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BLANCHARD André
Un début loin de la vie

En 1989, Entre chien et loup révéla la ferveur patiente et le souci hanté pour la lecture d’un solitaire : André Blanchard. L’opus fut suivi de onze livres qui nous conduisirent dans ses randonnées tâtonnantes et forcenées, et nous rendirent adeptes de l’inflexible calme et de la pénétrante nonchalance de son regard.Sont réunis ici deux textes qui nous livrent les épisodes d’un choix, les étapes d’un acheminement complexe vers l’acte d’écrire, la place de l’écrivain, la constitution d’un panthéon portatif de plumes élues. La tension d’un Début loin de la vie, celle d’André Blanchard, nous est donnée d’abord sous forme d’« Ex voto », écrit en 1999, texte-flèche, furieux et fougueux, longue phrase hoquetante de 70 pages qui déferle comme un bête affamée, sinue comme lézarde soudaine. Blanchard avoue sa vie comme dans un cri. Puis ses premiers carnets, tenus de 1978 à 1986, pas à pas, mois à mois. Mère trop pieuse et père absent, renoncement au Droit, pion revêche face à la horde houleuse, refus du mendigotage professionnel, vendanges, amour, rencontres et surtout lectures. Confiant un régal, avouant une nausée, vantant Mauriac, Green et Léautaud, leurs journaux lus en désordre, casanier évoquant ses rayonnages telles des contrées fabuleuses, L’homme est moins aux abois qu’aux aguets, toujours amoureux de K., sa dame, parfois d’un humour épatant (Blanchard endurant un dîner de randonneurs...) Malgré une surdité envahissante, une vie chiche, le bonheur est là, sous la lampe, près des livres, cerné par la fluidité du chat. Décédé en 2014, à 63 ans, André Blanchard nous lègue moins un savoir que des saveurs, l’essentiel.

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CLIFF William
Au Nord de Mogador

Par deux fois déjà, le poète William Cliff, Belge au beau nom de pirate, a fait halte au Dilettante, le temps d’y poser son sac, nous offrant, mains fiévreuses et regard ébloui, provende de poèmes et volée de beaux vers, le reposoir de son cœur et l’élixir de ses souffrances : avec Conrad Detrez, ce fut l’hommage à l’ami disparu; Amour Perdu évoque, d’élans soudains en fougueuses escapade, des amours mâles qui jalonnent sa route et ponctuent ses heures. Avec Au Nord de Mogador, assidu toujours à jouer de la rime et à régler son vers comme on touche de l’épinette ou jongle du couteau, William Cliff assemble un herbier d’instants, dévide une corde où chaque nœud sert à marquer la vitesse de la vie, ses cadences rudes, ses points de force. Il nous y parle, dans une langue qui est celle de Maurice Scève, du Shakespeare des Sonnets ou d’Apollinaire, de villes ou de pinsons, de regards échangés et du poids de la terre, de menus instants qui illuminent le monde, de l’église Saint-Merri, d’un avion pour Philadelphie, d’un prince dans une gare croisé ou d’une panne d’électricité. Des moments sertis dans le vers, des lueurs prises dans l’ambre du mot qui font de William Cliff, là comme un tas de viande surannée / transpercé par le cri d’un oiseau forcené, un poète absolument contemporain. 

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