Catalogue livres

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Ouvrages dont l'auteur commence par la lettre : F


FEER François
Bestiaire amazonien

Allons-y d’un terme: zoophanie! Fête de la créature, apothéose du vivant livré cash en sa bigarrure, ses glapissements et ses odeurs! L’arche toute, réduite à ses plus superbes singularités et offerte compactée! Tel est l’ouvrage que nous offre François Feer en son Bestiaire amazonien. Ce ragoût biotopique, mitonné avec sapience et saveurs, avoue une foule d’ingrédients jolis: l’alouate hurleur ou singe flamme qui fait de la sylve détrempée un gueuloir, le tatou nous dit tout (et surtout qu’à la façon des conquistadors, il sommeille en armure), les pécaris dorment en groupe, le Coq de roche se la joue, l’agouti est «le jardinier distrait de la forêt», le pian est hors d’âge. Ajoutez à cela une belle pièce de jaguar, une pincée de phanée, de la Carollia, du piaf poids mouche, nappez avec de l’homme. Vous obtenez un bestiaire maison, goûtu et futé, un cabinet de curiosités à nourrir deux fois par jour. Et c’est à volonté!

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FEER François
Les Poissons sont indomptables

Alors que François Feer marine dans les eaux placentaires, sa mère en mer s’immerge dans la baie de Portissol, là où sévissaient Cousteau et son bathyscaphe. On le voit, pour l’auteur des Poissons sont indomptables,  les sous-marinades commencent tôt et le passage de la macération utérine à la plongée se fera sans problème. D’où ce livre de fonds où il s’immerge dans le bain de son passé subaquatique pour y pêcher quelques souvenirs, prises à qui sa plume garde l’œil frais et que les dessins d’Alice Charbin maintiennent bien frétillantes. Alors suivons ce guide porté sur la bouteille (dorsale) et découvrons : le Napoléon, chapeauté d’une bosse qui lui vaut son impérial surnom, le Barbier ou décrapoteur d’écailles, l’alliance stratégique du gobie et de la crevette, Jojo, le mérou-patate, la tortue écaille, le poulpe mou et rapace, ce grand lymphatique de Requin baleine, le polype bâtisseur à qui l’on doit la Grande Barrière de corail, cette Muraille de Chine océanique, les poissons-palettes des mers du Sud, d’autres encore. On joint aux jubilations de cette quête en profondeur, quelques menus conseils et rudiments d’histoire visant la tribu des scaphandriers et un lexique pointu qui fera sortir de leur abyssale ignorance ceux qui méconnaissent le «dugong», les «lardons dans la purée de pois», l’«art de plonger tek» ou de «ratisser les gorgones». Après Bestiaire Amazonien et ses peuples piaillants, criants et gambadants, voilà le guide Feer du peuple muet, affairé et rôdeur des bas-fonds océaniques. Plongeons-y sans modération. Plouf !

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FLEISCHMAN Cyrille
Rendez-vous au métro Saint-Paul

Entre Marcel Aymé et Sholem Aleichem, Cyrille Fleischman dresse un castelet où s'affairent les héros d'épopées minuscules. Il situe le grain d'une voix (à la douce amertume) et les contours d'un accent (tout de noire cocasserie) : ceux du petit peuple ashkénaze de Paris. En trois volumes de contes, où s'exercent un art du ton, une manière d'endurance souriante et d'acidité tendre, se dévoile l'inventaire d'un singulier marchand de couleurs, grand ordonnateur d'un monde aux coloris ternes et acides à la fois, bourdonnant de babils excentriques. C'est une étagère de jouets bizarres, de petits golems parigots et de monstres ingénus porteurs de questions trop grosses pour eux, que Cyrille Fleischman descend du rayon, débarrasse de leur poussière dorée et mire à la lumière, sous nos yeux curieux.

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FLEISCHMAN Cyrille
Riverains rêveurs du métro Bastille

Sur la ligne 1, toujours. Mais une station plus loin, vers l'est. Les héros de Fleischman, longtemps, ont battu l'espace, hanté ce terroir inusable qu'est le Marais, périphérique à la sortie du métro Saint-Paul, cœur du monde, ombilic et épicentre des êtres et des choses. Là, sur la ligne de ce recueil aux quatorze stations avec arrêts brefs, ils franchissent les colonnes d'Hercule et descendent à Bastille. Ils y hantent ces forêts obscures que sont les cinémas assaillis de Cinémascope et fleurant bon le shampoing à moquette, s'y croisent, s'y lient d'amour, rencontrent des héros de films débarqués de l'écran, Balzac en conseil marital, organisent des ventes de charité, pianotent du Gershwin, écrivent des livres sans importance, se font représentant en sous-bois tranquille. Avec la virtuosité d'un placier en merveilles, Fleischman nous offre quatorze contes urbains, autant de tableautins cocasses et fantastiques agrafés aux pans d'un manteau sans âge. Bastille, nouvelle Arcadie !

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FORTON Jean
L'Enfant roi

"Ils sont trois, que soudent le dégoût, l'attachement et la routine. Daniel ; sa Maman, qui le berce jusqu'au vomissement ; à l'écart, le père tente gauchement d'arracher son fils au papier de soie poisseux des caresses maternelles. Prisonnier d'un château de sable mouvant, Daniel tente de s'éjecter en peignant. Las ! Maman veille et dicte les sujets au petit peintre. Que Daniel importe dans ce bocal clos quelque azuré minois : Maman l'éjecte, sèchement. Le corps de Daniel est une toile vide, n'était cette tache : être né de maman, non rêvé par elle, mais extirpé d'elle, mal démoulé."

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FORTON Jean
Les Sables mouvants

Lui, c'est Dad, Daddy, l'exquis pater familias profilé pour la tendresse et l'autorité, drivant sans effort une famille lourde d'une épouse, d'un fils et d'une fille. Le jour, il virevolte dans l'espace de sa pharmacie où s'affaire avec célérité sa compétente préparatrice, Henriette, dans laquelle il aime s'enchâsser fugacement. Confit dans un petit bonheur moelleux et préservé, il égrène sa petite vie de vivant, réglée comme une pendule. Tout cela aurait pu durer, durer… mais vient l'angoisse qui serpente dans cette petite plénitude, les sables mouvants boivent et dissolvent tout, digèrent et tuent ceux qui s'égarent, des sables au lent appétit de boa.

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FORTON Jean
La vraie vie est ailleurs

Ne pas s’y fier, surtout ! Sous son aspect discret d’auteur provincial, marié et père de famille, son apparence lisse de libraire bordelais spécialisé dans les ouvrages de droit, le romancier Jean Forton (1930-1982) tire un plaisir patient, une joie sourde, à nous mener dans des zones d’enlisement, à nous perdre au cœur d’espaces de souffrances rentrées, acide rongeur qui affleure dans certains titres de ces huit romans qu’il publia chez Gallimard entre 1954 et 1966. Quelque chose d’acéré et de morbide mine et lacère le monde de Forton, un mal que l’on retrouve dans ce roman inédit que publie le Dilettante : La vraie vie est ailleurs. La maxime rimbaldienne prend là des allures de credo cynique, d’espoir trahi. Ailleurs, certes, mais où ? Ailleurs qu’autour de la table familiale où soupent à heure fixe les Lajus, dont le fils, Augustin, est le héros narrateur ; ailleurs que chez les Juredieu, dont le fils aîné, grand drille bringueur et culbuteur de filles, est l’ami d’Augustin, mauvais ange et corsaire en chambre ; ailleurs que chez Bérenger et Cléo, oncle et tante d’Augustin, masques d’un carnaval sinistre, ailleurs que dans les bistrots banals où les deux adolescents racolent et picolent, ailleurs que dans les cinémas mués en baisoirs furtifs, ailleurs que dans les chambrettes d’occasion où se font les initiations amoureuses. Ailleurs que dans cette ville placide que secoue soudain la pétarade en chaîne de bombes artisanales. Sans doute un peu dans cet ancien wagon transformé en utopie garçonnière et dénommé Le Nautilus. Une vraie vie possible, un temps, dans la chambre de Vinca, l’amour-phare d’Augustin. Voici donc La vraie vie est ailleurs, roman d’apprentissage provincial et jeu de massacre sans concession où le désir de révolte s’écrase contre le quotidien, la pesanteur d’être comme moucheron sur la vitre. Alors, « Tu as bien fait de partir, Arthur Rimbaud ! » (René Char)

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FORTON Jean
La Cendre aux yeux

La Cendre aux yeux, du Bordelais Jean Forton (1930-1982), fait figure, au sein des neuf romans que signa cette plume amère, avide de sonder où cela saigne et suppure, de bijou noir, de crime parfait. On est vite peu sérieux quand on n’a rien à faire. Alors on baguenaude, on se noie dans son nombril, on tient un journal, on empile, comme dessous de bock, des liaisons tous azimuts. Telle est la situation du héros de Forton : rentier trentenaire, vivant de puiser avec dédain dans la caisse de son frère négociant, de sortir la nuit, d’assister au tumulte amoureux de Nicolas et Anita, ses voisins de chambre, de se tâter sans fin entre bonheur moyen et petites infamies. Mais disperser son énergie à jouer les toupies qui, bien que frôlant souvent le bord de la table, se cognent à tout sans aller nulle part, cela n’a qu’un temps. Notre homme se cherche une prise. Il trouve une proie : Isabelle, seize ans, digne petite bourgeoise, s’ennuyant et bien nattée, qu’il entreprend de séduire. Déployant alors à l’entour de la belle une danse de faune triste et assidue, il parvient à ses fins, fait d’Isabelle une amante compétente et amoureuse. Sans angoisse de la grâce ni souci du péché, un mélange de libertinage amer et de frilosité goguenarde. Tel est ce héros qui aurait choisi La Rochefoucauld plutôt que Pascal. Il fallait oser. Forton l’a fait. P.-S. : Dans sa postface, Catherine Rabier-Darnaudet étudie la réception de ce livre paru pour la première fois en 1957 aux éditions Gallimard.

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FRAIGNEAU André
En bonne compagnie

Jouissant pleinement d’être « en bonne compagnie », André Fraigneau invente sous nos yeux un nouveau temps grammatical : le passé présent, dit encore le « présent du subjectif ». Il fait de la mémoire un sport d’équipe, une aventure commune qui incarne tout un art de renouer, de revivre : il faut être deux pour se souvenir. Loin de la remembrance pesante, il s’agit de reviviscence : pas de sonnerie aux morts, mais l’indomptable jazz-band du souvenir ou le crépitement d’épinette des petits moments élus revenus gratter à la vitre. Les morts jaillissent sous nos yeux comme foulards hors de la manche ; la présence des vivants se concentre. Voici Anna de Noailles, loquace et crépusculaire, Christian Bérard, bordéliquement chimérique, Brasillach pour le bras dessus, bras dessous de toute une vie, Dior célébrant la messe pontificale d’une nouvelle collection, Cocteau-ci, Cocteau-là, Morand for ever, Radiguet radieux, Nimier. D’ondoyants croquis d’un seul trait que croise une visite aux mannes mexicaines de D.H. Lawrence ou à l’atelier d’Henri Sauguet. Fraigneau ne monte pas en chaire, ni ne polit sa boule de cristal, « abstracteur de quintessence » ; il se contente de fermer les yeux et de laisser monter vers lui le passé comme un parfum. Pas d’absence, rien que d’invisibles présences traduites par le clavecin d’un style tout à tour sec et foisonnant.

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FRANK Bernard
Grognards & Hussards

"Grognards & Hussards appartient à la mythologie littéraire. Alors que Sartre semble indémodable, et que les intellectuels s'engagent – tout au moins s'interrogent –, trois drôles de pistolets (Nimier, Laurent, Blondin) viennent réveiller une droite littéraire mortifiée par ses tocades vichyssoises. Voilà pour les Hussards. La riposte s'organise en la personne des mandarins de la critique, Kemp et Henriot. Ce sont les Grognards. Entre ces petits soldats et ces francs-tireurs, le ton monte ; Bernard Frank les renvoie dos à dos. À une trentaine d'années de distance, ce texte brille toujours par son acidité et son mordant." Reparution en 1989, édition augmentée de La Turquie.

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FRANK Bernard
Rêveries

"Parfois, on voit se poser sur ces petits perchoirs de fer blanc que sont les présentoirs de presse, un étrange oiseau noir-blanc-gris. La star, en couverture, y est nue, assise ou en mouvement ; pas d'agrafe et la taille d'une nappe. Il est dit Égoïste. Ce n'est pas une revue. Un promenoir plutôt, un lieu de retrouvailles, d'instants chics, un espace de souvenirs. L'album d'une famille qui ne se croise que rarement, de défilés en salons. Pas étonnant qu'on y tombe sur Bernard Frank dont les chroniques qu'il y a publiées font aujourd'hui la matière de ce volume, précédées de deux autres parues dans une revue météorite qui n'eût que deux numéros : Le Journal littéraire. Frank y parle de tout, donnant, avec son style indolent et coupant, l'impression d'écrire couché, croquant une pomme verte. Lire une chronique de Frank donne le sentiment de tomber sur un plomb de chasse en savourant une brioche. Fève de fer. Saveur et rosserie. Infatigable flemmard, Frank chronique son cœur (« cette pompe sans mordant », disait du sien Michaux), son passé amoureux, littéraire, ses amis. Il voit la vie en rosse, avec un nuage d'amertume et une grande rasade de saveur. Alors, rendez-vous au bar du Dilettante. Demandez un Frank. Cocktail maison."

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FRANK Bernard
Les Rues de ma vie

Bernard Frank, sa phrase ressemble à un chat, à ses chats, innombrable, fluide, étirée, émaillée de retour de griffes et de bonds bien calculés. Une phrase qui longe une vie, la sienne, comme un chemin de canal ou une route de corniche ; une vie qui tient en effet, selon les années, du halage ou du ski nautique. Les Rues de ma vie relève de l’exercice de mémoire (comme il y en eut d’admiration), du vide-greniers et de l’herbier. S’y croisent les présences familiales, chéries et intempérantes, des maîtres queux et les commodores de l’édition, Sagan et Fellini, quelques reines de la nuit et un vieillard qui saigne du nez. Des soixante ans d’une existence passée à flâner, goûter, écouter, croiser, écrire, il découle ce plan aux pliures cassantes, cet agenda illisible d’avoir trop macéré dans les eaux du souvenir, ce carnet d’adresses obsolète. Les rues y servent de repères, les demeures de balises, les arrondissements deviennent des îles pour naufragé urbain. Mais l’on sent vite que l’essentiel, chez cet hébergé professionnel, ce virtuose de la saveur et ce mélancolique, est ailleurs : c’est le cœur qui se souvient et la mémoire qui enregistre. Évoquer, c’est peut-être trahir les faits pour sauver l’émotion. Ne nous trompons pas d’adresse.

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FREUSTIÉ Jean
Les Collines de l'Est

Neuf nouvelles, neuf cas d’humanité sur lesquels se penche Jean Freustié, avec le sourire noir, l’amertume un peu sèche et la tristesse du médecin qu’il fut et qui «fait» une salle ou une cage d’escalier, lit après lit, patient après patient, souffrances après souffrances. Défilent sous nos yeux, ouverts et comme gisant là: les souvenirs faussement sardoniques d’un toubib militaire durant la déroute de 40, l’exhibition d’une solitaire dénichée hors de sa tanière ordurière, l’envoi d’un cliché qui décadre l’ordre d’une vie, les nuits blanches et sanglantes d’un urgentiste, les derniers instants d’un suicidé, ceux d’une vie d'aïeule. Entre «Désenchantement» et «L’Attrait du malheur», les stations détaillées d’une Passion sans Dieu ni rédemption. Rien que vies à bout de course, autour desquelles tournoie «l’aigle aveugle» de la mort, dont on guette l’attaque en piqué. C’est peut-être dans ce recueil de neuf nouvelles paru chez Grasset en 1967 que s’exprime le mieux le talent presque insaisissable de Jean Freustié. Nostalgie, tendresse, humour, émotion, gravité, moquerie, tout se mêle chez cet écrivain secret, un des rares romanciers qui sache être sincère sans tapage ni provocation.

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