Catalogue livres

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Ouvrages dont l'auteur commence par la lettre : B


BARTELT Franz
La Belle maison

Les meilleures intentions du monde ont quelquefois des conséquences tragiques. Les Capouilles, seuls pauvres authentiques de la petite ville, vont pâtir des bienfaits dont les comblent les autres habitants, lesquels ne comprendront pas à temps que ce n’est pas parce qu’on n’a rien qu’on n’a rien à cacher.

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BARTELT Franz
Les Noeuds

À travers les tourments de son dernier de cordée, Basile, Les Noeuds raconte l’ultime jour de la dynastie Porquet, spécialistes historiques de la fabrication des cordes à nœuds. Dans un sursaut désespéré, Basile tente de retarder l’heure, pourtant inéluctable, de son propre dénouement.

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BARTELT Franz
La Fée Benninkova

Les contes de fées, on connaît, mais les mécomptes d’une fée, la chose est beaucoup plus rare, et fort pathétique. Dont acte avec la Benninkova de Franz Bartelt qui s’en vient cogner, minuit sonnant, à l’huis de Clinty Dabot ! La pauvrette s’avoue toute harcelée par trois malheurs : une envie pressante, la perte de sa baguette et le péril rôdant des Grands Lutins Noirs, horribles malfaisants, gourmets de fées qu’ils dépiautent et savourent en bande. Surpris mais compatissant, Clinty Dabot, béquillard à la patte folle et au dos en vrac, lui offre une hospitalité récompensée, comme il se doit, quand la régie régionale des baguettes de fées aura renvoyé un autre spécimen, par le traditionnel voeu exhaussé. La fée s’acclimatant et la confiance venant, Clinty se met à dévider par le menu les replis d’une existence aussi tortueuse et douloureuse que son squelette. Une vie hantée par le dévoilement tarifé (et au plus haut !) de l’anatomie de Marylène, l’opulente caissière du supermarché dont les rondeurs, les plis et replis, la fourrure et les accès intimes sont la terre d’aventure du Clinty Dabot. Noir, goguenard, hilare et féroce, ce conte féérique inspiré par la fée Clochette et la pulpeuse Paulette de Pichard, est ciselé par le talentueux Franz Bartelt. Un régal !

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BEAUJON Nicolas
Le Patrimoine de l'humanité

1987. La scène est à Cachan, c’est-à-dire nulle part. Le héros rêve à Sade en passant un exam’ : agent de contact, l’appellation chic pour gardien de musée. Reçu. Et c’est la pièce dans l’appareil, l’histoire démarre alors : première personne, odyssée en vase clos pour rocker hendrixien, objets rares et socles éclairés. Coulé dans un redoutable uniforme marron, l’icelui plonge dans le monde sans pitié du gardiennage : trognes gothiques, bavasseries, sueur et surtout, avec les semelles de crêpe, l’instrument de travail n°1 : la chaise, repos de l’arpenteur de zones protégées. Le temps coule, mou et crispé, par instant, une grève comme un grumeau, la guérilla contre les démanchés du clic-clac flash, la visite d’une porno star. Néanmoins, pour l’évasion hors du planning : six cordes de guitare ou un rail de coke (aspiré en sous-sol et entre confrères). La coke qui enneige de plus en plus notre conteur (pour qui le musée devient celui des horreurs) et mène en taule, puis à la tombe, le gardien-dealer. Grève de soutien, visiteurs séquestrés. Retour à la normale ensuite pour notre héros que le musée avalera et galonnera à vie. Sic transit gloria mundi, comme le chantait Hendrix.

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BEAUMONT Germaine
Si je devais…

Ne cherchez plus ! C’est bien elle ! Germaine Beaumont, grande prêtresse de l’onde courte policière, fomentatrice, avec Pierre Billard, des inoxydables Maîtres du mystère et débitrice agréée, chez Plon, de policier ayant un nom et de la facture. Mais la Beaumont, ça n’est pas que ça, quelques millions d’assidus massés, à la veillée, autour de la grille du haut-parleur comme à l’entour d’un petit âtre grésillant. Il y a une vie hors micro et ce livre nous le rappelle. La Beaumont fut, avant guerre, une diva du billet preste, une virtuose tout en replis et griffures de la chronique incisive. Cette amie de Colette et collaboratrice des Nouvelles littéraires, eut, d’instinct, les qualités de cet art martial : sens du médaillon, style précis, dense et aérien, métaphore à bride courte et bien pesée et surtout un flair exquis pour débusquer les failles secrètes, les double fonds aurifères et les armoires à squelettes. Observons-la titiller nos penchants, nous parler décembre ou coquillage, chanter Dickens ou Zénaïde Fleuriot, évoquer l’ennui et les vacances. L’air de rien, avec un rythme badaud et comme en croquant une pomme verte, Germaine Beaumont observe le quotidien de près et comme n’y tenant pas. Flâneuse assidue, elle invente l’art des menus un rien insondables et du passagèrement décisif. Là où l’on ne voit goutte, elle discerne des perspectives, débusque des paysages, fait résonner des hantises. Bien avant Frank et Vialatte, nos modestes sortilèges mis à scintiller : Germaine Beaumont.

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BENCHLEY Robert
L'Expédition polaire à bicyclette

Le monde tournait, trop bien, trop vite. Dieu s’ennuyait, accoudé au bar. Il songea à un petit supplément de chaos, un grain de sucre pour gripper l’engrenage, un poil à gratter les âmes. Et Dieu créa Benchley : costaud, flémardeur éclairé, haïssant les enfants au point d’en avoir deux, alcoolique tardif, libertaire jusqu’à en être conservateur. Tel fut Benchley. Ah, j’oubliais : chroniqueur à Life, Collier’s, au New Yorker et à Vanity Fair et accessoirement le plus bel humoriste américain de son temps. Il sera question, dans le mince opuscule que Frédéric Brument a traduit pour Le Dilettante, notamment d’un « voyage au pôle nord en bicyclette » (marque Radley). L’expédition Benchley/Life étant censée faire pièce à Amundsen avec son dirigeable. La soixantaine de pages brûlantes d’héroïsme et d’imprévu redoutables va nous mener des bordures de trottoirs new-yorkaises à Mount Kisco. La plume passant de Benchley à son fils, on y suivra l’intrépide cohorte menacée par la perte d’un boulon, des querelles internes, des rencontres fructueuses. Tout finira, comme toujours chez Benchley, par un bon somme. Unissant leur voix à cette mémorable relation (et chef-d’œuvre d’humour polaire, j’entends à froid), suivront quelques considérations sur les porteurs de valises, l’art de l’observation participante et un bref traité touchant cet art suprême qu’est… la somnolence. Benchley ou l’art de dormir de rire.

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BENCHLEY Robert
Psychologie du pingouin

On n’a jamais rendez-vous avec Benchley. C’est lui qui s’impose, avec cette éloquence imparable du monsieur courtois qui vous entreprend sur un banc pour vous déballer le secret de l’univers emballé sur ses genoux, dans de l’aluminium. Sa chaussure de claquettes se glisse dans l’embrasure de votre sérieux : pas moyen de refermer. À coups de chroniques euphorisantes, de billets gondolants et de paradoxes à triple détente publiés dans Vanity Fair, Life ou le New Yorker, le docteur Benchley (1889-1945) a dopé à l’absurde l’Amérique de l’entre-deux-guerres, sortant des lapins du toaster, inventant le poil à gratte-ciel ou le gag élastique. Le trousseau de proses drolatiques que publie Le Dilettante nous entretient, avec le sérieux urgent du gagman authentique, de la question animale. Sont débattues entre autres questions nodales : le psychisme du pingouin, la mouche Tsk-Tsk, de la fréquentation des Sargasses par les anguilles, le hoquet et la vitamine F. Précieux ensemble que clôt un Le saviez-vous ? d’anthologie où nous sont révélées moult vérités, entre autres que « les œufs de poule communs sont obtenus par hypnose ». Benchley for President !

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BERNARD Marc
À l'attaque !

Marc Bernard, jeune Nîmois, débarque à Paris en 1923 où il travaille à la SNCF. Parallèlement, il poursuit en autodidacte son éducation littéraire. En 1928, Henri Barbusse lui confie la critique littéraire du nouvel hebdomadaire de gauche à vocation artistique, scientifique et sociale, Monde, qu’il vient de fonder. Marc Bernard s’y fait remarquer en livrant de courts essais, parfois intimes, souvent saignants : il n’est encore « personne » et se trouve d’autant plus libre. Monde, qui devient très vite l’antichambre du Groupe des Écrivains prolétariens de Poulaille dont il est l’un des acteurs majeurs, sera durant plus de quatre ans le moyen de porter ses convictions révolutionnaires qui s’écartent rapidement de l’orthodoxie communiste des années 30. Il y attaque les « écrivains bourgeois » (d’Aragon à Daudet), les « catholiques amers » (Mauriac), les « mièvres » (Jaloux, Thérive), ceux qui ont « renié leurs origines » (Giono), tout en exhortant les intellectuels à s’engager plus fermement (Guéhenno, Berl). Ce sont les débuts « fracassants » de cet écrivain que nous donnons à lire aujourd’hui.

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BERROYER Jackie
La femme de Berroyer est plus belle que toi, connasse !

Songez donc ! Frank apprend, au téléphone, que sa Sophia, avec laquelle il croyait tricoter le plus indémaillable amour, le trompe. Avec doigté, recourant au passage à quelques ampoules de métaphysique, Berroyer entreprend de relever Frank le morfondu. Sont convoquées quelques fines gâchettes du concept : Baruch S., Soeren K. et Salomon. Las ! Angoisse existentielle contre grâce ontologique, c'est l'impasse. Le cogito s'est pris les pieds dans la chair. Soit. Prépare-toi, Frank, car le pire vient à la fin… et la chute sera sévère !

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BERROYER Jackie
Parlons peu, parlons de moi

Au français, il manque un mot, un verbe pour être exact : « se berroyer », « je me berroie, tu te berroies, etc. » Sens : parler de soi avec une tendresse rosse, un cynisme feint, sans narcissisme excessif et avec un goût certain pour l’autoportrait bichonné. Origine du mot : l’écrivain, acteur et journaliste français Jackie Berroyer né à Reims en 1946. Soi est un sujet que Jackie Berroyer connaît comme sa poche. Il nous parle de lui comme un instituteur de son cancre préféré, impitoyable et émotif, la taloche caressante, précis et attentif. Parlons peu, parlons de moi, son deuxième livre au Dilettante, regroupe les chroniques données principalement à la revue suisse Vibrations (LA revue suisse sur la musique dans tous ses états), chroniques qu’il assortit d’exégèses attendries et distanciées. Comme dans ses proses il parle souvent de lui, j’entends déjà les commentaires : ah oui, du tout-à-l’ego sans passer par la case filtrage, irrespirable. Eh bien, non, car Berroyer berroie. D’abord, il nous parle des autres avec des larmes dans la plume ou des sourires plein la phrase : de Miles Davis souvent, sinon un peu de Miles Davis, parfois de Miles Davis, mais la plupart du temps des jazzmen et des soulwomen (dont la femme de Miles Davis), de Grant Green et de mille milliards d’autres musicos, de ses girlfriends passées, présentes et à venir, des potes de toujours et d’Emmanuel Lévinas et de Rory Gallagher, cite Corbière et Michel Serrault. Bref, « berroyer », c’est parler de soi pour mieux aimer les autres, s’aimer soi pour mieux parler des autres. Le genre de livre bouée qu’on rouvre à chaque tangage, au moindre coup de bleu. Vive les berroyeurs ! 

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BERTRAND Dorine
La Preuve par neuf

Neuf nouvelles, entre le rire et la nausée, pour décliner un éventail de vertiges : en coup d’envoi le passage de la ligne, la ligne de crête, celle de la vie. Après l’ascension, c’est la descente, la dévalée, le compte à rebours. Pour avoir entendu à la radio que la vie d’un homme, d’un homme bien moyen, comme lui, s’arrêtait en général à 79 ans, le narrateur, passé les trente-neuf ans et six mois, sombre dans le malaise. Il s’affaire alors à noter les occasions perdues et les temps morts. Surviennent ensuite les émois d’une punkette de 15 ans, les faux-semblants, aux quatre coins du quotidien, d’une femme mariée en pleine panade sexuelle, ceux d’une mère de famille nombreuse en proie à son treizième bambin, d’une femme toujours parasitée par le spectre criard d’une fillette, d’une obsédée de l’adultère puis de deux autres encore, l’une flanquée d’un mari qui embaume la mort, l’autre travaillé d’envie de guerre. Hantise, fringale, lubie : toute la lyre du mal-être et de l’angoisse décrits avec un humour noir qui fait rire du pire.

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BERTRAND Alain
On progresse

L’homme, j’espère que je n’apprends rien à personne, est un mammifère dressé qui vit essentiellement dans les supermarchés. On peut, là, l’observer à loisir et noter le fonctionnement de son mode de vie. C'est ce qu’a fait l’anthropomane Alain Bertrand, un disciple de Vialatte ayant emprunté, sans la rendre, la boîte à outils de Carelman, passionné de cet espèce d’être. Il nous le catalogue avec minutie et détaille le sens rituel du barbecue, l’essence tragique de l’applique murale, l’ambiguïté du string, la fonction psychique du magazine usagé (dit de salle d’attente) et celle, anxiolytique, du Tupperware. On y apprend que « la machine à café est une vache à lait sans le fumet de la campagne ». Grâce à lui, le sous-texte affectif du vernis à orteil tombe le masque, le caddie trouve enfin un avocat et le tire-bouchon sa définition absolue : « le tire-bouchon déplante le liège et enchante le verre. C’est l'enfant naturel de la vrille et du flacon ». Il y en a encore un stock à déballer, j’ai tout dans le coffre arrière. Bilan : un livre essentiel pour survivre en milieu humain, le plus dur milieu du monde. Alain Bertrand «connaît l’homme comme s’il était la grand-mère du diable» : suivez le guide !

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BIER Christophe
Obsessions

Avec Christophe Bier, fils de Pic de la Mirandole et de Brigitte Lahaie, le bis a son Bossuet, le X son Savonarole et la culture populaire, depuis la gazette à un sou jusqu’aux dernières bobines de Jean-Pierre Mocky, son encyclopédiste le plus jubilatoire et son érudit le plus impitoyable. Tous les samedis à 22 heures, en clôture de l’émission Mauvais Genres sur France Culture, comme pour offrir à l’ensemble un clou digne de ses déviances et le cimier d’un somptueux exercice rhétorique, le maître Bier, œil bleu lorrain, diction au rasoir, veste stricte, escarpins Ernest et queue-de-cheval tchétchène, monte en chaire pour pleurer la mort d’un bisseux illustre, déplorer le départ d’un cinéaste navrant ou d’une cover-girl aussi mignarde que sa gloire fut brève, témoigner d’une lecture sulfureuse, chanter l’effort d’un fanzine unique en son mauvais genre ou pousser à la visite d’une exposition interdite. Avec sa minute Bier, Mauvais Genres isole son élixir et opère sa quintessence. Cette année 2017, alors que l’émission impossible commémore ses vingt ans, l’idée nous est venue de vous proposer la substantifique moelle de ses chroniques, cent trente-deux invocations triées sur le volet. Le sommaire fait frémir, d’une nécrologie du nain Piéral à l’apologie de l’éditrice scandaleuse Marie-Laure Dagoit, en passant par les acteurs-gorilles ou les starlettes bavaroises, Sim ou Maciste, gros calibre ou vampires nues, fumetti italiens ou acromégales hollywoodiens, c’est tous les hors-pistes et les mis au ban, les monstres et les déviants qui sont panthéonisés par ce Malraux de la planète freak : entre ici Christophe Bier, avec ton cortège d’ombres !!!!

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BIERCE Ambrose
Les Fables de Zambri

En matière d’absurde, de cynisme tranchant et d’humour à l’âcre noirceur, là où l’Irlande affiche Swift (avec ses recettes pour mitonner les enfants de pauvres), l’Allemagne et l’Autriche, Lichtenberg (le couteau sans lame auquel il manque le manche) et Karl Kraus, la France, les fantaisies macabres des « petits romantiques » tels Borel ou Rabbe, l’Amérique du Nord dégaine, plus encore que Mark Twain et O. Henry, Ambrose Bierce. Journaliste et auteur fantastique, digne inventeur du Biercing, posture littéraire consistant à générer chez les lecteurs un rire inquiet, voire angoissé, une terreur d’autant plus sourde qu’elle émane de petits objets littéraires d’apparence anodine : fables, petits contes, dits et anecdotes. Les proses de Bierce ne mènent nulle part, s’ensablent dans le non-sens, vous engouffrent dans un vide opaque et vous égarent dans des chambres sourdes où rien ne sert de crier, on vous fera mourir à point. Sa disparition mystérieuse, pendant la révolution mexicaine, à soixante et onze ans, donne une fin mythique à une carrière débutée, comme nous l’apprend l’érudit traducteur et préfacier Thierry Beauchamp, en 1868 au « Crieur public » de San Francisco. Bierce y devient vite célèbre par ses récits « drolatiques » de « faits divers sanglants ». Tenté par une carrière anglaise, installé à Londres, il y publie notamment, en 1872, la matière de ces cent trente cinq brèves Fables de Zambri inspirées d’Ésope, et des contes persans, mais d’un Ésope abreuvé d’Edgar Poe, désenchanté de toute religion et humanisme nigaud. Monde où un vol de colombes piège à mort un épervier, où les pierres parlent, où les renardes sacrifient leur petit, où les zèbres passent sur le gril, où les aérostiers en chute libre échangent des politesses avec les aigles. Un monde cocasse et désespérant, absurde comme cet affamé qui veut faire cuire une salamandre puis finit par l’assommer et la manger crue. Bienvenue chez Bierce ! Au pays de la roulette américaine où l’on se colle à la tempe un revolver sans canon auquel il manque la crosse.

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BLANC Jean-Noël
Galipettes arithmétiques choisies

"D'aucuns sont prêts à toutes les additions, d'autres tapis dans leurs retranchements : les nombres ne se chiffrent pas, tant ils sont illimités. Ils ont compté pour nous, on les retient. Très vite ils tournent au symbole : 1515, 33, 007, 36.15, 21 x 29,7, etc. Voici donc, pour ces numéros marrants, des scénarios cocasses. Avant tout, ils se tracent, ont forme et figure ; costumons-les, et l'on obtient toute une sarabande de petites bambochades quantifiées se dénouant en morale, chacune livrée avec son blason. Après quoi, pour réviser, quelques « Exercices arithmétiques appliqués » sont proposés au lecteur."

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BLANCHARD André
Entre chien et loup

in-16 br., édition originale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé

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BLANCHARD Maurice
La Hauteur des murs

Appelons-la "tribu des nuques raides", c'est un groupe restreint, fait de prophètes maussades, de braqueurs de foudres, d'attentateurs à la pudeur de pensée. On y trouve tous les francs-tireurs, compagnons de route (et de déroute) du surréalisme, on y trouvera Artaud, Bataille, Mandiargues, d'autres encore. On y trouve le poète Maurice Blanchard (1890-1960), "chasseur d'aurore et d'aurochs", que réédite Le Dilettante. Socialement intégrable (il est selon les moments ouvrier, marin, aéronaute, ingénieur), entré en dissidence en 1929 - l'année de son premier recueil - et en Résistance en 1940, traducteur de Shakespeare, ami de Char, c'est un phare secret pour tous ceux qui voient la poésie comme un arme de poing. Ses poèmes (qui ont tous Rimbaud tatoués sur l'épaule) ont la beauté d'une affiche clandestine, attirent comme des plantes carnivores, claquent comme des drapeaux. S'y croisent maints blasons naturels, force blessures lyriques, des bouquets de vertiges. Blanchard a le masque de ceux qui crient mâchoires serrées, il laisse hurler sa plume, fait du lyrisme une arme par destination. À l'écoute, toute!

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BLANCHARD André
Contrebande

Lisant le Journal de Jacques Brenner, qui vient de paraître, je revois mes premiers pas vers la publication. C’est en effet Brenner, auquel j’avais envoyé le manuscrit d’Entre chien et loup au printemps 1988, qui, par téléphone, recadra mon affaire : « Si les Cahiers des saisons existaient toujours, je vous en prendrais des extraits avec joie. Cela pour vous dire que vos Carnets, c’est de la littérature à part. » Je compris « à part » comme tiré à part. J’avais bien compris. « Cela ne peut intéresser qu’un petit éditeur. » Et c’est ainsi que je bifurquai, que je me suis mis à compulser le Bottin, tombai sur ce nom, Le Dilettante, qui me plut, comme une flatterie envers mes penchants. De l’eau a coulé sous les ponts depuis. Normal, c’est son job. Mais l’essentiel, c’est qu’il y ait un pont, celui qui conduit de minuscule éditeur à maison d’édition qui a du crédit sur la place, et celle de Paris, malgré les prêchi-prêcha des ultras qui adorent aller s’agenouiller outre-Atlantique, reste la meilleure du monde. L’autre, de pont, serait celui qui m’aura évité la noyade, et permis de relier mes trente ans à mes cinquante grâce à ces Carnets dont voici, en plus fournie, la dernière livraison. André Blanchard

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BLANCHARD André
Entre chien et loup

C’est sur le mode mineur qu’André Blanchard rompt le silence ; il préfère, à l’assaut d’un premier roman, le repli feutré de quelques feuillets intimes, en demi-teintes, entre chien et loup. Loin des pets d’âme et du prurit mondain, il se risque en lui-même pour y pratiquer l’arpentage méticuleux de son périmètre interne, l’exacte saisie de son paysage intérieur. Plume au poing, André Blanchard se sillonne avec lenteur et gravité et nous livre ainsi, ligne après ligne, une vie émaillée de sourires et secouée d’implosions. Un livre paru pour la première fois en 1989 au Dilettante. – Nouvelle édition augmentée d’une préface de l’auteur.

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BLANCHARD André
Pèlerinages

André Blanchard, l’oeil ému, la narine fureteuse, mains aux poches et clope au bec, part en pèlerinage sur les lieux d’une apparition : la sienne. Datée, pérenne, indéniable. Toutes les sources auxquelles abreuver sa mémoire étant bonnes, il pousse des portes, celles délicatement grinçantes d’une église de campagne où tonnent encore les mises en garde dominicales, passe des porches, celui d’un collège religieux où un défunt « peuple noir » le scolarisa il y a belle lurette, fait des ruelles de Besançon son labyrinthe intime, très intime, revisite certaine cafétéria de campus, des vignobles ; on le voit tendre l’oreille aux dires crépitants d’une aubergiste de campagne, jeunette de quatre-vingts ans qui lui éructe clair et haut : « Moi de toute façon j’suis d’un monde fichu, qu’a pour ainsi dire disparu », collecter le grain de voix d’un bonimenteur, laisser dialoguer les souvenirs. Il monte même à Paris, ce « Reims de l’art » où sont sacrés les rois boycottés dans leur pays, revenant sur les lieux de son premier fait d’armes littéraire : Le Dilettante. Il fait le Père-Lachaise, fleurit d’un regard la tombe de Desproges, longe Notre-Dame, passe l’Odéon. L’avant-dernière station, bouleversante, se fait ailleurs, au Saint Tombeau : face à la dalle sobre de Louis Calaferte, son « sauveur » en la vie d’écriture, l’ultime à la chapelle de Ronchamp, « aérienne et écrasante ». Cette déambulation sinueuse dans les replis d’une histoire intime, hauts lieux d’une mémoire sienne se fait sans hausser la voix, sans désir de vous tirer infantilement par la manche, (ce que Bernard Frank appréciait déjà chez Blanchard), avec une intensité retenue qui donne force et élan. S’il n’y a hélas « plus de trous perdus », restent des livres comme celui-ci, pour se rameuter, soi et sa mémoire. Dont acte.

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BLANCHARD André
Autres directions

Avec Pèlerinages, son précédent livre publié au Dilettante, André Blanchard nous invitait à suivre, étape après étape, l’itinéraire prescrit de sa mémoire intime, lieux et livres, gens et tombes qui furent les siens, et qui perdurent en lui?: marcheur fidèle. Autres directions, ses carnets 2006-2008, le rend au hasard, à l’imprévu du quotidien?: l’espace est vierge, la route à faire et le présent une caisse où l’on chine d’une main fiévreuse, en espérance. Posté à la croisée des lignes, des jours, Blanchard ne couve pas ses distillations intérieures, mais reçoit et répercute. Cela sans bruit?: le seul événement, c’est l’application du regard. Trois années, donc, de sismographies intellectuelles, vibrées d’une plume rude et nette, où se détectent l’émoi des lectures (le Journal de Brenner, déjà une archive, ou la correspondance de Flaubert, à l’encre jamais sèche), le souvenir d’amis morts qui reviennent toquer à la vitre (Renaud Raphael) et de souffrances intimes traversées, d’ombres denses que les livres libèrent (Bernard Frank, Calaferte), de notations rosses (poses toc et expressions fausses), de soucis éditoriaux (chaque «?carnet?» publié dit l’histoire du précédent) et surtout de livres trouvés, couvés, scrutés, dorénavant là comme des chats adoptés, fidèles, disponibles, fructueux. En véritable égonoclaste, Blanchard va sans bruit, sans relâche, un chemin sans autre but que le chemin lui-même, sa plume en main comme une canne-épée. En route !

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BLANCHARD André
À la demande générale

Fort d’une nouvelle cagnotte d’instants élus, un sien trésor d’émotions intimes, vécus entre 2009 et 2011 parmi chats et livres, nourrissant les uns, se nourrissant des autres, les sauvant tous de la rue ou de la benne pour les héberger entre rayonnages et coussins, André Blanchard nous revient avec ce nouveau volume de carnets. On le retrouve écrivant au passé du méditatif ou au présent du corrosif, passant d’une notule griffue contre une faute de français, une facilité franglaise, d’un aperçu assassin sur les erreurs ou les bourdes d’un critique léger ou d’un mémorialiste flou, à l’analyse d’un passage de Proust (chez qui « c’est toujours ouvert, et allumé »), d’un vers de poète. Là, Blanchard se pose, laisse fondre, déguste : allant au bout d’une impression littéraire devenue intimité poétique, au cœur d’un sortilège d’écriture ; plus loin il s’insurge, prend parti, pousse la pointe, défendant Barrès ou Montherlant. On le suit au fil des jours, prosterné devant une caisse de vieux livres qu’il empilera, pour ensuite les « dépiler » les tamisant page à page pour nous en proposer les pépites, réagissant au jargon conceptuel de l’art contemporain, souffrant à la mort d’un chat (« enterrer un chat ne remue pas que de la terre »), vivant son quotidien d’« indécis endurci », de « patraque » à qui la vie reste sur le cœur mais à qui la littérature est une cause et un asile de nuit, en tout cas l’objet d’une ascèse confiante : À la demande générale, mais sans céder à une quelconque et fumeuse « communauté de fidèles ». « Au diable » s’écrie-t-il, voici les carnets d’André Blanchard, ultime glane d’impressions et présent d’un regard : « La littérature, c’est ce qui nous persuade de l’inutilité qu’il y ait autre chose après la mort. » Dont acte.

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BLANCHARD André
Le reste sans changement

Bienvenue dans les dernières années d’un Journal qui ne dit pas son nom. Un an après sa disparition, nous publions les derniers textes d’André Blanchard, écrits de 2012 à 2014.

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BONNAND Alain
Martine résiste

Proche d'un Morand dont il a le goût du sprint et de la fringale d'aventures, et d'un Nimier, à qui il emprunte la dureté de dent et la pointes démouchetée. Pas d'épanchements chez cet auteur, mais les brefs moments d'une épopée amoureuse où défilent Martine et Annie, Cécile et Nathalie: fugaces comètes de la galaxie Bonnand, aussi vite disparues qu'entrevues, adulées qu'évincées.

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BONNAND Alain
Martine résiste

Plaquette in-16 br., édition originale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), jaquette illustrée par Doury conservée, non coupé

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BOST Pierre
Porte-Malheur

Mais si, faites un effort, Bost ! Aurenchébost ! Les scénaristes de Douce, La Traversée de Paris, L'Auberge rouge, les Castor et Pollux de la qualité française, lapidés de bouses sèches par la Nouvelle Vague et restaurés par Tavernier ( voir la  postface ) dans L'Horloger de Saint Paul. C'est de ce Bost-là qu'il s'agit ; pas son frère, Jacques Laurent, dit " le petit Bost ". Ce que nous réapprend François Ouellet dans la préface de Porte-Malheur, c'est que avant de s'occuper d'Amélie ou d'avoir le diable au corps, il fut dramaturge et romancier. Élève d'Alain, ami du romancier Emmanuel Robin, il entre en lettres à vingt et un ans sous l'invocation de Proust et publie, dans l'entre-deux-guerres, outre de nombreux chroniques littéraires et reportages, six romans et trois recueils de nouvelles. Il y plaide pour une littérature débarbouillée des juvéniles angoisses du moi et déprise des avant-gardismes chichiteux - maturité, ouverture sur l'autre - et le monde des réalités objectives - langue sèche et probe -. Classique disons le mot.  Publié en 1932 chez Gallimard, Porte-Malheur va selon : roman sec, social noir. L'histoire de Dupré, garagiste, qui travaille dur, monte sa boîte, fait confiance pour finir sous le cric de son numéro 2 Denis Levioux, piégé par la fille Lucie. Arrêté, ce dernier voit cependant Dupré passer l'éponge. Empêtré dans sa mansuétude, Dupré participe à l'acquittement de son second qu'il réengage illico. À mi-course du roman, c'est Levioux qui devient le héros, et cela pour une fin d'un noir de poix. James McCain à la française, Bost nous livre avec Porte-Malheur une version Paris popu, casquette en grande roue, du Facteur sonne toujours deux fois : bâtie sans faille, l'histoire file en ligne droite, sombre et cassante, comme une balle dans le canon. "Salauds de pauvres !" dirait certain.

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BOST Pierre
Un an dans un tiroir

Première publication chez Gallimard dans la collection Les Essais en 1945. Entre le 19 juin 1940 et le 30 juin 1941, Pierre Bost est sous clé en Allemagne orientale, à Königsberg, dans un stalag morne et méchant. Période nue, âpre, qu’adoucit néanmoins son statut de responsable à l’ « École » du camp ; position qui lui évite les kommandos de travailleurs quasi esclaves dont les patrons de PME locales usent et abusent. De ces douze mois, Bost nous donne une vision rêche et sèche, poncée de tout humanisme héroïque et de roublardises picaresques (plus proche du Bouquet de Calet que du Caporal épinglé de Perret) : un « sous-sol de la vie », « un vide [...] que chacun ne peut meubler qu’avec l’écho de sa propre voix ». En un an de camp, Bost voit la mue opérer : certitudes et apparat, tout tombe en peaux mortes. On devient laid, triste, sale. Pas de leçons, ni d’arrière-monde : « Le sordide n’est que sordide. » Angle mort de la vie où rien de vrai n’accroche, où l’artifice règne à plein. Reste, dans cet état de dégradé-dégradant, à s’observer, rouages au vent : croyances, convictions, certitudes, rêves. Les cogitations d’un demi-mort : « L’univers marche, et de son bon pas, sans plus m’entraîner avec lui. Je ne fais rien, je ne sais rien, je ne suis rien. » Une période nulle que ponctuent quelques trous : on enterre un camarade, un autre devient fou. S’en vient la quille, pour raison de santé. Le prisonnier Bost sort du tiroir et ce sera sans morale à l’histoire : « Notre expérience ne nous aura rien appris, ou pas grand’chose...le prisonnier qui a eu faim ne regardera pas d’un autre œil les soupes populaires, sinon pour se rappeler qu’il a eu faim, et se réjouir de n’avoir plus faim. » Fermez le ban.

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BOVE Emmanuel
Aftalion, Alexandre

"Parue en 1928 aux éditions émile-Paul frères et rééditée en 1986, cette nouvelle circonscrit le destin d'un homme et nous livre la note-clé de son univers : un monde gris, une vie chiche et un héros inapte à s'y engrener, car pur et seul. Miséreux émigrant balkanique monté à Paris via l'Italie, Alexandre Aftalion s'y marie, a un enfant. Sa femme est fortunée, un bonheur se dessine, bref. Car Aftalion joue ; Aftalion perd. Voilà les faits. Mais, d'Afatlion, que sait-on ? Car Aftalion existe peu. Ce Keaton lymphatique, à la gaucherie lunaire, ne se laisse pas fixer. Sur lui, rien ne mord. Les événements le portent ; il s'y adapte sans s'y fondre, homogène et plastique, lacunaire. Entre une femme ruinée et que ride le mépris et un fils qui le scrute avec une tendresse pathétique, Aftalion ouvre sur sa solitude deux grands yeux vides et purs, très durs."

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BOVE Emmanuel
La Mort de Dinah

"D'avoir candidement causé une rixe entre bourgeois frileux, d'avoir été couvée jusqu'au sang par une mère à l'angoissante solitude, d'avoir langui, confinée en un petit pavillon, de tout cela Dinah est morte, goutte à goutte, d'une douce implosion de sang et de fièvre. Dans ce court roman, publié en 1928, Emmanuel Bove retrace en amont la cause absurde de ce petit bout de mort, au carrefour de trois existences bafouées : l'ami déçu, frère trahi, architecte refoulé qui sangle ses mornes journées dans la routine minutée d'une austère vie d'entrepreneur ; la mère, fille ruinée d'un trop fantasque philanthrope anglais, digne quand même ; le proprio âpre au gain, cœur en dur. Reste Dinah, fillette translucide, sur qui la vie ne parvient pas à prendre et qui se laisse gagner, rose de fièvre, par le lierre d'une mort douce et suffocante."

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BRACEWELL Michael
Une époque formidable

Sept, ils seront sept, les chapitres du livre de Michael Bracewell ; sept comme les vieux démons ou les étapes d’une marelle sociale à laquelle joue un narrateur au ton sifflotant et à l’œil d’acier. Sept chapitres pour conter le périple d’un petit bureaucrate de la City qui en sillonne le dédale, en grimpe les étages, en répertorie les objets, les sites avec l’aisance affolée d’un rat de labyrinthe. Comme une sonde à la surface d’une planète glacée, il en capte tout : odeurs, couleurs, visages, tics, habitudes, menant une sorte d’ethnologie caustique du petit peuple de papier qui vit dans ces lieux, accrochant des tableautins-minute qui sont autant de trophées sagaces. Et c’est ce qui fait le charme ambigu, le malaise propre au texte : la sensation d’une victime plus lucide que les bourreaux somnolents qui le manipulent, celle d’un cobaye qui pratiquerait la fouille de l’expérimentateur. Dans un monde minuté, maniaque qui n’a plus d’axe mais des niveaux, tout fait centre et Bracewell de fondre en piqué sur tout ce qui s’offre à sa vue, finissant néanmoins par être rappelé à l’ordre, nous laissant l’impression d’avoir assemblé lui-même les pièces de la machine qui le broie.

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BRACEWELL Michael
Saint Rachel

Lui c’est John, un Anglais de Londres, ville reteinte en gris par toutes les pluies possibles. Anne a quitté John, un jour de juillet. Depuis ce moment où il s’est enfoncé, seul, « dans le flou des rues ensoleillées et vides », il remâche morose sa tristesse, flirte avec la mort. S’ouvre à Sarah sa cousine, s’échoue mollement à la grève froide de différents bars et sillonne sans trêve la Ville pris aux rais des souvenirs : Anne, encore, toujours, dans le champ, en permanence. Inéffacée. Quand, brusquement : Rachel ! Rachel d’abord entrevue, sitôt oubliée, mais soudain essentielle. Rachel qui fond sur lui en foudre douce, éclair suave et lent porteur de tout le bonheur éprouvé depuis l’enfance. Rachel qui débobine pour lui le fil mordoré de sa vie. Rachel : « flamme sacrée qui avait métamorphosé ses quelques ornements en une sorte d’autel, à côté duquel il ne se sentait jamais totalement seul ». Rachel qu’il aime « d’un amour absolu ». Prise d’un désir de Sud, en fuite face à la mort de son amie Jodie, elle partira pour Paris, via Lourdes et ses béatitudes bleu ciel. Une lente romance, fervente, malsaine et désabusée, belle comme une Vierge de Miséricorde sous le crayon d’Andy Warhol.

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BRAU Jean-Louis
Le Singe appliqué

Une vie ne vaut rien, mais rien ne vaut une vie » a dit un aviateur célèbre. Celle de Brau, Jean-Louis, dit aussi « le singe », rendue ces jours aux amoureux et aux curieux par le Dilettante, pourrait se signer comme un crime gratuit ou une toile de maître. Brau, de fait, vit à la baïonnette comme d’autres peignent au couteau : aplats criards et giclées franches, pas de repentirs et finitions au doigt. Il fallait bien ce pavé saignant pour nous faire le compte de ses plaisirs et de ses jours, les honneurs de sa bio non-dégradable. Bouclez ceinture car, en un demi-millier de pages sans faux col, vous allez passer de l’Indo, la vraie, l’unique (celle des tôles coloniales où le frifri des dames sert de godet à liqueur et celle du défourraillage en rizière), aux terrasses germanopratines, des dérades urbaines situationnistes (notre homme est d’Aubervilliers) aux premières de Cannes, de l’Algérie (plus pour longtemps) française à la Palestine en guerre. Et puis Brau, sa vie, il ne nous la débite pas en chapelet, marmottant et grain à grain, saucisse après saucisse, mais nous la sert en cocktail. Amis de toujours et copines d’un soir, tronches gothiques et figures du Gotha, arrêts comptoir et moments d’Histoire, Brau les passe au shaker, parlant de lui comme en rêve, revisionnant en accéléré, vidant le silo : averse de mots drus ou dialogues en pile, le tout truffé d’une érudition en roue libre (on y trouve même l’explorateur-faussaire Psalmanazar, c’est vous dire), propos d’ivrognes et tapisseries savantes. Pour des gens comme Brau, la planète taille trop court, l’histoire ne remplit pas l’assiette, il manquera toujours une bobine au film. Les brancards sont pour les ruades : « Je n’ai jamais pu aller quelque part sans ressentir l’horizon comme une source d’insatisfaction. Je ne peux pas voir une montagne sans rêver à ce qui est derrière, une mer sans vouloir absolument aller jusqu’à l’autre rivage. » On t’a compris, l’ami : vivons cul sec et marchons ferme. Vive le singe, sa vie est son œuvre !

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