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Livres

Au nom de Sa Majesté

GRAFF Laurent

Genre :
ISBN : 9782842638368
Date de parution : 08/04/2015
Nombre de pages : 160
Couverture : © Ernst Haeckel, Kunstformen der Natur
Prix : 14,00 €
Exemplaire du tirage de tête : 56,00 €  
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Nous sommes sur une petite île bretonne battue par le vent et les rumeurs. Un promeneur étranger prend des notes sur des feuilles volantes. Mais que peut-il bien écrire ? Au nom de Sa Majesté est un livre irrévérencieux, qui se joue gentiment des genres et des registres, avec pour seul gouvernail, l’écriture.


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Résumé

Malade du monde, rétif à autrui et se défiant de tous les autres, Laurent Graff se soigne à fortes doses d’insuline. L’insuline étant, je n’apprends rien à personne, une tendance prononcée à l’exil insulaire, à l’insularisation forcenée : le « je » se fait île, l’il s’isole, se désempoisse du commun, se barde de solitude, s’encapsule, devient un électron libre de toute attache. Opération délicate vu la fragilité de votre bulle offerte à toutes les crevaisons. D’où le choix d’une île loin de tout, une vraie, petite et bien bretonne, rongée des flots et battue comme plâtre par les vents, avec de vrais morceaux d’îliens en surface. Seul, en location estivale, Graff nous fait les honneurs du lieu, d’abord à coups d’haïku minéraux, copeaux de mots qui donnent du lieu une vision éclatée, kaléidoscopique. On entre ensuite dans le vif du sujet : un mémorable conseil municipal improvisé réuni chez Graff à la suite d’une rumeur récurrente, le possible tournage du prochain James Bond. Et Graff de nous offrir même, en exclusivité, un fragment de scénario hallucinant. Mais arrive le temps où il faut rentrer, sur le continent et dans le jeu, consentir à se désinsulariser. Retour sur soi pour finir, bilan sur seize ans d’écriture, l’ « il mystérieux » de Laurent Graff dissipe la brume, ébauche ses contours.

Presse

 Tout commence par une suite d’aphorismes. Elles font mouche: «Des moustaches d’écume aux lèvres, la mer n’arrête pas de sourire»; puis, plus loin, «Un chalutier relève son filet, déclenchant un feu de mouettes»; ou encore «A marée basse, on voit toute la dentition de l’île, avec ses caries d’algues, ses amalgames de moules». Une page par phrase, petites îles de mots dans un océan de blanc, ainsi se présente d’abord Au nom de Sa Majesté de Laurent Graff. De nouvelles en romans, une dizaine aujourd’hui, l’écrivain crée des personnages en retrait du monde, en repli volontaire, plutôt calme et joyeux, qui constatent, comme on regarde un paysage, l’étendue des dégâts alentour et l’absurdité de l’ensemble. Le narrateur ici arpente donc une île. Seul et content de l’être. Il observe et écrit en prenant appui sur «un livre de poche peu épais d’Henri Troyat, Aliocha» trouvé dans la maison qu’il loue. Le plaisir de lecture tient à la concision et à la justesse des notes sur la mer, les ciels, leur drôlerie souvent. Puis imperceptiblement, le spectre s’élargit et le narrateur se décrit de plus en plus lui-même. La focale s’ouvre encore et l’on devine le regard intrigué des habitants de l’île bretonne sur ce promeneur solitaire. Alors que l’on s’est habitué au charme des haïkus, on se sent petit à petit conduit ailleurs. Dans les notes prises par le narrateur apparaît ainsi, à l’improviste, le maire de l’île. Ces rencontres inopinées donnent lieu à d’irrésistibles dialogues en cul-de-sac: «Me voyant scruter indéfiniment la falaise, le maire me demande: «Que faites-vous?» Je cherche mes mots.» Une rumeur circule aussi: le prochain James Bond va se tourner sur l’île et l’équipe de tournage arrive sous peu. Si bien que quand le maire, flanqué de ses deux adjoints, vient en personne sonner à la porte du narrateur, c’est un peu comme si une silhouette dans le fond d’un tableau sortait soudainement du cadre pour s’ébrouer en chair et en os. L’événement nous vaut de quitter les aphorismes pour entrer d’un bond dans la fiction. Sur les pas du maire, le lecteur, sans qu’il le sache encore, pénètre dans une dimension insoupçonnable où la réalité glisse vers l’absurde le plus désopilant.

Laurent Graff est le genre d’auteur que l’on ne peut lâcher. En refermant Au nom de Sa Majesté, on va lire en vitesse ses précédents titres et on attend déjà le prochain.

Lisbeth Koutchoumoff, LE TEMPS , 4 juillet 2015 


Fantaisie insulaire
Quel drôle de livre que celui-ci. À peine l’a-t-on refermé que l’on a envie de le coller à son oreille, persuadé que l’on entendra comme pour certains coquillages, la mélodie des vagues. Il en faut du talent pour créer cette illusion et emporter ainsi le lecteur en lui mettant du sel de mer au bord des lèvres et des embruns dans les cheveux. Alors si vous êtes en mal d’océan ou de bords de mer, si vous aimez les auteurs qui ont du style, ce livre est pour vous.  Sur la petite île bretonne de Houat, un jeune écrivain qui est aussi le narrateur est venu écrire dans la solitude et l’inspiration qu’offre la vie insulaire hors saison. Il souhaite ainsi, installé durablement dans cette île, se confronter à son travail d’auteur et à lui même. Une rumeur folle circule chez les habitants: le prochain James Bond devrait être tourné chez eux. Ce jeune étranger repéré sur la côte en train de prendre des notes serait un membre de l’équipe de production. Info, intox ? Le maire et ses adjoints (François I, II et III irrésistiblement drôles) débarquent chez la logeuse du garçon pour interroger ce dernier sur cette opportunité unique, médiatique, économique et touristique pour leur île. Ne voulant pas leur faire perdre leurs illusions, il décide de ne pas démentir et d’entretenir cette « vérité potentielle ».  Ce texte protéiforme requiert d’ouvrir son esprit et d’accepter de se laisser surprendre. L’auteur démarre par 70 haïkus libres ou impromptus iodés, puis enchaîne sur une partie plus romanesque façon «cloche merle en l’île» où il intègre même un extrait de scénario d’un James Bond parodique. Enfin, il termine par des réflexions autofictionnelles sur l’écriture et sur son chemin de Damas vers la publication. C’est décoiffé et décoiffant. Mais le tout est tenu par la beauté du style de Laurent Graff qui avoue sans que cela nous étonne une grande admiration pour l’œuvre littéraire de Jean-Philippe Toussaint.  « Sens du dégraissage, énoncé elliptique, focale intimiste, ton frais, léger, entre terre et ciel, pas loin de l’hébétude ». Tels sont les termes qu’il choisit pour qualifier le travail de l’auteur de « La salle de bain » et de « L’urgence et la patiente ». Il y a tout cela aussi chez Laurent Graff. Mais en plus, il y a le sens du cocasse, du détournement et du mélange des genres. Bien qu’il déclare que l’ « on peut partager un repas, un film, un moment, une émotion mais pas une île » ce livre est l’entière démonstration du contraire. En images, en sons, en lumière et par la musicalité de sa langue il nous fait aimer sa vie insulaire. Alors partageons cette jolie prose poétique :  « On ne rêve pas d’écrire : on écrit.  Écrire c’est en venir aux mains.  Écrire comme peindre : en laissant faire la main.  Et la main de cette manière se fait.  L’écriture est le rêve d’un rêve ».  Brigitte Lannaud Levy, ONLALU, 12 mai 2015

Roman insulaire
Vent et rumeurs 
Avec sa fantaisie et sa simplicité, Laurent Graff interpelle, amuse, séduit et s’affirme, une nouvelle fois, comme un des excellents écrivains de sa génération, en faisant ses confidences avec une grande modestie, par petites touches poétiques, mais avec un immense talent. Voici donc un livre vivifiant comme les éditions du Dilettante savent si bien les dénicher. Qui traite des conditions mystérieuses de la création littéraire aussi bien que de la vie quotidienne sur une petite île de Bretagne coupée des préoccupations du continent… Une folle rumeur circule : on va tourner un James Bond sur l’île d’Houat !
Valérie Susset, L'EST RÉPUBLICAIN, 11 avril 2015

 

Les médias en parlent...

Pierre Vavasseur, LE PARISIEN - le 25 avril 2015 

Bertrand de Saint Vincent dans "Les Matins" sur FRANCE CULTURE - cliquez ICI (curseur: 2.26.37)

Jean-Noël Leblanc, LE JOURNAL DU CENTRE - le 5 avril 2015

Christine Le Garrec , PARALLÈLE(S), 14 avril 2015