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J'ai eu des nuits ridicules

ROZEN Anna

Genre : Roman
ISBN : 9782842638092
Date de parution : 01/10/2014
Nombre de pages : 224
Couverture : Charles Berberian
Prix : 17,00 €
Exemplaire du tirage de tête : 68,00 €  
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À travers quelques nuits ridicules - elles ne l’ont pas toutes été - on observera Valérie, la quarantaine, se débattant, comme ses contemporains, au pays de la mauvaise conscience et de la bonne volonté. Le hasard a placé un ado sur sa route …


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Résumé

L’air nous est connu : « Si par une nuit d’hiver, un voyageur… » Sauf que dans ce dernier roman d’Anna Rozen la « nuit d’hiver » a fondu en un frais crépuscule, quelque part du côté de Richard-Lenoir, et que le « voyageur » a la timide dégaine d’un ado en dérive, avec « grosses baskets » et des « cheveux en herbe à chat ». Pareil accostage soudain, a priori, Valérie, notre héroïne, n’a rien contre. Muse mondaine œuvrant dans la com, elle s’honore d’un panel d’amants variés qu’elle sonne à la demande et spécialise à loisir. Une galaxie érotique qui tournoie néanmoins autour d’un astre-fétiche, Thaddée, parfait de la voix aux doigts, hélas souvent pris par madame. Mais, pour l’heure, le problème n’est pas tant l’absence de Thaddée que l’insistance d’Étienne, môme glauque et frêle asperge en demande d’asile. Belle âme, mais surtout collectionneuse fieffée, Valérie lui fait une place d’un soir dans son petit intérieur. Une concession qui tourne à l’accoutumance mutuelle car l’Étienne s’accroche, adhère, se love, s’installe, faisant de Valérie complice, sa psy et son doudou. Une nounou qui, dans l’entre-temps, a percé le mystère d’Étienne le fugueur, fils de famille dont elle s’emploiera à régler la situation et vaincre les problèmes. Un roman qui tient de la quête érotique, du jeu de piste psychologique et du marivaudage cynique, sans oublier un portrait sans complaisance de la gentry glamoureuse, frétillante et jacassante, des nuits parisiennes.

Presse

Anna et ses leurres

L’acidulée Anna Rozen est entrée en littérature avec un recueil de nouvelles coquines et croquantes : « Plaisir d’offrir, joie de recevoir ». Quinze ans plus tard, elle est toujours aussi généreuse et accueillante. Elle donne aux hommes sans compter et leur ouvre son lit avec

un plaisir que le temps semble accroître et même affiner.

Ici, le double de la romancière se prénomme Valérie. Parisienne, bohème, célibataire, anciennement pubarde, désormais scénariste pour la télé, cette quadragénaire a des amants fi évreux comme d’autres ont des bronchites chroniques. L’un d’eux est plus régulier, c’est Thaddée.

Problème, il est parti avec sa femme visiter, sans se presser, les lacs italiens. Pour combler son absence, Valérie sort et boit un peu plus que d’habitude, rappelle ses ex sur « Fessebouc » en vertu du principe qu’elle professe volontiers – « on aime pour toujours quelqu’un qu’on a aimé un jour » –, se mêle à la faune des vernissages branchés et redouble de travail pour « les boîtes de prod ». 

Un soir, en bas de chez elle, entre Bastille et République, un garçon l’accoste. Il porte un sweat à capuche, un jean slim et, autour du cou, un gros casque à écouteurs. Il est étroit, à peine fi ni : « Toute cette longueur et pas de substance. » Etienne a 14 ans et les cheveux « en herbe à chat ». Il a fugué, est épuisé, et il supplie Valérie de l’accueillir pour dormir, « juste cette nuit ». Elle cède en râlant, sans mesurer que l’ado dégingandé va aussitôt s’incruster, la squatter, l’encombrer, mais aussi la troubler et l’émouvoir. On croit d’abord lire une version moderne du « Diable au corps », un remake hype du « Blé en herbe », mais on fait fausse route. Même les références appuyées au méconnu Jean de Tinan (1874-1898), que Valérie « chérit » et qu’Anna Rozen a autrefois préfacé, sont un leurre : si cette dernière s’amuse (et nous amuse) à pasticher « Aimienne ou le détournement de mineure », le roman ultime et inachevé de l’écrivain de la Belle Epoque, c’est seulement pour des raisons littéraires, et pour le goût corsé de la provocation. Car la vérité est plus douloureuse. Etienne est de bonne famille, et son frère aîné abusait de lui. Il fuit alors son père, un politique plus sévère, catho et réac que le fondateur du Puy du Fou – lequel refuse de le croire. On a compris que Valérie n’est pas son désir, mais son refuge ; il se couche moins dans son lit qu’il ne s’allonge sur son divan. Je vous laisse découvrir la manière dont elle le libérera, en pleine lumière, de son secret.

C’est parce qu’il est parfois exaspérant que ce roman est si touchant. Il ne décrit les codes, le sabir, les moeurs, le mobilier, les lieux, la sexualité, « les nuits ridicules » et les jours minuscules du Paris bobo que pour bien montrer – sans jamais appuyer là où ça fait mal – la solitude d’une femme mal aimée, la souffrance d’un homme-enfant blessé et la vaporeuse éternité du décadent Jean de Tinan.

Jérôme Garcin, L'OBS, 6 novembre 2014


La rencontre nocturne La vie de Valérie est facile, presque trop. Cette quadra parisienne, scénariste pour la télévision, collectionne les aventures d’un soir. Elle marivaude « cyniquement ». En d’autres termes, elle ne veut pas connaître « les codes du célibat sec », alors elle s’illusionne en passant d’un désir à l’autre. Elle « prend tous les plaisirs de son âge et de sa situation » – pour paraphraser Aimienne, un roman inachevé de Jean de Tinan (18741898), dont J’ai eu des nuits ridicules est librement inspiré. Tout bascule lorsque Valérie recueille Etienne, un adolescent fugueur, hirsute et désoeuvré, rencontré dans la rue. Elle va bientôt s’attacher à lui et découvrir ce qui a poussé ce fils de famille à quitter son foyer. Anna Rozen écrit avec beaucoup de nervosité. Sa langue pétille comme une bulle de champagne. Voilà pourquoi elle décrit admirablement la faune « glamoureuse », superficielle et jacassante, des nuits parisiennes.
Vincent Roy, Le Monde des Livres, 31 octobre 2014


Valérie envisage avec humour, pour l’instant du moins, la crise de la quarantaine qui la guette. L’héroïne du nouveau roman d’
Anna Rozen est une "scénariste télé" qui, à l’instar de l’auteure de Plaisir d’offrir, joie de recevoir (Le Dilettante, 1999, repris chez J’ai lu) et de La bombe et moi (Le Dilettante, 2008, repris chez J’ai lu), est une lectrice de Jean de Tinan.

La Parisienne qu’on pourrait qualifier de bobo cumule les amants, mais avoue qu’il y en a surtout un qui l’intéresse plus que les autres. Un certain Thaddée, "ni moche, ni bête, ni vieux", dont on apprend qu’il "baise" comme elle aime. Mais voilà, la médaille a son revers, Thaddée a aussi et surtout une régulière avec laquelle il s’en est allé contempler les lacs italiens.

En attendant son retour, Valérie trompe l’attente comme elle peut en allant boire un verre de vin au bistrot ou en se rendant à un vernissage avec sa bande d’amis. Un soir, alors qu’elle marche dans les rues, un peu grise, qu’elle n’a eu recours ni au Vélib’ ni au taxi, elle se fait aborder par un "petit gars" avec un sweat à capuche qui couvre sa tignasse brune et un gros casque à écouteurs autour du cou. L’adolescent fugueur n’en veut pas à son argent, non, il ne sait pas où dormir et cherche un hébergement.

Valérie a bon cœur, elle lui ouvre la porte de son appartement, lui propose son canapé et fait peu à peu connaissance avec cet Etienne qui lui donne du "Madame". Il a 14 ans bientôt 15, habite dans "le seize" et glisse que ses parents "ne sont pas cool"… Toujours aussi en verve, Anna Rozen insuffle une bonne dose d’humour et de piment dans un conte moderne qui se siffle cul sec.

Alexandre Fillon, Avant-critique, Livres Hebdo, 19 septembre 2014

 

Article sur Benzinmag - 6 octobre 2014 

Fnac.com - 3 décembre 2014