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Les Liens du sang

HENROT Errol

Genre : Roman / Premier roman
ISBN : 9782842639167
Date de parution : 23/08/2017
Nombre de pages : 192
Prix : 16,50 €
Exemplaire du tirage de tête : 66,00 €  
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Résumé

Ça n’est pas la chair, hélas, qui est triste, la nôtre et toutes les autres, à poils, à plumes, lisses, fripées ou rugueuses, c’est plutôt le traitement qu’on lui fait subir, le destin qu’on lui réserve. Vouée à l’assiette, fragile, consommable à outrance, voilà la chair animale passant du pré au croc, de la mangeoire au mandrin, via l’abattage et ses stations : transfert meurtrissant, corral de la mort, percussion frontale, saignée, décarcassage, mise en barquette. Et tous ces geysers de sang soudain jaillissant, giclant dru, pour s’en aller croupir dans l’angoissant et fétide mystère d’une cuve souterraine. Une noria sanglante, hurlante, dont François, héros des Liens du sang, premier roman d’Errol Henrot, employé d’un abattoir industriel, endure, nauséeux et suffoquant, le remugle épais, les cadences malades et surtout l’atroce et mécanique gestuelle. La place est bonne, pourtant, qu’occupait également son père, son grand-père avant lui. À son taiseux de père, à sa mère morose, François préfère Robert, le porcher-poète qui vit à deux pas, et accouche sa truie plein d’une délicatesse et d’une prévenance exquises, ou Angelica, l’éleveuse pour qui « la chair a de la mémoire » et qui donc ne tue pas ses bêtes. La mort de son père dont la chair morte le hante, la dénonciation de l’absurde massacre d’une vache, l’altercation violente qui s’ensuit avec le directeur accule François à fuir, une fuite qui ne sera pas une prévisible cavale, mais échappée réelle, fusion au cœur somptueux d’un paysage devenu soudain ermitage cosmique. Ainsi va toute chair...

Presse

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"Corps à corps"

Errol Henrot signe un premier roman, tendu, acéré, militant.

Le combat planétaire en faveur des droits des animaux, de leur statut d'êtres capables de sentiments, et non plus de meubles, est en train de devenir l'une des grandes causes d'aujourd'hui. Il suscite à la fois, suite aux conditions scandaleuses dans certains abattoirs, des engagements raisonnés, expliqués dans des livres, mais aussi des actions d'extrémistes, d'ayatollahs de l'écologie. Plutôt qu'un ouvrage théorique ou un pamphlet de plus, Errol Henrot, professeur de lettres près d'Arras et végétarien militant, a choisi le roman, à la fois très proche de la réalité et contrebalancé par le merveilleux.Tout commence dans une forêt du Nord, là où le jeune François, un taiseux asocial, qui se sent agressé par le monde, a l'habitude de se réfugier, quand il n'est pas en train de lire. Né dans une famille modeste, il passe son bac pro, mais se sent incapable, concernant sa vie, de décider quoi que ce soit. Il laisse donc son père Pierrot, avec qui les rapports ne sont pas simples, gouverner pour lui.  « Tueur » à l'abattoir voisin, le père, partant à la retraite, pistonne son fils auprès du directeur ami, afin qu'il lui succède. En dépit, la première fois, de son dégoût, et d'un certain malaise, François exerce depuis dix ans sa fonction, qui s'apparente à celle du bourreau. Toute la journée, il égorge des vaches ferrandaises, sans états d'âme, mais sans cruauté. Son seul réconfort, c'est Robert, l'éleveur de cochons, un taiseux lui aussi, mais qui aime ses animaux sincèrement.

François rencontre Angelica, une maraîchère plus âgée et plus expérimentée que lui, qui l'aime « sans passion » mais lui fait rompre tous ses liens familiaux. Et il n'est lié avec personne de l'abattoir. Puis son père meurt, et en voyant son cadavre le fils ne peut s'empêcher de le comparer avec les carcasses des animaux qui font son quotidien. Ce qui nous vaut des pages terribles et hallucinées, parmi les plus fortes du livre. Le dégoût de son métier le reprend. Et tout va basculer lorsqu'il assiste à une scène atroce de cruauté, deux de ses collègues torturant une vache blessée avant de la massacrer. François se met alors à écrire, et prend la tangente, à sa manière.

Servi par une écriture très classique, d'une froideur clinique, Les liens du sang est un roman tout à fait remarquable, qui plonge au plus profond de ses personnages, et invite le lecteur à un examen de conscience sur son rapport au monde, à la nature, aux autres êtres vivants.

Jean-Claude Perrier - Livres Hebdovendredi 26 mai au jeudi 1er juin 2017