désir de Sud, en fuite face à la mort de son amie Jodie, elle partira pour Paris, via Lourdes et ses béatitudes bleu ciel. Une lente romance, fervente, malsaine et désabusée, belle comme une Vierge de Miséricorde sous le crayon d’Andy Warhol.

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CAUJOLLE Jean-François
Un monde à part

Ne cherchez pas ! Pas de nom, pas de lieu. Des prénoms, parfois une ville. On commence en nuance avec une F. Stein, géante au fumet suspect, qui finira au bras du moins probable de ses compagnons. Survient Tony et son trio d'ados fugueurs dans une nuit idéalement poisseuse et fourrée d'airs de jazz. Adrienne est là, ricochant comme une balle perdue d'abris possibles en piaules amies. Puis c'est Irène dans ses w.-c., Lui et moi, La gamine, les Morts et leurs papotages aigres perdus aux confins des limbes. Reste Le pré, où du gavage mortel de femmes sort la tornade rêvée d'un duveteux nuage d'oiseaux.

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CAUJOLLE Jean-François
L'Éclipse

"Caujolle vide, dans nos mains, son journal de chasse, son carnier intime ; tout gluant de sang et puant le poil brûlé. Tenez, Paul, un envoûteur solitaire qui ne tient au monde que par une corde ; celle à laquelle on le trouvera fort bleu, tout raide : très pendu. Lors, on tombe sur un Trou : je, c'est une bille qui se ricoche une vie guillerette de zinc en zinc puis fait le tour d'Annie qui le suit en vadrouille, le sang coupé d'alcools divers. Vacarmes : éjecté d'une boum, on revient, on saute la grille le temps de troubler un coït soyeux et de se réatteler à la nuit. Un vrai régal de raffut. L'étrangère, elle n'est même que cela, du sang, une énigmatique source de sang… Huit nouvelles qui gigotent comme des proies blessées."

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CERQUEUX Renaud
Un peu plus bas vers la terre

L’homme, je n’apprends rien à personne, descend du singe. Ce qui ne plaît guère à l’homme qui se venge en les descendant, les singes, ou, à défaut, en les astreignant à des rôles humiliants, des postures grotesques telle celle d’astronaute amateur. Ce fut le cas d’Enos, l’un d’entre eux, envoyé durant les années guerre froide, tester dans l’espace la technologie extraterrestre américaine. Ce que devint Enos ? Rien, épars dans la fosse commune dévolue aux singes spatiaux. Mais se méfier du singe, qui de se venger sait l’art. Enos s’est reconverti en chimère, devenant la hantise, l’hallucination en continu d’Éric Salaün, le héros de la première histoire d’Un peu plus bas vers la terre, recueil de nouvelles de Renaud Cerqueux. On enchaîne sur la rencontre d’Hikari, gardien du zoo installé sur le site de Fukushima, et Yoko, originaire d’Hiroshima… rencontre qui donne tout son sens à l’expression « avoir des atomes crochus ». On retrouve un autre singe, devisant avec un trader en année sabbatique dans les moiteurs de la jungle guyanaise, mais là, il s’agit d’un orang-outang extraterrestre, seigneur dominant les hommes. Hallucination ? Tout aussi décoiffante, cette autre nouvelle sur une procédure de zombification planétaire décrétée par Haim Ginsburg, autre trader qui s’est découvert, suite à la percussion accidentelle d’un auto-stoppeur et aux conseils d’un rasta slave, un don spontané de régénérer des morts-vivants. Fin de partie avec l’assassinat d’un père Noël en tournée par un chômeur amer et désargenté, l’occasion, pour ce dernier, de retrouver plein emploi et sens à la vie. Beaux comme des santons modelés dans de l’uranium, les personnages de Cerqueux nous offrent les contes et légendes post-apocalypse.

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CESCOSSE Jean-Pierre
Rimbaud et le C.A.C. 40

"Onze textes courts, babioles tranchantes, ou pense-bêtes suicidaires. Tout commence en rythme : un quidam qui réintègre tard le paddock familial essuie une bourrasque du père, du père qui meurt sec en tomber de rideau. Cescosse se fait ensuite la mémoire comme on racle un vide-poches ; puis Berlin sort du rang le temps d'une rupture avec Clarisse et cède la place aux Guignols de l'infâme. Survient alors une histoire de nana envodkaée, de rock'n roll et de nez cassé, puis quelques cancanages de cadres pédagogiques, un aperçu ontologique sur l'humaine misère. Et l'histoire d'un drôle en rupture de pointeuse qui s'avachit pour méditer au zinc d'un bar chic ; il y a Patricia, la barmaid aux fesses rondes, qu'on paie pubis sur l'ongle, et il y a Marcel, qui a lu Rimbaud."

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CESCOSSE Jean-Pierre
Après dissipation des brumes matinales

Il pique net, Cescosse, appuie à peine, gratte un peu, juste ce qu'il faut. Mais il le fait avec un sens inné du point douloureux, de l'épicentre souffrant. Les huit notules amères, glauques ou grinçantes qui composent cette Dissipation des brumes matinales s'inspectent comme une trousse d'urgence, un râtelier d'instruments chromés. Le trait est net, la voix posée et le coup porte à fond. Et ça, répétons-le, calmement, posément, avec le tact infaillible d'un démineur, l'urgence d'un pickpocket, le flegme d'un tireur. Huit histoires écrites l'air de rien. Mais l'air de rien ne se siffle qu'une fois, et il est déjà trop tard.

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CHALMIN Pierre
Le Petit crevé

"Le petit crevé, un court traité d'auto-saccage, une vivisection mode d'emploi où, tel un Lacenaire en guêpière, ce Pierre Ier Chalmin, en bonne petite pelote de tension hargneuse, dévale sa vie, une rédac crépitée grâce aux soubresauts voraces d'un sabir célino-baudelairien. Il y a les dames, qu'il perfore lentement, réglant minutieusement la hausse de ses lettres d'amour ; parfois quelques spectres masculins : Erst, le rebelle ; grand-papa Montaiguillon, aristo usé ; Maculade, le montparno touche-à-touffe… Inventaire, suite : la bibliothèque, grosse de délits de plume : Darien, Diderot, Bloy, Céline… Parmi ces retombées célestes, on discerne aussi un guide des lieux infréquentables, des sujets tabous et des noms idiots. Voilà, le tour est fait des carnets intimes de sa virulence."

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CHARRAS Pierre
Quelques ombres

En huit nouvelles, Pierre Charras s'affirme comme un peaufineur de catastrophes et affineur de chaos. Menus et irrémédiables. On va sur du lisse, évolue en pleine tiédeur, nage en plein calme, puis soudain : l'écharde, la crampe. Le trou de vase. Notre monde est carié et c'est à l'affût de ces instants de rupture qu'il lance sa plume. Mine de rien, c'est le Rien qui nous accable. Dont acte : un "nid d'amour" qui, d'un coup, perd son charme; une fillette croisée dans le métro; une moliéresque cérémonie des prix; Bruno l'enfant perdu; un corps porté par une houle de douleurs; une nudité fatale, cliquée à Shanghaï. Instants pressants et vertiges intimes. Bienvenue donc au royaume d'un grand polisseur de malaise et as de la désillusion : Charras ou l'art de miner les bacs à sable.

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CHEFDEVILLE
L'Atelier d'écriture

« Alors voilà, ça a commencé comme ça. » Lui non plus, Chefdeville, auteur en souffrance, polardier à la biblio light, n’avait rien dit, rien demandé, lézardant sur sa moquette. Le téléphone a sonné et l’ange du destin, mandé par le Conseil Général, lui ouvre à deux battants les portes de l’aventure, la vraie : animer un atelier d’écriture. Ouaillenotte, rumine notre homme qui se retrouve en un rien de temps garant sa fidèle 205 sur le parking d’un des mille et un lycées, bien épineux, de la grande couronne. Bienvenue chez Jean-Moulin, dans la war zone ! Prof matoneuse et élèves en roue libre : altérité plus altercation, diversité si tu l’oses, ta mère en short et ta sœur en carte ! Chefdeville joue le jeu et fait avec. Compte tenu des heures à payer et du planning à respecter, il se retrouve en poste un cran plus loin chez Pablo-Neruda à enseigner le scénario à des jeunes d’aujourd’hui, nanti comme colistier d’un naze en catogan censé apprendre à faire le point et le cadre à des sans-repères-fixes, adeptes du hors-champ social. La loi des corps voulant qu’il y en ait pour trois quand on est déjà deux, revoici Chefdeville à Pablo-Neruda avec des apprenties boulangères dont il se sentira très proche. Retour au décor numéro 1 pour la scène finale : théâtre de marionnettes et baston en salle. C’est l’écrivain qui boit et la 205 qui trinque : confettis de pare-brise, pneus étripés. Fin de partie. Mais pas d’inquiétude : quelque part dans la nue, penchés au balcon, Jean Moulin et Pablo Neruda t’ont à l’œil et te crient : « Solidarité, Chefdeville ! » Et la gerbe portera en souvenir : « Aux animateurs d’ateliers d’écriture bastonnés pour la France ». Le Conseil Général reconnaissant.

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CHEFDEVILLE
Je me voyais déjà...

Avec Je me voyais déjà…, Chefdeville alias Serguei Dounovetz nous débite en jubilant les hauts morceaux d’une vie pure épinards : de l’énergie, sans guère de beurre. Nanti d’un père ukrainien, ashkénaze communiste et ancien FTP-MOI, d’une mère bourguignonne et catholique et d’une ex-copine dodue et rêche du contact, Aline, il est, comme de juste, polardier dans l’âme. Pour le reste un temps ceci, un temps cela : rockeur volontaire, machino municipal chez Montpellier et associés, chauffeur de stars, résident littéraire. De quoi arroser le prochain avec une giclée de chapitres dûment juteux : on commence dru avec un sit-in terroriste en plein cœur d’une exhibition des ballets Béjart ; passage de seconde avec deux concerts des Pink Floyd et des Stones où notre homme charrie les caisses, astique des cymbales et joue à l’anglophone madré ; on touche la troisième avec maints convoyages VIP : Mick Jagger en auto-stoppeur, Philippe Noiret en grand seigneur bougonnant, Annie Girardot qui ne voit vraiment pas pourquoi elle se presserait. Mais, tout cela, c’est la boîte à gants, notre homme en a encore plein le coffre arrière : le récit tanguant du festival polar de Frontignan-servir-frais avec en vedette l’auteur Henry Joseph qui affiche un taux de sang dans l’alcool inquiétant, une résidence littéraire dans le Nord français bien complète de sa Wild Bunch d’auteurs, une descente dans les locaux parisiens du Poulpe où l’éditeur parle de Rudolph Hess au milieu d’une collection de crânes. De la joie, tout ça, Je me voyais déjà…, mais tu y es, mec, et depuis le début. « Les vrais durs ne dansent pas » a dit quelqu’un. Ben si, la preuve !

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CHEFDEVILLE
L’Amour en super 8

On croit tous se connaître comme sa poche, repères et certitudes, mais un jour, voilà, ça dévisse, survient le trou d’eau, l’angle mort, le réel dégonde : on est soudain confronté à un mystère. C’est ce qui arrive à Chef, photographe madré et virtuose, père de famille en dérive, alcoolique grand angle sujet à des trous d’air qui le laissent sans mémoire, qui peine à faire le point et se vit des Amour(s) en super 8 : un beau jour qu’il trifouille son portefeuille, il tombe sur le Photomaton d’une « gueurle » étrange, Emma, magnétique, louisebrookesque, photo surprise qu’il ignorait trouver. Traquer la belle inconnue devient son cap et son sens : ce qui le conduit à troubler la vase du Ruby’s, boîte de nuit glauque, rendre le jour à la tragique histoire du fulgurant photographe Joseph Bismuth et à Sarah, son modèle, ramener à la surface la silhouette et l’aplomb de Zimmerman, aventurier à gourmette et fin goûteur de clichés, être arraisonné par Martin Martin, commanditaire ministériel ondoyant, et surtout prendre en écharpe la belle dodue Ombeline dont il aspire à ce qu’elle soit l’égérie de son prochain film. Mais quel film ? quel modèle ? quelle boîte de nuit ? Et si tout cela n’était que les craintes et tremblements d’un corps délité, les syncopes vagales d’une mémoire… Entre Siniac et Nerval, fuite en avant pochtronneuse et célébration du mythe féminin, ainsi va Chef, trahi par toutes et tous, sauf par ses rêves.

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CHOURAKI Frédéric
Ces corps vides

"La mince chronique d'une poignée d'individus, vides ou vidés, mais avides d'émulsions érotico-intellectuelles, fait toute la substance du roman de Frédéric Chouraki. Soit le Nil, un fleuve ou plutôt l'occasion d'une longue dérive fluviale ; soit un yacht, le Nile Smart, qui, de langueurs (corporelles coupées de tétanies érotiques) en longueurs (de temps) se muent en un petit théâtre où la cargaison de corps se chamboule à tout-va, où l'entropie guette les plus frustrés et la dissolution les plus énamourés ; soit un groupe d'estivaliers aux soubresauts de leurs viandes respectives ; soit une délicieuse vierge au patronyme russe et qui finira… empaillée, à savoir vidée et comblée. Calme enfin."

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CHOURAKI Frédéric
Aux Antipodes

Mais où ? Aux îles Salomon, un chapelet de prétendus petits paradis mordorés et indolents. C'est là qu'arrivent Adam et Clara. Lui, vieil ado joycien frotté de « mystique juive », elle experte en « métaphysique des potins ». Venus pour dépouiller des économies exsangues : quelques dizaines de milliers de dollars pour un publi-reportage dans des « suppléments merdiques que tout le monde fout à la poubelle », l'endroit leur fait vite figure de bout de quai planétaire, d'ultime grève. Adam se sent taraudé par des prurits philosophiques, Clara se sent cerf-volant, s'étourdissant et semant la séduction autour d'elle. Survient Samuel Freaks, petit prophète méthodiste, féru de l'Ecclésiaste, le premier des Salomon, qui papote d'éternité tandis que Clara fait de la plongée. Mais quand Clara sort de l'eau, c'est pour tomber amoureuse de Samuel Freaks comme on a chez l'antiquaire un coup de foudre pour un totem. Tout pourrait se réduire à un marivaudage tropical humide coincé entre paupérisme et huile à bronzer, pêche au gros et prophétie de bazar, n'était la violence qui, par bouffées, fait irruption dans l'île. Pour son second roman, Frédéric Chouraki nous offre une virée sous les Tropiques où planches de surf et de salut tentent de se confondre dangereusement, où fellations et colloques mystiques ponctuent les heures rythmées par des à-coups de violence ou des poussées de palabres religieuses. Entre Hassidisme et Club Med. Qu'est-ce que Dieu, si ce n'est le plus implacable des Gentils Organisateurs ? La foi est notre écran total.

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CHOURAKI Frédéric
Jacob Stein

C’est l’histoire d’un freak, entendez d’un cas, d’un drôle de corps : un juif blond aux yeux verts. Dernière trouvaille de Frédéric Chouraki, drivé par Le Dilettante pour la troisième fois. L’excentrique n’entend pas finir comme la farce dans la carpe, lové dans le confort maison, encocooné dans les règles, les us usant et coutumes pesantes. il fait de la résistance, rôde dans les cinémas puis dans les parages de donzelles peu casher, pige dans une presse alternative et publie un traité sur le face à face ontologique Scone ou muffin, livre au succès grimpant. Pour relever le tout, se mêle à cela le succès d’une pochade télévisée à forte teneur en wittgenstein. La politique s’invite alors dans l’arène intime de notre jeune franc-tireur, une politique hautement messianique qui sonnera l’heure du retour au bercail. Tout se finira entre les draps, dans l’entrecuisse d’une petite bossue percluse d’amour, jadis négligée, aujourd’hui adulée. Du hassidisme comique, version falafel, entre Sabbataï Zvi et Woody Allen. À lire en dansant sur la table. Poï, Poï, Poï !!!

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CHOURAKI Frédéric
La Guerre du Kippour

Le jour du Grand Pardon, le jeune Fred Bronstein, amoureux de Popeline, une rousse sauvage, sensuelle et très peu casher, tout droit sortie d’un tableau de Rossetti, invite celle-ci au sein de sa famille. La mère qui hait toute féminité en dehors de la sienne, le père qui rêve d’une belle-fille agrégée de lettres ashkénaze, le morne frère chargé d’audit, ses enfants sans cou, la grand-mère narcoleptique dotée de pouvoirs maléfiques…Tout est en place pour faire de cette nuit de Kippour, période de jeûne et d’émoi mystique, un feu d’artifice narratif aux dialogues crépitants. Et pour que la réussite soit totale, ont été convoqués la communauté juive locale et son trio de rabbins Loubavitchs, les frères Schmock. Entre lutinages et querelles théologiques, entre légende urbaine et marivaudage casher, émois garantis… L’an prochain à Clamart ! Puisqu’on vous le dit.

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CHOURAKI Frédéric
Les Nuits de Williamsburg

« Chaque homme dans sa nuit s’en va vers sa lumière / La seconde âme en nous se greffe à la première », a édicté un beau jour, se ratissant la barbe d’une main auguste, le père Hugo. Bien beau tout cela, marmonne et maugrée Samuel Goldblum, notre héros, mais quelle nuit choisir pour s’y fondre ? Dans quelle ombre propice refonder sa vie ? Et puis quelle foutue âme est donc la mienne ? Rejeton frondeur d’une famille juive de Clamart, romancier au succès en pleine détumescence houspillé par une éditrice foutraque et capiteuse, Goldblum backroome en roue libre dans les nuits pouacres du gay Marais. Mais le désenchantement menaçant, il opte pour un réenracinement loin de Maman et des moustachus. Le voilà plongé (entendez à la plonge), à Brooklyn, sans un sou, dans les nuits de Williamsburg (son pont, ses hips et ses hassidims), famélique otage d’un impitoyable pizzaiolo. Fuyant ce cauchemar à calzone, à la rue il est sauvé de la voirie par une famille de juifs religieux au centre de laquelle flamboie Rébecca la rousse, un vrai pique-nique de soleil. L’âme enluminée par la lecture du Zohar et les reins bizarrement embrasés par la fille de la maison, il se croit un temps sur la voie du salut. Que nenni, une nuit il se fait la belle, l’autre, et retourne aux fièvres new-yorkaises hantées par les fantômes de la Beat Generation. Pour finir, back to Paris, avec dans la musette Les Nuits de Williamsburg, enfin de quoi se ragaillardir la plume. Porté par une prose turgescente et une gouaille enfiévrée, le roadbook folâtre et initiatique d’un « noctambule affreux vivant à bout portant ». Vital.

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CIRELLI Laurent
Jacques Rigaut, portrait tiré

"De la louche cohorte de pommadins qui entourèrent André Breton, certains se détachent d'une manière plus inquiétante que d'autres. On sait d'avance qu'ils ne rentreront jamais dans les rangs bien alignés de la poésie taillée comme buis ; qu'ils sont rétifs à la parade et aux mots d'ordre. Rigaut en fut, d'instinct, nativement. Sa vie le prouve, que nous conte Laurent Cirelli. Avec lui, d'autres réfractaires-nés : Cravan, Crevel, Artaud. Rigaut s'est voulu sans source, façonnant sa mort dès l'abord de la vie. La guerre de 14 le rend à la vie plus vidé qu'une douille ; il fait alors du droit pour meubler le temps. Survient Dada, l'esbroufe rédemptrice : une lueur entre deux riens. Mais Rigaut, qui se sait du parti de la mort, du suspens, gagne son large à lui, se défiant d'un élan au vide qui tourne à la consistance doctrinale. Alors, fidèle à sa soif de démobilisation, un beau jour de 1929, Rigaut s'ôte la vie et s'extériorise, d'un coup sec et pour toujours."

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CLIFF William
Conrad Detrez

Dire en dix pieds, dix vers, et cela par cent fois, ce que furent la vie puis la mort, ce qu'est le souvenir d'un ami disparu: c'est ce qu'accomplit le poète William Cliff. Le monde sans Conrad n'est plus qu'une arène enneigée, un sol froid, vidé de sa violence lourde et chaleureuse. Pour le dire, un modèle, un guide: la Délie de Maurice Scève. Paroles, scènes, attitudes; remembrance que rompt parfois le grain plus dur qu'une cocasserie, d'une prière, ou l'aveu du poète peinant à clore son vers... Conrad Detrez, ou le long thrène du "frère abîmé dans la poussière".

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CLIFF William
Amour perdu

Quoi de plus doux pour apprendre quelqu’un / que de connaître son organe intime. Et le poète William Cliff de prendre le large, en skipper subtil, sur la grande mer des corps virils, d’aller, promeneur solitaire, narine aux vents et mains de sourcier, taillant la route des roideurs et des spasmes, cap sur les visages donnés et les élans offerts au détour de soudaines rencontres. S’engouffrant à perte de corps dans l’obscurité de certaines salles au fumet fétide, aux fauteuils défoncés, mais au voisinage délicieux, accostant aux bars de la nuit pour quelques contacts fugaces, à Philadelphie ou Viña del Mar, New York ou Bruxelles, William Cliff, beau héros abreuvé d’abjection au fil de poèmes néoélisabéthains, ciselés et d’une délicatesse glorieuse, narre le membre frémissant de l’hôte d’un soir, les cuisses du louveteau, l’orteil de l’amant, les douces muqueuses : car dans la vie on aime que nous happent / certaines choses un peu dégoûtantes / qui nous font sortir de l’ennui ordinaire. Une quête des corps amoureux qui délivre de ce cafard qui encrasse les jours et dont le soleil, dieu de flamme qui sourit aux heureux et frappe ceux qu’il damne, ne nous délivre pas. Plus de vingt-cinq ans après son tombeau de Conrad Detrez, William Cliff fait retour au Dilettante pour un nouveau cahier de poèmes qui tente de prendre aux rets du mètre classique les fuyantes extases de l’amour masculin et de garder encore l’enfance d’un corps promis à la mort : Salut à toi, beauté, que la rue m’a fait voir !

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COATALEM Jean-Luc
Zone tropicale

Ce périple tropical fleure bon l'opium des nostalgies coloniales. C'est un atlas désuet qui s'ouvre devant nous, usé comme un journal de bord, épais comme une malle-cabine. D'Afrique en Asie, les terres arpentées, reliques touchantes de ce qui fut l'Empire et n'est plus qu'un music-hall pathétique, éclatent comme des boubous d'opérette. Alors, précédé de vos porteurs, casqué de liège et sanglé de lin, la pataugas hargneuse et le livre en main, suivez le guide. Entrez dans Zone tropicale.

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COATALEM Jean-Luc
Suite indochinoise

"Une fois de plus… une fois de plus, rapace comme le palu, lancinante comme une vieille blessure, l'appel de l'Asie a repris Coatalem. Cette Suite indochinoise doit se lire comme une feuille de température imaginaire où la plume trace la courbe dentelée des émotions. Coatalem ne voyage pas à vue. Il va, bardé de toute une cartouchière d'ouvrages anciens, une colonne de porteurs de mémoire (Léon de Ponçins, Léon Werth…) qui le précèdent et agissent comme de fraternels supplétifs à celui qui va. Cette fois-ci, c'est au Vietnam qu'il se rend, à son rythme : une sorte de flânerie méticuleuse, de lenteur urgente. De tout un monde tamisé, il ne garde qu'un trésor de mots-pépites qui en sont comme le dépôt miraculeux. Vietnam des rues, des boîtes ; Vietnam flané, marché ; comptoirs, routes : Coatalem rebondit d'un lieu à une émotion, d'un sourire croisé à une voix entendue. Il écrit comme il passe : à gué."

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COATALEM Jean-Luc
Triste sire

"Après les faits divers lointains qui émaillent la revue de détails de son bataillon d'imageries coloniales, aux couleurs crues et aux contours nets, Jean-Luc Coatalem nous livre un conte fantasmagorique qui échappe à cette brocante de capiteuses reliques. Autour d'un bassin, nombril saumâtre pour ce monde de limbes délirantes, évoluent les âmes captives de ce récit en eau trouble : la maman, bourlingueuse, chineuse avide d'incongruités exotiques, qui se craquelle ; le fils, Robinson Stéphane, « prince consort des ombres et des souvenirs » ; Gongora Bolivar, l'idolâtre hidalgo, enfin, et son assez pesante danse de faune. Triste sire, conte d'exil pour enfant seul."

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COATALEM Jean-Luc
Les Beaux Horizons

"Le monde est là, tentant comme un bandonéon d'occasion. Coatalem – profession : gobe-monde – lui arrache quelques mélodies sucrées et inquiétantes. Bora Bora où s'ensable la mémoire et se noie l'œil dans le bleu curaçao ; Goa, au clinquant suranné de kermesse coloniale ; un Vietnam convalescent appuyé à l'épaule d'un tour-opérateur ; le fantôme bourru de Kipling ; Baden et ses curistes ; Cuba en quarantaine qui mouille non loin de Miami ; Trinidad où les filles se donneraient « pour un savon » ; et puis Prague, le Rajasthan, les Caraïbes comme un cocktail d'îlettes endiablées. Un post-scripum malgache met fin au récital. Ces beaux horizons emmêlent leurs lignes comme des baguettes de mikado, s'ouvrent paresseusement sous nos doigts comme un éventail de clichés contemplatifs postés à tarif lent."

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COATALEM Jean-Luc
Fièvre jaune

Plaquette in-16 br., édition originale de ce texte republié en 1999 in Zone tropicale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé.

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COATALEM Jean-Luc
Triste sire

in-16 br., édition originale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé.

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COATALEM Jean-Luc
Zone tropicale

Plaquette in-16 br., édition originale de ce texte republié en 1999 augmenté de Fièvre jaune, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé

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COATALEM Jean-Luc
Le Gouverneur d'Antipodia

Jean-Luc Coatalem, tous ses livres en témoignent, est du club de ceux qui aiment à « tâter de la rondeur » de la planète. Il aime également à goûter les retombées poétiques de l’élan voyageur: étiquettes jaunies et guêtres en cuir de buffle, lunettes de visée et ombrelles de lin, boussoles de cuivre et carabines allemandes, toute la brocante de l’errance aventureuse. Ce goût tout à la fois poétique et forcené s’incarne cependant dans des figures rares. Tel celui qui nous parle debout sur la grève d’Antipodia, parcelle antarctique, « une île perdue, cernée de vagues puissantes, devant, derrière, partout », François Lejodic, mécanicien et amoureux déçu. Depuis il fait fonction de vigie de la République tricolore sur cette miette granitique, poncée par la marée, abrasée par les vents, piquetée de chèvres voraces. Lui sert de compagnon et de supérieur un rejeton des Paulmier de Franville, famille amirale, diplomate en disgrâce qui vit l’endroit comme une Sainte-Hélène à la nudité vertigineuse : « En mon royaume vide, comptable des nuages, prince des nuées, je suis le négus du Grand Rien.» Chacun arbitre son quotidien à sa façon: songes érotiques et maintenance du matériel, rêves de pouvoir et taquineries érudites. Une revue d’inspection épicée d’une foulure au pied, la visite à une base météo, l’arrachage d’une molaire prennent stature de dates majeures. Puis le temps joue son rôle d’acide, attaque, délite, excite : la rêverie tourne à l’obsession, le songe exotique à la vision homicide, les tensions s’exacerbent, les violences surgissent entre Antipodiens, un délire épais que rien ne parvient à réduire.

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COHEN-GRILLET Philippe
Haut et court

Mon Dieu, un suicide familial, cela s’apprête comme un pique-nique, se peaufine comme un départ en vacances, on veille à tout, pratique et minutieux : aux cordes tout d’abord (solides, bien coulantes du nœud, montagnardes), à la lettre d’adieux, aux chaises Henri II que l’on repoussera, sèchement, du talon. Maintenant que la chose est faite, les corps découverts par les voisins, les papiers de presse (fautifs) sortis, il est temps de revenir à notre histoire, à nous, gens réputés ordinaires, que la mort a saisis pas à pas, puis vidés cul sec. Et c’est moi, le fils, qui conte l’histoire. Une histoire d’une « banalité rassurante » où tout se joue entre l’hypermarché où je végète en rêvant de Caroline et de sa Banque alimentaire, mon père et son usine, ma sœur peste et son auto-école, ma mère et son four et son foyer. Une histoire d’une linéarité à ce point morne que les doctes gendarmes, avec la voisine, la mère Bin, pataugent dans leur enquête, furètent, tâtonnent. Car tout est là : comment identifier le mal sourd, l’acide lent, qui ronge et délite, comment reconstituer la lente avancée de la mort. L’angoisse ne laisse pas d’empreinte, la nausée, des marques au sol. Avec un sens fort de l’humour noir, virtuose en cocasserie macabre, Cohen-Grillet romance ce fait divers tout ce qu’il y a d’authentique et invente une comédie noire grinçante comme une porte de cimetière. Ne riez pas, c’est arrivé près de chez vous !

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COUSSE Raymond
La Découverte de l'Afrique

plaquette in-16 br., édition originale de ce texte republié en 1998 in L'Envers vaut l'endroit augmenté de Vive le Québec libre!, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé

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COUTURIER Hélène
Il était combien de fois

Tiraillée entre la culpabilité de l’infidélité et la monotonie de la fidélité, Mathilde a toujours beaucoup menti. Aussi, quand son compagnon lui demande combien de fois elle l’a trompé, elle continue de mentir. Mais la question a jeté un gros froid et après un brutal et sarcastique règlement de comptes façon radiographie du couple, son compagnon la quitte. Elle pourrait s’effondrer. Elle devrait. Mais elle décide – histoire de ne pas ressembler à une femme fraîchement larguée – de sortir dans la ville. Mathilde a toujours aimé les nuits barcelonaises et les bars et la fête et elle pense que cinquante ans est l’âge où tout est permis. À travers une succession de rencontres curieuses oscillant entre tragédie et comédie (un dealeur pakistanais, un rasta au crâne rasé et un Israélien altermondialiste) se dessinent deux portraits, celui d’une femme qui veut continuer de rester propriétaire de ses envies et celui d’une ville qui la nuit venue se mue en un vaste terrain de jeux pour adultes. Entre conte et mécomptes, vertiges et marivaudage, Hélène Couturier nous livre, via la fièvre de ce monologue sauvage aussi drôle que grave, une vue en coupe de nos amours contemporaines.  

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CUBEL-ULLUARTE
Descabello

Certains entrent en littérature en sonnant posément une fois, deux fois, trois fois à la grande porte, d’autres en cassant les vitres, certains par le soupirail ; en bon cangacero de la plume ou gaucho de l’écritoire, Cubel-Ulluarte, retour de l’ouragan, pour son premier délit d’écriture, fracasse la lourde et charge le casier : une rafale de trois novellas – ou longues nouvelles –, aux rythmes artériels, à l’écriture peignée au fer rouge et aux figures délinquantes. Premier cas : Bartholomé. Il file sur les routes espagnoles à tombeau ouvert, le sien. C’est le fils secret, l’éperdu rejeton de James Dean et de la Madre d’Avila. Il porte cilice et vit d’un amour mystique pour Maria, son ciel, sa nuit, son Carmel. Retour au début du XXe siècle au Chili où deux jeunes femmes, Clara et Mayra, chiliennes les deux, de classe et d’ethnie différentes, vont être lancées dans un périple échevelé et violent au dénouement insensé. Même époque mais en Argentine avec Sebastián Hortelano, « le plus misanthrope des gauchos solitaires de toutes les pampas », ou la rédemption d’une âme de plomb par une fille de bordel. Trois longs récits, trois balafres, trois encoches à la crosse, trois nuits au poste, trois fusées en vrilles.

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D'ISERE Bill
Teddy le Kosovar

D’Isere qu’il dit qu’il est, ce drôle de Bill ! Il peut être d’où il veut, on s’en moque, c’est quelqu’un qui vous les plante profond, les crocs dans le bulbe, et dont la littérature ne vous lâche pas avant la dernière goutte. La preuve avec cette première rafale : Teddy le Kosovar, plus grizzly que bear le Teddy, fameux pour avoir chapardé un mahousse magot, quinze millions. Sans bruit, sans violence et sans haine. On rembobine et ça repart ! Tout commence avec maman, une fille-mère albanaise exfiltrée, clandestine livrée en vrac dans un container, à la réception un Kistouch, entendez Phil, chemisier à la manque, qui remet la dame aux autorités. L’enfant naît à l’hôpital, grandit Michel-Mirosh dans la banlieue de Lyon, entre salles de classe et terrain vague, préau et Gitans. Survient l’enfer : un beau-père qui veut faire leur bonheur. Maladie sans lendemain, on se rassure, car revoilà la déviance joyeuse, mais également le centre de redressement dont Michel entreprend de percer le coffre du dirlo, une boîte à biscuits sans lingots, ô folle enfance, mais pleine de carnets de notes : déception. Punition : aide-démanteleur du réseau ferré. Ça forme et c’est en plein air, un rêve ! Mouais. S’enchaînent ensuite toutes sortes d’activités enrichissantes : de videur de palettes en supermarché à expéditionnaire de fâcheux pour baloches le week-end. Tout ça pour se bâtir un confort de gagne-petit, fragile et menacé. Donc nécessité de passer la troisième, et là survient l’idée, la vraie, la seule, la grande : devenir convoyeur mais pour fondre sur les fonds comme aigle albanais sur l’agnelet d’alpage, l’occasion de ruse surfine et de l’assomption, enfin, du Teddy dans l’Olympe des braqueurs ! À déguster, donc, entre Dard et Audiard, la geste de Teddy l’albanais, long en bouche et tonique en diable, bonne régalade !

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DARGENT Milan
Soupe à la tête de bouc

Souvenez-vous, Goat’s Head Soup, un antique vinyle des Stones avec emballage crowleyen peaufiné, un sabbat au point de croix renversée pour adolescent gothique, une relique de l’âge de velours noir et de cuir verni. Ces vieux cauchemars poisseux, ces cocktails au verre pilé, Milan Dargent les remet sur la platine, nous les réinjecte à la lueur sombre d’une free party où il tire par la main Kim la Danoise (des noises on lui en cherchera ; du bruit elle en trouvera), se confond en errances non-euclidiennes, entre concerts, conciliabules érohallucinogènes ou conclaves malins. Tout cela dans un Lyon qui a troqué le maroquin d’Édouard Herriot contre les bagues de l’abbé Boullan, la iiie République des bedaines contre les spasmes de Huysmans. Méfiez-vous de Lyon, c’est La Mecque des rêveurs marginaux. Le spectre de Brian Jones erre dans les traboules : la main de Crowley anime le Guignol d’une Croix-Rousse aux allures Altamont. Milan Dargent nous livre donc un exercice de suffocation (comme d’autres d’admiration), une petite dérade pour aujourd’hui où la stonemania sert de codex majeur, les concerts de vêpres noirs et les cours d’espace de rêverie pour lycéens en rupture de cursus. Un hymne aux vertiges, à lire sans respirer. Hue da !

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DARGENT Milan
Le Tournant de la rigueur

Dargent, le retour ! L’homme avait fait irruption au pays du chat qui sieste en 2002, avec, on s’en souvient, une pleine soupière de consommé stonien à la tête de bouc et des visions de Lyon très « Walk on the wild Saône » ; en 2010, il nous avait ravis d’une rafale de portraits juteux et déglingués de son Club des Caméléons. Avec l’opus 2013 nous sommes toujours à Lyon, en 1983, l’année où on se démaquille, l’année de la gueule de bois, celle où la Mitterrandie, après un shoot d’espérance, se fait un rail de rigueur. Les Futuristes, nos héros, y naissent à la scène rock, pendant le festival « Nuits Jaunes » avec Heroin de Lou Reed, ce après une genèse dans la plus stricte tradition : échanges de disques, course au matériel, rameutage de l’effectif (chanteur sexy, boîte à rythmes, bassiste à l’ombre de la guitare) et répètes chez Robert. Seulement voilà, les temps sont mous, avec un impresario radical de gauche et des parents plutôt barristes, l’Apocalypse est en rade, restent des mousses au Picador et la Fnac, ses bacs, sa vendeuse, et ses imports mythiques. Néanmoins, un frémissement fanique est repérable : on parle çà et là des Futuristes, groupe frais et fringant, verte la pousse ! D’où concert en Espagne, rêves de CD, contacts, dérades, soirées. Mais rien ne prend vraiment et le groupe splite en 1984, le rêve avait fraîchi. Les Futuristes qui se reformeront, le temps d’un concert l’année 1996, ne seront plus qu’une ombre, plutôt les Passéistes d’un rêve perdu dans la déconfiture du mitterrandisme défunt. En 192 pages sans temps mort, Dargent nous chronique en parallèle les dépits d’une politique et les déboires d’une esthétique. Tchao Bello ! 

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DARGENT Milan
Le Club des caméléons

Milan Dargent, nous l’avions quitté, l’année 2002, en pleine apnée dans les profondeurs du brouet des sorcières stoniennes, potion à fort goût de bouc, épicée de larsens. On le retrouve là secrétaire perpétuel de ce « club des caméléons » qu’il a fondé et où ne siègent que les tournants de sa vie, ne figurent que ses rendez-vous urgents, ses amitiés historiques. Ce recueil est en effet une boîte de petites madeleines, d’instants portraits, à savourer calmement, sans empressement ; il y a là le chien Youki, blanc et avalé un beau jour par une nappe de neige, Bill le poisson rouge, Théodore le petit pote black, le copain historique Bertrand Chavert, pour qui, un jour, il vola un cornichon en plastique, Tintin, Merckx, Lou Reed encore et toujours, Belmondo sans trêve ni patience, Philippe le branleur, Napoléon, Fred le punk. Et ces caméléons hérités de la BD Ric Hochet, secte de casse-cou en culottes courtes. Et même Isidore Ducasse, malade avec qui Milan Dargent randonne dans Paris. Quand on est « soixante-dix », on l’est jusqu’au bout : 1870, année destroy. Bilan du Milan nouveau : une enfilade de scènes émouvantes à souhait sur ce qui reste quand on a tout oublié. Et puis, qu’on se le dise, avoir comme petite madeleine proustienne un cornichon en plastique, c’est ça, le rock’n’roll.

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DAZAT Olivier
Panache

Chaque été, la France devient un grandiose et populeux talus qui ne borde qu'une seule route : celle du Tour. Une composite cohue de pique-niqueurs et d'érudits, de badauds et d'aficionados suit en salivant la geste des pédaleurs. Dazat (déjà auteur, chez Calmann-Lévy, de Seigneurs et forçats du vélo) feuillette le livre jaune des maillots d'or – Greg LeMond, Laurent Fignon, Claudio Chiappucci – et file le train au peloton des souvenirs.

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DAZY Sylvie
Métamorphose d’un crabe

Autant prévenir, avec Métamorphose d’un crabe pas de vue sur la mer, de bar terrasse et d’ensoleillement record : on y vit gris, ça gagne petit, à la rude, sans trop d’air et avec nul sourire. Ce que nous dévoile, au fil de ce monologue fiévreux, de cette confession rêche, Sylvie Dazy, c’est la prison au quotidien, la vie et rien d’autre d’un fonctionnaire de la pénitentiaire. Les plaisirs et les jours d’un maton lambda, mais qui médite l’écriture d’un « grand livre sur la prison ». Notre homme s’appelle Christo, un gars du Nord, nanti d’une absurde licence d’anglais, poussé à l’ombre de la prison de Bapaume et qui, loin du café familial, « lève l’ancre pour une exotique nature » à savoir le monde de la tôle. Car là, sans doute avec son goût de l’écoute et de son œil d’ethnologue, il pense assouvir son goût d’un ailleurs périlleux, d’une aventure en temps réel : « Du danger parfois, du risque, des armes. De la solidarité entre hommes aussi, et de la joie, les surveillants aimaient rire fort. Le matin serait une aventure. » Mais si l’aventure est là, elle prend surtout l’allure d’une ronde sans fin, rythmée par le choc des talons et le cliquetis des clés, le grondement des roulantes et les alertes soudaines : suicide, feu, émeute, une vie de déambulations dans un sempiternel corridor ponctué de remontrances, de promotions et de mutations. Ensuite viennent les hommes, surveillants et surveillés, balances et demi-chefs, faux potes et vrais dingues. « La prison est une drôle d’école, on y travaille autant à la louche qu’au pinceau délicat,c’est ce que personne ne veut comprendre.

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DEFOE Gideon
Les Pirates! dans : Une aventure avec les savants

Soit des pirates, des vrais, des goulus, des coriaces ; avec leurs menus tracas et leur quotidien épique. Sabre et jambon, des pirates, quoi ! Affairés à courir la mer, ils y tombent, à bord de son Beagle, sur un jeune monsieur Darwin, anthropologue contestataire doté d’un singe prometteur. My fair le chimp est en effet soumis à un cycle long, cursus au bout duquel il sera humanisé sans espoir de retour. Cap sur la capitale. Londres, entendez le plus grand chapiteau du monde. Londres, son brouillard, son étripeur, ses soirs et ses quinquets. Là, Victoria menace et les pirates finalement s’y ennuient presque, ont le pilon triste, bandeau mou et sabre en berne, baguenaudent, se vantent, se vendent, s’exhibent. Il y a bien quelques épices imprévues : un évêque maniaque, façon Barnum créationniste à col raide en quête du sirop d’éternité, Elephant man et ses drôles d’oreilles, et puis de nouveau le pittoresque jeune monsieur Darwin. C’est de lui que viendra l’espoir : ses théories jettent un singe dans la mare lisse des théories acquises. Chimphumain contre Saint-Esprit. Le combat sera rude. En fin de roman, un quiz futé vous prouve que tout cela a autant de sens que sucrer son thé avec des cils de poulpe ou de la luette de baleine. À lire en avalant la fumée. Visions garanties.

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DEFOE Gideon
Les Pirates! dans : Une aventure avec les baleines

Alors voilà : soit des pirates (les mêmes), soit leur bateau (le même). Ce dernier part en charpie, d'où nécessité d'un lifting vélaires (entendez de voiles) et d'un ravaudage de coques chez Cutlass Liz, la très redoutable gérante des chantiers de Nantucket. Les choses sont vues en tout grand et le capitaine opte pour l'achat de l'Adorable Emma. Et l'orgue à mésaventures de moudre et moudre encore ses airs poignants : faux trésors indiqués par un goéland voyageur, descente à Las Vegas-près-Far-West avec spectacles clés en main, rencontre du Pequod bien complet de son capitaine Achab et d'une baleine blanche ventriloque, chassalabalène, retour à Nantucket. Rythmé au son du pilon, épicé de coups de gueules, enivré d'épisodes non-euclidiens, livré avec l'exhaustive litanie des cent cinquante aventures à venir, revoilà la gent boucanière à l'enseigne du crâne et des fémurs en croix de Gideon Defoe. Délire cargué, folie en soutes. Voile !

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DEFOE Gideon
Les Pirates! dans : Une aventure avec les communistes

Un spectre hante l’Europe : celui des pirates de Gideon Defoe. Après une croisière au sein du monde savant et une escapade parmi la gent baleinière, ils rencontrent aujourd’hui ce monstre mythique : le communisme. Nos Frères la côte jettent l’ancre à Londres, fréquentant comme se doit les tailleurs de Saville Row ; leur chef aimé se retrouve alors inopinément sur une dure couchette de prison pour cause de fatale (et parfaite) ressemblance avec Karl Marx. Ce qui vaut à l’escouade piratière, une invitation à un meeting du messie barbu du matérialisme scienti?que. Ce dernier les prie alors, ce qu’ils effectuent, de l’ex?ltrer vers Paris, pour cause de fétidité londonienne. Alors que l’esquif croise en Manche, pari est lancé entre le capitaine pirate et Marx d’accoucher, portés par la houle, d’un opus philosophique révolutionnaire. Occasion pour Marx, au vu de l’opus piratorum, de s’écrier, fasciné : « C’est là où j’avais tort : Das Kapital n’avait une seule page à colorier ». Paris touché, on voit Marx et les pirates rôder au musée Grévin, aux Folies Bergère puis à l’Opéra où Wagner et Nietzsche achèvent de porter au maximum d’émulsion, de délire jubilatoire et visionnaire ce nouveau volet de l’ébouriffante saga du drapeau noir.

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DEFOE Gideon
Les Pirates ! dans: Une aventure avec Napoléon

Et revoilà nos frères-la-côte, gibiers de non-sens, gens de culs-de-sac logiques et d’indébrouillables cordes à nœud sans nœud ! Après les avoir fait se colleter avec savants, baleines et communistes, avant de les livrer aux Romantiques, Gideon Defoe les confronte, pour le meilleur et pour l’empire, à la figure de Napoléon. Tout s’amorce, comme il se doit, par une rixe épique et l’attente anxieuse du prix du meilleur pirate de l’année décerné par le tonitruant roi des pirates. Échec de notre capitaine, blues amer face à la dégaine proprette du vainqueur et décision de se consacrer à… l’apiculture, la viande d’abeille se révélant riche en protéine. L’affaire s’amorce grâce à l’aide précieuse de l’ami Bellamy, Frank, pirate qui lui tend, pour démarrer, une île perdue, Sainte-Hélène, où, à ce que dit l’histoire, l’abeille atteint la taille d’un teckel. Joie ! Mais de courte durée, l’île festive se révèle un caillou maussade et toujours possession de l’Empire britannique et de maints colons. Foin, nous restons, s’exclame le capitaine pirate. Survient alors un résident au singulier chapeau, préretraité corse, paisible et las de son impérial train-train. La vie se dévide calmement sous les cieux atlantiques entre concours de monstres, visite aux antiquités napoléoniennes où scintille sous un globe un authentique mouchoir impérial et pend au plafond un pirate mort mué en lamantin empaillé, bisbilles entre les ego des résidents et échouage d’un calmar suicidé sur la plage. L’épisode s’empanache d’un duel final entre le Captain pirate et l’Empereur déchu, de leur passagère disparition en mer et de leur retour lourd d’anecdotes héroïques. Un index déboussolant et une table des matières radioactive bouclent un épisode à fort tangage narratif, conduit sous vents contraires à tout bon sens.

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DEROCHE Frank
Effets secondaires

C’est La Boétie, le laideron rond et frémissant, l’élu de Montaigne, l’homme lentement submergé par la mort, que Deroche choisit pour vis-à-vis, pour épaule où peser quand l’amertume est trop forte, comme oreille amie où couler le flux de mots précis, le détail de ses cogitations d’être malade. Il veille son corps, en fait le centre d’une ronde thérapeutique où les noms de médicaments semblent des noms d’oiseaux. L’armoire à pharmacie se mue en blason du corps pour une remembrance des instants de plaisir, des figures charmantes ou honnies. Une poétique du corps rongé, hors sexe, s’élabore là, lentement, avec une patience rageuse. "La chair est triste Étienne, et je n’ai plus qu’une demi-barrette de Lexomil", ainsi parle Deroche, une gélule sous la langue comme jadis les ermites posaient la main sur un crâne.

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DEROCHE Frank
La queue du faisan frôle les pivoines

«Solitaire comme l’algue au large du Hokkaidô», ainsi va Shitâ, héros nippon du deuxième roman de Frank Deroche. Dans ce Tôkyô aux couleurs manga, le temps se déplie comme un coupon de soie, tissée de haïkus, mais d’une soie fragile et maladive : amours glauques avec la tante Taéko, sexagénaire emportée par un tsunami, dont la chair fade et fripée le hante sans trêve, amours fauves avec Surimi, élue pour cette laideur crasse que Shitâ quête chez les femmes. Et puis le docteur Hikari, plasticien rencontré au seuil d’un cimetière, dont l’honorable clinique l’avalera comme une nasse. Rouge sang et noir comme neige, un conte burlesque où le malaise cousine avec le ricanement : «la chèvre se laisse traire, mais renverse d’un coup de sabot la jatte pleine de son lait.»

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DEXTER Gary
Le Souilleur de femmes d'Oxford

Imagine-t-on Holmes, Sherlock, prélevant, flanqué du candide Watson, des lambeaux de peau sur le cuir d’un fouet, des cendres de cigare sur les rebords d’une plaie ? Se figure-t-on le père Brown méditant sur le lassage d’un corset de cuir ou une giclure spermatique ? Poirot inventoriant une cuvette publique ? J’en ai rêvé, Dexter l’a fait. Gary Dexter, le concepteur de ce Souilleur de femmes d’Oxford que publie le Dilettante. En lieu et place du cocaïnomane violoniste de Baker Street, nous trouvons le Dr Henry St Liver, expert en criminalistique bizarre, consultant pour un Yard où Lestrade se nomme l’inspecteur Pelham Bias ; il est accompagné dans ses périples par la jeune Olive Salter, retour d’Australie. Au fil tortillé de huit enquêtes, on verra St Liver donner du scalpel et jouer de la lancette dans les plaies secrètes d’une Angleterre où les bourgeois dignes et rentés se révèlent avides de piétinement en talons hauts ; où les mères de famille méritantes se muent, la nuit venue, en prédatrices ; où les lords s’exhibent maladivement en plein office religieux, et n’ayons garde de passer sur le voyeur scatophile embusqué derrière la cloison des W-C, les uraniens masqués, les travestis secrets. Toutes affaires que St Liver explicite avec soin, s’appuyant, confession des intéressés à l’appui, sur les doctes recherches sexologiques d’Havelock Ellis ou Magnus Hirschfeld. Place aux enquêtes du Dr Henry St Liver ou les mystères de la perverse Albion enfin mis à nu.

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DOUNOVETZ Serge
Moviola

"Le barde polardier, baroque et méphitique, qui a monté en état second cette saccade de plans cousus main, c'est Serge Dounovetz. L'écran de sa Moviola est un hublot graisseux qui vous fait piquer droit sur une ménagerie de torves fauves, un glauque vivier de prédateurs. L'histoire ? Abel est à bout, songe à la mort. Il bute sur Zita, contorsionniste solaire, qui le vulcanise illico. Mais les nocifs Zita's brothers pincent Abel et le pilonnent à mort. Il se relève ; la déprime s'apprête à renouer avec lui, quand un prod'adipeux et poisseux d'or l'engage pour un long. Là grouille une ménagerie cinéphilistique et interlope, et tourne le manège ! Dans une langue crépitante comme une cartoucherie de mots violâtres, poisseux et barbelés, giclés chauds sur notre plastron mental, c'est une saga bondée de faits d'ivresse et de cœurs en or, de vrais morts et de faux vivants."

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DUMORTIER David
Travesti

David Dumortier est poète, mystique et travesti. Lyrique en diable et salope au lit, entre plume, téléphone et cierge à la Vierge, « Sophia » module sa vie entre sexe solidaire et suave sainteté, cache-sexe et scapulaire. Tout commença violemment, un jour, à l’élevage familial. Le père pèse, cogne, voit son fils en charcutier puis finit par partir ; la mère souffre, maltraitée puis délaissée. L’enfant, lui, se pare parmi les porcs et s’empare en rêve du corps des journaliers qui travaillent à la ferme. Interne au lycée, un temps serveur, il gagne Paris où il s’épanouit enfin dans l’art du travestisme. «Tout (son) corps appelle les hommes », un art que David reçoit de Michel que le HIV emportera, un art de fard et d’amour qu’il exerce au contact de corps intenses, ceux de Mourad, Ali, Adib, Karim. Livreur enamouré, conditionnel à la lourde hallebarde, étudiants, chauffeurs de bus, vigiles, ouvriers sans papiers, Français, Africains, Syriens. Valse de noms, ronde musclée pour passants violents ou attendris. Mais paradoxalement dans la plus totale liberté : « Je ne veux pas de propriétaire… je suis la poussière de la tourbe, un buisson qui s’habille d’un paquet d’air. » Par instants, l’aventure s’épice de drôlerie : David se fait écrivain public pour les amoureux de la Saint- Valentin, critique littéraire émirati, conférencier scolaire. D’avoir reçu en bouche tant de passants, langue affûtée et palais de soie, d’avoir tant prié au nom du Fils et parlé au bout du fil, d’« être allé à la déchéance », que reste-t-il à l’auteur de Travesti : la certitude extatique que « le sexe d’un pauvre est sacré » et que « si vous désirez vous venger du mal que l’on a pu vous faire, prostituez-vous ». Dont acte.  

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EHRHARD Hugo
L'Automne des incompris

Nous avons tous un jour ou l'autre connu l'angoisse de l'examen. Franck Secondi, trentenaire farouchement ordinaire, paraît terrorisé -et pour cause- par le test que lui soumet l'inspecteur des douanes d'un lointain pays mystérieux. Un Etat dirigé par des individus dont les plus grands experts médicaux estiment qu'ils sont "probablement sous l'emprise de drogues puissantes", et que certains ressortissants comparent à "un croisement sauvage entre les Khmers rouges, l'ordre du temple solaire et la légion punk de Mad Max 2"… Pourquoi Franck Secondi se risque-t-il dans une telle aventure? Qui est cette chimère amoureuse qu'il imagine poursuivre? Et, surtout, quel rôle tiendra-t-il dans la bataille ultime contre la stupidité, ennemi séculaire de l'espèce humaine?

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EHRHARD Hugo
Le Dieu du tourment

Mai 2012, la scène est à Madrid, mai 1999, la scène est à Paris, novembre 2002, toujours Paris, la vie d’Olivier Busnel alias « Monsieur tout, tout de suite », de bars en boîtes, d’hôtels chic en conseils d’administration, part en vrille et file en bulles comme un cachet dans l’eau, de ceux qu’il prend pour dissoudre ses gueules de bois. Rien ne va plus, le jour où ce nightclubber au psychisme tortueux (1985, Noël, la scène est en famille), cet être joueur, cassant et intransigeant marqué par le spectacle soudain de la mort de son père, rencontre Clara Poirson qui de lui exige, avant le mariage, l’obtention d’un pass permanent « honnêteté/sincérité », Clara qui doit gérer au mieux ce long goulot qu’est la vie d’Olivier, tunnel parcouru d’un incessant flux d’alcool, Clara dont la disparition énigmatique, au lendemain d’un psychodrame familial et violent, accentue, entre cuites et prostituées, la chute d’Olivier Busnel dans le maelström. On suit ainsi, par tableaux à la chronologie chavirée, en privé ou au travail, les moments phares, les scènes clés, de la vie d’Olivier Busnel, une saga sordide, une longue dérive dont on n’apprend qu’à l’ultime fin la cause secrète, la raison souterraine.

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FEER François
Bestiaire amazonien

Allons-y d’un terme: zoophanie! Fête de la créature, apothéose du vivant livré cash en sa bigarrure, ses glapissements et ses odeurs! L’arche toute, réduite à ses plus superbes singularités et offerte compactée! Tel est l’ouvrage que nous offre François Feer en son Bestiaire amazonien. Ce ragoût biotopique, mitonné avec sapience et saveurs, avoue une foule d’ingrédients jolis: l’alouate hurleur ou singe flamme qui fait de la sylve détrempée un gueuloir, le tatou nous dit tout (et surtout qu’à la façon des conquistadors, il sommeille en armure), les pécaris dorment en groupe, le Coq de roche se la joue, l’agouti est «le jardinier distrait de la forêt», le pian est hors d’âge. Ajoutez à cela une belle pièce de jaguar, une pincée de phanée, de la Carollia, du piaf poids mouche, nappez avec de l’homme. Vous obtenez un bestiaire maison, goûtu et futé, un cabinet de curiosités à nourrir deux fois par jour. Et c’est à volonté!

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FEER François
Les Poissons sont indomptables

Alors que François Feer marine dans les eaux placentaires, sa mère en mer s’immerge dans la baie de Portissol, là où sévissaient Cousteau et son bathyscaphe. On le voit, pour l’auteur des Poissons sont indomptables,  les sous-marinades commencent tôt et le passage de la macération utérine à la plongée se fera sans problème. D’où ce livre de fonds où il s’immerge dans le bain de son passé subaquatique pour y pêcher quelques souvenirs, prises à qui sa plume garde l’œil frais et que les dessins d’Alice Charbin maintiennent bien frétillantes. Alors suivons ce guide porté sur la bouteille (dorsale) et découvrons : le Napoléon, chapeauté d’une bosse qui lui vaut son impérial surnom, le Barbier ou décrapoteur d’écailles, l’alliance stratégique du gobie et de la crevette, Jojo, le mérou-patate, la tortue écaille, le poulpe mou et rapace, ce grand lymphatique de Requin baleine, le polype bâtisseur à qui l’on doit la Grande Barrière de corail, cette Muraille de Chine océanique, les poissons-palettes des mers du Sud, d’autres encore. On joint aux jubilations de cette quête en profondeur, quelques menus conseils et rudiments d’histoire visant la tribu des scaphandriers et un lexique pointu qui fera sortir de leur abyssale ignorance ceux qui méconnaissent le «dugong», les «lardons dans la purée de pois», l’«art de plonger tek» ou de «ratisser les gorgones». Après Bestiaire Amazonien et ses peuples piaillants, criants et gambadants, voilà le guide Feer du peuple muet, affairé et rôdeur des bas-fonds océaniques. Plongeons-y sans modération. Plouf !

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FLEISCHMAN Cyrille
Rendez-vous au métro Saint-Paul

Entre Marcel Aymé et Sholem Aleichem, Cyrille Fleischman dresse un castelet où s'affairent les héros d'épopées minuscules. Il situe le grain d'une voix (à la douce amertume) et les contours d'un accent (tout de noire cocasserie) : ceux du petit peuple ashkénaze de Paris. En trois volumes de contes, où s'exercent un art du ton, une manière d'endurance souriante et d'acidité tendre, se dévoile l'inventaire d'un singulier marchand de couleurs, grand ordonnateur d'un monde aux coloris ternes et acides à la fois, bourdonnant de babils excentriques. C'est une étagère de jouets bizarres, de petits golems parigots et de monstres ingénus porteurs de questions trop grosses pour eux, que Cyrille Fleischman descend du rayon, débarrasse de leur poussière dorée et mire à la lumière, sous nos yeux curieux.

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FLEISCHMAN Cyrille
Riverains rêveurs du métro Bastille

Sur la ligne 1, toujours. Mais une station plus loin, vers l'est. Les héros de Fleischman, longtemps, ont battu l'espace, hanté ce terroir inusable qu'est le Marais, périphérique à la sortie du métro Saint-Paul, cœur du monde, ombilic et épicentre des êtres et des choses. Là, sur la ligne de ce recueil aux quatorze stations avec arrêts brefs, ils franchissent les colonnes d'Hercule et descendent à Bastille. Ils y hantent ces forêts obscures que sont les cinémas assaillis de Cinémascope et fleurant bon le shampoing à moquette, s'y croisent, s'y lient d'amour, rencontrent des héros de films débarqués de l'écran, Balzac en conseil marital, organisent des ventes de charité, pianotent du Gershwin, écrivent des livres sans importance, se font représentant en sous-bois tranquille. Avec la virtuosité d'un placier en merveilles, Fleischman nous offre quatorze contes urbains, autant de tableautins cocasses et fantastiques agrafés aux pans d'un manteau sans âge. Bastille, nouvelle Arcadie !

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GAMBLIN Jacques
Le Toucher de la hanche

Qu'est-ce que la valse ? Un moteur à trois temps à poser sur la machine humaine pour de grandes randonnées à deux, madame en selle, monsieur au guidon. Parfois aussi, une méthode pour raccommoder la porcelaine fêlée des amours maritaux. Les deux dont il s'agit dans ce mince et véloce traité de choréthérapie s'en sont sortis grâce à la valse, sont même devenus des étoiles au balai fameux. Las, un jour, ça grippe. Il y a une paille dans le couple, une poussière dans l'œil, du sucre dans l'essence.

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GAMBLIN Jacques
Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa

Go ! C’est parti. Tout commence plutôt bien. Ils sont trois : lui qui conduit, elle qui patiente, et le (ou la) troisième, qui mûrit sagement en elle, à deux doigts d’éclore. Puis survient le bruit. À l’avant, comme tous les bruits. Il s’en soucie. On le rassure. Mais le bruit persiste, s’infiltre en lui. C’est lui le bruit, un bruit dans le grand moteur de l’humanité, une distorsion dans le grand son global. Alors, brusque, il s’y met, il court, sur l’autoroute du week-end, il court à contre-bruit, à perdre haleine, pour se libérer, le lâcher, le dissoudre. Et tous courent avec lui, une meute haletante de sprinters moites qui fraternellement le talonne, marathonne au coude à coude ; et tout en lui remonte, père, élans, mots, images. La course lui monte à la tête, comme l’alcool lui submerge le cœur, à grandes foulées, à belles goulées, il court cul sec, enquille les mètres, les kilomètres au grand comptoir bitumé de l’autostrade intérieure. Jusqu’à la ligne ultime. Court jusqu’à la lie. Là, s’arrête, souffle. Puis repart, purgé, léger, l’âme recarrossée. Go ! C’est reparti ! Vrai derviche-sprinter, Jacques Gamblin avale la voie intérieure en un monologue sans frein, en roue libre, la seule vraie. Entre Courir et voler il n'y a qu'un pas papa a reçu le Grand Prix de Littérature sportive, remis par l'Association des Écrivains sportifs (le premier lauréat fut Frison-Roche en 1943 pour Premier de cordée) et a également été adapté au théâtre par l'auteur seul sur scène.

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GAVALDA Anna
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Je voudrais… se dévide sous nos yeux comme une chanson sans refrain : germanopratineuse, femme enceinte, drague-king troublé, toute la petite foule d'Anna Gavalda circule et s'affaire, chacun selon sa tragédie quotidienne. Parfois, ce train-train sourdement mortel tombe le masque et avoue sa part noire. De rendez-vous manqués en collisions brusques, les héros d'Anna Gavalda ne savent qu'une chose : qu'on les attend. Alors ils tendent la main pour voir s'il goutte, et leur paume rencontre du plomb fondu.

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GAVALDA Anna
Je l'aimais

Parce que sa belle-fille est malheureuse, Pierre Dippel, soixante-cinq ans, décide de l’emmener à la campagne. Parce qu’elle ne se nourrit plus, il décide de faire la cuisine. Parce qu’elle n’arrête pas de pleurer, il va chercher du bon vin à la cave. Et malgré tout ça, malgré le bordeaux et le bœuf carottes, elle continue de gémir, il décide d’aller se coucher. Et puis finalement, non. Il revient. Il s’asseoit à côté d’elle et se met à parler. Pour la première fois, il parle. De lui. De sa vie. Ou plutôt de ce qu’il n’a pas vécu. Cette histoire est donc la confession d’un homme dans une cuisine. ça n’a l’air de rien et pourtant, comme toujours avec Gavalda, tout est dit. Tout est là. Nos doutes, notre ironie et notre tendresse, le tapage de nos souvenirs et « la vie comme elle va »…

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GAVALDA Anna
Ensemble, c'est tout

L’action se déroule à Paris, au pied de la tour Eiffel très exactement, et couvre une année. Ce livre raconte la rencontre puis les frictions, la tendresse, l’amitié, les coups de gueule, les réconciliations et tout le reste encore, tout ce qui se passe entre quatre personnes vivant sous un même toit. Quatre personnes qui n’avaient rien en commun au départ et qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Un aristocrate bègue, une jeune femme épuisée, une vieille mémé têtue et un cuisinier grossier. Tous sont pleins de bleus, pleins de bosses et tous ont un cœur gros comme ça (non, plus gros encore !)… C’est la théorie des dominos à l’envers. Ces quatre-là s’appuient les uns sur les autres mais au lieu de se faire tomber, ils se relèvent. On appelle ça l’amour.

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GAVALDA Anna
La Vie en mieux

Mathilde a 24 ans. Elle a abandonné ses études pour un boulot sans intérêt et vit en colocation avec deux autres filles. Elle dit qu’elle est heureuse, mais est toujours obligée de boire pour s’en souvenir. Un jour, elle oublie son sac à main dans un café. Un homme le lui rend la semaine suivante. Quelques mois plus tard, et à cause de cet homme justement, elle décide de changer de vie.   ________   Yann a 26 ans. Il est aussi diplômé qu’on puisse l’être, mais n’a pas trouvé de travail. En attendant des jours meilleurs, il est vendeur. Il ne dit pas qu’il est malheureux, mais souvent, quand il traverse la Seine, il s’imagine qu’il saute et se voit en noyé. Un soir, alors qu’il est seul, il rend service à son voisin du dessus. Pour le remercier ce dernier l’invite à dîner. Quelques heures plus tard, et à cause de cet homme justement, il décide de changer de vie.

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GAVALDA Anna
La Consolante

Pendant presque trois ans (mille quatre-vingt-quinze jours), j’ai vécu dans la tête, et le corps, d’un homme qui s’appelle Charles. Charles Balanda. (Parce que le matin où je me suis dit « Allez... J’y vais. Je commence aujourd’hui », nous étions en août 2006 et qu’avant de monter dans ma soupente, j’avais (pour gagner du temps !) feuilleté le journal. On y faisait part du décès d’un homme qui portait ce nom et j’aimais cette idée, de contrarier un peu les Parques... (À ce moment-là, j’ignorais tout de ce Charles (ce qui m’amuse dans l’écriture, c’est de me lire évidemment) et ne savais pas qu’il aurait une peur panique des chevaux, (j’étais loin d’imaginer qu’il en croiserait...), or il se trouve que Balanda (cela je le savais, Galoubet etc.) est un nom célèbre dans le milieu hippique. Bah... Nobody’s perfect...) (Beaucoup de parenthèses et un(e) prière d’insérer qui part déjà dans tous les sens, tant pis pour l’éditeur...)) Au début de l’histoire, ce Charles, mon Charles, 47 ans, apprend la mort de la mère d’un de ses amis d’enfance et perd complètement les péd... les étriers. Comme c’est un garçon cartésien (architecte et ingénieur), il prend sur lui et fait de grands efforts pour se remettre en selle. En vain. Bien des chapitres plus tard, sa sœur, inquiète, lui demandera : - Hé… Tu ne serais pas en train de nous préparer une petite crise de la cinquantaine, toi ? La midlife crisis, comme ils disent… - Tu crois ? - Mais ça m’en a tout l’air… - Quelle horreur. J’aurais aimé être plus original… Je crois que je me déçois un peu, réussit-il à plaisanter. Non, Charles, je vous rassure. Ce n’est pas ça. Enfin, ce n’est pas ce que j’ai voulu... Je n’aurai pas le culot d’affirmer que vous êtes, que nous sommes tous les deux, « plus originaux », mais la crise de la cinquantaine n’était pas du tout mon propos. Ce que je voulais, c’était vous choper un matin à la descente d’un avion, vous tabasser, vous rouer de coups jusqu’à ce que vous soyez à terre, et vous le serez, souvenez-vous, sur le boulevard de Port-Royal, à terre et couvert de sang, pour ensuite vous aider à vous relever en vous tendant... d’autres rênes... Voilà qui n’est pas tellement plus original, je le concède, mais ce qui « bouge encore » à l’heure de ma prière, ce sont les deux femmes qui encadrent votre chute. Celle qui vous a désarçonné, qui s’appelle Anouk, qui était très gaie, mais qui donne à ce texte un petit goût triste et amer. Et l’autre, her name is Kate, qui va vous aider à virer les éperons, et qui –en nous racontant des choses affreuses, en nous prenant à la gorge le temps de sa confession – changera la lumière. La lumière, le ton, l’écriture, et même la typographie de cette histoire. Tout devient plus léger, plus souple, plus... incliné. Donc vous voyez, c’est vous qui m’avez obsédée, mais ce n’est pas vous le héros. Ce sont elles. Vous étiez là pour les servir. Et si nous les avons tant aimées, vous et moi, c’est parce qu’elles sont, chacune à leur manière, absolues, absolument généreuses. Encore des bons sentiments, on va dire... Oui. Pardon. À défaut de faire de la bonne littérature, les gens généreux font de beaux personnages. Je dis pardon mais n’en pense rien. À la page 478, Kate m’a déjà graciée : « ... il ne faut pas croire à la bonté des gens généreux. En réalité ce sont les plus égoïstes... » Et puis il y a les enfants aussi... Je voulais un livre avec des enfants qui soient vivants à l’intérieur. Et là, ce mercredi 6 février 2008, à l’heure où je m’insère comme je peux en comptant mes abattis, je me souviens qu’ils y sont, ces enfants, et, rien que pour eux, je suis bien heureuse de l’avoir écrit... Deux femmes, un homme qui va boitillant de l’une à l’autre et plein de gamins tout autour. Voilà pour La Consolante. A.G.

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GAVALDA Anna
L'Échappée belle

C’était en 2001, je venais à peine de terminer la rédaction de Je l’aimais quand France Loisirs m’a commandé une histoire. Un cadeau pour leurs fidèles adhérents. Comme j’étais toute courbaturée (baby-blues du manuscrit à peine envolé et tout le cinoche habituel de l’auteur en manque de ses personnages), j’ai décidé de me remonter le moral en troussant fissa une petite cavale légère et court vêtue.J’écrivis donc cette escapade champêtre. Une journée gaie, tendre, bruyante, en compagnie de frères et soeurs qui enterrent leur vie d’enfants. Des gloussements dans l’habitacle, des jurons, beaucoup de mauvaise foi, de l’herbe, des aoûtats, des bouteilles de sancerre au frais et de la bonne musique tout du long (de Dario Moreno à Kathleen Ferrier en passant par Bambi et Patachou, de la pure compil’). Je rendis ma rédac’, les fidèles eurent leur petit Noël et je passai à d’autres rêveries.Sauf que, depuis 2001, chaque fois que je vais à la rencontre de lecteurs, il y a toujours un moment où l’on me demande quand ce fichu texte sera enfin réédité. Quand ? « Bah, j’élude dans le vague, un jour, peut-être… » J’en restais là. Je craignais que ça sente un peu le rossignol, cette idée de faire un livre neuf avec un autre qui existait déjà. Enfin, vous voyez le genre… Le genre de ce genre de pudeur-là… Seulement l’année dernière – Consolante oblige – je me suis vraiment échappée moi aussi, dans des dizaines de librairies de Lille à Toulouse en passant par Vannes et Aubervilliers et, chaque fois, toujours, cette même question revenait sur le tapis. En plus maintenant y avait Internet, et le texte était devenu hyper-cher, et c’était nul ce truc de spéculation, et ma voisine qui ne veut plus me le rendre et tout ci et tout ça. Dans les derniers tours de ce marathon, je fis une ultime causette en médiathèque et là, assise au fond, à ma gauche, je m’en souviens, une dame qui n’avait rien manifesté ni posé aucune question a levé le doigt comme à l’école au moment où les chaises raclaient le signal du départ, m’a regardée droit dans les yeux, m’a tenue en joue et m’a intimée gentiment, mais fermement, de libérer enfin cette fratrie en goguette. Parce que non, pas eux, ça ne leur ressemblait pas du tout d’être ainsi confinés, cotés, happy fewisés, éloignés, tenus. Tenus à distance. Distants. Alors j’ai promis et lui ai demandé son prénom. Je suis revenue à la maison, le temps a passé et les promesses aussi. Et puis l’autre jour j’ai emprunté son exemplaire à ma voisine, justement. Je me suis relue, j’ai ricané de bon coeur, j’avais oublié toutes ces bêtises, j’avais tout oublié. J’ai repris le texte, je l’ai retravaillé (à la manière d’une qui restaurerait son tableau : rentoilage, retouches, éclat des couleurs, jeux d’ombre et de lumière), j’ai choisi les grains de riz de la couverture et j’ai écrit un prière d’insérer pour cette main levée. Pour Françoise. Françoise de Montpellier. Pour qu’elle sache que je ne l’avais pas oubliée. Anna Gavalda.   PS : Ce petit livre n’a pas d’autre prétention que de vous inviter à partager ce pique-nique. Entre gens qui s’aiment, et qui aiment la vie. Je me suis fait plaisir ! J’ai ajouté un chapitre à la fin ! A.G. (mai 2012)

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GAVALDA Anna
Billie

Franck, il s’appelle Franck parce que sa mère et sa grand-mère adoraient Frank Alamo (Biche, oh ma biche, Da doo ron ron, Allô Maillot 38-37 et tout ça) (si, si, ça existe…) et moi, je m’appelle Billie parce que ma mère était folle de Michael Jackson (Billie Jean is not my lover / She’s just a girl etc.). Autant dire qu’on ne partait pas avec les mêmes marraines dans la vie et qu’on n’était pas programmés pour se fréquenter un jour…   Non seulement Franck et Billie n’étaient pas programmés pour fredonner les mêmes refrains, mais en plus, ils avaient tout ce qu’il faut en magasin pour se farcir une bonne grosse vie de merde bien ficelée dans la misère – misère physique, misère morale et misère intellectuelle. Vraiment tout. Et puis voilà qu’un beau jour (leur premier), ils se rencontrent. Ils se rencontrent grâce à la pièce On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset. Billie a été tirée au sort pour jouer Camille et Franck, Perdican.   À un moment, dans cette scène qu’ils doivent apprendre par cœur et déclamer devant les autres élèves de leur classe, Camille lance à Franck : Lève la tête, Perdican ! et à un autre, un peu plus loin, Perdican finit par avouer à Billie : Que tu es belle, Camille, lorsque tes yeux s’animent ! eh bien voilà, tout est là et tout est dit : ce livre ne raconte rien d’autre qu’une immense histoire d’amour entre deux vilains petits canards, lesquels, à force de s’obliger mutuellement à lever la tête et à se rappeler l’un l’autre qu’ils sont beaux, finissent par devenir de grands cygnes majestueux.   En fait, on dirait du Cyrulnik, mais en moins raffiné. Là où Boris aurait employé les mots « gouffre » ou « résilience », Billie, quand elle est heureuse, lâche en ricanant : Et tac. Encore niquée, la vie.   Bah… À chacun, ses maux et sa façon de les écrire…   A.G.

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GIRARDON Jacques
Mathusalem & Cie

Journaliste d’esprit méticuleux, ayant le goût de la documentation et du contact, Eugène Galton ne poursuit, dans la vie, qu’un but : qu’elle ne s’arrête pas et cela par des moyens modernes, rationnels. Que l’immortalité lui soit accordée par la déesse Science et sa collègue Technologie. Cette mise à mort de la mort, ce virus de la survivance le travaillent en continu, prenant la forme d’interviews, d’enquêtes livresques, de ratiocinations permanentes ; et ce au point qu’il finit par y perdre sa compagne, Ninon, et par insupporter son ami Georges, qui se livre pourtant devant lui à une brillante défense de la difformité et à un plaidoyer pour une vie décomptée. Qu’à cela ne tienne, notre Eugène n’en a que pour un corps réparable, rafistolable à perte de vue avec une boîte à outils génétique multifonction, que pour une éternité « à portée de pipette ». Il entreprend de se nantir d’un clone. Entre vaudeville génétique et fantaisie science-fictive, cette comédie grinçante de Jacques Girardon nous montre l’homme incarcéré à vie dans les seules cellules dont on ne s’évade pas, les siennes, et avide de se faire la belle. À tout prix ?

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GRAFF Laurent
Il est des nôtres

Lui, « on », c'est le héros. Il, c'est Laurent Graff, l'auteur, celui qui prend « on » en filature, de sa première gorgée de café fielleux à son dernier bâillement puis sommeil. « On » vit sa vie comme un taulard sa promenade, heures fixes, petite rotative impitoyable et désespérante, petit broyeur douceâtre. Tout n'est plus qu'une enfilade monotone de petites ingurgitations (cafés, plats, apéros) et dégurgitations (pisse, sperme). Et puis, un jour, l'abcès crève. On se répand comme un petit geyser de pus. La plongée, bouteille au dos, vers le fond, tout au fond. La mort fait l'effet d'une clé retrouvée dans les replis d'une poche. Quelque part des réveils sonnent. On se lève. D'autres « on », bientôt morts, affaire de temps, d'usure. C'est ce qu'on dit.

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GRAFF Laurent
Les Jours heureux

Graff a du goût pour les hommes-bonzaïs, les êtres qui se travaillent à la main, se jardinent à mort, dedans et dehors. Son précédent roman, Il est des nôtres, parlait d’un homme s’abêtissant avec méthode, Les Jours heureux campent un sujet qui goûte d’entrer tôt dans une suave et paisible agonie. Faire de sa vie une longue et calme parenthèse, se survivre en “faisant la planche”, se reclure au calme dans une sorte d’absence douceâtre, s’abonner à un néant livrable au quotidien. On comprend un jour, à dix-huit ans, que tout est dit, déjà joué. Alors on marque le coup et on s’offre un faire-part en marbre, on se commande un caveau dont on fixe la dalle, jour après jour. De se marier, de faire deux enfants, n’y changera rien. Le héros de Laurent Graff décide de se retrancher du cours des choses, d’intégrer un espace de limbes paisibles où il écoutera se déliter la petite mécanique de la vie. Bref, à trente-cinq ans, dans la force de l’âge, il rentre à l’hospice et s’offre au banc de bois. Petit radeau champêtre qui, chaque jour, le réceptionne en compagnie d’Alzheimer, l’anonyme au cerveau carié. Et puis il regarde, jouit du spectacle de la vie en bout de quai : le doux-dingue qui fait du jogging, l’infirmière qui le chevauche en douce, la visite du politicard bruyant venu quêter des voix, le magicien de la fête du nouvel an. Malgré tout, une cause apparaît : Mireille, qu’il aide à mourir, emmène voir la mer. Puis arrive le jour où on est rattrapé par son rêve... Les jours heureux auront été coulés, et par grand fond.

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GRAFF Laurent
Voyage, voyages

Patrick pense partir. « Partir ! » pense Patrick. Il ne pense même qu’à ça, dépense surtout pour ça, cogite, médite. Mais y aura-t-il une suite ? Patrick en tremble, tout au bout du plongeoir, piétine dans l’entrée, n’ose pas sauter dans l’inconnu, se risquer enfin. Il a pourtant tout pour, Patrick : une valise bien neuve, des tongs, un couteau de survie façon Rambo et une maîtresse thaïlandaise aux poils rasés. Croupier dans un casino avec vue sur la Manche ; otage d’un microstudio où il millimètre avec délice ses déplacements ; familier d’un voisin, Pascal, qui a hérité de la vie comme d’un grand piano sans cordes, il s’affaire surtout à scruter les dames, à cartographier avec des luxes de sonde cosmique leur entrejambe. Mais tout cela nous fait-il un ailleurs ? Un petit traité de vaticination compulsive et de remise au lendemain signé Laurent Graff. À part ça, on part quand ?

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GRAFF Laurent
Il ne vous reste qu'une photo à prendre

Cela sonne comme un arrêt : la dernière photo. Comme il y a le dernier verre, le dernier jeton ou l’ultime message. Graff invente la forme neuve de la roulette russe : l’objectif à l’œil, comme le canon tout contre la tempe. On presse : y a-t-il une vie, passé le couperet de l’ultime clic ? Jeu, set et match ? Neigel, le héros, se cogne à tous les angles d’un deuil amer, celui de M. Un jour à Rome, Méphisto, entendez un sieur Giancarlo Romani (un homme que l’humain intéresse, ex-prêtre) lui offre un voyage et un appareil photographique. Règle du jeu : clore la bobine en prenant « la dernière photo ». Il n’est pas seul à jouer : d’autres sont là, comme lui, avec leur dernière case à cocher : un Japonais, maître-pêcheur de carpe, un ex-mannequin et Eros (de Bilbao). Alors, que prendre dans les rets du viseur ? Une photo qui tout résumera, apocalypse intime, une photo pour rien, une photo de rien, un souvenir à loger au coin d’un miroir, un fragment d’idéal. Geste dérisoire, simple pression, mais choix décisif. Chacun choisira de prendre ou de ne pas prendre LA photo. Neigel, lui, en fera un rendez-vous fantomatique, une hallucination douce, en reviendra plus léger.Tout cela semble bien innocent. Vraiment ?

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GRAFF Laurent
Le Cri

 On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », a écrit un Grec ancien, très ancien. Pas plus qu’on ne croise deux fois les mêmes visages, reçoit les mêmes mercis, encaisse les mêmes pièces, semble nous dire le héros du Cri, péagiste en bordure de ce fleuve de tôle, de verre, qu’est une autoroute. Au guichet du monde, il les voit tous défiler, souriants, crispés, hurlant, rusés. Sort du flux Joras, jamais un sou, entre amant et mari. Depuis sa vigie vitrée, « pivot du monde », le héros s’ennuie avec sérénité, bercé « d’une douce monotonie ». S’en viennent rompre la cadence, certains êtres, connus, charmants, et puis surtout, Le Cri. Ce tableau de Munch, volé en Norvège et qui échoue dans sa guérite. Et ce Cri, bouche distendue, malheur à qui l’entend : cri qui glace, qui fige. Un jour, Cri sous le bras, le narrateur part, seul, sans but, alors que l’humanité sombre sous l’assaut du « bruit », une fréquence fatale qui terrasse l’auditeur. Le monde a entendu Le Cri. La mort patiente, violente, au terme du chemin, que le narrateur verra sans fard. C’est alors qu’il le poussera, lui, le cri, pour qu’il avale le monde.

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GRAFF Laurent
Selon toute vraisemblance

Selon toute vraisemblance, Laurent Graff publierait un nouveau livre au Dilettante. En est-on sûr ? Tout à fait, un recueil de nouvelles. L’avez-vous lu ? vous le tenez entre vos mains. Quelles mains ? De vous à moi, un conseil : hâtez-vous de le lire avant qu’il ne vous file entre les doigts, s’évapore, que vous-même ne passiez à l’as. Graff y affine, au fil de ces dix nouvelles, des stratégies d’effacement et autres procédures de néantisation d’une malignité redoutable. Cet éloge, en dix tableaux, de l’abonné absent capte tour à tour les destins de Claude Chienchien, alias le client-mystère, un citoyen lambda testant dans l’anonymat l’efficacité de vendeurs de magasin. Là, comme n’y étant pas, nanti d’une « identité imprécise confinant au néant », heureux de n’être qu’un « passager furtif de l’humanité ». Plus loin, on capte la « vie d’un mort-né », s’attarde sur la prénommée Delphine qui voit son identité se déliter lettre après lettre, tandis qu’un autre se perd en égarant tous ses objets ou se mange pour survivre. Tout se consommera dans l’avant-dernière nouvelle, Le Mausolée, où une folie ambulatoire saisit tel ou tel, lancé vers un point du globe pour y déposer un objet anodin.

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GRAFF Laurent
Grand Absent

Une après-midi qu’il avait quartier libre et l’âme joueuse, Dieu inventa le parking. Il vit que cela était drôle et conçut, dans la foulée, le véhicule automobile, cette variante ulcérée et statique de l’humain qu’est l’automobiliste, la place de parking en nombre limité, la barrière de contrôle métallique et, fin du fin, le ticket de parking : clé de la liberté tarifée et sésame-on-décampe de l’homo automobilis. Manquait encore une cerise à ce gâteau de béton en sous-sol : le poète. Dieu alors prit son élan et créa Laurent Graff, l’aède des vertiges ontologiques. Tu seras le Franz Kafka de l’horodateur, lui dit Dieu. Graff dit oui. Dieu a eu raison, car seul l’auteur de Il ne vous reste qu’une photo à prendre, petit traité d’Apocalypse rétinien, ou du Cri, récit des ultimes dérades d’un péagiste d’autoroute parti randonner, la toile de Munch sous le bras, au sein d’un monde tué par une fréquence fatale, pouvait circonscrire ce Grand Absent, chef-d’oeuvre du cauchemar automatisé. Le lecteur y devient l’otage de ce roman où le monde s’est fait lieu utilitaire ou procédure régulée : on y vient, on y acquitte, on horodate, on en part. Un silence de nécropole baigne l’endroit à peine fêlé par le chuintement d’un petit robot dépanneur. Imaginez un scénario de Tati filmé par un Cronenberg dépressif et vous aurez l’épure de cette fiction noire, bien noire, rhapsodie glaçante pour monde en panne. Dieu serait notre Grand Absent et Graff, son prophète.

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GRAFF Laurent
Au nom de Sa Majesté

Malade du monde, rétif à autrui et se défiant de tous les autres, Laurent Graff se soigne à fortes doses d’insuline. L’insuline étant, je n’apprends rien à personne, une tendance prononcée à l’exil insulaire, à l’insularisation forcenée : le « je » se fait île, l’il s’isole, se désempoisse du commun, se barde de solitude, s’encapsule, devient un électron libre de toute attache. Opération délicate vu la fragilité de votre bulle offerte à toutes les crevaisons. D’où le choix d’une île loin de tout, une vraie, petite et bien bretonne, rongée des flots et battue comme plâtre par les vents, avec de vrais morceaux d’îliens en surface. Seul, en location estivale, Graff nous fait les honneurs du lieu, d’abord à coups d’haïku minéraux, copeaux de mots qui donnent du lieu une vision éclatée, kaléidoscopique. On entre ensuite dans le vif du sujet : un mémorable conseil municipal improvisé réuni chez Graff à la suite d’une rumeur récurrente, le possible tournage du prochain James Bond. Et Graff de nous offrir même, en exclusivité, un fragment de scénario hallucinant. Mais arrive le temps où il faut rentrer, sur le continent et dans le jeu, consentir à se désinsulariser. Retour sur soi pour finir, bilan sur seize ans d’écriture, l’ « il mystérieux » de Laurent Graff dissipe la brume, ébauche ses contours.

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GUIBOURGÉ Stéphane
Citronnade

"L'adolescent est inépuisable. Fait divers permanent, l'adolescent est le centre, séculairement corvéable, de petits drames initiatiques ; l'enjeu d'épopées quotidiennes, ponctuées de rites brutaux, marquées d'écarts sanglants. Stéphane Guibourgé apporte ici son témoignage oculaire, une déposition en cinq points, cinq nouvelles. Entre fougue et mélancolie, de microroman saccadé en petite physiologie du contemplatif énamouré, Citronnade, à mi-chemin du lait fraise et du château-margaux, est un recueil conçu comme une petite valise à cocktails."

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GUILLOT Bertrand
Hors jeu

Assalti is the name. Jean-Victor Assalti. Ex de l’École (un haras pour gagneurs), hâbleur, joueur, dragueur, ce plus-si-jeune loup de la com se voit chassé de la horde. Réduit à rien, entendez à suivre des matches et des dames, sur écran et entre les draps, il finit par opter, entre deux recherches d’emploi, pour la suprême aventure: intégrer les combattants d’un jeu télé (La Cible). Commence alors le jogging initiatique: tests, farandoles des questions, quiz mutins, trous de mémoire et érudition lance-roquette. J.-V. saute toutes les haies, dominateur, suréquipé et coaché à mort par amis et relations. Arrive le jour des premiers essais : sunlights, moiteur et concentration. Passez muscade! Le training continue, ponctué d’une party ou deux, d’échanges, d’impasses et de rencontres dont celle, majeure, d’Emma qui l’accompagnera sur le plongeoir le jour J du Grand Jeu et à qui il réservera un bouquet de finaliste ébouriffant. Alors roulez, bolides, dans cette effervescente romance signée Guillot où Dieu est un podium et Assalti son ultime prophète.

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GUYARD Alain
33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons

Nom : Guyard ; prénom : Alain ; vocation : Socrate des parloirs, Bergson des centrales. Si Hammett, comme l’a écrit Chandler, a ôté le polar de son vase vénitien pour le jeter dans la rue, Guyard, lui, a extrait l’art de philosopher des hauteurs sacrées de la chaire pour le fourrer en tôle, soumettre la dialectique à l’écoute des incarcérés. La chose n’est d’évidence pas fort aisée ; en témoigne son précédent opus, La Zonzon ou les soubresautantes avanies du philosophe Lazare Vilain, parti philosopher entre quatre murs, et ce qu’il en advint. Mais initier à l’art du concept les écroués, s’il se fonde sur le talent de l’orateur, se doit aussi d’en passer par l’art du manuel, d’où ces 33 leçons que publie le Dilettante. Partant du constat que « l’histoire de la philosophie ressemble plus à une cour des Miracles qu’à un court de tennis », Guyard narre l’histoire de la métaphysique comme elle doit l’être : avec l’encre des faits divers, éclairant les aventures du concept à la lumière des réverbères. Socrate se fait « philosophe de comptoir », Épicure écope de l’étiquette demi-sel, Ockham joue du rasoir dans les contre-allées de la théologie, Machiavel vire au serial killer, Descartes au mercenaire ; quant à Spinoza, c’est carrément « Ramdam à Amsterdam ». Cossery, « dernier des pharaons », ferme cette « parade sauvage ». Sont joints à ces coruscantes méditations canailles des travaux pratiques, utiles pour l’évaluation des sujets. 33 leçons pour rendre à la philosophie, aujourd’hui si populaire mais si inoffensive, son maquis et sa bonne odeur de poudre, de fer chauffé à blanc, et de vin rouge.

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GUYARD Alain
La Zonzon

Après certaine Philosophie dans le boudoir rêvée par Sade à la Bastille puis à Charenton, le Dilettante vous offre, en programme exclusif, offert par Alain Guyard, la philosophie dans le parloir, une version hautement pénitentiaire et fort peu dialectique de la méditation métaphysique et de l’investigation morale. Mais encore ? J’y viens. Attendez-vous à savoir que Lazare Vilain, philosophe de formation et dialecticien de vocation, s’en vient, suite à une proposition officielle, à enseigner son noble art devant un public de taulards, histoire de pondérer leurs ardeurs et d’ouvrir dans leur mental irascible une fenêtre vers le ciel des transcendantaux. Il monte donc en chaire en tout lieu de détention qu’on lui signale. La chose se passe au mieux : troublé, inquiet, séduit, le public répond présent. Mais peu à peu Vilain se familiarise, copine, couche et devient passeur de courrier, puis partie prenante du milieu, pas de celui qu’il importe de garder en toute chose, mais de l’autre qu’il importe de ne fréquenter qu’armé de méfiance et d’un Glock fait à sa main. Dans son sillage, on fréquente salle de boxe, clubs, claques, arrière-salles et bas-fonds ; on s’invite à la table de M.Riccioli, on croise Rocky-les-baffes, Leïla la veuve d’un braqueur anar et les Barbarovitch les bien nommés, les Peachum du PACA, régnant sur toute une famille de mendiants et d’ouvriers bidon. On assistera même à une corrida carcérale et croisera un « pizzaiolo pornologue ». Final en forme de déclaration d’amour et de règlement de comptes politique. Nietzsche a rêvé d’une « philosophie à coups de marteau », Guyard vous offre, porté par un style goûteux et argotique, la métaphysique à coups de mandales. Affaire de style. Tendez la joue gauche, premier service !

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GUYARD Alain
La Soudure

Tremblez faiseurs et vous indignes passeurs de momies et autres fourgueurs de mornifle littéraire, le Guyard circus is back in town ! Les yeux regagnent leurs orbites en catastrophe, les pendules sont remises à l’heure au pas de charge, on retouche terre dans l’euphorie : voilà du vrai, du velu et du carné. Voilà de l’écriture ! Après l’épopée philosophico-carcérale de La Zonzon, après une montée en chaire d’anthologie pour 33 leçons de philosophie voyoutes, voilà La Soudure qui est, je n’apprends rien à personne, l’art de boucler son mois et de fusionner les métaux. Romance chienne pour Gitan technophile, saga en roue libre pour quelques éborgnés de la vie. J’énonce : Lui, c’est Ryan Moreau, impatient-né et dentellier-soudeur virtuose, elle, c’est Cyndie Roux, une gentille téléportée du bulbe qui vit d’amour pur et d’art métallique ; autour de ces accortes tourtereaux démonétisés et sans enfant gravite une galaxie de monstres joviaux comme maître Cube, obèse avocat marron, les patibulaires frères Patrac, Kristopher, compagnon de route et de déroute, la reine Josépha, impératrice des caravanes. Et tout ce beau monde d’affiner à l’infini l’art de gagner plus en travaillant peu, si ce n’est en trafiquant de l’herbe louche ou de la poudre d’escampette, en désossant les 4 X 4 et en rêvant méthode, planning et dividende. Après passage par la case prison et embrasement généralisé, tout cela aurait pu mal finir, dans l’hécatombe et le déficit, si ce n’était l’appui poétique d’un capitaine lyrique aux élans homériques qui remettra à flot tout ce beau monde. Alors quoi, en définitive ? Eh bien c’est : « criard, vulgaire, agressif et disproportionné comme une femme saoule qui accouche debout (...) absolument mochetingue, mais joyeusement barbare, délicieusement obscène comme un bikini de petite fille taillé dans une escalope crue. » C’est l’auteur qui le dit, croyons-le. 

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HOLDER Éric
Les Petits Bleus

plaquette in-16 br., édition originale, exemplaire hors commerce sur vergé de ce texte repris in Nouvelles du Nord et d'ailleurs en 1998, non coupé.

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HOLDER Éric
La Belle Jardinière

« Vingt ans : l'âge prête encore à trop de bouillonnement, mais enfin, quelques choix semblent acquis. On en pince pour l'élégance des voix discrètes, Calet, Vialatte ou Cingria. C'est telle librairie où leurs livres ne dorment pas. Là, on complète le tableau des affinités, le livre, la parole. En 1984, la librairie se fait éditeur. C'est toi qui vas ouvrir le bal : deux nouvelles “du Nord”, 20 pages, 333 exemplaires… Le feu est allumé sous le creuset. Toi, au fond, tu ne défriches jamais, livre après livre, que ce que tes vingt pages annonçaient déjà. Le Dilettante a dix ans. C'était bien le moins que de lui ramener, pour l'occasion, un bouquet de ton champ, l'été.

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HOLDER Éric
En compagnie des femmes

Holder est un bluesman aigu et lascif. D'un coup de corde de son luth, il vous plante le désert, d'un autre, aménage la torpeur. Les femmes d'Holder : des rêves de la faim, des mirages désertiques. Elles montent de la mémoire comme d'un bitume surchauffé des spectres tremblants surgis de la chaleur. Alignez trois souvenirs divers, trois mots pareils, et la menue mitraille vous coule entre les doigts. Les femmes sont nos bandits manchots.

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HOLDER Éric
Masculins singuliers

C'est, dit-on, de biais, du coin de l'œil, qu'on observe au mieux la clarté des étoiles. C'est du coin de l'œil qu'Holder scrute le monde et les êtres qui y vivent. D'une manière tout à la fois frontale et décalée. Pour en mieux apprécier les clartés fugaces, en cerner les intensités et palper matière et substance. Éric Holder, dans ce recueil de proses courtes et de nouvelles, hommage à de singuliers spécimens de masculinité, déploie tout un art de pincer le réel comme on pince une corde, de le faire entrer en vibration. Un art de toucher les choses comme jadis on le faisait du clavecin. Et c'est ainsi qu'on voit monter du sol, comme échappé d'une brume de chaleur, Emilio, le manouvrier hanté par le souvenir de fugaces amours avec une starlette; Dominique, le militaire songeur qui se réfugie dans le climat chaleureux, l'amitié d'un couple homosexuel; Broni et son week-end culturiste. Visions entre lesquelles s'immiscent une séance de pêche au brochet et une corrida sylvestre où l'on bataille à vache que-veux-tu. Le monde est fait pour aboutir à de belles rencontres, à des livres. Et non le contraire, nous confie Holder. Dont acte.

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HOLDER Éric
Les Sentiers délicats

Partir, dit-on, c’est mourir un peu. À suivre Éric Holder dans les méandres de ses sentiers délicats, on aurait l’impression de revivre. Bien plus que la destination, c’est le voyage qui compte. Un voyage à l’intérieur de huit nouvelles et par tous moyens : à pied, en chemin de fer, à moto, en voiture, etc. Mais qu’importe, pourvu qu’on ait l’ivresse. Celle du jeune narrateur qui par son échappée belle parachèvera son éducation. Celle de cet écumeur de rivières qui a pour maison le monde sur un coup de volant. Le motard n’est pas en reste : pesanteur abolie au profit de la force centripète, halte impromptue, plaidoyer pro moto. Se souvenir d’une Alfa Romeo rouge, et Anne Deux apparaît sur le siège conducteur. Dans le train, la conversation oiseuse d’un couple anglais se révèle être le déclencheur d’un cocorico d’anthologie. Et parfois suffit au bonheur de marcher dans la campagne tout en écoutant le pèlerin, frère Jean. Ne reste plus qu’à s’accommoder du jet lag où le songe peut l’emporter sur la réalité, à moins que ce ne soit le contraire. Vingt ans après Nouvelles du Nord, premier livre d’Éric Holder et des éditions Le Dilettante, voici huit nouvelles qui défilent à l’allure d’un phrasé délicat. Holder écrit comme il entend vivre : sur la roue arrière.

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HOLDER Éric
Nouvelles du Nord et d'ailleurs

D'Holder, les livres sont minces comme des tuiles, tranchants comme elles. Des nouvelles qui vous entaillent finement l'âme. Vous verrez, les textes d'Holder sonnent comme des 45-tours : ils grattent à force, mais on les rejoue sans cesse. À cette fin, Le Dilettante en a groupé un éventail de quatre spécimens. Nouvelles du Nord, hommage aux toutes petites gens tapies derrière leurs fenêtres ; Les Petits bleus, où sa mère, en visite, sort du train, comme un foulard d'un chapeau, où les Tropéziens ont le moral au plus bas, où l'on s'amourache d'Irène au cœur en corne d'abondance vigneronne, où la micheline se peuple de spécimens franco-immortels ; La Chinoise, qui amène Holder aux gestes sauveteurs et nourriciers ainsi qu'un peu plus loin à des pratiques érotico-arnaqueuses, et puis Bruits de cœurs, où il suit quelques dames avec attention, amour et minutie ; de chaque trou de l'harmonica s'envole une nouvelle qui est un son strident, aigre-râpeux ou doux et vibrant.

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HOLDER Éric
De loin on dirait une île

 On s’en doutait depuis ses débuts comme coursier (Nouvelles du Nord ), mais la chose, là, devient claire : Éric Holder est un héros de western. Manière d’éperonner amoureusement les paysages, de humer la tension d'un village en s’invitant dans ses bars, d’en capter le charme par la voix des femmes, le regard des hommes, de dénicher au repli d’une dune, au recès d’un abribus des figures hors norme, des communautés étranges, de surfer sur la violence d’un lieu, la captant, la déjouant. Sa petite caravane familiale a décidé de se poser en Médoc, à la pointe de la Gascogne, entre Gironde et Atlantique, et tout dès lors de s’organiser selon : aérer le jardin à la faux, mener le fils à l’école, apprivoiser les comptoirs, prendre les natifs au rets d’amitiés vraies, orchestrer les jeux des chats, jouer les paratonnerres souriants (notre homme, parmi d’autres activités, est un grand friseur d’incidents). Holder nous conte les aléas de son implantation pionnière par scènes rapides, à la foulée brève, nourries de dialogues taillés juste. Mais le Médoc est une terre rongée par la mer, placée face à la voracité tranquille de l’océan : le geste des Holder y gagne alors une gravité sourde qui donne au récit un caractère d’éternelle fin d’été. La mort est en terrasse et ne semble sommeiller. Profitons-en.

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HOLDER Éric
Embrasez-moi

C’est une affaire de lettre volée, de lettres manquant à l’appel, de lettre en trop. Qu’un « S » manque et l’on passe, en un lent mouvement coulé, de l’embrassade à l’embrasement. Que le « A » s’impose et la bise tourne à la baise ; que le « R » se mette de la partie et la baise le cède à la braise et nous revoilà dans l’embrasure à scruter les embrasements des baiseurs. Holder, au fil de ce recueil de nouvelles, Holder, qui doit l’émergence de sa plume à de précoces récits fessus débités pour des potes d’internat, Holder, fin goûteur de grands crus érotiques, Holder récapitule ses souvenirs, façonne des figures, crée des situations et nous invite près de son petit brasero intime. Nouvelles moins érotiques qu’éperdument charnelles où les passions brusques ou lentes prennent la forme de corps électrisés ; où le sexe se fraie une voie d’évidence au cours de récits où il ne sera question que de champs magnétiques, de corps en écho. Au cœur de cette flambée ardente, chaque charbon porte un nom : Cathy, l’étoile filante aux lèvres roses ; Marie, chevauchante Walkyrie aux arômes de lait et de lessive ; Aurore aux amours bipolaires et au cœur lourd ; Blandine au piano, son cou de cygne et son Renato ; Farid aux lèvres fuchsia livré à un trio sadien ; Pauline aux yeux pers et Lætitia en son salon (du livre). Des amours vécues à cru, sept perles de chair que nous livre Éric Holder, tout feu, toutes femmes. Je peux entrer, faites donc.

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HYVERNAUD Georges
Feuilles volantes

Ces abandons à la poisseuse déprime, ces décharges d'exaspération remontent aux années 35 à 50. Années de tristesse, de mensonge et de détention (en camp). Ces feuilles violentes s'abandonnent, mortes et glissantes, sous les pas. Le monde d'Hyvernaud : de trop petites gens qui s'étriquent et se moisissent un rebut de vie à eux. Reste à mettre entre eux et lui quelques mots, échappés à la littérature, cet art de farder son fardeau. Hyvernaud invente l'aphorisme-fleuve : une toute petite phrase, pressée, triturée, peu à peu vide son jus, son sens. « Ça m'aurait plu », « Me suis peint en raté », « Je ne sais pas penser » : dérisoires fendilles par où le désespoir gicle son encre. Et puis : « Pour nous, il est trop tard. Nous avons pris nos plis. Nous ne nous défriperons plus. »

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JONCOUR Serge
Vu

"Il n'y a qu'eux pour être comme ça, des porte-malheur ambulants, des parapoisses. Des chasseurs d'or gris où le pépin vaut pour la pépite. Eux, ce sont : la douairière sur son trône, le père louf, la mère et les mômes. Une famille en or pour ceux qui s'engraissent du malheur du monde. Jugez plutôt : ils ont un champ ; eh bien c'est dans ce lopin de rien que vient s'épandre un Boeing plein à craquer de victimes non consentantes. Alors par là même, les mange-mouise de l'info s'intéressent et délèguent l'Ampoule, un journaleux cameraman, pour faire le plein d'images atroces. Mais voilà, problème : la mouise, c'est comme les miracles, ça ne prévient pas et il y a des jours sans. À peine là, c'est l'accalmie : les bévues s'éclipsent, les drames ont du vague à l'âme. Que voulez-vous, quand le malheur des zincs fait le bonheur des autres, c'est tout Vu."

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JONCOUR Serge
U.V.

Une villa, sur une île, au plus fort de l’été. Un jour, un homme débarque et se présente comme l’ami de Philip. Seulement Philip n’est pas là. Il n’arrivera que demain, après-demain au pire, on ne sait pas. Et c’est là que s’opère un premier tri dans le collège des hommes : ceux qui d’emblée incommodent, et ceux qui s’installent. Celui-là s’installe, il se fond même tellement au décor qu’il s’avère vite le convive parfait, l’élément distrayant. Sur trois générations il n’en finit pas d’asseoir une sorte d’emprise, sinon de charme, au point que certains en viennent à le trouver irrésistible, et d’autres indispensable. Seul André-Pierre a décidé de se méfier. Il n’aime pas ce genre de type, balnéaire et bronzé, André-Pierre qui ne cesse de ressasser cette question : mais pourquoi Philip n’arrive-t-il pas ? Pour lui tout alimente l’inquiétude, jusqu’à cette canicule qui entête, qui échauffe les corps avant les esprits. Jamais il n’a fait aussi chaud, jamais la mer n’est apparue aussi souhaitable et haute, juste là, en bas des marches, par où Philip arrivera. Patiemment, Joncour assemble ses pièces, maîtrise le volume des cris et les sautes de calme. Highsmith rôde non loin. Chabrol rit dans le jardin d’en face.

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JOUBERT Dominique
Les Vents contraires

Dominique Joubert est poète. Il se flâne une vie lente, calme, et ne s'arrête pour écrire qu'à court de routes, à bout de sentier. Dans Les vents contraires, il se laisse glisser d'une Afrique à l'autre, et aboutit à Dakar, trois recueils de poésie et du tabac à rouler dans son bissac. Un joint convivial grillé avec un marin de fortune, ami de hasard, le propulse en prison. Trois mois ferme. Récit d'un enfermement meublé par des lectures et de rares conversations, la maladie (une otite), la guérison, le palu, la sortie. Il faut rentrer, nanti de quelques vérités de fond : « Gide est illisible en prison », l'immobilité, et puis cet axiome : « Tout acte, en prison, est un acte mystique. »

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JOUBERT Dominique
Le Chien de la Barbare

"Toute ville a sa houle. Celle de Berlin est lourde, pesante, ville au ressac épais. Joubert se laisse porter par la ville, ballotté par elle, de-ci de-là, otage du courant. C'est un petit cours de dérive lucide qui, entre Fargue et Martin, nous est donné là, en quelques pages ; les jambes se laissent faire, l'oeil est en alerte, la narine reste pensive. C'est le corps qui pense et la tête qui marche. Et toujours un chien, là, devant, qui quête quoi ? On ne sait. Lentement, l'homme qui suit le chien finit par se prendre pour lui, saisir qu'entre deux dérades rôdeuses, rien ne tranche. L'homme n'est qu'un chien des rues, il a simplement la narine plus haute et le droit aux terrasses. Un désespoir commun, à rase-pavé."

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JOURDAN Juliette
Le Choix de Juliette

La scène se passe à Tours. Tours, patrimoniale et calfeutrée ; Tours :  La Mecque de la rente fixe et du gorgeon gouleyant. Raté, brave homme : pour Juliette Jourdan, Tours c'est "La Mecque des transsexuelles". Et puisque Balzac il y a, ce que nous offre l'auteur, dans ce roman sanguin et scintillant, c'est l'"envers de (son) histoire contemporaine" : ville nocturne, louvoyante, brutale et apeurante. "Quand il eut passé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre" dit - on dans Nosferatu : passé d'un sexe à l'autre, d'une rive du corps à l'autre, on voit accourir de bien terribles spectres faits de regards graveleux et de gestes furieux, de désirs coups de poing et de maquillages tremblés, d'hémorragies soudaines et d'angoisses subites. Tout à refaire chaque jour, chaque heure, avec l'aide précaire de la trousse à pilules, des corps amis, proches, soumis à la même lutte. Un petit monde offert et secret, en route vers ce paradis lointain : une journée ordinaire dans une monde banal. Tour de chant, partouze ou colloque tribal, profession de foi ou confession en musique : rien jamais de définitif. Corps précaire dans l'"épouvantable douceur de la nuit", trompe- l'oeil et château de cartes. Le monde de la transsexualité au quotidien nous est ici livré par Juliette Jourdan dans un roman où le souci de témoigner s'épanouit dans le  "mentir-vrai" du récit : "J'ai pensé : c'est donc ça ma vie ? Je ne la vis pas ; ce n'est que du temps qui passe en moi. Pourquoi ?" Dont acte.

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KILODNEY Crad
Villes bigrement exotiques

Les cartes sont tristes. Faites pour les sérieux, les puissants, les gens pressés, elles ne pointent que les hauts lieux, les voies royales, les fleuves navigables, les routes qui vont quelque part. Bref tout ce qui sert. Une carte est à lever qui ne signalerait que les angles morts du monde, les lieux non-dits, ceux où l’on ne va que par goût des plaisirs torves, des manies contondantes. Et ce pourrait être au Canadien Crad Kilodney, dont les Villes bigrement exotiques paraissent au Dilettante, d’en marquer les centres nerveux. On lui voit en effet, au travers de ce recueil d’escapades véloces, de proses voyageuses ardemment torrides, un goût certain pour les cités maudites, les villes champignons hallucinogènes, connues ou inconnues. Grâce à ce digne cicérone, on fait étape à Oïmiakon, le « jardin de la Sibérie », on savoure la poésie de Kunduz l’afghane, avec son joli «musée des membres amputés» et son club No-Go où les femmes font la bête à deux dos avec une tripotée de calmars ; à Nyala, au Soudan, les lits sont équipés de poignées à orgasme ; passant par Snuol, vous pourrez rencontrer le meilleur sosie cambodgien d’Elvis. Quant à Pyongyang, cité à la Chirico, le communisme d’État y devient la dernière forme moderne du fantastique. Saluons Elbasan l’albanaise, son monorail à âne, son donneur de sperme de renom mondial. Un tour du monde pour empêcheur de voyager en rond qui se clôt par Vinh de Vietnam, son musée Ho-Chi-Minh et son perroquet Nestor à la Michel, mets réputé. Alors Exotic airlines ! embarquement immédiat ! destination à volonté. Boîtes de nuit et vaccins compris dans le forfait. Le commandant Kilodney et son équipage de poulpes et stripteaseuses sont à votre disposition.

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LACOCHE Philippe
Le Pêcheur de nuages

A partir de 14 ans. Les Uns, les autres, ce sont des enfants et des adolescents aux prises avec les réalités sociales de leur temps. Leurs histoires donnent des romans ouverts sur le monde pour adolescents. Antoine, 14 ans, vient passer ses vacances en Champagne chez ses grands-parents. Il y retrouve son cousin Simon, 16 ans. Le défi de l'été : capturer un énorme brochet de 12 kilos qui fait régner la terreur dans la rivière de la région. Un véritable monstre ! Qui casse les lignes les plus solides, gobe grenouilles et canetons, sidère tous ses poursuivants par son intelligence presqu'humaine. Et puis il y a la belle Solange, dont Simon tombe éperdumment amoureux ... Un roman proche de la fable évoquant en filigrane l'enfance qui s'efface pour laisser place à l'âge adulte.

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LACOCHE Philippe
Des petits bals sans importance

Rico est là, sous la dalle, au cimetière. Son visage de gitan dégaine un sourire grinçant sur la photo de l'ovale sépia qui orne sa tombe. Rico est mort. Mais de quoi au juste ? Le narrateur va mener l'enquête pour le savoir. On le suit alors pas à pas dans sa vie d'accordéoniste de bal musette au coeur des années soixante-dix, dans la Picardie profonde. Une vie émaillée de regrets amers.

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LALUMIÈRE Jean-Claude
Comme un karatéka belge qui fait du cinéma

Rescapé de plusieurs redoutables théâtres d’opérations tels que la bureaucratie diplomatique (Le Front russe) ou le tourisme culturel itinérant (La Campagne de France), Jean-Claude Lalumière se risque là dans un monde mouvant et incertain, celui du « Paris, à nous deux ! » d’un jeune « apatride social » se sentant mal décrassé de sa campagne et avide d’une grande percée en terre parisienne. Alors, moteur ! Le héros, un gars de Macau en Médoc, fils d’un ouvrier viticole, survivant entre un frère apprenti garagiste et une mère cruciverbiste et méritante, décide un beau jour de déserter les chais pour les sunlights, de monter à Paris, riche de ses seuls yeux fiévreux de jeune cinéphile. Là, il remplit la hotte, vendangeant tout ce qui pousse en matière de culture. Mais la ville a « sur [ses] économies l’effet du soleil sur la cire des ailes d’Icare » et la grande percée n’arrive pas. D’où manœuvre de repli dans une galerie d’art contemporain où il devient l’homme à tout faire de Monsieur Henry et le spectateur sceptique des « événements » artistiques les plus effervescents. Mais rien n’y fait, pas même son mariage avec la bourgeoise Anne-Sophie, et une permanente mélancolie poisse le quotidien de notre homme. Quand soudain ! un trajet pour le bar du Lutetia prend des allures de chemin de Damas. Il y percute en effet rien de moins que Jean-Claude Van Damme. Barricadé derrière sa bière, il assiste à Van Damme prophète et bonimenteur. Révélation. Un périple romanesque que clôt le pèlerinage aux sources d’un voyage en Médoc entre retrouvailles avec le frère, cendres du père et vaticinations de la mère. Entre roman d’initiation balzacien et film d’une vie rêvée. Dans la vie, le super 8 se gonfle rarement en 35. Chacun son format, telle est la leçon que semble nous souffler, pour son troisième roman, Jean-Claude Lalumière.

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LALUMIÈRE Jean-Claude
Le Front russe

Le grain de sable, on croit le connaître, mais il peut prendre bien des aspects. Celui qui vient soudainement gripper la carrière de fonctionnaire diplomatique, benoîte et prévisible, du héros du Front russe, formé à l’exotisme par une lecture méticuleuse de Géo, adopte celle d’un attaché-case. Grande chose noire et anguleuse, cadeau de maman. À l’heure de l’entrée en fonctions, un chef de service vient y donner du genou. En découle une lésion au front assortie d’une mutation sèche, aux confins de l’empire, sur le « front russe », service voué au « pays en voie de création – section Europe de l’Est et Sibérie ». Usant de cette officine diplomatique (située dans le néo-XIIIe, « sorte de Broadway faussement high-tech ») comme base opérationnelle, notre homme va répondre à une rare vocation de gaffeur lunaire et de planificateur de catastrophes, plus désopilantes les unes que les autres, qui renforceront l’exil de notre homme sur le « front russe », entre Boutinot, le chef de service, Aline, fugace maîtresse et quelques collègues improbables. Notre homme, frustré dans son désir d’horizon (« J’avais l’impression d’être loin sans être ailleurs »), se résignera à ce bout de quai qu’est sa carrière de fonctionnaire (« Je vis et il ne se passe rien »). Mot de la fin, signé du même : « L’histoire d’une vie, c’est toujours l’histoire d’un échec ». Le livre, lui, est une vraie réussite… Rire garanti…

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LALUMIÈRE Jean-Claude
La Campagne de France

Nous avions donc laissé Jean-Claude Lalumière en proie aux entrelacs et aléas de la bureaucratie diplomatique sur Le Front russe qui, comme chacun le sait, campe dans le XIIIe arrondissement de Paris. Avec La Campagne de France, retour aux terroirs gaulois et à un théâtre des opérations subi dans les affres par Alexandre et Otto, deux militants ardents de la « Drôle de guerre » culturelle, apôtres souffrant du culturalisme, itinérants, bref, patrons de Cultibus. Ou comment, forts d’un bus d’occasion marchant au colza, imbiber de culture une escouade de douze Luziens activement retraités (le retraité actif étant au voyagiste culturel ce que le baigneur est à la méduse : une manne !). Mais là les deux fantassins de l’escale lettrée (de Mauriac à Dany Boon, avec crochet par Oradour et pause en Limousin giralducien) se doivent de composer avec un panel redoutable : germanophobie ancien-combattante, surdité, pédantisme automobile, virevolte amoureuse, lubie de dernière heure qui impose un détour par une usine de bonbons et une descente au Musée de la pomme tapée, piquet de grève laitier, etc. Et il faudra bien la « Mustaphette » de Josy la Frite et son accorte tablée pour redoper le moral en berne de la troupe débandée. Les voyagistes culturels seraient-ils, à l’image des pères de famille, les ultimes aventuriers du monde moderne ? La réponse avec cette symphonie pathétique pour douze retraités, un bus et quelques illusions perdues.

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LENNER Anne
Cahin-caha

Lui, c’est la Tremblote : « pantin assis sur une gégène invisible », handicapé moteur majeur, les moelles en fuite et des gestes à la syntaxe absente. Autour de lui, outre maman, Chloé la sœur piercée à mort, Lulu l’ami et Elsa la toubib avec sa thèse manuscrite, un aréopage de corps en souffrance. A l’école, le freak subit assauts, coups bas, mais tient néanmoins, cramponné à sa souffrance comme à la planche pourrie d’un radeau. Survient le pire : tabassage en règle dans les gogues du lycée. Le freak, alors, se vote la mort. Et il cherche comment. Option pilule en ouverture de bal : échec. De retour à la case scolaire, son pote Lulu lui offre alors la rédemption par le camp d’été. Feu vert de la mère. Départ et désillusion : lieu morose et atmosphère plutôt rude : le poney-club a goût de crottin, la virée au centre commercial une allure d’arnaque. Seul le bain aura saveur et portera leçon, accompagné d’une petite fugue hors de la routine estivale. Puis, peu à peu, une sérénité vient, qui gagne, croît et aplanit et comble cette vie-ornière. La Tremblote se sentira pousser des jarrets de centaures et venir un corps d’ébloui. Histoire lente d’une reconquête que rythment les mots lourds du blues, ainsi va la Tremblote d'Anne Lenner, mort de corps, fort de mots.

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LENNER Anne
Ça va trop vite

On vous aura prévenu : cela va aller vite, et même bien trop. On détaille. La durée : trente ans, mais en trombe. Lieu quasi unique : le Bocal, une cité aquarium banlieusarde, toute de béton opaque, bien complète de sa faune étrange. Le héros, l’avorton raclure au mental pourri de rêveries yankees qui nous narre sa saga a tout du local lambda : père turfiste dingue, mère au foyer, grand frère « trois F : frime, filles et fringues ». Et l’on n’oublie pas Nadia, donneuse de joie. Ses débuts dans la vie, il les fait à coups de trafic de clopes, ce jusqu’au jour où il rencontre Lacrymo, le dealer. Alors là : choc ! révélation ! L’homme est albinos, semblant « le fruit des amours du lapin d’Alice et du chapelier fou ». Après une prise de contact plutôt rêche, notre héros, rebaptisé Epsilon, devient le bras droit de ce « Proust de la schnouf » : deal au quotidien pimenté de menus larcins. Les choses prospèrent, mais se corsent le jour où notre héros dénonce son frère à Lacrymo, qui renvoie la balle. Et son frère d’offrir Nadia la gagneuse à son club d’amis. L’affaire prend vite les proportions d’une poubelle, celle dans laquelle on retrouvera à l’aube la viande du grand frère allégé de sa mâchoire. Epsilon n’en continuera pas moins à tailler dans la vie sa trajectoire de teigneux : junkie un jour, dealer le lendemain, star de la variété le surlendemain. Rail de paillettes, ligne de strass. Pour clore cette dopante virée en zigzag, retour à la case Bocal avec suspense final infernal. Alors tout le monde en piste pour ce Scarface version Paris Nord, ou quand Tony Montana se la joue 9-3. Shake your booty !

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LENNER Anne
L'Âme soeur

C’est Vialatte, en exergue, qui ouvre le bal et donne le ton : solitaire enfance nez-en-l’air et pailletée de magie propice, d’épopées à construire soi-même et de songes aussi creux que l’arbre aux fées. Angèle porte bien son nom : fille, entre ciel et terre, de Français basés en Afrique, adonnée, entre le boy De Gaulle et la chienne Béribéri, à titiller les sensitives, scruter au télescope le cosmos étoilé ou la vie des voisins, elle voit un beau jour un autre ange la rejoindre. Celui-ci descend du courrier postal et se nomme Gloria, fillette africaine que viennent d’adopter ses parents. Vite, le conflit s’ouvre, s’affirme « le plaisir de se détester ». Enjeux parmi d’autres : la boîte à gâteaux ou le fauteuil de lecture ; blitzkrieg faite de confiture glissée dans les chaussons et de rosseries futées. Mais c’est la cure magique d’une providentielle panne d’inspiration de Georges Dufresnes, le père, qui servira à « enterrer la hache de guerre » et à nouer entre les deux gamines un pacte fantasque,  fait de magie pratique et de travaux manuels. Petit troc de sortilèges qui n’arrivera pas à rendre son cliquetis à la machine à écrire paternelle. Anne Lenner nous tend pour goûter un ultime Fruit du Congo. À mordre sans crainte.

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MARCELLE Pierre
Articles de Paris

Parus dans Libération durant l'hiver 1988-1989, ces « articles » assemblent en quelque sorte l'herbier, ambulant et pédestre, d'un flâneur. À la surface de Paris, Pierre Marcelle, le prévôt des marcheurs, prélève de menues parcelles : une placette, rue Didot ; un billard à Clichy ; un pont aux Buttes-Chaumont, etc. Articles de Paris, ou l'esquisse du « plan de Paris pour gens de tout repos » dont rêvait L.-P. Fargue en 1938.

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MARCELLE Pierre
Fériés

Marcelle marche. Il flâne comme il respire : lentement, à fond, en détail. Humant Paris à pleines jambes, il s'étourdit de quelques lampées de bitume sous la langue. Aujourd'hui, c'est pause. Pierre Marcelle prend Paris au bivouac, à l'heure des chants et du repos. Il y a des jours, comme ça, où Paris freine et s'offre des plages de débrayage urbain. C'est, en l'an 94, ces quelques jours où la ville fait relâche : Pâques, fériée sans féerie, Paris évidé comme une coquille. 1er Mai, où les travailleurs se ruent dans la rue qui se fait lit pour leurs cohortes. 8 Mai, petite feria guindée et militaro-cocardière ; l'Ascension ; Noël… Marcelle se fait zapper par l'actualité socio-policière, abbé-pétro-kouchnérienne, Sarajevo, Goma, Kigali. La marche se casse à ces kiosques où l'actu vous accoste toutes plaies dehors. Que voulez-vous, il y a les jours avec et les jours sang.

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MARÉCHAUX Laurent
Les Sept Peurs

La chose est connue : à l’instant de la grande goulée, de l’ultime rasade, quand l’océan s’en vient vous prendre dans ses replis, on revoit tout. Du plus infime au très saillant et ce sur grand écran, petits instants et grands moments. Il en est là, Babour, le narrateur de Laurent Maréchaux, rejeton fiévreux de forestiers nantis et catholiques. Bien calé dans les froidures d’une lame, son film lui est projeté en exclusivité, plein cadre : années torero (avec gradins grondants et épée qui flanche), années militantes (tôle et matraque pour cause d’antisoviétisme contondant), années spaghetti (braquage à l’italienne et cœur en miettes), années Appalaches (« force de la meute », dérapages, chutes fatales plein merisier), années moudjahidin (crapahutages afghans), années fric (sexe en sus, par tout temps et tout terrain), les années Horn (dites encore années Bilou-la-fumée, coureur de mer et frère de la côte). Tout ça pour quoi, pour le Horn, mais l’autre, celui qu’années après années, il a cherché, l’autre Horn, un Horn à soi, tout en dedans.

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MARÉCHAUX Laurent
Le Fils du Dragon

 C’est une histoire d’hommes perdus en mer, de bordels caraïbes et d’opium, de retrouvailles et de poésie, c’est une histoire de marins. Son nom, au héros, c’est Victor, Victor Combault. D’avoir un jour, enfant, vomit à la face de son père, il est dit par ce dernier le « Dragon ». Après avoir tâté, et mal, de la vie d’équipage, Dragon se fait la belle, laissant à quai une femme grosse tout en pleurs. Lancé comme injures ou dés à la surface du monde, il bourlingue tant et plus, essuie du climat des coups bas, des hommes des coups tordus et surtout croise deux « drôles très solides » : l’un, un Polonais dandy du nom de Korzeniowski, dit le « Comte » ; revenu de la mer il signera Joseph Conrad une pleine malle de romans ; l’autre un poète foutraque, homme de l’Est et qui se nomme Rimbaud. Il lui arrive de lâcher parmi le brouillard des pipes et le heurt des verres, maints poèmes étranges. Le trio se nouera, se dénouera, à la faveur d’une tournée, d’un hôpital ou d’un appontage. Dragon changera de peau, oubliant Nantes et les siens, pour caboter vers Java, une belle orchidée nommée Mey Lan à l’oreille. Un jour, d’un coup, Victor mourra. Sous un grand teck, on l’enterrera. Son fils Rodolphe le retrouvera-t-il avant ? Brodé avec finesse, narré avec rudesse par Laurent Maréchaux, c’est une histoire d’orphelins et de naufrages, de trafics, de vie lente et violente. Une histoire de Nantais. Route!

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MARÉCHAUX Laurent
Bijoux de famille

Imaginez-les comme les doigts de la main, une paire d’yeux, deux facettes d’une unique pierre, ce tandem héroïque de Bijoux de famille. L’un c’est Ivanov, Sacha; l’autre Bornstein, Victor. Russes tous deux, blancs par destin, ils se taillent à même le XXe deux belles parts de lion qu’ils engouffrent en boulimiques de la vie : révolution rouge d’Octobre qui les coupe de la Mère Patrie, Grande Guerre faite au front d’Orient dans la légion, années folles vécues follement, exil, Résistance, déportation. L’un sauve l’autre; ils vendangent ensemble femmes et souffrances, espoirs et pentes rudes : deux poumons, un même souffle. Et le fils de ressembler à son père : Igor, rejeton de Sacha, espagnol de mère, militaire, mutin de l’Algérie française. Troisième temps de la valse : Léo, fils d’Igor, petit-fils de Sacha. Même trempe avec ceci qu’il effectue un retour aux sources russes, hanté par les racines familiales, avant de globe-trotter partout dans le monde, journaliste. L’arbre des Ivanov, bondé de sève, tresse ses branches à la folie, mêlant ses racines et ses ramures, mères, amantes, père, fils, petit-fils : « Il n’y a pas de hasard, rien que des enchaînements maudits. » Puis, peu à peu, le temps raye les hommes, comme les hommes rayent les jours : d’un trait patient. Meurent les Ivanov, un à un. L’œil avide, Maréchaux et ses troupes descendent le XXe à cheval sur la rampe, dans un grand sifflement heureux; les bagages suivront plus tard. VIDEO : [DAILYMOTION]x6xobz[/DAILYMOTION]

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MARTINET Jean-Pierre
Ceux qui n'en mènent pas large

Une paire de perdants. Des nés finis. Lui, c’est Maman, Georges Maman ; acteur raté, fin de droits qui se paupérise mollement entre une cannette vide, une boîte de Canigou et un téléphone qui ne sonne plus. L’autre, c’est Dagonard ; gros poings, grande gueule, la bourrade sonore et la liasse accueillante. Assistant de cinéma. Un soir, l’assistant percute l’assisté ; se renoue alors, pour une nuit, une louche amitié. Une longue nouvelle à lire comme un journal de noyade où chacun apporte à l’autre le secours d’une bouée de plomb, la vue d’un naufrage plus rapide. À noter en même temps la réédition de Jérôme chez Finitude et de L'Ombre des forêts à la Table Ronde dans la collection "Petite Vermillon".

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MÉGNIN Jean-Philippe
La Voie Marion

Marion, fille d’Annecy, parents dignes et coudes au corps, ouvre à Chamonix une librairie, plaisir et défi tout à la fois. Un jour, dans la porte, s’encadre Pierre, géant de granit rose, colosse timide qui peu à peu l’entraîne dans ce qui lui sert d’élément et d’horizon : la montagne. La montagne est la vraie langue dans laquelle s’exprime Pierre à coups de piolets, à force de pitons, d’encordements ; taillant, dans la masse impavide des sommets, voies et parcours. Une fée vorace qui lui a également pris son père, disparu au fil d’une course. Peu à peu, Marion s’initie par lui à la discipline pratique du périple montagnard. À la cordée succède le lien amoureux. Mais l’enfant qui doit marquer cette victoire, cet accès au bonheur, se fait attendre. Au roman-fleuve, ample, lent, charriant masse énorme de faits, de figures, répond ce récit-glacier : court, ténu, brûlant comme la glace, inexorable en son avancée fatale. La Voie Marion ou les neiges éternelles n’existent pas.

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MÉGNIN Jean-Philippe
La Patiente

Apparemment, ce devait être une journée comme une autre, à faible potentiel romanesque : la place Saint-Sulpice, fontaine et fronton, dans son rôle de place Saint-Sulpice; sous les yeux et entre les mains de Vincent, gynécologue, le défilé des clientes, polies, patientes, rythmé par Bach et son violoncelle seul. Confiance, efficacité. Seulement voilà, elle est désormais là, vient d’entrer et de s’asseoir dans le cabinet, et « une sensation obscure, un sentiment d’insécurité diffus mais palpable, comme une brume matinale » s’insinue, s’empare du lieu. Son nom : Camille D. Et d’un mot, d’une remarque, sur l’homosexualité de Vincent, elle entaille, crée l’accroc.   Et tout, dans la vie de Vincent, se démaille : comment sait-elle ? Au fil d’autres rendez-vous, de quelques mots piqués comme des fléchettes, la vie de Vincent se défait, s’effondre lentement. À tant de ruines, une raison, une cause ? Et c’est Camille qui la donnera, dévoilant l’ampleur d’un drame dans lequel Vincent n’est qu’un second rôle. Avec une efficacité sourde et un sens du tourment feutré, Mégnin marche sur les traces de Boileau-Narcejac. La toile est prête : entrée du moucheron !

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MICHARD Sophie
Les Petites filles modernes

à quoi rêvent les jeunes filles ? Mon Dieu, c'est faussement simple : d'un star system D qui leur bricolera un coordonné beauté-célébrité, de futées petites combines qui vont permettre de rafler la perle sans se fader l'huître. Ces Petites filles modernes fleurent bon le chlore et l'espérance, la clope et la déserrance, fréquentent les castings cheap et les piscines municipales, les rêves à deux et les bandes d'ados. Par instants, elles s'expatrient, le temps d'une cueillette en jean cigarette de mirabelles rondes et dodues comme leurs petits seins, le temps d'un chuchotis mutin avec les cousines. à quoi rêvent les jeunes filles ? On vous l'a dit, on vous le répète : d'éphèbes abricot, de maturation rapide, d'amour minute.

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MICHEL Hubert
Requiem pour une huître

Il s'appelle Jacques Bénigne, comme Bossuet. Un prénom de prédicateur, d'évêque, qui en fait une façon d'icône, de dieu en chaire et tweed pour un narrateur qui n'attend qu'une date dans l'année : celle de l'anniversaire de son idole. Et puis Jacques Bénigne meurt : la chaire est vide, la bière pleine. L'autre chair redevient triste. De Jacques Bénigne, d'ailleurs, que dire ? Dandy, funambule, marié au champ d'honneur avec trois enfants qui valent citations, et expert dans le catapultage des Hollywood citron. Avec JB (Jacques Bénigne) le narrateur connaît un bonheur calme « comme un plat de charcuterie ». Une béatitude paisible adonnée au déglutissage des huîtres. Il arrive même que Jacques Bénigne rencontre madame la femme du narrateur, c'est dire. Par ailleurs, JB peint et s'expose. Le couple s'offre un pas de côté en secteur batave, histoire d'y respirer plus au large. Puis Jacques Bénigne s'éloigne, s'éloigne, se fait évanescent, convalescent. Notre homme s'éloigne aussi, se livre à de certaines aventures saumâtres et peinturelureuses. Arrive le jour fatal du trépas de Jacques Bénigne qui sera inhumé en Bretagne et que la mort a gobé, telle une huître, et qu'on met en terre, dans le vent et les parages d'un cirque. Un pas de deux qui se déguste en frissonnant, les pages tournent comme palais claque dans le frisson des saveurs et une certaine fraîcheur amère bien ostréicole. À lire comme on savourerait l'huître du condamné.

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MICHEL Hubert
Tout s'avale

Tout s’avale. C’est de Mezz Mezzrow, Mezz qui pourtant ne fit jamais cul sec avec son anche et son embout. Tout s’avale, c’est le cri de guerre du déréglé délicat dont Hubert Michel a enfilé la paranoïa pour ciseler l’ouvrage du même nom. Tout s’avale, du café matinal à la liqueur séminale, au boulot ou au bord de la piscine de l’hôtel La Fortezza de Mondello. Tout. Celui dont on piste les ingurgitations semble évoluer dans un monde curieux, à la fois minutieusement logique et hautement flottant. Le héros vit les coudes posés sur une ample table de désorientation qui lui sert à jouir d’un panorama où brillent Iris ou Klövtill. Parfois des détails surgissent comme des récifs dérisoires : une bouffée de Chostakovitch, du jazz, comment prononce-t-on Sciascia ? Entre toques infimes, dégustations charnelles et ballet foutraque, le monde d’Hubert Michel prend en compte le tangage du temps, le naufrage des corps. Un chaloupé non-euclidien qui, tout avalé, arrive à tout faire passer.

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MICHEL Hubert
J'ignore ce que me réserve encore mon passé

Il lui dit « tu ». Tu, c’est cet ami d’enfance, ce complice des premières glissades érotiques qui a frôlé la mort, connu l’hôpital et à qui le narrateur s’adresse tout au long du récit. Entre eux surnagent l’image de Glawdys, présence enfuie, spectre collant et la silhouette de la mère inquiète, furieuse. Quand survient Flore, revenante attentive qui endosse l’amertume de ce fantôme amer qu’est devenu ce « tu » à qui il parle. Flore pour qui, passation de plaisir, le narrateur quittera sa volage de Patricia et se livrera à quelques dérades érotiques puis continuera, fuite en avant, seul cette fois. Loin des rais poisseux du chassé- croisé érotique. Ce sera à François, son enfant né de Flore morte peu après la naissance, de relancer les dés, de rouvrir le bal, ce quadrille suicidaire et vertigineux que ne cessent de danser les figures d’Hubert Michel, toupies frénétiques en quête de petits abîmes intimes.

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MILLON Alexandre
Mer calme à peu agitée

À trente ans, comme la plupart d’entre nous, il croyait se connaître, il nageait tranquille à l’intérieur de lui-même. Il flottait dans une vie quasi clinique dépourvue de véritables surprises où l’essentiel se jouait sur des « petits riens ». Jusqu’ici il n’avait aimé que la Musique. Et puis un jour, il se découvre une part de perversité surgie d’on ne sait quelle geôle de son inconscient. Et même si on ne dérape qu’une seule fois dans sa vie, rien après ne sera plus jamais pareil. Rien. Il n’était plus ce brillant informaticien, célibataire, sans histoires, bien sous tous les rapports comme on dit. Ce jour-là, un 31 décembre, alors qu’on fête les dernières heures de l’année, il était entré dans l’irréversible. «L’écriture de Millon, riche en adjectifs, avec ses délicates descriptions de la chair féminine et sa palette de couleurs irisées, le situe dans la lignée d’un auteur déraciné : Nabokov. Mais son ancrage dans le Hainaut l’apparente aussi par une écriture parcourue d’aphorismes, sa tentation des inventaires et son sens des images, une constante autodérision, aux surréalistes belges.» Éric Allard.

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MINIÈRE Isabelle
Cette nuit-là

« J’ai peur » : c’est autour de ce peu de mots, de ce petit amas livide et atroce, tapi tout au centre, que va tourner, virer et tournoyer le livre d’Isabelle Minière. Sa Lisa est grosse de sa peur, la porte en elle tel un fruit suave et horrible. Peur de qui ? De l’autre, de Clément, son mari, devenu un autre, un « prince violent », un père-la-colère dont le retour est attendu comme l’éclair par la femme et l’enfant. « L’heure que papa rentre » dont l’attente dévide tout le jour l’angoisse, comme un long fil de bave dans laquelle elle se prend, revisite sa mémoire, récapitule. Violence plus lourde d’être latente. Arrive l’instant où il, cet « il » tant redouté, évoque le désir d’un nouvel enfant, désir que sa violence crue tente d’imposer. Lisa finira par fuir, s’extraire du piège. Clément, seul, tournera la violence contre lui-même. Une violence qui retournera à Lisa comme une bête fidèle, un remords tenace. Fallait-il partir plus tôt ? Qui est coupable ? Personne. « C’est comme ça ».

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MINIÈRE Isabelle
Un couple ordinaire

Elle : elle confond l’amour et le pouvoir, le couple et la hiérarchie ; sa beauté n’y change rien : faire l’amour avec elle est devenu un supplice… Lui : à force de compromis quotidiens, et toujours à sens unique, il s’est comme vidé de lui-même ; le seul soleil de sa vie, c’est sa petite fille… la menace d’en être séparé le maintient muselé, enchaîné. La grâce d’une lecture lui ouvre enfin les yeux, le guide, le bouleverse : il entre en dissidence. Avec un humour grinçant, Isabelle Minière dessine le portrait incisif d’un couple bancal, où le pouvoir tient lieu d’amour ; elle dépeint le désarroi d’un homme qui à la moindre rébellion se voit accusé de machisme ; elle montre comment la lecture d’un livre peut changer la vie – et, ce faisant, rend hommage à Plutarque.

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MINIÈRE Isabelle
La Première Marche

C’est une histoire, une histoire d’amitié entre une petite fille et un escalier. La première apporte ce qu’elle a : sa solitude désolée, ses rêves, ses peurs ; le second ce qu’il peut : sa robustesse, sa fidélité, ses marches (première, dernière, troisième). La petite, si petite, voit tout d’en dessous : sa mère passe au ciel comme une nuée d’orages, son petit frère (avec son petit tuyau) qui crépite d’une pétulance continue, la table familiale et, surtout, les pas, pas qui claquent, pas qui tac-taquent, les pas. Parfois, d’autres choses rompent la cadence : un séjour en colonie (ennuyeux), une coupe de cheveux (clac-clac), la visite du médecin ; le père passe en trombe, présent-absent. Isabelle Minière cisèle la perspective pour nous offrir un monde vu d’en bas, d’où tout semble plus fort, plus violent, plus lourd et bruyant ; un regard qui de tout fait cris, choc ; un monde en perpétuelle contre-plongée, surprenant, effrayant. Après Ce que savait Maisie, voici ce que ressent la petite. Et si le secret vous reste, demandez à l’escalier. Lui sait.

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MONTANA Cyril
Malabar trip

Notre héros est un débrouilleman fieffé, un bon jeune plutôt nerveux et bourlingueur, dans le sillage de son copain Matéo, érotomane averti. Il est affublé d’une Mathilde, grande mâcheuse de malabars, avec laquelle il part s’essayer aux vacances en Corse, via le Lubéron pour voir Mamie. Le temps d’enterrer un écureuil, d’enfourcher son scoot et bonjour à toi île de beauté. Plutôt à la hauteur de sa réputation, l’île : soleil, farniente. Mais voilà, adroga basta est tagué sur les murs. La vadrouille s’organise, le temps se balise, on s’adonne aux délices de la débrouillardise. Cette petite virée s’achèvera avec une femelle doberman sur les genoux et des gitans dans une piscine. Une tranche de vie découpée à l’Opinel avec de vrais morceaux de bonheur dedans.

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MONTANA Cyril
Carla on my mind

Carla, sa Carla, c’est tout pour lui. Lui qui raconte d’une voix haletante, un peu hâbleuse, un peu gênée, les yeux par terre, tripotant ses clefs. Pour elle, il cisaille des chaînes même les grosses et bourre-pifferait des gros cons s’ils n’étaient pas si gros... Mais Carla reste hors d’atteinte et ça mouline dans sa tête. Lui, c’est le héros du dernier roman de Cyril Montana. Pour l’heure, il est en coloc avec une petite rousse boulotte et se déverse sur ses potes Seb et Claude le Chinois. Il part en excursion dans le monde cliquant du Net, s’offre un détour avec Ouchika de Bourg-Saint-Maurice, mais même ces filles-là lui filent sous les doigts. Il vit dans un perpétuel « à deux doigts », dans l’imminence du retour hypothétique de sa bien-aimée. Il a le cœur bien accroché notre « Caliméro du cul ». Plongeur, faiseur de manche, serveur, bagagiste, d’expérience en expérience, après un passage aux urgences psychiatriques, tout cela s’achèvera mystiquement au désert. A la première personne, en style pulsant, le carnet de bord trashy d’un ensablé de naissance.

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MONTANA Cyril
La Faute à Mick Jagger

Un jeton dans la fente, et c’est parti ! Ci-joint, en 224 pages, médiator et cordes acier, contée au présent du subjectif et au passé du dépréciatif, la ballade de Simon, garçon contemporain. Face A. L’histoire de Simon depuis tout petit : parents babs, disjonctés et enjointés, virée dans le Lubéron avec son père chez la redoutable Nina, puis retour à Paris avec ce même père, rongé par le cancer. Un trou de ciel néanmoins : la mamie mutine et gymnaste. Face B. Le présent de Simon : une fuite en avant où s’entrelardent visite et coup de fil gonzo d’une mère niortaise très « like a rolling stone » ; balade en province pour retrouver la de moins en moins anguleuse Angelica, avide d’amour méthodique, luttant contre les angles à coups de bassines de frites ; solitude parisienne et découverte de Lucile ; course après la mère partie en virée pour nulle part, internement d’icelle puis mise en liberté surveillée par les psychotropes. Les deux faces se succèdent, un temps chaque, histoire de ne pas laisser tiédir. J’ai viré précaire, c’est la faute à Jagger, en plein cafard cosmique, c’est la faute au vieux Mick : ainsi vit Simon, jeune homme d’aujourd'hui. On la rejoue ?

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MORTON John Bingham
Mr. Thake

Source majeure des Monty Python, admirées de Chesterton, qui les recevait comme un « vent grondant de rire élémentaire, essentiel », d’Evelyn Waugh, pour qui elles furent le comble de la « fertilité comique », de John Lennon, qui fit de Beachcomber un pseudonyme, ou encore de l’auteur de comic-fantasy Terry Pratchett, les chroniques de Beachcomber aidèrent, cinquante et un ans durant (1924-1975), les lecteurs du Daily Express à mettre un nez rouge à la grisaille des temps ou à repeindre en jaune framboise la noirceur de l’histoire. Création d’un mister Jeebee Morton, ces chroniques consistent en un florilège poignant de correspondances méticuleusement absurdes et signées O(swald). Thake, sorte de tory tendance groucho, postées de lieux improbables tels l’hôtel Colossal de Brighton ou l’hôtel Malsain de Paris. Le monde (ses contrées, son babil, ses thés dansants) n’est qu’un immense sabot pour les deux pieds d’O. Thake, qui tente en permanence d’échapper à divers périls (jouer du basson dans un jazz-band, devenir agent littéraire de maints bas-bleus envahissants, de rats d’hôtel entreprenants) ou de s’offrir en fatal sacrifice pour le bien de la communauté. Se collant régulièrement une flèche dans le pied, son arc a plusieurs cordes : la rencontre intéressante, la causerie pertinente, la balade enrichissante, l’initiative florissante. Bilan de quoi, joué, moqué, chansonné, Oswald le floué devient un gag en col dur, l’œil niais d’un cyclone comique en perpétuel déplacement. À recommander donc, sans modération, à tout amateur de « couteau sans lame auquel manque le manche ».

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NABE Marc-Édouard
Loin des fleurs

"Depuis treize ans qu'il sévit dans le square des lettres, Nabe a semé sa zaninienne zizanie dans toute une flopée de parterres : avec Le bonheur, le roman a été poussé au ravin ; il a lacéré d'un Z qui veut dire Zigzags la panse enflée des essayistes et des critiques. Chacun mes goûts (le retour !) a été la Saint-Valentin des aphoristes. Manquait la lyre. La voici : Loin des fleurs. Si Nabe pince la lyre, c'est jusqu'au sang. Chaque poème est une passe d'armes : il s'agit de toucher vite, de piquer juste. Loin des satrapes du minimalisme aphone, des débitants en lyrisme à la pression : chaque poème tombe dans la mare verglacée de la dignité poétaillonne comme un sumo au tapis. L'éclaboussante et pesante majesté d'un lyrisme à pleines tripes. À lire la serviette au cou. Après cela, la poésie n'a plus qu'à tremper un doigt dans son sang et à tracer sur la page blanche de peur : Nabe m'a tuer."

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NABE Marc-Édouard
Chacun mes goûts

Depuis treize ans qu'il sévit dans le square des lettres, Nabe a semé sa zaninienne zizanie dans toute une flopée de parterres : avec Le bonheur, le roman a été poussé au ravin ; il a lacéré d'un Z qui veut dire Zigzags la panse enflée des essayistes et des critiques. Chacun mes goûts (le retour !) a été la Saint-Valentin des aphoristes. Manquait la lyre. La voici: Loin des fleurs. Si Nabe pince la lyre, c'est jusqu'au sang. Chaque poème est une passe d'armes : il s'agit de toucher vite, de piquer juste. Loin des satrapes du minimalisme aphone, des débitants en lyrisme à la pression : chaque poème tombe dans la mare verglacée de la dignité poétaillonne comme un sumo au tapis. L'éclaboussante et pesante majesté d'un lyrisme à pleines tripes. À lire la serviette au cou. Après cela, la poésie n'a plus qu'à tremper un doigt dans son sang et à tracer sur la page blanche de peur : nabe m'a tuer. 

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NABE Marc-Édouard
Le Vingt-Septième Livre

La fameuse préface à la réédition en 2006 d'Au régal des vermines, ouvrage désormais épuisé.

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NABE Marc-Édouard
La Marseillaise

Le chant d'amour de Marc-Édouard Nabe pour le jazzman Albert Ayler.

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NABE Marc-Édouard
Nuage

L'hommage de Marc-Édouard Nabe à Django Reinhardt.

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PAGE Martin
Comment je suis devenu stupide

Tout est affaire de méthode. Même la course au néant. « Surtout la course au néant », rétorque le narrateur de Martin Page. Birman de souche, sorbonnard de maintien, faible mais obstiné, il a décidé de s'offrir en proie au rien, de s'annihiler avec rigueur. Et dans son cas, néant = sottise. il lui faudra donc « couvrir son cerveau du suaire de la stupidité ». Mais d'où plonger pour ce grand bain de vide, d'où s'autopropulser au cœur de l'absence ? Première procédure envisagée : l'éthylisme. Il y a en effet dans l'alcool des potentialités à l'affaissement cérébral, des richesses en matière de dissolution mentale qu'il serait vain de nier et bête de négliger. L'ingurgitation méthodique de breuvages fatals est donc envisagée, ce sous l'œil d'un spécialiste. Las ! la mousse d'une simple bière n'a pas effleuré la lèvre de notre candidat à l'auto-dissolution que le voilà comateusement jeté à terre. Reste l'acte ultime, qui réclame une volonté de boxeur et une discipline de samouraï : la crétinisation. La tâche s'annonce complexe, l'effort énorme. Il lui faut, pour plier ses bagages mentaux, abolir sa bibliothèque, effacer sa mémoire, dissoudre son q. i. Il s'aide pour la chose d'une substance idoine censée le bêtifier sans faille. La chose prend tournure. Mais c'est sans compter avec de redoutables anges gardiens qui s'en viennent glisser sous son œil vide un choix de la correspondance de Flaubert. Patatras ! Un éclair d'intérêt se remet à brasiller dans cette prunelle promise à l'atonie. Son retour au monde des mammifères cérébrés se fera grâce à une espastroulante séance d'exorcisme. Est con qui peut. N'est pas crétin qui veut (vieux proverbe birman).

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PAGE Martin
La Libellule de ses huit ans

Fio, son sourire, flotte et volette tout au fil de l’Histoire, de tombe en visage, de potence en caresse. Un jour, il s’incarne et Fio entre dans le temps. Une mamé caravanière, des parents braqueurs et vite disparus, une vie entre tableau noir et porte en fer qui s’ouvre au chantage et à la peinture comme à des plaisirs domestiques. Un jour, elle se voit enlevée par ses victimes, princesse raflée, portée dans un château hanté de masques curieux disposés autour d’un mort. De retour entre ses murs, elle y retrouve Zora, ex-mannequin, aventurière et misanthrope. Réapparaît alors ce Charles Folquet qui exécute son enlèvement sur ordre du mystérieux – et feu – Ambrose Abercombrie. Fio se laisse porter, modeler, moduler jusqu’à ce tout s’abolisse et Fio s’en retourne au fleuve pour s’y diluer doucement. Martin Page nous conte l’histoire d’une note, d’une nuance ; d’un personnage verlainien qui ne « pèse ni ne pose », une plume balancée dans le froid. Fio ou celle que l’on a cru apercevoir.

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PAGE Martin
On s'habitue aux fins du monde

Élias, c’est son nom, celui du héros de Martin Page. Élias produit des films, se dévide une vie lisse, cadrée, sillonnée de Clarisse éthylique et de Zoé folle, existence hantée pourtant de vides, des poches de rien qui le meurtrissent doucement. Un soir de remise de prix, sa vie, cette vitre mince, s’étoile. Élias craque, jette sa vie, son prix, à la Seine. Coiffe fougueusement le destin d’Élias la présence épaisse et douce de Caldeira, cinéaste fameux, ou celle d’Arden Gaste, son supérieur, qui finissent par l’éjecter et le mettre au rencard. D’autres figures s’en viennent tisser autour d’Élias un réseau d’étreintes suicidaires : Margot, Darius, Marie la secrétaire, Victor et ce détective tout penaud qu’il paye pour enquêter sur… lui-même. Tout conspire à noyer la vie d’Élias dans les replis d’un marivaudage toxique émaillé de coups, ponctué d’impasses, écrasé de désillusions. Rien ne semble prendre corps dans cette vie où tout se délite, s’ensable ou se disperse. Peut-être après un ultime passage africain retrouvera-t-il avec Margot autre chose que faux-semblant et ersatz de rien ? Aurore ou fin du monde ? « La vie est un lent et merveilleux suicide », déclarait Patricia Highsmith, dont acte avec ce dernier Martin Page.

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PAGNIER Dominique
Les Filles de l'air

"Dominique Pagnier est touché d'un mal étrange : l'austropathie galopante. Ce mal revient à aimer l'Autriche et à n'avoir de cesse d'y déambuler ; l'œil est un aimant qui capte tout (couleurs, femmes et bruits) de la fourmillante limaille de détails épars dans l'air ; derrière le paravent du regard, Pagnier entrepose toute une brocante intime : des décors de théâtre jésuite, des plaquettes en piles de poésie tranchante et névrosée, des chutes d'eau, des nymphes en socquettes de dentelles, des épaisseurs de crème, des bruits de tramway, des rendez-vous manqués et des réveils nocturnes."

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PARONUZZI Fred
10 ans 3/4

Alors voilà. C’est l’histoire d’un petit Savoyard, enfin d’un presque grand. 10 ans 3/4 sous la toise (et dans le titre). L’âge où on a enfin les pieds qui touchent quand on est assis à table. Nom : Falcozzi Frédéric. Celui d’une tribu suractive et ragouteuse qu’il nous croque par le menu : la mère, la grand-mère, le chien péteur, le père, les amis d’Afrique et d’ailleurs, la concierge à bigoudis. L’histoire d’un regard avec ses lubies, ses émerveillements, mais aussi d’un corps de môme avec ses avaries : un jour à l’hôpital pour se les faire descendre enfin, le lendemain au cirque pour voir pisser les dromadaires, le reste du temps à l’école pour faire avec les mots des autres mômes et scruter la gent enseignante. Disert et prématuré, maigre comme un lacet et futé comme un loir, Frédéric enquille les portes initiatiques comme un slalomeur fieffé : le sexe et la folie, la frime et les filles, les frontières et la cage d’escalier. Tout s’achèvera en altitude avec l’urne de Mémé. Fred Paronuzzi, ou quand le jeune Doisnel apprend à fumer au petit Nicolas.

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PARONUZZI Fred
Comme s'ils étaient beaux

C’est Jérémie, Jérémie Toussaint. Il vit petit et tranquille, à Solex, entre maman et un tonton foreur de Sahara, baroudeur nostalgique. Elle s’appelle Rose, Rose in USA, elle loue des chambres et prend des coups, à des résidents de passage et de son Doug pas très doux. Jérémie croise la vie d’une Élodie qui de leur enfant ne voudra pas. Jérémie soignera sa plaie à grandes rasades de chlore, entendez la piscine avec sa séance spéciale « femmes enceintes », à grandes cuillerées de psychanalyse, entendez culino-thérapie, avec le frétillant docteur Boo. Mais le meilleur est à venir. Parti aux States piloter des étudiants, Jérémie s’en ira gîter dans le logis de Rose. Suave coup de foudre ! Révélation ! Liaison ! Amour. Doigts noués, cœurs embrasés, la trop grosse Rose a trouvé son Jérémie ami. D’une vie morose et d’un destin menu, faisons un gros bouquet brûlant, un crépuscule sucré. Sont-ils beaux ? Faisons comme si… Paronuzzi jongle avec les cœurs comme avec des oranges. Jus et saveur sont au rendez-vous.

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PAUCARD Alain
Supplique à Gorbatchev pour la réhabilitation de Staline

Voilà un pays, l'U.R.S.S., qui s'en va à vau-l'eau. Et tout le monde de se féliciter de cette chute, en oubliant au passage que le communisme fut, selon Paucard, une ultime tentative religieuse, sacralisante, pour sauvegarder les habitudes par la sainte terreur que doit inspirer une liturgie impitoyable. Staline avait compris qu'en fait de politique, une fiction égalitaire ne peut survivre qu'en appliquant son programme à l'envers. La promotion généralisée des innocents en coupables, voilà ce que fut la réalité théâtrale du stalinisme. Alain Paucard s'attaque dans cette Supplique, écrite en février 1991, à un lieu commun des plus tenaces : la supériorité indiscutable de la démocratie sur la dictature. Mais il le fait, bien sûr, pour des raisons esthétiques.

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PAUCARD Alain
Tartuffe au bordel

Et une fois de plus, comme un seul homme, la Rosalie au canon, l’étendard brandi et donnant du clairon, Alain Paucard lance l’assaut, fonce dans la brèche ! Celui qui défendit, seul contre tous, la mémoire calomniée de Joseph Staline, prit fait et cause pour la série B, déchaîna sa ire contre les vacances, se fit le Bossuet du pur malt, sacrifia au culte d’Audiard et fit de Guitry l’une des très riches heures de la langue et de l’esprit français, ramasse aujourd’hui l’épée de Condé pour relever l’honneur du tapin, défendre en sa vérité la prostitution gauloise, menacée par une législation inique et maladroite. « Touche pas à ma pute » tonne le père Paucard depuis cette chair(e) généreuse où il aime tant à monter pour dénoncer les dérives puritaines, les hypocrisies bien-pensantes et la connerie au pare-chocs de 4x4 qui menace la si poétique péripatéticienne, lieu de mémoire et figure clé du paysage français. Partant de la sage constatation qu’« il y a deux sortes de clients de prostituées : ceux qui vont les voir parce qu’ils n’ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu’ils en ont une », Dom Paucard fait feu de tout bois, multiplie les exemples historiques, déroule toute une casuistique précise, inspirée de l’histoire récente, visant à démontrer que la prostitution ou art du monnayage érotique participe, non de l’esclavage (même si elle en prend souvent la forme), mais d’un exercice consenti de la liberté, une forme de commerce plus équitable que prévu. Démonstration étayée, et c’est l’un des plaisirs de ce libelle, par une expérience personnelle (n’oublions pas qu’il est l’auteur du Guide Paucard des filles de Paris, 1985) où flamboie cette maxime cinglante et roborative : « LA CHAIR N’EST PAS TRISTE, CERTES, ET VOYEZ DANS MON LIVRE. »

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PAUCARD Alain
Dictionnaire des idées obligées

in-16 br., édition originale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé

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PENNACCHI Antonio
Mon frère est fils unique

C’est l’histoire d’un qui s’appelle Accio. La scène est dans les années 60, en Italie : famille modeste, foi intacte. Accio nous prend par la main quand il est en bouton : tourment de la foi, lierre grimpant des tentations, école et parfum de confessionnal. On l’accompagne au fil d’une fugue, au vif des rixes et broncas familiales, on le suit au MSI, chez les néomussoliniens où il entre pour fronder un peu plus, joue les gribouilles et se fait sortir pour perturbation de concert (une fanfare américaine). Des tentations, le lierre grimpe encore et fleurit peu : branlette et déniaisement triste. Mais le noir de la chemise se fait libertaire au soleil de Francesca, tantôt radieuse « Walkyrie milanaise », tantôt statue de sel, et Accio passe du Duce aux camarades : action révolutionnaire, manifs, piquets de grèves, coups encore, coups toujours, jusqu’à la mort, la clandestinité. La boucle se bouclera comme de juste : dans un confessionnal. Ainsi va la vie d’Accio Benassi, fils, frère et foutu furieux, entre madone et uppercut, fraternité et rendez-vous manqués, coups de cœur et coups de boules : entre Guerre froide et années de plomb, dix ans dans la vie de l’Italie moderne. Le roman d’Antonio Pennacchi (Il Fasciocomunista) a été adapté au cinéma en 2007 par Daniele Luchetti.

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PÉRICHON Dominique
Motus

Lui, c’est lui ; celui qui conte et qui raconte. L’autre, c’est Machin, Machin jacte, bavasse, « empalé » sur son bras à lui. Il faut tout lui faire : le porter, l’astiquer, lui écrire ses mots. C’est une affaire de ventriloque. Notre rat de cabaret s’apprête à embarquer pour une croisière, essentiellement des vieillards. L’arche s’appelle La Belle et il y rencontre la faune pailletée des amuseurs tarifés, des goualeuses replâtrées et des imitateurs miteux. Route, donc, sur la Méditerranée, « l’Aqualand de mon imagination malade ». L’imitateur a imité, le magicien magicié, c’est à lui. Il effectue : succès moyen. Au fil des vagues, les escales serviront de drain à l’ennui pulvérulent qui habite chacun. Au point que l’affiche se vide et que, la scène se désertifiant, le ventriloque reste seul à donner du ventre. Outre la fugue singulière d’un des « athlètes du rien » qui meublent les soirées, on retournera au port, sonnant le retour d’une fête flétrie. Machin rentrera dans sa boîte. On éteint. Y a-t-il un sens à tout cela ? « Motus » et vogue la galère. Une romance morose et délectable à la gloire des déconfits de naissance.

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PÉRICHON Dominique
Samedi soir et des poussières

Après Motus (Le Dilettante, 2004), l’histoire ô combien itinérante et rocambolesque d’un ventre loquace, Dominique Périchon nous revient avec, dans le coffre arrière, de troubles histoires de hanches ondulantes, de babines glossées, de chiens morts, de cœurs lourds et de faux cils. La mince et vertigineuse romance d’elles deux, Lydie et la Chatte, deux minettes siamoises, l’une dévolue aux attentes tapissières en bordure de bar ou aux abords des pistes dansantes, l’autre une fleur de dance-floor épanouie, apte au déhanché méchant et aux pétrissages de banquettes arrière. Venant rompre cette unité, survient Marc qui ouvre Lydie aux mondes troublants de la conclusion amoureuse. Le drôle, vigile de son état, payé à scruter des écrans de contrôle, finit par mettre Lydie dans ses meubles, puis à en faire une mère de famille fantasque. Survient alors, nouvelle chienne dans ce jeu de filles, une sirène hoquetante que Marc sauve de la noyade et qui s’installe à demeure ; Lydie opte alors pour une réclusion délicieuse aux profondeurs de la baignoire, dans la moiteur sucrée d’une salle de bains fermée de l’intérieur. Le trio virera au quatuor avec le retour de la Chatte qui bondira, brusque, perturbante, en plein cœur du dispositif. DJ Périchon fait aller, goguenard, ce petit monde à son destin, se contentant de l’éclairer au néant et d’en observer, amoureux, les cocasseries amères.

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PIERRAT Emmanuel
Histoire d'eaux

Le Jardin zoologique de Lutèce est un enclos choisi, la dernière fauverie où l’on broute, l’ultime volière où s’éjouit de concert un lot de spécimens choisis pour l’élégance du plumage ou la musicalité du ramage. Le Jockey-club du mammifère exotique. Veille en chambellan sur ce petit Monaco zoologique, un sieur Sentinelle, retour des Indes, grand buveur d’absinthe et téteur de bambou opiacé devant l’Éternel. Ce dernier se rappelle d’ailleurs aux Lutéciens qui écopent, fin janvier 1910, d’un déluge d’anthologie. Débordante, la Seine s’invite partout, engloutissant les rues, submergeant les demeures, vouant l’humain piéton à écoper de nouveau, mais des barques cette fois, ou son rez-de-chaussée. Sentinelle voit son pré carré zoophilique disparaître sous une eau qu’il cantonne d’ordinaire au rôle de supplétive de l’absinthe. Les bêtes sombrent, surnagent. S’organisant, devenu insulaire fidèle au poste, il sauve ce qu’il peut du cheptel. Le passage d’un évêque en barque, bénissant les eaux, l’incline à rouvrir la Bible à A comme Arche. À défaut de conseils, il y trouve une motivation. Une Histoire d’eaux, entre Tardi et Jarry, à lire au sec, une fée verte sur les genoux.

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PIERRAT Emmanuel
La Course au tigre

«La chair nivernaise s’est faite triste, hélas, et j’ai lu bien des livres», maugrée Bastien Sentiment, notaire. D’où nécessité de fuir «là-bas». Et ce «là-bas», c’est l’Inde. L’Inde, spacieux parc aux tigres où pour assouvir son érotique fringale de grosses prises, il atterrit à Calcutta sur Bengale, en plein hourvari politique et s’implante au Great Eastern Hotel (concierge Mr Sanjiv, dit le Manchot). Immergé dans la ville, le voilà qui hume, palpe, mastique, s’imprègne, quand sort des eaux gangéennes la terrible Shatee, divinité locale de l’indiano-bolchévisme, seule source possible de permis de chasse, avec laquelle il fusionne au fil de moult galipettes tantriques hautement sculpturales. Les amants randonnent en ville, de zoo en meeting, quand survient l’atroce nouvelle : exclu le permis de chasse et fusils mis sous séquestre. Seul le mariage dévérouillera cela, croit-il un moment. Que nenni, car l’État s’en mêle. Après un Paris noyé, c’est une Calcutta délicieusement bourbeuse tel un bain de vase aux aromates où nous offre de descendre Emmanuel Pierrat avec cette tartarinade flamboyante comme une boîte de cigares, plus fessue qu’un Clovis Trouille et plus gouleyante qu’un curry de babouin aux cent saveurs : OH ! CALCUTTA !

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PIERRAT Emmanuel
L'Industrie du sexe et du poisson pané

Deux, elles sont deux, les sœurs Frossec, Frossec de Tribidec. La Gaëlle et la Gwenaëlle, blondes de crins, l’œil bleu et la chair lisse, héroïnes du dernier roman d’Emmanuel Pierrat. Fruits d’une oisiveté parentale consécutive au mazoutage des côtes, elles coulent un ennui crispé entre criée et pelotage, pêche en mer et prêche en chair(e), dépucelage et dégazage. Côté sexe, ça tangue flou, mord mou et le recours aux ustensiles faits main n’apporte que morosité et désillusions. L’idée, donc, de gagner Paris où cousin Yann tient échoppe sexy dans le quartier Montparnasse. Commence alors pour nos deux oiselles un dessalage charnel de haute école, drivé serré par cousin Yann qui va leur faire vibrer toute la lyre et bosser les Annales. Rien n’est oublié : à un, à deux, à trois ; par-devant, par-derrière ; en le lieu élu ou par l’entrée des fournisseurs ; avec chien, clous, crottes et fouets ; en plein vent ou en sous-sol ; coup d’œil ou coup de reins. Bilan des courses, nos deux robustes finiront par trioler en famille avec cousin Yann qui s’en viendra ouvrir un magasin en pays breton. Et Pierrat de nous conter tout ça, avec des élans bateleurs et des minuties d’érudit. Patron, la même chose !

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PIGEAT Jean-François
À l’enseigne du cœur épris

Au chapitre des bois dont sont faites nos amours, nous avions déjà, en magasin, divers modèles : les très écologiques Philémon et Baucis, mêlant tendrement la croissance de leurs ramures, dans un style plus brut et élagué Héloïse et Abélard, au chapitre des essences vénéneuses Tristan et Isolde. Avec Stéphane et Geneviève, les héros d’À l’enseigne du cœur épris de Jean-François Pigeat, l’offre s’enrichit. C’est l’amour au temps d’Habitat ou du Bon Coin qui s’offre à nous, mi-kit, mi-bonne occase, trouvaille et bricolage : à la complexité du mode d’emploi répondent les problèmes de pièces manquantes et surtout les difficiles étapes de l’assemblage. Stéphane capte Geneviève sur un site de rencontres, premier baiser romantique dans les ruines de l’abbaye de Jumièges, s’engage alors entre eux un lent montage amoureux, pièce à pièce, fait d’exquis moments d’aisance ou de douloureuses difficultés d’emboîtages, d’autant que les matériaux ne sont pas les mêmes : elle est un bois fluide, tendre, aisé à tordre ou à briser, lui un matériau noueux, compact, dur à travailler. Parents, amis, enfants secrets, chacun découvre à l’autre des cloisons coulissant sur les mystères intimes, des doubles fonds amers. Survient, nette, la brisure. À la survenue d’un fils caché, Stéphane s’efface, s’éloigne d’une Geneviève au corps handicapé par une douloureuse blessure. Quelques mois plus tard, il apprend la disparition de Geneviève. Il s’adonne alors à un fiévreux chinage amoureux : lieux, choses, présences. Qu’est devenue Geneviève ? Puis soudain, à la grande braderie de la vie, la revoilà. Mais les amours mises en pièces se reconstruisent-elles ? Dans ce premier roman, Jean-François Pigeat, dans la foulée des Choses de Perec, met en scène, au sein d’un monde d’objets intimes ou standardisés, une douloureuse mécanique amoureuse tout en engrenages et échappement.

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PIGEAT Jean-François
Bingo

Avouez qu’on croit rêver et qu’il y a de quoi se frotter les yeux : s’appeler Bingo père, avoir un Bingo de fils, et ne jamais tirer le bon numéro, être un abonné du petit jeu et de la mise en pure perte. Les choses, pourtant, n’avaient pas trop mal commencé avec, de la tête aux pieds, un physique de rêve. Mais rien n’y fait, ça sonne à vide, la chance est de sortie : Jacky Bingolacci (pour la faire longue) alias l’Apollon des voies de garage, hanté par « la conscience d’avoir toujours tout foiré », après avoir tâté de la chanson, du cinéma, finit par tomber dans une affaire branquignolesque. Fils Florian, quant à lui, gazouille et zone dans la vie sous la surveillance de maman, as des questions pressantes et de l’osso buco, épris d’Azra, une dulcinée albanaise tout en longs cils et cousins violents. À l’ombre, Jacky devient l’homme de confiance de Salvatore Di Pietro, dit « le velu », un pileux qui le charge de récupérer, de nuit, dans une villa désaffectée et avec l’aide d’une consœur en dévouement, le trésor de guerre des Noyaux révolutionnaires prolétariens. Bingo se lance mais a décidé que, cette fois-ci, on jouait gagnant. Ne m’en demandez pas plus car, entre de sombres histoires de pucelages tarifés, de pitbulls en rut, d’homme en bonnet bleu, de lingots d’or et de poubelles jaunes, ce concerto pour pieds nickelés et roue de la fortune empile les péripéties comme des jetons de loterie, accumulant les coups de théâtre comme les coups de poing, sans oublier le coup de pot final. Et Jean-François Pigeat de nous driver l’attelage avec un bonheur de scénariste à l’italienne et de gagman existentialiste, un vrai régal, et prenant avec ça ! Faites vos jeux, rien ne va plus !

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PUÉRTOLAS Romain
L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Premier roman de la Révélation de la Rentrée 2013 : Romain Puértolas   Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, « j’arrache ta charrue » ou « achète un chat roux »), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu. Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous. Taxi arnaqué, porte franchie et commande passée d’un modèle deux cents pointes à visser soi-même, trouvant la succursale à son goût, il s’y installe, s’y lie aux chalands, notamment à une délicieuse Marie Rivière qui lui offre son premier choc cardiaque, et s’y fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire… expédiée tout de go au Royaume-Uni en camion. Digne véhicule qu’il partage avec une escouade de Soudanais clandestins. Appréhendés en terre d’Albion, nos héros sont mis en garde à vue. Réexpédié en Espagne comme ses compères, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aéroport de Barcelone, le taxi floué à qui il échappe à la faveur d’un troisième empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain… et romancier (l’attente en soute étant longue et poussant à l’écriture). Protégé de l’actrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de l’air, empruntant une montgolfière pour se retrouver dans le golfe d’Aden puis, cargo aidant, à Tripoli. Une odyssée improbable qui s’achèvera festivement en France où Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat d’euphorie cosmopolite. Sur le mode rebondissant des périples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la première fois dans votre ville, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.

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PUÉRTOLAS Romain
La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel

Si tout a commencé, pour Romain Puértolas, par l’ambulation à succès, chahutée et planétaire, d’une armoire bien complète de son Fakir, tout va continuer avec la geste aérienne d’une donzelle hors norme : Providence Dupois, debout dès l’aube, flair de reine, six orteils au pied droit, factrice de profession et mère par instinct. Coincée en aérogare par la nuageuse colère d’un volcan islandais, Providence ne peut aller quérir-guérir au Maroc l’enfant malade qu’elle a adoptée : Zahera, fillette aux poumons embrumés (toujours des nuages) par la mucoviscidose. Elle tempête, trépigne et songe à l’enfant qu’elle a découverte, petite boule de charmants prodiges, lors d’une hospitalisation au Maroc. Quand soudain les dieux suscitent un génie : le maître 90, dit aussi Hué, pour qui vole qui veut, suffit d’ouvrir les bras, l’envol se prend comme un élan : hop ! Et Providence de voler, cap Maroc ! Mais si, en définitive, tout cela n’était que chimère à réacteurs, un conte odoriférant, une rêverie en altitude… Qui sait ? « le monde est un enfant qui veut voler, avant de savoir marcher » nous glisse l’artiste : dont acte, rêvons, volons, rêvons que nous volons. Lisons.

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PUÉRTOLAS Romain
Re-vive l'Empereur!

Le voilà ! Il est là, à nouveau, de retour ! Mais qui ? Mais lui, l’Empereur, l’empereurissime Napoléon, premier du nom, le seul, l’unique. Après nous avoir conté les déambulantes et transnationales aventures d’un fakir emboîté dans une armoire Ikea et d’une factrice toutes ailes dehors ravagée par le don de soi et l’envie maternante, Romain Puértolas taille plus large et fond sur l’Aigle lui-même, le diable corse, l’as de coeur des batailles. Certes, il affiche moins beau qu’à la grande époque : on les repêche, lui et son cheval Le Vizir, flottant au large de l’Islande. Bien complet de son bicorne et de sa redingote, mais défaillant du pénis, ses valseuses impériales lui ayant été prélevées par un fan indélicat à l’heure de son trépas. Pris en charge par le chirurgien Bartoli, un cacique de la CGT (Confrérie des grognards tristes), après une légère remise en selle chronologique dans un monde où les femmes portent le pantalon et où Daesh mène une danse fatale, l’Empereur retrouve son élan et ses réflexes : à nous deux la société civile. Langue prise avec les puissances élyséennes interloquées, son sac à dos bourré de Coca Light, Napoléon arpente Paris, ayant rallié des danseuses de cancan, installe ses quartiers dans un hôtel Formule 1 et finance sa nouvelle campagne de France en cédant son précieux bitos sur eBay. Fort d’une Ferrari et d’un jet, il décide d’enquêter sur une éventuelle descendance. Déception apparente : un simplet et une fille des rues. D’autant que son come-back tourne à l’aigre : on le prend pour l’un de ceux qui se prennent pour lui. D’où internement à l’asile de Sainte-Verge dont il s’extraie pour reprendre la lutte contre le péril islamiste, ayant découvert que l’imam de Paris est son plus authentique descendant. Tout s’achève par une pyrotechnie de cocasseries apocalyptiques.

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PUÉRTOLAS Romain
Tout un été sans Facebook

Mutée disciplinairement à New York, Colorado, un petit village du fin fond de l’Amérique, raciste, sans couverture mobile et où il ne se passe jamais rien, la lieutenant de police de couleur noire, à forte corpulence, Agatha Crispies a trouvé un échappatoire à son désœuvrement dans l’animation d’un club de lecture au sein du commissariat. Mais alors qu’elle désespérait de pouvoir un jour enquêter à nouveau sur un meurtre autre que celui d’un écureuil, une série d’effroyables assassinats et disparitions viennent (enfin) troubler la tranquillité des lieux, mettant à l’épreuve ses connaissances littéraires. Puértolas signe un drôle de thriller loufoque, un poilar !

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PUJOL Pascale
Petits plats de résistance

Tout tient au ventre, chez l’homme, chacun le sait. Dis-moi ce que tu mitonnes je te dirai ce que tu mijotes, confie-moi ce que tu goûtes, je te dirai quoi tu guignes. C’est forte de pareilles maximes que Pascale Pujol nous convie à la dégustation de ses Petits plats de résistance, un premier roman à la carte en forme de comédie urbaine tressautante, de pochade érotique et de sociodrame papillaire où chaque chapitre est mis sous l’invocation d’un plat ou d’une denrée. Soit, en entrée, Sandrine Cordier, une Pôle-employée tant futée et ambitieuse qu’allante et dodue, nantie d’un Guillaume de mari dont le grand oeuvre est une arnaque aux kiosques de presse et deux enfants, une fillette surdouée du net et un ado mode et sous-tendu ; soit, en plat principal, le groupe Lacarrière résumé au patriarche patron de presse libéral, Marcel, à son rejeton, un baise dru jet-setteur et plutôt nigaud, et à son porte-flingue, Bricard is the name, finaud et haut en magouilles. Épice l’ensemble et agrémente l’assiette toute une garniture aux petits oignons : une internationale de cordons-bleus sans trop de papiers, Ferreira le voyeur, Benoliel l’agent immobilier, une flottille de drôlesses cascadantes et minaudantes et de ploucs grandioses dont, trônant parmi quelques mannequins d’un soir, l’opulente et vorace Annabelle Villemin-Dubreuil (ex Lamoul Véronique), ancienne de Langues O’ passée à la carte du tendre et au courrier du coeur. Tels sont les ingrédients de base de cette goûteuse potée romanesque où l’on savourera selon les bonheurs de la pêche : des secrets familiaux, une géographie poétique de la Goutte d’Or, un tribunal de commerce mué en ring de catch, une crépitante méditation sur la tectonique des classes et le choc des cultures et surtout, surtout, où l’auteur affirme un goût certain pour une vision papillaire des mots et gustative de la littérature. À table !

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RAVALEC Vincent
Les Clefs du bonheur

Ravalec, opus 2. L'artiste n'a pas son pareil pour entrer par effraction dans la vie de quelques anonymes galériens. Délinquants qui se réinsèrent dans un phalanstère new age, dealer arnaqué par une compagne qui feint la grossesse avant de mettre les bouts, junkie numérologue qui mise au turf pour finir par tomber de haut sont les passants insoucieux que l'on croise dans ces nouvelles, comètes tragiques au goût de dragées comiques.

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RAVALEC Vincent
Vol de sucettes

"Ravalec, c'est tout simple : il a tendu un fil barbelé entre deux châteaux d'eau de pluie, puis entre deux silos (coke et sucre glace), et il danse, il danse. N'y a qu'à piocher : Vol de sucettes, ou le monologue d'un mineur camé pris de fringale en tôle ; Viva Madrid !, un film-pub où on loue à prix d'or les lambeaux urbains d'une Espagne paupérisée ; Après-midi à Aquaboulevard : dans le tiède vivarium, un ramassis de banlieusards s'empressent d'oublier le froid du dehors. Puis c'est l'immersion en sous-sol, croupe-minute pour un méli-mélo malin de rombières empommadées et de prestes messieurs qui s'entr'imbriquent à l'envi dans une catacombe douillette. Bilan : Dieu est partouze."

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RAVALEC Vincent
Recel de bâtons

"Ravalec, c'est tout simple : il a tendu un fil barbelé entre deux châteaux d'eau de pluie, puis entre deux silos (coke et sucre glace), et il danse, il danse. N'y a qu'à piocher : Vol de sucettes, ou le monologue d'un mineur camé pris de fringale en tôle ; Viva Madrid !, un film-pub où on loue à prix d'or les lambeaux urbains d'une Espagne paupérisée ; Après-midi à Aquaboulevard : dans le tiède vivarium, un ramassis de banlieusards s'empressent d'oublier le froid du dehors. Puis c'est l'immersion en sous-sol, croupe-minute pour un méli-mélo malin de rombières empommadées et de prestes messieurs qui s'entr'imbriquent à l'envi dans une catacombe douillette. Bilan : Dieu est partouze."

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RAVALEC Vincent
La Vie moderne

"Dix faits divers, dix récits pantelants exécutés à coups de Ravalec, arme de poing d'invention récente, à mi-pente entre la matraque électrique et le rasoir à main. D'une bien embourbante affaire de carambouille charitable, ou comment faire suppurer la fracture sociale et maquiller le pus en or (La vie moderne), aux maugréments cafardeux d'un séropo qui s'écoute ronger (Mourir comme un moins que rien), en passant par la fusion du voyeurisme sado-sulpicien et de la rave érotico-mystique (Folie des images pieuses) et une course à cœur perdu contre la dope (La course à pied) ; sans oublier ce vol planant d'un pigeon ludiquement défécatoire, et ce taxi revenu de tout, qui fonce vers nulle part. Voilà dix récits qui n'ont pas le temps de jouer au récit, qui verglacent comme des trottoirs vides, fument comme des télex, hoquettent comme des repêchés tremblants."

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RAVALEC Vincent
Treize contes étranges

D'un ongle peint, verdâtre ou mauve, crochu, l'oncle Vincent nous assigne une place à l'entour de son feu. Et plantés là, nous l'écoutons qui incante, qui conte à tombeaux ouverts ses Treize contes étranges comme autant d'encoches dans la moelle. Les histoires défilent, et plus elles passent moins on sait à quel diable se vouer. Entre méditations rosses sur le devenir de l'espèce, faits divers qui semblent issus de toutes les coupures possibles taillées dans les colonnes du déambulatoire quotidien, ces contes logent des anfractuosités, font entendre des grincements un peu partout dans le décor. Ravalec ne moralise pas, ne ricane pas. Ravalec est un sableur de mécaniques, un grippeur-né de rouages. Le monde est un moteur où il entend un bruit, un petit, mais quand même. On n'arrête pas le véhicule. Alors, entrez dans le petit bal des ardents de Ravalec et valsez les ombres !

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RAVALEC Vincent
Un pur moment de rock'n roll

Ni usinage du style, ni lutherie verbale, ce premier livre de huit textes serait plutôt fait de rognures de phrases arrachées dans la fièvre, de mots captés à chaud. L'attaque est sèche; sur un tempo rapide se succèdent des instantanés bien banals et marrants, ponctués de regains de détresse. Ce sont, en tout, huit plages où la plume de Ravalec laboure la vie comme un vieux saphir ses sillons bourbeux, huit vies à purger comme des peines, huit purs moment de rock'n roll.

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RAVALEC Vincent
L'Auteur

D'être apparu, un matin, sur l'écran-radar d'une grosse maison (Flammarion), Ravalec se fait arraisonner, le temps d'un manuscrit (Cantique de la racaille), et écope d'un prix. L'animal accepte la selle et, qui sait, bientôt le mors. Mais gare! Ravalec, tient, plus qu'à tout, à sa stridente minceur d'herbe coupante, à son lyrisme d'harmonica rouillé qui déchiquette le tympan. Il festoie donc sur ses gardes, ce qui est peut-être la solution au succès, au drame d'être devenu un "petit quelqu'un" qu'on siffle pour l'accolade et le podium. Il se méfie de cette gloire qui graisse la patte et vous laisse la nostalgie, celle du temps où vous étiez mince, comme un marque-page.

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RAVALEC Vincent
Le Retour de l'auteur

Chaud devant ! On s’écarte ou j’en mets partout ! Quoitaisse ? Rien de moins que ce scoop monstrueux : l’auteur de L’Auteur remet les couverts avec un autre Auteur, plus long d’un bonus épastrouillant comme jamais. Ah oui ? Retour image ! Souviens-toi, modeste barbare : en août 95, Ravalec Vincent, bien connu de nos services, Cosmic- freluquet et dandy chafouin, se voit devenir objet de passion de la part des éditeurs et médias parisiens. De cette passion de papier encré, il connaîtra toutes les stations : foire à la nouvelle dans l’unterland chti, atelier d’écriture en roue libre, prix littéraire bien complet de sa remise pipolisée, radio, télé, l’as-tu-et-à-toi de rigueur avec les collègues, les sollicitations moites et les bourrades viriles du milieu. Tout cela hérissé de féminitudes attentives. Sur tout cela, Vincent R. porte le regard de l’as de pique, jongle avec les couverts, s’éponge avec les nappes et sort par la fenêtre. « On m’aura peut-être, mais pas vivant », nous claque-t-il à la figure. Et le bonus ? « On se calme, ami, j’y viens. » Notre joker en vient à troquer son cuir de pur rocker pour la cape de l’initié aux mystères des lettres, ce en se faufilant dans une secte d’adorateurs de l’alphabet où un sous-maître, large d’épaules et gros de sous-entendus, le prend en main. En sortira-t-il vivant ? C’est ce que vous allez savoir en lisant Le Retour de l’auteur, le dernier volet des aventures de Vincent Ravalec. À paraître : L’auteur coupe à coeur, L’auteur enfonce le clou, Le Retour du fils de l’auteur contre Maciste. Bientôt en devanture.

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RENAULT Murielle
À qui le tour ?

On mène sa vie, soit toute calme et sagement rectiligne, sans tangage ni trompette, soit bien foldingue, dure ou difficile, quand soudain, brusque, effrénée, la chance dévaste tout, ne laisse rien debout. Le doigt de Dieu vient de vous toucher, bagué de toute une série de zéros, ceux d’un gros, très gros lot du loto. Dès lors, il faut gérer vertiges et frénésies : tout devient possible. Une catastrophe dorée, c’est ce que vivent les cinq héros de Murielle Renault : Chantal, employée de préfecture ; Bruno, SDF ; Capucine, jeune fille moderne ; Roger, retraité ; Carine, la meuf à Tony. Le quintette redoublé des amis et conjoints se retrouve au Ritz, assemblé là par la Française des Jeux, pour un round d’observation. Démarre ensuite le parcours du gros gagnant : gestion, patrimoine, placement. On investit dans la pierre, on dépense du kilomètre, on écoule du grand cru, et surtout on endure l’autre, le proche, l’ami, l’amant, l’enfant. Chantal tente de faire digue face à cette crue de félicité en invitant la brochette d’élus. Rien n’y fait. Et tout dégénère. Après tout, ça vaut sans doute mieux. La chance, comme le diable biblique, « rôde, cherchant qui dévorer ». À qui le tour ?

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RENAULT Murielle
Enfin la vérité sur les contes de fées

« Que fait un personnage quand il est hors champ ? » À cette question, le cinéaste Lucas Belvaux a répondu en 2003 par une rafale de trois polars, de trois points de vue distincts, sur une même histoire. Que fait une héroïne quand elle est hors plume ? Ou en contre-plume comme il y a un contrechamp ? C’est la question que pose Murielle Renault dans Enfin la vérité sur les contes de fées. Soit un roman, Treize minutes, de Nicolas Rey. Soit les personnages : Simon, Antoine, Marion, etc. Soit leur histoire commune : Simon qui voit déferler Marion dans l’appartement qu’il occupe avec Alban et Théo ; la recomposition sentimentale qu’elle y génère ; les dérives qu’ils y vivent. L’auteur s’invite dans le récit comme Marion dans l’appartement. L’histoire est semblable mais l’angle de visée, le regard, différent. C’est Marion qui raconte, non plus Simon. Plus qu’un changement d’optique narrative, c’est une autre chimie passionnelle qui s’élabore, un autre corps qui témoigne, jouit et souffre, une autre mentalité qui décrypte les événements. Petite révolution copernicienne à l’usage de la jeune génération : Murielle Renault. Avant-propos de Nicolas Rey (extrait) : « Murielle Renault a choisi le cadre de Treize minutes pour mieux le faire exploser. Treize minutes n’est qu’un prétexte à un premier roman autonome, féminin, vénéneux, drôle, tendre et poignant en diable. »

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RENAULT Murielle
Le Strip-tease de la femme invisible

C’est l’histoire de Mélanie, de Mélanie momoche, de Mélanie trop ronde, de Mélanie Lagrange et de sa mère en absolutely hauts talons. Acte I : elle a quinze ans. Un soir, sa copine Fanny la relooke à coups d’onguent et de ciseaux. Mais l’offensive échoue. Une séance de shopping en remet une couche dans la désespérance. Ultime espoir : le nutritionniste et un planning de dégraissage drastique. De nouveau, Mélanie des Douleurs. Acte II : elle a alors vingt-cinq ans. Flanquée de l’inoxydable Fanny, elle tente bouboulina.com : et de trois dans l’échec amer. Survient Pascal, outsider qui, à la faveur d’une tartiflette-partie, lui ouvre à deux battants les portes du grand amour. Acte III : trente-cinq ans, rien n’a bougé. Du gras en veux-tu, en voilà. C’est le baroud d’honneur avec l’émission Relooking extrême et sa chirurgie en direct. Mais avant cela, pour « duper les récepteurs de la satiété » (sic), introduction d’un ballon gastrique. Joie ! Ce sera, enfin, le lever de rideau sur New-Mélanie aux fesses dégonflées, à la poitrine rehaussée. Une vie chamboulée : bonheur factice et obsession pondérale. L’histoire, donc, d’un corps-à-corps avec son corps, combat fatal, combat sans fin, perdu d’avance.

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RENAULT Murielle
Oui...

Trois lettres. Trois lettres qui sonnent comme les trois derniers chiffres d’un compte à rebours au final explosif : O-U-I. Un simple oui, projeté à la mairie entre Juliette et Benjamin, une simple union maritale comme épicentre d’un séisme psychologique. Cette simple nouvelle amorce chez les pères, mères, amis, amies, ex, ami(e)s des ex, belles-mères, beaux-pères, rivales et rivaux, une onde de choc déstabilisante. Le oui est d’abord remis en question, puis validé. Alors, on se voit, on s’en parle, on épluche les souvenirs, on dénombre les mensonges, on sombre dans le doute, les rivalités, on agonise, on esquisse des suicides, ressuscite des brouilles. Dans l’arbre généalogique et le réseau social des deux tourtereaux court alors une sève amère ou une électricité panique qui transforme la bague au doigt en bracelet de forçat, la haie d’honneur en effet domino. D’autant que Murielle Renault a le génie d’évacuer les noms, de ne garder que les prénoms, chacun devient alors, au fil des très courts chapitres, un électron libre de ses dérives, une boule de billard électrique ivre d’entrechocs. Tout s’achèvera par une hallucinante fête de mariage où rôde un photographe cynique dont chaque cliché est un coup de grâce tiré à bout portant, chaque flash une giffle en pleine face. Murielle Renault invente le marivaudage de l’ère atomique. Attention : ralentir mariage.

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RIVOAL Isabelle
Grosse

Certains sont forts, d’autres enveloppés, pour quelques-uns on parlera d’obésité. Adèle, elle, l’héroïne de Grosse, campe par-delà tout qualificatif?: elle est à perte de vue, fleuve de viande en crue, mer de chair en perpétuelle expansion, océan d’humanité sans rives, ni bornes. Posée là, pour toujours, gardée par Antoine qui la couve, erre dans le réseau de ses plis et replis et Zohra qui l’entretient comme un objet sacré que l’on se doit de déparasiter, épousseter, curer, aspirer. De toute façon, elle n’a jamais vraiment voulu en être, Adèle, de la partie. Rétive à naître, butée pour manger, une jeunesse anorexique ou quasiment. Et puis un jour, miracle, Adèle mange, mastique, ingurgite, de tout, en masse. Elle s’arrondit, sous le regard admiratif de sa grand-mère, éveille l’appétit des messieurs, puis consomme fugacement avec cousin Baptiste. De retour à Paris, elle laisse la bride sur le cou à son corps, sentant alors sa chair « simplement là, au cœur de l’être » devenant dodu modèle, vedette de la pose grâce à quoi elle rencontrera Antoine, sa moitié d’orange. Mais emplir l’appartement où ils vivent, comme l’eau une bassine, n’être plus qu’une colossale flaque de chair, finit par peser à la copropriété. On décide la désincarcération d’Adèle, son démoulage. Grutée, tractée, entreposée dans l’ombre d’un chapiteau, Adèle est stockée comme une motte colosse de barbaque en souffrance. C’est là qu’elle se sentira se perdre en elle-même, se fondre en soi jusqu’à plus soif, disparaître. Tel aura été le destin d’Adèle Seilman. Grosse, mais surtout d’espoir et de désirs à jamais inassouvis.

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ROBERT Pierre-Edmond
Un siècle et demi de bonheur

Pierre-Edmond Robert évoque à nouveau ici l'Amérique des classes moyennes. Mais ici, pas d'ardeurs pionnières, de frénésie kilométrique. L'Américain moyen, sous les traits d'un petit col-blanc au babil ravi, cultive ses muscles et se cherche des rides : c'est un homme complet. Mais cette vie douce et statique ne parvient pas à masquer la mort à l'œuvre : c'est ce que l'auteur nous fait pressentir, avec son art de la hantise. On songe à Raymond Carver. « À une demi-heure de Detroit, le jardin d'Éden, tel aurait pu être le slogan de notre ville », affirme le narrateur. Le jardin d'Éden, nous en avons été chassés. Un siècle et demi de bonheur. Pour combien de temps encore ?

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ROBERT Pierre-Edmond
Version originale

Rien. Apparemment rien ne vient troubler l'Amérique que Pierre-Edmond Robert, universitaire français, passionné de Proust, de Céline, de Dabit, nous dépeint dans les trois nouvelles de Version originale. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que Bruce Heavens, envoyé du Télégraphe de Détroit, interviewe deux has been glorieux du base-ball ; à ce qu'un chômeur du Michigan veuille refaire sa vie et celle de sa famille au soleil de la Louisiane ; que Maud et Winnie, espiègles mamies, se rendent en bougonnant à un congrès d'anciens élèves ? Rien. Cet american way of life effare moins qu'une douche de motel. Et pourtant. Sous une lumière crue, d'une plume qui, ligne après ligne, brille comme un scalpel, P.-E. Robert dissèque ce grand corps trop nourri. Lentement l'aimable chronique tourne à l'hallucination. Il monte de ces récits un vertige douceâtre. Rongé au-dedans, l'édifice s'effrite. Le rêve alors se dissipe. L'Amérique, ce n'était donc que cela ? A cette question, P.-E. Robert répond comme le narrateur du Corbeau, d'Edgar Poe : Only this and nothing more (cela seul et rien de plus).

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ROBERT Pierre-Edmond
Rien que des étoiles

"L'Amérique, ce gros astre terne et omniprésent, s'impose par sa masse, mais sa lumière, depuis longtemps, s'est éteinte. Ce qu'observant, Pierre-Edmond Robert nous a déjà livré deux recueils de croquis et de relevés, Version originale et Un siècle et demi de bonheur. Le revoici avec Rien que des étoiles. Trois étoiles sorties des rangs qui frappent le fanion u.s. ; trois textes où l'on cherche à fuir la statique et empoisonnée douceur des choses, trois nouvelles, insolites comme des confessions d'auto-stoppeurs ou des lettres ouvertes par mégarde."

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ROUBAUDI Ludovic
Les Baltringues

Se faire son cirque, son petit, tout petit cirque à soi au sein du grand braoum général, hisser son rêve comme on dresse la tente, tel est le but de Marco, ex-dompteur, héros teigneux et monsieur Loyal planté par Ludovic Roubaudi au centre de son roman. Marco, c'est un baltringue, entendez par là les déployeurs de chapiteau, les monteurs de mâts. Tout aurait pu continuer ainsi, longtemps, "d'un chapiteau à l'autre". Mais enfin Chaipas vint. Chaipas un beau "sujet". Entendez une vraie bête de scène, un animal dramatique qui de dompteur n’a nul besoin, fait son show seul. Une bonne pâte de chien qui ne demande qu’à jouer en scène. Ce sera là la chance, la pépite, la belle occaze de monsieur Marco qui va en faire le néon, la mascotte de son circus personnel. L’aventure peut commencer. Valsez baltringue !

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ROUBAUDI Ludovic
Le 18

Il est des romans rose bonbon, gris trottoir, noir c’est noir. Voici un roman rouge, rouge feu, rouge sirène. Un roman pompier. Grand, le héros casqué, opère entouré d’autres drilles… l’adjudant-chef Blain, Tirpitz et sa lance extravagante, Alex, la Gentiane, et puis Malavoie ! Malavoie et ses engins, sa première classe et son Musée des horreurs. Dans son quotidien de tôle froissée et de corps incarcérés, de sinistres ardents et d’accidents cocasses, la caserne vit sa vie tranquille et presque monotone quand l’impensable arrive : il a pour nom Métrono. Capitaine Nathalie Métrono. Une femme et une femme capitaine avec ça. D’emblée, ça dérape ferme avec l’abrupt et sexiste Malavoie. Les choses empirent, puis se tassent. La tolérance s’installe, les braises tiédissent… mais le feu couve toujours. Beau comme du Mash version sapeur, avec buffet à volonté : sang, tripes, cendres, cris. Tenté ? Faites le 18, demandez Roubaudi, en urgence !

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ROUBAUDI Ludovic
Les Chiens écrasés

Alors voilà, ils sont deux : l’un qui scrute et qui scripte, l’autre qui cadre et qui cliche (enfin qui, alcool faisant, tente de ne pas trop tanguer du cadre). Deux « vautours de la misère », des becqueteurs farouches de faits divers salacement sordides, des chiffonniers de l’effroi social mâtinés de spécialistes de la note de frais gonflée à l’hélium. Deux journalistes à Radar. Le tandem s’importe dans un infime patelin où, à ce que dit l’histoire, un tyran de supérette a affamé des SDF en cadenassant ses poubelles. Enquête. Mais c’est alors, attaque en piqué du destin, que s’invite dans le décor une blonde personne, Mademoiselle, qui trouble hautement l’un des deux drilles. Nécessité de rester. On dope dès lors l’affaire avec une meute fictive de mâtins sans niche fixe, destinés à relever l’horreur de l’histoire. Tout roule et l’idylle se noue. Mais, comme le note l’auteur : « Les emmerdes, leur naturel, c’est le peloton. L’arrivée en solitaire est un exploit. » La fin de l’histoire aura un goût de fiel et de sang, une fin qui fera néanmoins méditer notre écraseur de chiens de héros, et l’amènera à rompre avec son cynisme hilare et ses magouilles futées. Comme lune rousse sur ville en ruine, se lève sur ce récit initiatique une couverture du grand Angelo Di Marco, le Caravage des cœurs fourbus, le Raphaël du geste fatal, le Michel-Ange des mains courantes. Notre maître à tous.

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ROUBAUDI Ludovic
Le Pourboire du Christ

La vie étant plutôt lente et l’espérance décidément violente, il est urgent d’y aller rondement et avec les moyens du bord. Ces derniers, pour le beau Rodolphe, héros du Pourboire du Christ de Ludovic Roubaudi, sont bien là. Mâté comme un cap-hornier, doté d’une bonne plume et du goût pour la comptabilité, il opère d’abord comme rédacteur dans des feuilles à fantasmes avant que sa douce amie Gertrud, starlette du X, ne le jette en pâture au Maître Ramon Tripier, Citizen Sex en personne, et à sa « maman » handicapée, fruit des oeuvres d’une princesse russe et d’un baron d’aventure. Le Maître utilise ses talents de plume en lui commandant des scénarios affriolants (péplum à risques et porno politique) et son goût pour les chiffres en le nommant conseiller fiscal. L’équeutage soudain, homicide et vengeur, d’un maître étalon en plein tournage ayant contraint Rodolphe à une cavale d’urgence, il se réfugie à la campagne avec Maître Ramon et se met à fréquenter, sous le pseudonyme de Karl, diverses coteries où il joue les analystes financiers, les traders matois. Le trio infernal formé de Ramon, de « maman » et du précieux Karl s’investit ensuite dans une magouille municipale et escroquerie cléricale à base de neuvième croisade.Tout cela finira, entre horions et sodomies - « l’anal, c’est du brutal ! » - , par une empoignade généralisée où Dieu ne reconnaît plus les siens. À l’heureuse conjonction de Marc Dorcel films, de Philippe de Broca et d’Octave Mirbeau, voici donc Le Pourboire du Christ de Ludovic Roubaudi. 

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ROZA Bruno
Leçons de choses

Le réel, je le connais, semble nous dire Bruno Roza, c'est une chose lourde et précieuse, rangée là, un peu haut, sur une étagère. Il suffit de se hisser pour prendre, soupeser, humer, caresser. Ce léger effort pour se saisir des choses a un nom : la littérature. Il se hisse donc légèrement pour nous pointer du doigt un certain nombre d'ustensiles précieux, d'objets de toujours, d'outils familiers. Quelque part entre Ponge et Delerm, Bruno Roza prononce ses Leçons de choses avec une minutie patiente et éblouie, évalue le vinaigrier, scrute le tue-mouches, parcourt la cuisine, cerne le presse-purée, dit les meules, le galet, l'étiquette. Et ses courts textes ne seraient qu'une ribambelle de jolis camées, des vignettes concrètes, s'il n'y avait, tapi sous les mots, le secret désir de toucher à l'essence des choses, de sentir sous sa plume "l'absolue rondeur du monde".

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ROZEN Anna
Plaisir d'offrir, joie de recevoir

La vie, la ville, c'est une affaire de point, de sextant, de croisement longitude-lassitude entre des brassées de corps délirants, des pelotes de désirs instantanés qui se coagulent et se défont dans un instant plus ou moins long. Ce petit carrousel des désirs, c'est ce que s'applique à photographier Anna Rozen. Elle semble s'être assise là, devant nous, encore nimbée de stupeur, tiède et sidérée, pour tenter de recoller les mots, de traduire en préservant tension et onde de choc quelques expériences charnelles et désirantes. Et toujours, se faufilant dans le texte, le « il » magique et maniaque, qu'on prend en écharpe, qui vous assaille, vous sollicite et qui prend sa part dans ces incantations… Des textes voués à ces planches grinçantes que sont les corps en marche, pour lutter contre le flou à coups de mots.

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ROZEN Anna
Méfie-toi des fruits

Ces fruits, dont Anna Rozen s’est faite la cueilleuse passionnée et la palpeuse effrontée, sont les fruits dont notre corps est l’arbre : couilles et mamelles, sexes ; qu’ils soient fermes ou flapis, lisses ou ridés. Fruit du ventre, enfant. Fruits également de la rêverie plume en main : personnages qu’elle s’extraie, dont elle s’opère et qu’elle regarde bouger, cheminer, jouir, parler comme on s’amuse du titillement d’un insecte dans la paume. Et d’abord leur trouver un nom ? François ? Maurice ? Ce sera Tibor et puis il y aura « elle », « notre elle », dit-elle. Elle qui photographie, parle, qu’on écoute parler, parler des liens, des corps, des heurts, de la chair sienne, d’autres chairs. Anna Rozen écrit penchée amoureusement sur ses personnages, parle d’eux comme d’un autre elle-même, les laisse grandir et la submerger. Elle les écrit. Ils la parlent.

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ROZEN Anna
Vieilles peaux

En trois temps, deux nouvelles, Anna Rozen exécute une balzacienne physiologie de la « vieille peau ». Créature singulière que cette dernière qui n’a rien de la vieillarde vénérable et échappe à l’archétype de la femme mûre. Tanguante, ballottée entre elles deux, la « vieille peau » vit le passage de l’une à l’autre dans l’amertume inquiète et l’effroi paniqué, giflée par les miroirs, alourdie d’un vis-à-vis tout aussi terne et pareillement fripé. Elle n’est pas vieille mais se sent le devenir. Affaire de conscience plus que de rides, d’anxiété plus que d’artères. Vieilles peaux, celle de Cressida, star des lettres empêtrée dans la gestion de sa mémoire écrite et les bras plutôt ballants de ses secrétaires successifs. Puis celle de Marthe, la Marthe de Fernand, pour qui le temps s’égoutte et la vie s’arthrose. Peaux en plis tristes et piquées comme de vieux miroirs. En clôture à cette double déploration et lent naufrage, une pyrotechnique valse des consciences, où l’auteur, en digne Fregoli de la plume, joue de tous les personnages, peaux aussi vite quittées qu’endossées : à l’arrivée « il n’y a personne. Que vous, Et moi ». Anna Rozen.

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ROZEN Anna
La Bombe et Moi

Deux, elles sont deux : elle et l’autre, la pauvre Elle et Autre-la-terrible. Miss Anna et Sister Bomb : allantes et offertes aux poids des regards ; l’une qui endure souffrance, l’autre qui en jouit dans l’instant ; l’une qui se tend et s’offre, l’autre qui se retient, s’affole ; l’épanouie et la rétractée. Siamoises et conflictuelles, elles ne sont d'accord sur rien : l’art de draguer, la valeur du string, conclure vite ou non. Et pourtant, il faut que l’une fasse avec l’autre et surtout avec le désir, ce « chien chinois sans poil » nous souffle la Bombe, le chihuahua pathétique qui s’enrhume, tremble et trottine. Elles vont donc ainsi :  soudées, partageant les rencontres, les soirées moites et les salons du livre, les élans sans suite et les occasions perdues, sœurs de chaîne et copines comme cochons. Et puis un jour, coup de gueule : tout implose. La bombe s’éclipse. L’une a-t-elle mangé l’autre ou l’autre avalé l’une ? Anna Rozen, face miroir, nous offre ses deux profils et nous assure d’une chose : le désir a les yeux vairons.

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ROZEN Anna
Je vous prête mes lunettes

Acte I : « Ploc » fait la goutte, tombant du plafond piqué de rouille. Et le mal d’entrer dans le monde, entendons l’appartement d’Anna Rozen, sujet désormais à un dégât des eaux. Et les mâles d’entrer dans la ronde (il s’agit d’une danse) : syndic agacé, peintres version cool ou balourds, experts pointus en goutte-qui-perle-au-plafond. Chassée de chez elle par la réfection, notre narratrice passe au cinéma où l’accoste un tousseur en manque de lien. Retour at hommes où la salle de bains prend des airs d’Éden, quand « Scroutch »... fait le bruit. Retour à la case angoisse. Acte II : Qu’est-ce qu’elles ont toutes : la blonde en noir du RER, la fausse maigre en jersey. Elles sont là, toutes, à m’assaillir, à tenter de ravager, de séduire. Hantise, obsession, vertige : elle consulte. Une bête, une bête qui rôde dans les mystères du corps, telle est la cause de tout ce barouf intérieur. Ouf, le mal a un visage, et plus celui d’une goutte, celui d’un fennec mignon. Ledit intrus résistera-t-il à une mise à contribution très directe du médecin ? Oui. Allergologue, traitement, rien n’y fera. Et puis, après tout, ma bête, elle est moi, je me la garde. Acte III : « Je n’aime rien mais j’aime bien la vie » nous dit l’homme agueusique, privé de sens du goût. Cela dit tous m’étouffent, tous ! Sauf peut-être Georges avec qui je me restaure une fois par semaine, et Bernard qui me fait les honneurs et le bilan de ses amours (et qui finira suicidé), et Annie chez qui je suis client et Florence, une vieille copine, et d’autres, d’autres encore, vus, entendus, croisés, frôlés. Lui, l’homme agueusique, au regard de « vieil or terne », il est pour toujours de l’autre côté de la vitre. En transit. En trois temps, un petit périple dans le monde vu par le regard déformant d’Anna Rozen : « Je vous prête mes lunettes ? » Allons.

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ROZEN Anna
J'ai eu des nuits ridicules

L’air nous est connu : « Si par une nuit d’hiver, un voyageur… » Sauf que dans ce dernier roman d’Anna Rozen la « nuit d’hiver » a fondu en un frais crépuscule, quelque part du côté de Richard-Lenoir, et que le « voyageur » a la timide dégaine d’un ado en dérive, avec « grosses baskets » et des « cheveux en herbe à chat ». Pareil accostage soudain, a priori, Valérie, notre héroïne, n’a rien contre. Muse mondaine œuvrant dans la com, elle s’honore d’un panel d’amants variés qu’elle sonne à la demande et spécialise à loisir. Une galaxie érotique qui tournoie néanmoins autour d’un astre-fétiche, Thaddée, parfait de la voix aux doigts, hélas souvent pris par madame. Mais, pour l’heure, le problème n’est pas tant l’absence de Thaddée que l’insistance d’Étienne, môme glauque et frêle asperge en demande d’asile. Belle âme, mais surtout collectionneuse fieffée, Valérie lui fait une place d’un soir dans son petit intérieur. Une concession qui tourne à l’accoutumance mutuelle car l’Étienne s’accroche, adhère, se love, s’installe, faisant de Valérie complice, sa psy et son doudou. Une nounou qui, dans l’entre-temps, a percé le mystère d’Étienne le fugueur, fils de famille dont elle s’emploiera à régler la situation et vaincre les problèmes. Un roman qui tient de la quête érotique, du jeu de piste psychologique et du marivaudage cynique, sans oublier un portrait sans complaisance de la gentry glamoureuse, frétillante et jacassante, des nuits parisiennes.

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RUZÉ Franck
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S’épiler furieusement du moindre poil de graisse, traquer sans relâche le plus léger soupçon d’adiposité, s’écorcher les peaux d’orange, tel est le programme de Priscille, l’héroïne de Franck Ruzé, sa dame au clavier égaré dans le palais de miroirs aveuglants de la mode, hantée par le maigrissement et la moindre chair. Mannequinage et relookage sont les deux mamelles siliconées d’un monde qu’il nous magnétoscope à coup de presse-bouton urgent. Arrière, avant… Avant, arrière… Au doux pays du mincir/vomir, son Alice franchit en se coupant les vitres en miettes de l’apparence et du reflet, croise des ombres improbables, émet des avis sans suite. De mails tordus en propos de cabine, de vacances au soleil en shopping allègre, les corps s’en vont, se fuient, s’épaulent et s’interpellent au fil d’un récit visionné dans la hâte. À se demander si, pour l’homme, la femme, le poids rêvé n’est pas celui du squelette.

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SALBERT Marc
De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire

C’était inéluctable. De même que le pointu poignard de Ravaillac devait rencontrer le royal poitrail d’Henri IV, la balle d’Oswald approcher le crâne de J.F.K., il était dans l’ordre des choses que la matraque d’un CRS entre en contact, square Clignancourt, par un petit matin venteux, lors d’une charge réprimant un campement de sans-papiers afghans, avec le front d’Arthur Berthier, héros de De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire, roman ébouriffé de Marc Salbert. De cet impact déterminant, comme la chute en cascade d’un rang de dominos, tout découle. Rock-critic dans un quotidien, muté aux faits de société pour raisons disciplinaires, voilà notre nightclubber électrique devenu martyr du journalisme de terrain. Flanqué de son ami Hassan, Marocain bien né et photographe dragueur, il se mue en icône politique, subit une IRM, retrouve l’admiration de sa fille, l’intérêt de son ex-femme, signe un contrat avec un éditeur flairant un bon coup et surtout, surtout, héberge Daoud, un SDF afghan qui lui mitonne des spécialités culinaires locales, et s’improvise son majordome. Salbert, de concerts en boîtes de nuit, de meetings bobos en rendez-vous d’affaires, talonne son héros, personnage sémillant et émouvant, roublard et amoureux, avec une jubilation certaine. Le pic du pinacle sera atteint lors de sa rencontre avec Marzia, la sœur de Daoud, une Vénus tout en cheveux, tout en jambes, tout en tout, avec laquelle il convolera, à l’ombre du Sacré-Cœur de Montmartre, pour une éternité d’amour aussi délectable qu’exemplaire. 

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SALBERT Marc
Amour, gloire et dentiers

Une thèse est à soutenir ; son titre : Du rôle des charges de CRS dans les romans de Marc Salbert. On attaquerait par le premier, De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire où, on s’en souvient, Arthur, le héros journaliste, voyait sa vie chavirer et s’épanouir suite à un revers de matraque reçu lors d’un assaut antimigrants. On enchaînerait par le petit dernier sur lequel vous allez porter un œil avide : Amours, gloire et dentiers. Là, c’est une charge de cinéma à laquelle d’authentiques serviteurs de l’ordre donnent un poids de réel inopiné, le temps pour le nez de Marie-Hélène, figurante, d’être pulvérisé et, pour Stanislas, producteur, de la consoler à la hauteur d’un bambin vite abandonné, Martin. Fin de la séquence. Quelques décennies plus tard, on retrouve le duo père-fils : père est devenu une icône baltringue du cinéma Z français, fils le gérant psychorigide d’un mouroir campagnard et climatisé, le Jardin d’Éden, où vivotent un lot de vieillards, cossus, fantasques et en fin de course. Terminus champêtre où Stanislas, aux abois, finit par se réfugier. Une incursion qui tourne à l’incrustation et ne tarde pas à révolutionner l’endroit : adieu bout du rouleau, la vie reprend ses droits ! Et pensionnaires de muer leur antique carcasse en instrument de plaisirs, Stanislas de renouer avec la vie, le fric et l’inspiration, Martin d’enfin connaître le grand amour, le tout sur fond de folies deauvillaises, libertines et cinématographiques. Bilan, une tranche de vie juteuse, festive et rocambolesque, jouissive comme un Molinaro période faste ou un de Broca grand cru. Salbert ou le triomphe du CRS : Comédie Romanesque et Sentimentale.

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SAULNIER Laurent
Bonneville

C’est l’histoire d’un mec dans une auto avec des idées noires et un fort pétage de fusibles. Pourtant, au départ, rien que du paisible : une maman poule plutôt revêche qui pèse son poids d’amour étouffant sur ses deux poussins qu’elle gave de poulet, un père bientôt décédé, tout en rêve et qui se lance dans la grande aventure : acheter sans rien dire à personne une belle américaine, une vraie, une grande, une Pontiac Bonneville, trois cents chevaux et huit cylindres en V majuscule qui devient l’icône, le totem et l’emblème de la famille. Une danseuse tout en acier fin et pur nickel qu’il faut néanmoins gaver de pétrole « autant qu’un char Sherman » et bichonner à mort. Trop belle pour nous ! Si belle qu’on finit par l’admirer plus que la piloter, cette maîtresse coûteuse et défaillante. Mais peu à peu, depuis la pompe où il gagne petit, le fils de la maison, un drôle à problèmes, long comme un devis de chauffagiste, se sent pousser des ailes de chrome : à nous deux la route et la vie inimitable. Pourquoi pas moi. Et voilà notre héros lancé on the road, se rêvant le Clyde de cette Bonnie sur coussin d’air. L’aventure, hélas, va donner dans le saumâtre. Pour son premier roman, Laurent Saulnier a verrouillé les portières et bloqué les freins, on respire à peine et le mur se rapproche, ce qui ne l’empêche pas de siffloter sur le fil d’un rasoir romanesque tranchant et fatal. Vous êtes prévenus !

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SAVIO Francesco
Mon père était très beau

C’est une histoire de bicyclette rouge posée contre un mur, de père défunt, de famille soudée, d’enfant véloce et futé, c’est l’histoire de Nicola. Marié à Leonilde, Guerrino le père, dont la voix revient hanter le texte, ouvre le récit par sa mort, une mort que l’enfant reçoit comme un gros paquet dur à porter. Devenu " le roi pauvre du quartier ", le sempiternel fils du mort doit subir la pesante bienveillance des voisins, endurer les coupes de cheveux aberrantes qu’il masque avec un bonnet Ferrari, recevoir en présent le saucisson d’âne du boucher Luciano, les sorbets à l’œil du glacier Bedont, d’autres encore. Mais ce gavage affectif ne peut rien contre la… biligorgne. Tristesse douceâtre qui vient se lover dans le cœur de l’enfant quand il trie les photos de famille, celles surtout où il est avec son père : " Pourquoi les gens morts restaient-ils coincés dans les photos ? (...) Il fallait des ciseaux pour découper les gens morts des photos. " Pour y échapper, il y a, certes, les boucles blondes d’Andrea, la poussière soulevée par les trains, des envies de trompettes débouchées, mais il y a avant tout le rêve d’une vie balle au pied, d’un destin platinique qu’émaillent plaies et bosses. Mais le ballon rentrera au garage, les rêves à l’étui et l’enfant Nicola deviendra calmement ce que fut son père : matelassier, fabricant de ces matelas sur lesquels meurent les pères et dorment les enfants. C’est une histoire de Fiat 127, de fugue en train, de blessure en cours de match, c’est l’histoire de Nicola et de ses souvenirs du temps où " son père était très beau ".

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SCHIFFTER Frédéric
Délectations moroses

Au nombre des vices enfantés par l’oisiveté, saint Augustin déplore la delectatio morosa, qu’il définit comme la « longue et complaisante rumination de pensées que l’âme devrait rejeter sitôt qu’elle en est effleurée ». Or, Frédéric Schiffter cultive coupablement cette passion triste. Échoué à Biarritz depuis des années où il jouit sans entraves de ses temps morts, le « philosophe sans qualités » – selon sa carte de visite – a tout loisir de noter des cogitations, des souvenirs, des regrets et des humeurs dont l’acidité, même diluée dans les larmes, n’épargne rien, ni le monde ni son ego.

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SCHIFRES Alain
Sympa

C’est ainsi : plus les temps sont durs, plus les gens sont mous, plus les ombres s’allongent, plus ils s’encocoonent contents, se lovant sous la couette lavable de leur prêt-à-penser nigaud, n’offrant guère au talon d’airain de la violence généralisée qu’une consistance mollassonne qu’agrémente un sourire bonasse de réglisse éventée, des mirettes de cockers neurasthéniques et surtout, le pire du pire, une dévotion pour le « sympatoche », un goût du cool, de l’équitable, de l’écoute Bisounours qui donne la nausée. C’est pourquoi, avalant quatre à quatre les marches de la tribune et s’emparant du micro comme de l’épée de Condé, Alain Schifres (dont on sait l’application virtuose à crier haro sur les poncifs) dénonce, au fil de Sympa, le devenir chamallow de la conscience occidentale et décrète la Saint-Valentin du cliché, la Saint-Barthélemy de la neuneuserie béate et l’éradication du poutou. Tout y passe : le goût du calinou, la coolitude organisée, les marronniers de l’info et la sacro-sainte mamie, le culte du « c’est mieux sans » qui promeut la voiture sans conducteur et la Terre sans hommes, la dictature des « cellules d’écoute psychologique » et l’omniprésence du « Rien ne sera plus comme avant » faisant du petit bois des « quadras » avenants et des « mousquetaires » d’un jour, pilonnant sans trêve les « santons du sympa » regroupés dans la crèche à ravir de la niaiserie commune. Pour une France sans sucrette ni additif de synthèse, votez Schifres ! (et surtout lisez Sympa).

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SEBHAN Gilles
Salamandre

« Donnez-moi mon tapin quotidien » ou « La Messe à l’envers de Gilles Sebhan ». Cachez Sebhan que je ne saurais voir ! Mais non, au contraire montrez-le, affichez-le, exhibez-le, bref éditez-le ! Et c’est ce que fait le Dilettante en publiant cette délectablement sulfureuse, donc hautement sebhanienne, Salamandre. Romancier des amours mâles, tous âges et saveurs confondus, biographe de Tony Duvert et de Jean Genet, Sebhan nous livre là les étapes d’une méthodique descente aux enfers, celle d’un enseignant-poète dont on suit la geste sexuelle et la mort programmée. Ouverture dans un lycée chic du Maroc, à Casablanca, où il rencontre Mouloud, l’amour de sa vie, où un jeune Didier en fait sa chose et sa victime, l’enferrant dans une affaire criminelle grave, passage par la prison puis piaule à Barbès et backrooms de la rue Saint-Denis où le diable lui offre son tapin quotidien, qu’il soit jeune Dracula bulgare ou Rom d’aventure. Stations d’une passion qui ne s’enchaînent pas mécaniquement mais forment crescendo les notes d’une vie vécue comme la vrille éperdue d’une vocalise charnelle à perdre haleine, jusqu’au dernier souffle et ultime couteau. Salamandre ou l’autocombustion lente au brasier noir du désir.

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SEBHAN Gilles
Retour à Duvert

« Tony Duvert, le dernier maudit peut-être » confie sobrement, à un détour de son livre, Gilles Sebhan. Sebhan qui compose là, plein de rigueur patiente et de ferveur retenue, un magnifique « tombeau » pour l’auteur de Paysage de fantaisie et de Quand mourut Jonathan. Ni hommage larmoyant, ni déploration hagiographique, mais tentative, pièces en main, photos à l’appui et fort de témoignages sincères (ceux du journaliste Jean-Pierre Tison et du philosophe René Schérer notamment), de dire l’ardent mystère et l’ascèse fatale d’un homme porteur au front d’un signe caïnique, celui des amours pédophiles et d’un attrait exalté pour l’enfance. Une marque infâme le vouant à la solitude, l’exil, l’oubli et à une mort de reclus en 2008, corps confiné et oublié. Remettant ses pas dans ceux de Duvert, Gilles Sebhan suit avec intense gravité, de l’adolescence brillante à l’ermitage coupable, la courbe d’une vie tragique : jeunesse toute en vitalité, émergence d’une sexualité que seule la fréquentation du Maghreb permet d’accomplir, amours secrètes, militantisme frondeur et castagneur, succès de plume, puis repli, solitude, trépas sordide, cendres. Complété de textes rares et de photos privées, Retour à Duvert est une tentative d’accompagner, par-delà la mort, le destin terriblement tenu et voulu d’un écrivain pour qui « ce qui était en jeu (...) c’était la redéfinition de l’enfance, sans quoi l’homme n’a pas de sens ».

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SIMON Sylvie
Le Couloir

"Quatre voix qui, comme l'huile et l'eau, se superposent sans se fondre ; quatre voix tressant l'anxieux débit de leur monologue ; quatre voix presque blanches, lourdes d'angoisse. Quatre voix qui se mêlent : il y a la basse continue d'un verbe au grain épais ; deux timbres usés, absents, presque mécaniques ; et la voix de Mélanie – intermittente, faible, peu modelée. Que nous fredonne, à bouche fermée, cette petite chorale, éparse entre une chambre et un couloir d'hôpital ? À peine un drame, une anecdote, dans l'enfer feutré de ces petits brins de vie rectiligne. Quatre vies qui s'égouttent, d'où l'ennui perle comme d'un drap qui sèche."

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SIMON Sylvie
Mathilde

À suivre Le couloir, premier roman de Sylvie Simon, on scrutait la lente et terne extinction d'une famille. Avec Mathilde, le couloir n'est plus qu'un boyau qui draine du ventre vers la vie. Entre Rose, à la croisée de tous les mâles, Victor (monsieur Mathilde), Borniol en fin de course, Nathan le fugace amant, et Lui, l'enfant qui l'angoisse (il est mongolien), Mathilde suffoque. Elle s'épuise à vivoter en ville, s'assèche. Lourde d'un enfant de Nathan, aimantée par la rude fraîcheur des forêts, Mathilde s'éclipse pour réapprendre la patience avec elle-même. Après le conduit qui mène outre-ventre, y aura-t-il aube ou tunnel ?

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SOLUTO
Glaces sans tain

Glaces sans tain ou l’art de voir sans être vu, de scruter à loisir sans subir de regard en retour, œil de Dieu, pupille du Diable qui sonde en paix les plis et replis de l’âme rongée. Quel meilleur titre pour ce recueil de nouvelles signées Soluto où un quatuor d’esprits aux abois se dénude et s’explicite face à un miroir qu’il croit opaque, mais derrière lequel Soluto convie le lecteur à prendre place. On assiste ainsi à la mise à nu, lente, méthodique, scrupuleuse de la vie d’un chirurgien émérite et digne père de famille qui se souvient du lycéen normand qu’il fut. On suit le déroulé de l’existence psychiatrique d’une brute lourde hantée par une voix qui lui chuchote les envers secrets du monde. On accompagne le destin morne d’un éternel petit garçon figé dans l’enfance. Et pour clore, on met nos pas dans ceux de Soluto lui-même, portrait de l’écrivain en peintre dragueur de supermarché. Soluto ou l’art de la confession d’autant plus impudique qu’elle se croit soliloque. Les glaces sans tain ont un parfum amer. 

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STERN Théo
Va où ta queue te mène

Pour bien se diriger, suivre les frétillements de sa boussole, se caler sur les vibrations de l’aiguille, surtout celle que la nature vous a fichée entre les cuisses. Marcher à la queue, comme d’autres à l’étoile, ou certains au canon, telle est la méthode de Théo Stern, roi mage en route vers un en-deçà de jouissances permanentes, son pénis comme cap unique. Théo Stern, figure connue de la société civile, agit là sous le loup d’un pseudonyme passe-partout. Il faut néanmoins le truchement malin d’une étudiante, Jill, et les ombres capiteuses, les sièges « moelleux » d’un bar chic, le Crillon, pour ouvrir les écluses d’une mémoire libertine bondée de noms, soûlée de frottements, frôlements, épanchements multiples, postures et caresses complices. Le coup d’envoi a lieu sur un cône de sable, de nuit, au cœur d’un chantier, suit Frédérique pour de l’amour en chambre (de bonne), Clémence tôt partie, Anne-Laure, Mélanie, Laurence l’infirmière, etc., une rafale de petits noms, une parade méticuleuse d’instants choisis, de jouissances précises ne cesseront de défiler, spasmes annotés avec humour par des notes d’une érudition caustique. Les variations semblent infinies, de la petite mélodie physiologique, pays, physique, circonstances, le carrousel n’a de cesse de tournoyer, l’aiguille de vibrer. Le pôle sexe est en vue, toujours à reconquérir, jamais atteint. Entre l’indolence acérée d’un Frank et les frénésies d’inventaire d’un Bonnand : voilà Théo Stern, son minutier érotique et ses vaginales annales.

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TAVARD Guillaume
Le Petit grain de café argenté

Londres n’est pas vraiment triste et j’ai lu toutes les annonces d’emploi, nous déclare Guillaume Tavard. Bilan de l’affaire, et grâce à cet espagnol de Pedro, il débarque chez Fresh, Mondiale de sandwicherie, délice du bobo bio. Et là le rêve freshit : routine, fatigue, ennui malgré la convivialité et la fraîcheur du concombre. Entre promo, pointeuse et grand-messe d’entreprise. Par chance, reste le plaisir des pubs, source de défoulement. Et puis tout repart avec les « Baristas » ou l’art de débiter de l’expresso par pleines cartouchières, la pépite au cou d’un grain de café argenté pour toute récompense. Le tout s’achèvera sur un dernier café, serré à souhait, et un départ en gare de Waterloo, une gare garantie sans buffet. Une saison crispante au purgatoire du déjeuner minute : mille sandwiches et quat’ cents coups. Cette vie d’un jeune prolétaire rivé aux feux de la rampe d’une cafétéria londonienne se révèle tout en dialogues et en finesse.

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TESSARECH Bruno
La Galette des rois

Cette Galette des rois, que Tessarech tranche finement en de minces chapitres, nous narre par le menu les tribulations d'Antoine, un autre « nègre », placide et bénévole, engagé dans la tapisserie sans fin des Chroniques de Godefroi de Bouillon, et servant avec une douloureuse et sourcilleuse probité de plume de paille à un sien ami, nom : Maxime Chazelas piaffant poulain des haras ministériels et aussi avide d'obstacles à avaler que de reconnaissance et d'honneurs à recevoir. Dans le grand manège politique, Maxime le yearling effectue pas de deux, cabrioles, courbettes et numéros de haute école, Antoine est là, qui veille au grain, le bouchonne, l'aiguillonne, le rafraîchit. Tout cela plein d'une morgue souriante et désabusée. Alors cette galette ? Eh bien à trop vouloir se partager le fade et croustillant gâteau du pouvoir, à vouloir être le roi, on finit par perdre de vue la fève, à l'avaler par mégarde. Qu'est-ce que la politique mes beaux amis ? Une galette sans fève à qui il manque la pâte. Dont acte.

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TILLINAC Denis
Boulevards des Maréchaux

Ces maréchaux-là limitent leur prestance au blanc bleu de panneaux émaillés. C'est d'un PC qui s'attrape à la périphérie de Paris, au fil des boulevards de ceinture, d'un PC qui vous bahute, au fil de ses bus, d'une porte à l'autre, qu'il s'agit ici. D'une petite ceinture qu'on fait à pattes, façon Tillinac. Tout commence (et finira) porte Dorée où Mars, le dieu porte-lance, veille sur ses collègues les fétiches africains du MAOA. C'est là qu'a poussé, veillé par les lions Daumesnil, le corrézien Tillinac. C'est de là qu'il part pour égrener les portes qui sont un peu les heures du cadran parisien. Et on le suit, au fil de sa dérade, de bistrots en souvenirs, de tombes en coin de rues, bercé par les arrêts obligatoires et le babil des picoleurs ou l'œil inquiet des passantes. À chaque étape, le maréchal surgit de sa plaque comme un djinn du flacon et l'on suit la parade comme une passe de ballon ovale ou de témoin ému : Soult passe à Davout qui passe à Sérurier qui passe à Macdonald qui donne à Bessières. Ça n'est plus Austerlitz mais la Voulte-Montchanin. Du jeu à 13 revu 1815. Retourné à la case départ, Tillinac nous livrera les raisons de son pèlerinage impérial et circulaire, de sa revue de détail des brandebourgs de la mémoire. Pour le savoir, suivons-le. Route !

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TILLMAN Lynne
Le Complexe de madame Réalisme

Venez, approchez donc lecteur ! Et penchons-nous par-dessus l’épaule de l’écrivain. Le prendre en pleine cuisine et gestation littéraire amuse toujours. Le petit castelet est prêt où vont tressauter, en bout de fil, ses personnages. Il s’agit ici d’une anthologie de nouvelles signée Lynne Tillman, petits bijoux polis entre 1982 et 2002. Il n’y a pas qu’une prévisible méditation sur l’acte de créer et l’art d’accommoder les sauces langagières mais une volonté, également, de lâcher la bride à toute cette marmaille de figures. L’auteur, avec humour et délicatesse, se retire parfois sur la pointe des pieds laissant ses personnages, les abandonnant sans filet à la mort. Elle les observe pèleriner sur les plages du Débarquement, songer à la mémoire, et ne peut s’empêcher de savourer une rencontre impromptue avec Clint Eastwood… sans complexe.

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VAN ACKER Christine
Ici

Ici, l’« Ici » majuscule de Christine Van Acker, n’est pas le « là » de tout le monde, un lieu-dit parmi d’autres, c’est son lopin d’élection. Un village à l’écart où elle réside dans l’ancien « café de la jeunesse ». En rupture de ville, elle a choisi la campagne pour passer de l’urbanisme à l’urbanité, de la grisaille planifiée à la bienveillance spontanée, du dernier cri aux gens du cru. Ce qu’elle nous dit là d’Ici est un herbier d’impressions émues, une collecte de sentiments vifs et saillies brèves éprouvés par un couple de citadins immergés dans une ruralité accueillante. Un couple, néanmoins toujours entre deux mondes, pris entre les visites de ceux de « là-bas », la ville au loin, et la découverte de ceux d’Ici, devenus la fratrie quotidienne. « Chez ces gens-là », on ne triche pas trop, on « se balade peu », on rend service, on boit dru et on pisse raide, on vit selon. Il y a Albert qui chôme comme il respire, la horde des « barakis » repliée dans son repaire barbare, les voisins, les arbres, le ciel, le cimetière et les sentiers. Il y a même « la descente de la mort qui tue ». Mais l’hôte majeur, c’est le temps et cette quatrième aiguille, figée, de l’horloge : l’ennui. Car, qu’on le veuille ou non, l’ennui est à la campagne ce que le stress est à la ville, et Christine Van Acker, au fil de ces feuillets regroupés d’une néorurale, se livre à une patiente analyse de la perception du temps : « grosse bouchée qui ne veut pas passer », cette « pelote que même le chat ne remarque plus », le temps collé à la tempe pour la « roulette russe d’une journée à vivre, ou non ». Alors bienvenue « Ici » où « nul ne pourrait dire qui, du vivant ou du mort, est le voisin de l’autre ».

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VIALATTE Alexandre
Le Fluide rouge

in-16 br., édition originale, exemplaire hors commerce sur vergé (seul grand papier), non coupé.

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VILROUGE Marc
Reproduction non autorisée

Le désir d’enfant peut-il s’inscrire hors de la sexualité ? Le narrateur et sa meilleure amie, Christine, veulent y croire. Lui a la trentaine homosexuelle désabusée, elle la quarantaine célibataire encore féconde. Autant dire qu’ils n’ont pas le profil de parents modèles. Et pourtant… Pourtant, ils décident de s’unir pour la plus rocambolesque des procréations artisanales. Petits arrangements entre amis ou association de malfaiteurs ? Leur seule certitude est que leurs liens sont assez solides pour souhaiter fonder une famille, certes aux marges de ses codes et de ses lois actuelles. Pas de militantisme ici, ni de discours sur l’homoparentalité, juste l’expérience intime de deux êtres habités d’une saine et douce subversion. Marc Vilrouge nous raconte avec drôlerie et justesse les amitiés particulières et les solitudes urbaines, flux tendu d’instincts et de névroses prompts à sauter par-dessus les architectures de la raison. L'adaptation cinématographique du livre de Marc Vilrouge est en cours (réalisatrice : Pascale Bailly).

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VILROUGE Marc
La Peau fantôme

Marc songe à Marc, aux formes, à la peau et à la voix de Marc. Marc Vilrouge déroule le soliloque poignant de qui fut l’ami de Marc Vilrouge. Mort, Marc, il y a maintes années, de la tuberculose. Une sèche déploration amoureuse cadencée en saynètes brèves, éventail d’actions courtes, affûtées, qui disent le manque, le vide froid, mais un vide sans écho, acide et qui ronge la peau. De l’amant absent pèse encore et toujours le manque, comme aux amputés les souffrances fantômes du membre tranché. Et rien qui puisse conjurer cette lacune ardente, ni la psychanalyse comme une petite messe lasse et tarifée, ni la drague violente et les heurts de rencontres, ni les retrouvailles qui disent les tendresses déconfites et le passage du temps. Rien, pas une image, pas un souffle, pour dissoudre dans un peu de lumière la marque de Marc. Marc éternellement là, en creux, vide urgent lové au cœur de la vie.

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VILROUGE Marc
Le Livre impossible

Cela s’ouvre tel un conte : la dextre levée du père bénit l’enfant promis à de vastes destinées. Cela continue comme un cauchemar : l’enfant Flavien s’est perdu ; saisi un jour par la soudaine extase de la mort, son destin d’écrivain s’est enlisé, touche au vide comme on mord la poussière. Mais que le fils soit prodigue, les parents, qui le lisent avec difficulté, l’ignorent ; le croyant glorieux conseiller à l’Assemblée nationale. Les rails de coke sur lesquelles il roule sont friables à souhait, s’engluer dans des partouzes n’est qu’une ornière de plus, reste le GHB, « la drogue du violeur ». Il s’y love dans un coma fade, se réveille à l’HP. Et c’est pour s’arracher à ce trou de vase qu’il descend vers la ferme parentale, direction sud-ouest. Là tente de se retrésser le lien familial. Affection, bonheur de vivre : rien ne prend. La geste malade de Flavien s’arrêtera sur un choix crucial. « À quoi bon écrire, si ce n’est pour donner voix aux esprits », nous dit Marc Vilrouge, mais ce sont voix sans issue.

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WACKENHEIM Vincent
Coucou

En une série de 92 fort courts chapitres, minutieux et acérés comme des dents de rouages, la vie d’un gardien, d’un gardien d’immeuble : loge proprette, fenêtre à ras la rue, courrier pour chacun, rêve d’aventures. Mais notre homme a un double fond, quand il n’est pas dans l’escalier, il est cadre dans une boîte à coucou. Coucou : « le cartel des pauvres ». En cette société horlogère, tâche lui est confiée d’en améliorer les performances, d’en affûter la stratégie et surtout d’en baisser les coûts. Alors, que faire ? Coucou en plastique ? Coucou évidé de son mécanisme ? Coucou en kit ? Le règne du coucou sans coût est à venir. Et sa vie défile entre cogitations commerciales, songeries poivrées avec les passantes de l’entrée et visées pour couper court aux coûts du coucou. La faune qui hante l’immeuble, du sémillant au sinistre, circule devant la loge du coucoutier comme des jacquemarts au fronton d’une mairie : pittoresque et prévisible, orné de petits noms charmants (Modi et Gliani, Stock-Option, etc.). Mais l’ennui est une plante grimpante qui fait qu’un jour notre homme envoie tout balader et qu’une dernière visite en fraude dans l’immeuble lui réservera une ultime surprise, inattendue : COUCOU !

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WACKENHEIM Vincent
La Revanche des otaries

Couverture réalisée par Le Dilettante avec les images de Gyldendalske, Nordisk Forlag A/S, Danemark. De la bouche des enfants sortent souvent, outre des vérités toutes crues, moult questions d’une évidence abyssale. Les éluder serait criminel ; y répondre est suicidaire. « Y avait-il des dinosaures dans l’Arche de Noé ? », a un jour confié à son père la jeune Constance Wackenheim, songeant sans doute que son père datait du carbonifère, en tout cas était du bois dont on fait les radeaux diluviens. Le très digne Vincent Wackenheim, dos collé au mur des siècles, a donc élaboré une réponse, que voici. Panique à bord, donc, ce matin où Noé, qui a pourtant purgé la « zoopole » de tout un fourniment de bizarreries à pattes, à poil ou à cornes, se retrouve avec une paire de dinos bien calés au fond de l’Arche. Soucieux d’ordre à bord, il mande le tout-Arche qui décide de faire avec ; une règle de « savoir-survivre » est par ailleurs édictée qui veut qu’on ne se mange pas entre membres, que si, eh bien on est mis à l’eau, les victimes d’amputation génitale seront extradées (pour les inutiles, il n’y a que la baille qui aille) ; la direction s’engage par ailleurs à nourrir les embarqués. Mais point sournoisement dans l’encéphale pourtant ténu des dignes animaux l’idée que les dinos ne sont sans doute pas si bêtes que ça, donc mangeables à souhait. Par ailleurs, ils pèsent, et lourd, et dans un milieu où la fornication a été réduite à rien pour cause d’espace restreint. Mais foin du décret, crie la faune, et bête à deux dos de se multiplier. Peu à peu, la croisière abuse : désordre s’installe et Noé se voit menacé. Il était temps que la très cornarde madame Noé prenne les choses en main et fasse disparaître les bêtes écailleuses dont la volatilisation génère illico trouble et révolte parmi la gent (plus très gente) animale : dégâts, déprédations. Arche alors de sombrer et Noé de périr. Reste Dieu (comme toujours) dont les jours sont comptés. Je ne sais pas si Constance va apprécier. Ci-joint, donc, la Genèse version Wackenheim, associative et entropique. Et maintenant, en avant, Arche !

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WACKENHEIM Vincent
La Gueule de l'emploi

L’essentiel, c’est de l’avoir. Quoi ? La gueule de l’emploi. C’est à cette conclusion qu’arrivent les sept héros chômeurs de ce roman de Vincent Wackenheim. Partis en quête du mythique Pôle emploi, regroupés, dans un premier temps, par la coach Carole au sein d’un atelier Activation-Motivation, notre escouade, à la faveur d’un coup de main donné à Mourad de la Fourche, restaurateur racketté, joue au mafieux et se découvre un goût certain et un talent inné pour l’usurpation d’identité et l’arnaque à l’allure. Se taillant une part de lion dans le marché de la supercherie, nos sept héros fondent la société «?L.G.D.E.?» (La Gueule de l’emploi) et «?font figure?» sur tous les fronts?: figure bidon de famille d’ aristocrate à l’enterrement d’un charcutier millionnaire, semblant de confesseur pour la guérite aux pécheurs de Saint-Sulpice, apparence d’auteur norvégien dans une foire aux imprimés du Sud-Ouest, Brives-rencontre. Le succès est au rendez-vous et il faut plusieurs lessiveuses pour stocker l’afflux des liquidités?: la bulle de l’abus de confiance enfle chaque jour. Mais tout n’est pas possible?. «?Ça avait tout de suite commencé bizarre?» déclare d’entrée Wackenheim, rassurez-vous cela continue selon et s’achève idem. Ce livre a reçu le prix Mario Monicelli et le trophée Jean Pierre Mocky 2011. Vrai ? Quelle question !

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WALLET Roger
Portraits d'automne

Roger Wallet signe là avec cette histoire d’un instituteur méridional en Picardie à l’époque de Jules et Jim, qui ressemble fort à une fiction autobiographique, une entrée remarquée. Atmosphère, atmosphère. Il y a chez ce premier roman de Wallet comme un air mélancolique.

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YANOWSKI
Crimes d'ortie blanche

Mesdames et messieurs, vivants et bientôt morts, entrez, tenez-vous aux tentures, empoignez la rampe et suivez la lueur. Car c’est en bas, au fond, tout au fond. Au fond de la fosse, de la fente, de l’abîme, que nous invite à le rejoindre Yanowski. C’est depuis les outre-fonds des trous les plus infréquentables, tavernes sans néon, vagins avachis, gosiers sans rive, qu’il s’adresse à nous, pousse son brame d’histrion des Derniers Temps, déroule ses cantiques à la mort blême et entonne ses odes déchues à la pourriture fastueuse. Fondateur et animateur, avec Fred Parker, du Cirque des Mirages, il nous offre là des textes germés de la scène, nés des planches où il promène, depuis l’amorce du nouveau millénaire, sa face plâtreuse de pierrot suicidaire et ses cambrures alanguies de Des Esseintes de piano-bar. Il y est question de tout ce qui fait la mort frangine et la vie coquine?: les putains sans dents et les nuits sans lune, les christs à la trique et les zombies en troupes ; on y parle sacrilège et derniers verres, petites morts et grandes douleurs ; on y voit passer des marins à l’haleine de noyés et des avorteurs mélancoliques, des clowns cannibales et des monstres tricotés d’infamies. Alors si vous êtes encore un tantinet habités du désir d’y croire, de l’envie d’en être et du besoin de survivre, ouvrez Yanowski, il est de la race des Corbière, des Lautréamont et des Lou Reed, né souffleur de bougies et bourreau des âmes, il vous démaillotera de vos croyances au lendemain. Habillé des collages surréalistes de Lou Dubois, voilà le guide-chant de l’Apocalypse. Musique !

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