Catalogue livres

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Ouvrages dont l'auteur commence par la lettre : G


GADENNE Paul
La Rue profonde

"Gadenne écrivait comme un aveugle palpe les murs, assoiffé d'une porte, d'un trou, par où passer. La rue profonde, à peine une histoire, un fait divers intérieur, un désillusionnement sec. Perché sur la dunette d'une chambre d'hôtel exiguë, « je » est seul ; il s'exténue à l'usinage artisanal de vers jamais assez fourbis, durs et vrais. Il se penche sur la rue, y jette un œil comme on jette une pierre pour l'entendre sonner sur le sol qui tombe. C'est alors qu'Elle, l'« amie », vient se poser sur le rebord de sa chiche vie. Lui la nimbe, situe cette présence comme un repère, y accoude sa vie comme à une table de marbre. Jusqu'au jour où…"

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GAMBLIN Jacques
Le Toucher de la hanche

Qu'est-ce que la valse ? Un moteur à trois temps à poser sur la machine humaine pour de grandes randonnées à deux, madame en selle, monsieur au guidon. Parfois aussi, une méthode pour raccommoder la porcelaine fêlée des amours maritaux. Les deux dont il s'agit dans ce mince et véloce traité de choréthérapie s'en sont sortis grâce à la valse, sont même devenus des étoiles au balai fameux. Las, un jour, ça grippe. Il y a une paille dans le couple, une poussière dans l'œil, du sucre dans l'essence.

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GAMBLIN Jacques
Entre courir et voler il n'y a qu'un pas papa

Go ! C’est parti. Tout commence plutôt bien. Ils sont trois : lui qui conduit, elle qui patiente, et le (ou la) troisième, qui mûrit sagement en elle, à deux doigts d’éclore. Puis survient le bruit. À l’avant, comme tous les bruits. Il s’en soucie. On le rassure. Mais le bruit persiste, s’infiltre en lui. C’est lui le bruit, un bruit dans le grand moteur de l’humanité, une distorsion dans le grand son global. Alors, brusque, il s’y met, il court, sur l’autoroute du week-end, il court à contre-bruit, à perdre haleine, pour se libérer, le lâcher, le dissoudre. Et tous courent avec lui, une meute haletante de sprinters moites qui fraternellement le talonne, marathonne au coude à coude ; et tout en lui remonte, père, élans, mots, images. La course lui monte à la tête, comme l’alcool lui submerge le cœur, à grandes foulées, à belles goulées, il court cul sec, enquille les mètres, les kilomètres au grand comptoir bitumé de l’autostrade intérieure. Jusqu’à la ligne ultime. Court jusqu’à la lie. Là, s’arrête, souffle. Puis repart, purgé, léger, l’âme recarrossée. Go ! C’est reparti ! Vrai derviche-sprinter, Jacques Gamblin avale la voie intérieure en un monologue sans frein, en roue libre, la seule vraie. Entre Courir et voler il n'y a qu'un pas papa a reçu le Grand Prix de Littérature sportive, remis par l'Association des Écrivains sportifs (le premier lauréat fut Frison-Roche en 1943 pour Premier de cordée) et a également été adapté au théâtre par l'auteur seul sur scène.

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GAVALDA Anna
Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part

Je voudrais… se dévide sous nos yeux comme une chanson sans refrain : germanopratineuse, femme enceinte, drague-king troublé, toute la petite foule d'Anna Gavalda circule et s'affaire, chacun selon sa tragédie quotidienne. Parfois, ce train-train sourdement mortel tombe le masque et avoue sa part noire. De rendez-vous manqués en collisions brusques, les héros d'Anna Gavalda ne savent qu'une chose : qu'on les attend. Alors ils tendent la main pour voir s'il goutte, et leur paume rencontre du plomb fondu.

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GAVALDA Anna
Je l'aimais

Parce que sa belle-fille est malheureuse, Pierre Dippel, soixante-cinq ans, décide de l’emmener à la campagne. Parce qu’elle ne se nourrit plus, il décide de faire la cuisine. Parce qu’elle n’arrête pas de pleurer, il va chercher du bon vin à la cave. Et malgré tout ça, malgré le bordeaux et le bœuf carottes, elle continue de gémir, il décide d’aller se coucher. Et puis finalement, non. Il revient. Il s’asseoit à côté d’elle et se met à parler. Pour la première fois, il parle. De lui. De sa vie. Ou plutôt de ce qu’il n’a pas vécu. Cette histoire est donc la confession d’un homme dans une cuisine. ça n’a l’air de rien et pourtant, comme toujours avec Gavalda, tout est dit. Tout est là. Nos doutes, notre ironie et notre tendresse, le tapage de nos souvenirs et « la vie comme elle va »…

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GAVALDA Anna
Ensemble, c'est tout

L’action se déroule à Paris, au pied de la tour Eiffel très exactement, et couvre une année. Ce livre raconte la rencontre puis les frictions, la tendresse, l’amitié, les coups de gueule, les réconciliations et tout le reste encore, tout ce qui se passe entre quatre personnes vivant sous un même toit. Quatre personnes qui n’avaient rien en commun au départ et qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Un aristocrate bègue, une jeune femme épuisée, une vieille mémé têtue et un cuisinier grossier. Tous sont pleins de bleus, pleins de bosses et tous ont un cœur gros comme ça (non, plus gros encore !)… C’est la théorie des dominos à l’envers. Ces quatre-là s’appuient les uns sur les autres mais au lieu de se faire tomber, ils se relèvent. On appelle ça l’amour.

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GAVALDA Anna
La Vie en mieux

Mathilde a 24 ans. Elle a abandonné ses études pour un boulot sans intérêt et vit en colocation avec deux autres filles. Elle dit qu’elle est heureuse, mais est toujours obligée de boire pour s’en souvenir. Un jour, elle oublie son sac à main dans un café. Un homme le lui rend la semaine suivante. Quelques mois plus tard, et à cause de cet homme justement, elle décide de changer de vie.   ________   Yann a 26 ans. Il est aussi diplômé qu’on puisse l’être, mais n’a pas trouvé de travail. En attendant des jours meilleurs, il est vendeur. Il ne dit pas qu’il est malheureux, mais souvent, quand il traverse la Seine, il s’imagine qu’il saute et se voit en noyé. Un soir, alors qu’il est seul, il rend service à son voisin du dessus. Pour le remercier ce dernier l’invite à dîner. Quelques heures plus tard, et à cause de cet homme justement, il décide de changer de vie.

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GAVALDA Anna
La Consolante

Pendant presque trois ans (mille quatre-vingt-quinze jours), j’ai vécu dans la tête, et le corps, d’un homme qui s’appelle Charles. Charles Balanda. (Parce que le matin où je me suis dit « Allez... J’y vais. Je commence aujourd’hui », nous étions en août 2006 et qu’avant de monter dans ma soupente, j’avais (pour gagner du temps !) feuilleté le journal. On y faisait part du décès d’un homme qui portait ce nom et j’aimais cette idée, de contrarier un peu les Parques... (À ce moment-là, j’ignorais tout de ce Charles (ce qui m’amuse dans l’écriture, c’est de me lire évidemment) et ne savais pas qu’il aurait une peur panique des chevaux, (j’étais loin d’imaginer qu’il en croiserait...), or il se trouve que Balanda (cela je le savais, Galoubet etc.) est un nom célèbre dans le milieu hippique. Bah... Nobody’s perfect...) (Beaucoup de parenthèses et un(e) prière d’insérer qui part déjà dans tous les sens, tant pis pour l’éditeur...)) Au début de l’histoire, ce Charles, mon Charles, 47 ans, apprend la mort de la mère d’un de ses amis d’enfance et perd complètement les péd... les étriers. Comme c’est un garçon cartésien (architecte et ingénieur), il prend sur lui et fait de grands efforts pour se remettre en selle. En vain. Bien des chapitres plus tard, sa sœur, inquiète, lui demandera : - Hé… Tu ne serais pas en train de nous préparer une petite crise de la cinquantaine, toi ? La midlife crisis, comme ils disent… - Tu crois ? - Mais ça m’en a tout l’air… - Quelle horreur. J’aurais aimé être plus original… Je crois que je me déçois un peu, réussit-il à plaisanter. Non, Charles, je vous rassure. Ce n’est pas ça. Enfin, ce n’est pas ce que j’ai voulu... Je n’aurai pas le culot d’affirmer que vous êtes, que nous sommes tous les deux, « plus originaux », mais la crise de la cinquantaine n’était pas du tout mon propos. Ce que je voulais, c’était vous choper un matin à la descente d’un avion, vous tabasser, vous rouer de coups jusqu’à ce que vous soyez à terre, et vous le serez, souvenez-vous, sur le boulevard de Port-Royal, à terre et couvert de sang, pour ensuite vous aider à vous relever en vous tendant... d’autres rênes... Voilà qui n’est pas tellement plus original, je le concède, mais ce qui « bouge encore » à l’heure de ma prière, ce sont les deux femmes qui encadrent votre chute. Celle qui vous a désarçonné, qui s’appelle Anouk, qui était très gaie, mais qui donne à ce texte un petit goût triste et amer. Et l’autre, her name is Kate, qui va vous aider à virer les éperons, et qui –en nous racontant des choses affreuses, en nous prenant à la gorge le temps de sa confession – changera la lumière. La lumière, le ton, l’écriture, et même la typographie de cette histoire. Tout devient plus léger, plus souple, plus... incliné. Donc vous voyez, c’est vous qui m’avez obsédée, mais ce n’est pas vous le héros. Ce sont elles. Vous étiez là pour les servir. Et si nous les avons tant aimées, vous et moi, c’est parce qu’elles sont, chacune à leur manière, absolues, absolument généreuses. Encore des bons sentiments, on va dire... Oui. Pardon. À défaut de faire de la bonne littérature, les gens généreux font de beaux personnages. Je dis pardon mais n’en pense rien. À la page 478, Kate m’a déjà graciée : « ... il ne faut pas croire à la bonté des gens généreux. En réalité ce sont les plus égoïstes... » Et puis il y a les enfants aussi... Je voulais un livre avec des enfants qui soient vivants à l’intérieur. Et là, ce mercredi 6 février 2008, à l’heure où je m’insère comme je peux en comptant mes abattis, je me souviens qu’ils y sont, ces enfants, et, rien que pour eux, je suis bien heureuse de l’avoir écrit... Deux femmes, un homme qui va boitillant de l’une à l’autre et plein de gamins tout autour. Voilà pour La Consolante. A.G.

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GAVALDA Anna
L'Échappée belle

C’était en 2001, je venais à peine de terminer la rédaction de Je l’aimais quand France Loisirs m’a commandé une histoire. Un cadeau pour leurs fidèles adhérents. Comme j’étais toute courbaturée (baby-blues du manuscrit à peine envolé et tout le cinoche habituel de l’auteur en manque de ses personnages), j’ai décidé de me remonter le moral en troussant fissa une petite cavale légère et court vêtue.J’écrivis donc cette escapade champêtre. Une journée gaie, tendre, bruyante, en compagnie de frères et soeurs qui enterrent leur vie d’enfants. Des gloussements dans l’habitacle, des jurons, beaucoup de mauvaise foi, de l’herbe, des aoûtats, des bouteilles de sancerre au frais et de la bonne musique tout du long (de Dario Moreno à Kathleen Ferrier en passant par Bambi et Patachou, de la pure compil’). Je rendis ma rédac’, les fidèles eurent leur petit Noël et je passai à d’autres rêveries.Sauf que, depuis 2001, chaque fois que je vais à la rencontre de lecteurs, il y a toujours un moment où l’on me demande quand ce fichu texte sera enfin réédité. Quand ? « Bah, j’élude dans le vague, un jour, peut-être… » J’en restais là. Je craignais que ça sente un peu le rossignol, cette idée de faire un livre neuf avec un autre qui existait déjà. Enfin, vous voyez le genre… Le genre de ce genre de pudeur-là… Seulement l’année dernière – Consolante oblige – je me suis vraiment échappée moi aussi, dans des dizaines de librairies de Lille à Toulouse en passant par Vannes et Aubervilliers et, chaque fois, toujours, cette même question revenait sur le tapis. En plus maintenant y avait Internet, et le texte était devenu hyper-cher, et c’était nul ce truc de spéculation, et ma voisine qui ne veut plus me le rendre et tout ci et tout ça. Dans les derniers tours de ce marathon, je fis une ultime causette en médiathèque et là, assise au fond, à ma gauche, je m’en souviens, une dame qui n’avait rien manifesté ni posé aucune question a levé le doigt comme à l’école au moment où les chaises raclaient le signal du départ, m’a regardée droit dans les yeux, m’a tenue en joue et m’a intimée gentiment, mais fermement, de libérer enfin cette fratrie en goguette. Parce que non, pas eux, ça ne leur ressemblait pas du tout d’être ainsi confinés, cotés, happy fewisés, éloignés, tenus. Tenus à distance. Distants. Alors j’ai promis et lui ai demandé son prénom. Je suis revenue à la maison, le temps a passé et les promesses aussi. Et puis l’autre jour j’ai emprunté son exemplaire à ma voisine, justement. Je me suis relue, j’ai ricané de bon coeur, j’avais oublié toutes ces bêtises, j’avais tout oublié. J’ai repris le texte, je l’ai retravaillé (à la manière d’une qui restaurerait son tableau : rentoilage, retouches, éclat des couleurs, jeux d’ombre et de lumière), j’ai choisi les grains de riz de la couverture et j’ai écrit un prière d’insérer pour cette main levée. Pour Françoise. Françoise de Montpellier. Pour qu’elle sache que je ne l’avais pas oubliée. Anna Gavalda.   PS : Ce petit livre n’a pas d’autre prétention que de vous inviter à partager ce pique-nique. Entre gens qui s’aiment, et qui aiment la vie. Je me suis fait plaisir ! J’ai ajouté un chapitre à la fin ! A.G. (mai 2012)

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GAVALDA Anna
Billie

Franck, il s’appelle Franck parce que sa mère et sa grand-mère adoraient Frank Alamo (Biche, oh ma biche, Da doo ron ron, Allô Maillot 38-37 et tout ça) (si, si, ça existe…) et moi, je m’appelle Billie parce que ma mère était folle de Michael Jackson (Billie Jean is not my lover / She’s just a girl etc.). Autant dire qu’on ne partait pas avec les mêmes marraines dans la vie et qu’on n’était pas programmés pour se fréquenter un jour…   Non seulement Franck et Billie n’étaient pas programmés pour fredonner les mêmes refrains, mais en plus, ils avaient tout ce qu’il faut en magasin pour se farcir une bonne grosse vie de merde bien ficelée dans la misère – misère physique, misère morale et misère intellectuelle. Vraiment tout. Et puis voilà qu’un beau jour (leur premier), ils se rencontrent. Ils se rencontrent grâce à la pièce On ne badine pas avec l’amour d’Alfred de Musset. Billie a été tirée au sort pour jouer Camille et Franck, Perdican.   À un moment, dans cette scène qu’ils doivent apprendre par cœur et déclamer devant les autres élèves de leur classe, Camille lance à Franck : Lève la tête, Perdican ! et à un autre, un peu plus loin, Perdican finit par avouer à Billie : Que tu es belle, Camille, lorsque tes yeux s’animent ! eh bien voilà, tout est là et tout est dit : ce livre ne raconte rien d’autre qu’une immense histoire d’amour entre deux vilains petits canards, lesquels, à force de s’obliger mutuellement à lever la tête et à se rappeler l’un l’autre qu’ils sont beaux, finissent par devenir de grands cygnes majestueux.   En fait, on dirait du Cyrulnik, mais en moins raffiné. Là où Boris aurait employé les mots « gouffre » ou « résilience », Billie, quand elle est heureuse, lâche en ricanant : Et tac. Encore niquée, la vie.   Bah… À chacun, ses maux et sa façon de les écrire…   A.G.

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GAVALDA Anna
Fendre l'armure

On me demande d'écrire quelques mots pour présenter mon nouveau livre aux libraires et aux critiques et, comme à chaque fois, ce sont ces quelques mots qui sont les plus difficiles à trouver. Je pourrais dire que c'est un recueil de nouvelles, que ce sont des histoires, qu'il y en a sept en tout et qu'elles commencent toutes à la première personne du singulier mais je ne le vois pas ainsi. Pour moi, ce ne sont pas des histoires et encore moins des personnages, ce sont des gens. De vrais gens. Pardon, de vraies gens.    C'est une faute que j'avais laissée dans mon manuscrit, "la vraie vie des vrais gens", avant que Camille Cazaubon, la fée du Dilettante, ne me corrige : l'adjectif placé immédiatement avant ce nom se met au féminin. Quelles gens ? Certaines gens. De bonnes gens.   Cette règle apprise, je suis allée rechercher tous mes "gens" pour vérifier que tous s'accordaient bien et j'ai réalisé que c'était l'un des mots qui comptait le plus grand nombre d’occurrences. Il y a beaucoup de "gens" dans ce nouveau livre qui ne parle que de solitude.   Il y a Ludmila, il y a Paul, il y a Jean (!) et les autres n'ont pas de nom. Ils disent simplement "je". Presque tous parlent dans la nuit, pendant la nuit, et à un moment de leur vie où ils ne différencient plus très bien la nuit du jour justement.   Ils parlent pour essayer d'y voir clair, ils se dévoilent, ils se confient, ils fendent l'armure. Tous n'y parviennent pas mais de les regarder essayer, déjà, cela m'a émue. C'est prétentieux de parler de ses propres personnages en avouant qu'ils vous ont émue mais je vous le répète : pour moi ce sont pas des personnages, ce sont des gens, de réelles gens, de nouvelles gens et c'est eux que je vous confie aujourd'hui. (A.G.)

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GÉBÉ
Reportages pas vraiment ratés

"Contre la bêtise, l'hébétude et l'habitude, voyez Gébé. Si vous sentez que votre mental s'ensable, que vos désirs s'empêtrent et que vos réflexes s'enraillent, voyez Gébé. « Voyez » comprendre « lisez ». Lisez, pour vous décalaminer les synapses, les reportages reliés en peau de moustique de Gébé le grand, dessinateur d'Hara-Kiri promu dans le périodique du même nom, et faute d'homme de base, grand reporter voué aux sujets brûlants, à l'actu en tout sauf en toc. Préparez-vous à le voir scrutant la Terre depuis une cabine téléphonique géo-orbitale, questionnant le gérant de l'Office parisien de récupération des pièces tombées à terre, s'auto-incarcérant chez lui pour vol de bicyclette, rôdant sur un futur lieu du crime (ou encore le lieu d'un futur crime), j'en passe faute de place et d'encore plus non-euclidiens. L'intéressant, avec Gébé, c'est qu'il nous montre que l'actualité est tout entière affaire de cuisson et d'invention. Pas besoin de la laisser venir à vous, c'est à vous de l'inventer. Le sujet brûlant se compose donc d'un sujet (de préférence anodin ou banal ou faussement excitant) et d'un rond chauffant (alias votre petit mental en fusion) ; en les posant l'un sur l'autre vous obtenez le grand reportage. L'aventure est au coin de votre crâne, il suffit de s'y tapir et de n'en pas bouger. Prendre de préférence le coin le plus en désordre, ou le plus lumineux. Tout est affaire de travestissement ou de mise en crise. Alors tout presse-purée est un satellite qui s'ignore et la chasse aux grands sujets se fait avec les meilleurs moyens du monde, j'ai nommé les moyens du bord."

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GIBEAU Yves
Allons z’enfants...

1952, souvenez-vous, c’était un temps faussement raisonnable, celui de la IV e merdoyante, de l’affaire Dominici et de l’emprunt Pinay, de la guerre d’Indochine et de Jeux interdits. Parut alors, cette année-là et chez Calmann-Lévy, un de nos plus vibrants vade-mecum de la mal-pensance et bréviaire de la désertion manifeste : Allons z’enfants..., roman de l’anar repéré Yves Gibeau, roman que les Français (que l’on sait parfois frondeurs et sans grand goût pour l’alignement) plébiscitèrent à la hauteur de trois cent mille exemplaires vendus. Un temps vraiment déraisonnable ! Pour ledit Gibeau, l’avenir pourtant s’annonçait clair, le ciel bleu et la route bien large : fils de militaire, papa le place, tout fier et derechef, aux Andelys, chez les enfants de troupe, fière caserne plantée à l’ombre du château Gaillard. La fête dure dix ans, aux Andelys succède Tulle. 1939, l’homme passe aux travaux pratiques avec une Seconde Guerre mondiale qui s’achève pour lui en camp de prisonniers. De tout ce carnaval sanglant, Yves Gibeau conservera un mépris teigneux et une haine viscérale de la chose militaire et de l’humanité galonnée, vision pacifiste qui passe tout entière dans cet Allons z’enfants... où le jeune Chalumot, fils de l’adjudant Chalumot, allume la chambrée et perturbe l’appel. La geste libertaire d’un gamin rétif à l’ordre et hostile à toute forme de militarisation des consciences. Un classique de l’insoumission à relire d’urgence, ouvert par une vrillante préface de Michel Dalloni, dont ce fut le premier achat conscient et risqué en librairie, et qui, d’un trait, dit la chose : « La liberté est un combat contre la connerie dont le prix est celui de la vie. » Et j’le prouve.

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GIRARDON Jacques
Mathusalem & Cie

Journaliste d’esprit méticuleux, ayant le goût de la documentation et du contact, Eugène Galton ne poursuit, dans la vie, qu’un but : qu’elle ne s’arrête pas et cela par des moyens modernes, rationnels. Que l’immortalité lui soit accordée par la déesse Science et sa collègue Technologie. Cette mise à mort de la mort, ce virus de la survivance le travaillent en continu, prenant la forme d’interviews, d’enquêtes livresques, de ratiocinations permanentes ; et ce au point qu’il finit par y perdre sa compagne, Ninon, et par insupporter son ami Georges, qui se livre pourtant devant lui à une brillante défense de la difformité et à un plaidoyer pour une vie décomptée. Qu’à cela ne tienne, notre Eugène n’en a que pour un corps réparable, rafistolable à perte de vue avec une boîte à outils génétique multifonction, que pour une éternité « à portée de pipette ». Il entreprend de se nantir d’un clone. Entre vaudeville génétique et fantaisie science-fictive, cette comédie grinçante de Jacques Girardon nous montre l’homme incarcéré à vie dans les seules cellules dont on ne s’évade pas, les siennes, et avide de se faire la belle. À tout prix ?

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GIRAUD Robert
Le Peuple des berges

Le Peuple des berges : c’est en effet un monde d’hébergés passagers, de moutons noirs sans berger ni pasteur, de mouflons à cinq pattes abonnés aux bas-côtés de la vie, à brouter l’herbe rare des talus, que nous invite à découvrir Robert Giraud. Parue en octobre 1956 dans Qui ? Détective, cette incursion dans l’inframonde des clochards parisiens, cette étrange parade de binettes hors norme et de destins brisés témoigne d’une période singulière de la vie de l’auteur, de 47 à 50, celle où, chômeur en rupture de province, gîtant dans la rue, il y fit provision d’amitiés singulières et d’expériences nocturnes. En sortirent le mythique Vin des rues (Denoël, 1955) et les textes qui composent Le Peuple des berges. Un peuple souterrain, anonyme, nocturne, qui fermente et scintille en familier dans les zones d’ombre de Paris, sur les quais ou sous l’arche des ponts, s’emploie à l’heure dans le brouhaha des Halles, s’ameute autour d’un chaudron de soupe offerte, prend la queue pour un quignon, se bat pour une bouche de chaleur, marche sans trêve. Bienvenue, donc, pour un petit viron avec l’Amiral, roi des clochards, Ralph, le pêcheur à la sauvette, le Chat, borgne haineux, virtuose dans le détroussage d’amoureux, Olga et Titine, « fleurs de Seine », Riton, expert en herbes et branchages, d’autres encore. La cloche, en argot, c’est le ciel : alors en route pour le pays des clochards célestes ! Le tout présenté par Olivier Bailly, notre giraudlâtre.

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GIRAUD Robert
Carrefour Buci

Robert Giraud met, depuis toujours, Paris en bouteille. Il éclaire cette scène jamais déserte : le comptoir des bistrots car le zinc est le sol de Paris, le vrai, sa roche-mère. Il affleure en ces lieux élus que sont bars et caboulots.

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GIRAUD Robert
Faune et flore argotiques

Flâneur méthodique, Robert Giraud peaufine son errance. Il passe Paris à gué, zinc après zinc, dans tous les sens. Par instants, dans le gris flux du propos courant, il entend scintiller l'eau d'un mot exquisément verdoyant. Des échantillons ? Pour la Faune, voici l'arche : l'abeille, l'ablette, l'anchois, l'âne, l'anguille… D'autres encore volent ou rampent, marchent ou sautent et renvoient au secret des dames, à l'ardeur des messieurs, aux manigances de tout le monde. Pour la Flore, c'est un herbier verbal : l'acajou, l'ail, l'amande, l'asperge, etc., de quoi s'entre-jardiner jusqu'au soir, et pour les mêmes raisons.

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GIRAUD Robert
Les Lumières du zinc

 Les Lumières du zinc : Pour un pas d’inconduite, emboîtons le gosier à Robert Giraud, lui sait. Maître es panamophilies, docteur biberonis causa, de tout lieu où l'on trinque, taste-bitume comme il n'en  est plus guère, il a, sa vie durant, caboté de rade en rade, le ballon de rouge n'étant pas captif, et vous a fignolé un parcours sur mesure.

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GIRAUD Robert
Paris, mon pote

Nom : Giraud, prénom : Robert (la maison accepte également Bob, avec le rond de serviette d’un « O » moelleux à souhait), profession : flâneur virtuose, flânocheur émérite, maître-rôdeur, promeneur comme on a l’œil bleu et le menton pointu. Une vie à laisser la trace de ses coudes sur tous les zincs panaméens, à empreindre le bitume de la sculpture de ses chausses. Grand du comptoir comme d’autres d’Espagne. Une rue parisienne où l’on ne croise pas Giraud n’est qu’une voie publique ; les zincs qu’il n’honore pas, de simples débits. Son œil fait tout, sa capacité à humer les ambiances, papiller l’arôme d’un comptoir, nous le livre tout fumant. Dont acte avec ces chroniques : on s’y heurte à Vincent Scotto ou Doisneau (le jumeau stellaire), on y serre les mains fragiles de Fréhel, on y croise des gitans en route pour inhumer en une sépulture secrète un parent conservé dans du sel, on écoute Jojo le Verdurier, on s’égare aux puces de Clignancourt (« cet Angkor de la brocante »), voilà Nénette faite au Mercurochrome, tant d’autres ... « Choses bues » jusqu’à la dernière goutte du terroir parisien dont cet ingénieux des Vins et Trottoir nous parle avec des finesses de braconnier. Laissez-vous prendre.

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GIRAUD Robert
La Petite Gamberge

Ils seront donc cinq ! Comme les jeudis de LA semaine ou les heures de la Marquise, cinq qui tiennent comme grains en grappe à leur poisseuse table de La Bonne Treille, une rade de la montagne Sainte-Geneviève, qui leur sert de rocher à moules, de quartier général et d’abreuvoir. Alors, j’énumère : lui, c’est Bouboule, le cogito de la bande, le cérébré du quintette, l’autre c’est la Tenaille, fringante jeunesse, voilà en trois la Douleur, camionneur, suit le Manchot, comme son ombre l’indique, on clôt avec Robert dit Robert. Un bel équipage qui fait honneur à l’établissement, des zigues affûtés, hauts en truandaille et madrés en diable. À l’issue d’un coup d’élite en bordure de Seine, de quoi se voir retraité, Robert se fait poisser, panique chez les messeigneurs-la-pince qui s’égaillent d’autant que Pierrot a marié une goualeuse et la Douleur joue les obligés du volant avec les gens des puces. Qui a fait quoi ? Qui doit payer ? Une histoire d’hommes, sombre à souhait, où il n’y a pas que les rues qui soient en pente. Paru chez Denoël l’année 1961, deuxième roman du Limougeaud Robert Giraud, cette Petite Gamberge vaut moins pour l’intrigue qui là sert d’espalier, que pour la flamboyante vigne vierge poétique qui se déploie dans le livre, un lierre de mots qui enserre au plus près le mystère de Paris ; avec Giraud, Paris se hume, se scrute, se savoure, se lampe à longs traits, lumières, parfums, cadences, silhouettes, tout fait brin dans cet herbier urbain proche des dérades d’un Yonnet, d’un Fargue ou d’un Calet. Alors, chaussez solide, le paysan de Paris a la foulée ample et la rêverie au long cours. Pour ceux qui ont besoin d’un guide, Olivier Bailly, impeccable préfacier, a fléché le parcours et sous-titré les plaques de rues, donc pas d’excuse !

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GRAFF Laurent
Il est des nôtres

Lui, « on », c'est le héros. Il, c'est Laurent Graff, l'auteur, celui qui prend « on » en filature, de sa première gorgée de café fielleux à son dernier bâillement puis sommeil. « On » vit sa vie comme un taulard sa promenade, heures fixes, petite rotative impitoyable et désespérante, petit broyeur douceâtre. Tout n'est plus qu'une enfilade monotone de petites ingurgitations (cafés, plats, apéros) et dégurgitations (pisse, sperme). Et puis, un jour, l'abcès crève. On se répand comme un petit geyser de pus. La plongée, bouteille au dos, vers le fond, tout au fond. La mort fait l'effet d'une clé retrouvée dans les replis d'une poche. Quelque part des réveils sonnent. On se lève. D'autres « on », bientôt morts, affaire de temps, d'usure. C'est ce qu'on dit.

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GRAFF Laurent
Les Jours heureux

Graff a du goût pour les hommes-bonzaïs, les êtres qui se travaillent à la main, se jardinent à mort, dedans et dehors. Son précédent roman, Il est des nôtres, parlait d’un homme s’abêtissant avec méthode, Les Jours heureux campent un sujet qui goûte d’entrer tôt dans une suave et paisible agonie. Faire de sa vie une longue et calme parenthèse, se survivre en “faisant la planche”, se reclure au calme dans une sorte d’absence douceâtre, s’abonner à un néant livrable au quotidien. On comprend un jour, à dix-huit ans, que tout est dit, déjà joué. Alors on marque le coup et on s’offre un faire-part en marbre, on se commande un caveau dont on fixe la dalle, jour après jour. De se marier, de faire deux enfants, n’y changera rien. Le héros de Laurent Graff décide de se retrancher du cours des choses, d’intégrer un espace de limbes paisibles où il écoutera se déliter la petite mécanique de la vie. Bref, à trente-cinq ans, dans la force de l’âge, il rentre à l’hospice et s’offre au banc de bois. Petit radeau champêtre qui, chaque jour, le réceptionne en compagnie d’Alzheimer, l’anonyme au cerveau carié. Et puis il regarde, jouit du spectacle de la vie en bout de quai : le doux-dingue qui fait du jogging, l’infirmière qui le chevauche en douce, la visite du politicard bruyant venu quêter des voix, le magicien de la fête du nouvel an. Malgré tout, une cause apparaît : Mireille, qu’il aide à mourir, emmène voir la mer. Puis arrive le jour où on est rattrapé par son rêve... Les jours heureux auront été coulés, et par grand fond.

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GRAFF Laurent
Voyage, voyages

Patrick pense partir. « Partir ! » pense Patrick. Il ne pense même qu’à ça, dépense surtout pour ça, cogite, médite. Mais y aura-t-il une suite ? Patrick en tremble, tout au bout du plongeoir, piétine dans l’entrée, n’ose pas sauter dans l’inconnu, se risquer enfin. Il a pourtant tout pour, Patrick : une valise bien neuve, des tongs, un couteau de survie façon Rambo et une maîtresse thaïlandaise aux poils rasés. Croupier dans un casino avec vue sur la Manche ; otage d’un microstudio où il millimètre avec délice ses déplacements ; familier d’un voisin, Pascal, qui a hérité de la vie comme d’un grand piano sans cordes, il s’affaire surtout à scruter les dames, à cartographier avec des luxes de sonde cosmique leur entrejambe. Mais tout cela nous fait-il un ailleurs ? Un petit traité de vaticination compulsive et de remise au lendemain signé Laurent Graff. À part ça, on part quand ?

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GRAFF Laurent
Il ne vous reste qu'une photo à prendre

Cela sonne comme un arrêt : la dernière photo. Comme il y a le dernier verre, le dernier jeton ou l’ultime message. Graff invente la forme neuve de la roulette russe : l’objectif à l’œil, comme le canon tout contre la tempe. On presse : y a-t-il une vie, passé le couperet de l’ultime clic ? Jeu, set et match ? Neigel, le héros, se cogne à tous les angles d’un deuil amer, celui de M. Un jour à Rome, Méphisto, entendez un sieur Giancarlo Romani (un homme que l’humain intéresse, ex-prêtre) lui offre un voyage et un appareil photographique. Règle du jeu : clore la bobine en prenant « la dernière photo ». Il n’est pas seul à jouer : d’autres sont là, comme lui, avec leur dernière case à cocher : un Japonais, maître-pêcheur de carpe, un ex-mannequin et Eros (de Bilbao). Alors, que prendre dans les rets du viseur ? Une photo qui tout résumera, apocalypse intime, une photo pour rien, une photo de rien, un souvenir à loger au coin d’un miroir, un fragment d’idéal. Geste dérisoire, simple pression, mais choix décisif. Chacun choisira de prendre ou de ne pas prendre LA photo. Neigel, lui, en fera un rendez-vous fantomatique, une hallucination douce, en reviendra plus léger.Tout cela semble bien innocent. Vraiment ?

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GRAFF Laurent
Le Cri

 On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », a écrit un Grec ancien, très ancien. Pas plus qu’on ne croise deux fois les mêmes visages, reçoit les mêmes mercis, encaisse les mêmes pièces, semble nous dire le héros du Cri, péagiste en bordure de ce fleuve de tôle, de verre, qu’est une autoroute. Au guichet du monde, il les voit tous défiler, souriants, crispés, hurlant, rusés. Sort du flux Joras, jamais un sou, entre amant et mari. Depuis sa vigie vitrée, « pivot du monde », le héros s’ennuie avec sérénité, bercé « d’une douce monotonie ». S’en viennent rompre la cadence, certains êtres, connus, charmants, et puis surtout, Le Cri. Ce tableau de Munch, volé en Norvège et qui échoue dans sa guérite. Et ce Cri, bouche distendue, malheur à qui l’entend : cri qui glace, qui fige. Un jour, Cri sous le bras, le narrateur part, seul, sans but, alors que l’humanité sombre sous l’assaut du « bruit », une fréquence fatale qui terrasse l’auditeur. Le monde a entendu Le Cri. La mort patiente, violente, au terme du chemin, que le narrateur verra sans fard. C’est alors qu’il le poussera, lui, le cri, pour qu’il avale le monde.

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GRAFF Laurent
Selon toute vraisemblance

Selon toute vraisemblance, Laurent Graff publierait un nouveau livre au Dilettante. En est-on sûr ? Tout à fait, un recueil de nouvelles. L’avez-vous lu ? vous le tenez entre vos mains. Quelles mains ? De vous à moi, un conseil : hâtez-vous de le lire avant qu’il ne vous file entre les doigts, s’évapore, que vous-même ne passiez à l’as. Graff y affine, au fil de ces dix nouvelles, des stratégies d’effacement et autres procédures de néantisation d’une malignité redoutable. Cet éloge, en dix tableaux, de l’abonné absent capte tour à tour les destins de Claude Chienchien, alias le client-mystère, un citoyen lambda testant dans l’anonymat l’efficacité de vendeurs de magasin. Là, comme n’y étant pas, nanti d’une « identité imprécise confinant au néant », heureux de n’être qu’un « passager furtif de l’humanité ». Plus loin, on capte la « vie d’un mort-né », s’attarde sur la prénommée Delphine qui voit son identité se déliter lettre après lettre, tandis qu’un autre se perd en égarant tous ses objets ou se mange pour survivre. Tout se consommera dans l’avant-dernière nouvelle, Le Mausolée, où une folie ambulatoire saisit tel ou tel, lancé vers un point du globe pour y déposer un objet anodin.

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GRAFF Laurent
Grand Absent

Une après-midi qu’il avait quartier libre et l’âme joueuse, Dieu inventa le parking. Il vit que cela était drôle et conçut, dans la foulée, le véhicule automobile, cette variante ulcérée et statique de l’humain qu’est l’automobiliste, la place de parking en nombre limité, la barrière de contrôle métallique et, fin du fin, le ticket de parking : clé de la liberté tarifée et sésame-on-décampe de l’homo automobilis. Manquait encore une cerise à ce gâteau de béton en sous-sol : le poète. Dieu alors prit son élan et créa Laurent Graff, l’aède des vertiges ontologiques. Tu seras le Franz Kafka de l’horodateur, lui dit Dieu. Graff dit oui. Dieu a eu raison, car seul l’auteur de Il ne vous reste qu’une photo à prendre, petit traité d’Apocalypse rétinien, ou du Cri, récit des ultimes dérades d’un péagiste d’autoroute parti randonner, la toile de Munch sous le bras, au sein d’un monde tué par une fréquence fatale, pouvait circonscrire ce Grand Absent, chef-d’oeuvre du cauchemar automatisé. Le lecteur y devient l’otage de ce roman où le monde s’est fait lieu utilitaire ou procédure régulée : on y vient, on y acquitte, on horodate, on en part. Un silence de nécropole baigne l’endroit à peine fêlé par le chuintement d’un petit robot dépanneur. Imaginez un scénario de Tati filmé par un Cronenberg dépressif et vous aurez l’épure de cette fiction noire, bien noire, rhapsodie glaçante pour monde en panne. Dieu serait notre Grand Absent et Graff, son prophète.

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GRAFF Laurent
Au nom de Sa Majesté

Malade du monde, rétif à autrui et se défiant de tous les autres, Laurent Graff se soigne à fortes doses d’insuline. L’insuline étant, je n’apprends rien à personne, une tendance prononcée à l’exil insulaire, à l’insularisation forcenée : le « je » se fait île, l’il s’isole, se désempoisse du commun, se barde de solitude, s’encapsule, devient un électron libre de toute attache. Opération délicate vu la fragilité de votre bulle offerte à toutes les crevaisons. D’où le choix d’une île loin de tout, une vraie, petite et bien bretonne, rongée des flots et battue comme plâtre par les vents, avec de vrais morceaux d’îliens en surface. Seul, en location estivale, Graff nous fait les honneurs du lieu, d’abord à coups d’haïku minéraux, copeaux de mots qui donnent du lieu une vision éclatée, kaléidoscopique. On entre ensuite dans le vif du sujet : un mémorable conseil municipal improvisé réuni chez Graff à la suite d’une rumeur récurrente, le possible tournage du prochain James Bond. Et Graff de nous offrir même, en exclusivité, un fragment de scénario hallucinant. Mais arrive le temps où il faut rentrer, sur le continent et dans le jeu, consentir à se désinsulariser. Retour sur soi pour finir, bilan sur seize ans d’écriture, l’ « il mystérieux » de Laurent Graff dissipe la brume, ébauche ses contours.

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GUÉRIN Raymond
Humeurs

Revenu d'outre-barbelés, Guérin n'a que peu de goût pour le fricot littéraire. La littérature, pour lui, revient sans cesse à vider ce furoncle d'orgueil bête qu'est le mammifère humain : c'est l'art de la plaie à nu. Les cinq essais ici rassemblés vont dans ce (contre) sens. Il s'escrime d'abord contre Les chercheurs d'illusion. Puis vient le tour des nantis, de Maupassant notamment. Échappent au massacre Katherine Mansfield et Nathalie Sarraute. Pour finir, Guérin a un ami : Albert Camus. Pas celui de L'étranger, déjà lointain. Celui de L'été, une merde, dont, bon prince, il corrige la copie. L'homme est faillible : là est le mot de l'énigme, et la clef du roman, de tous les romans.

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GUÉRIN Raymond
Le Temps de la sottise

Des premiers temps de sa mobilisation en 1940 aux derniers jours de son incarcération en 1944, Raymond Guérin s’applique à tenir un volumineux journal. Neuf ans plus tard, en 1953, Les Poulpes paraît : noire giclée d’encre sur une conscience française promptement reblanchie. Le stalag tourne à la caque fétide où marinent des grimaces d’hommes réduits à leurs sobriquets, rivés à leurs besoins. On fait mine de rien. Conçue pour être retravaillée, la première partie de ce journal est restée inédite. La voici, concentrée en ses plus noirs extraits. Ces « crayonnés au bivouac » dressent la carte du Tendre de la déculottée militaire et du déshonneur national. Le lecteur randonne entre Kerling, Elzange, Valleroy : petits patelins de l’Est pris dans l’étau franco-allemand comme entre botte et pavé. Les troupiers déconfits maraudent comme des reîtres, s’empiffrent en flânant et finissent, gibier débusqué, sous le doigt pointé des stukas. Et Guérin est là, qui note tout, avec des pudeurs d’enfant outré, réticent et humilié. Plus de cinquante ans après, sans toilette de style ni polissage, revoici le mai, le triste mai 40 : le temps de la sottise et du soudard roi. Nouvelle édition 2003. – Avant-propos de Bruno Curatolo.

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GUIBOURGÉ Stéphane
Citronnade

"L'adolescent est inépuisable. Fait divers permanent, l'adolescent est le centre, séculairement corvéable, de petits drames initiatiques ; l'enjeu d'épopées quotidiennes, ponctuées de rites brutaux, marquées d'écarts sanglants. Stéphane Guibourgé apporte ici son témoignage oculaire, une déposition en cinq points, cinq nouvelles. Entre fougue et mélancolie, de microroman saccadé en petite physiologie du contemplatif énamouré, Citronnade, à mi-chemin du lait fraise et du château-margaux, est un recueil conçu comme une petite valise à cocktails."

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GUILLOT Bertrand
Hors jeu

Assalti is the name. Jean-Victor Assalti. Ex de l’École (un haras pour gagneurs), hâbleur, joueur, dragueur, ce plus-si-jeune loup de la com se voit chassé de la horde. Réduit à rien, entendez à suivre des matches et des dames, sur écran et entre les draps, il finit par opter, entre deux recherches d’emploi, pour la suprême aventure: intégrer les combattants d’un jeu télé (La Cible). Commence alors le jogging initiatique: tests, farandoles des questions, quiz mutins, trous de mémoire et érudition lance-roquette. J.-V. saute toutes les haies, dominateur, suréquipé et coaché à mort par amis et relations. Arrive le jour des premiers essais : sunlights, moiteur et concentration. Passez muscade! Le training continue, ponctué d’une party ou deux, d’échanges, d’impasses et de rencontres dont celle, majeure, d’Emma qui l’accompagnera sur le plongeoir le jour J du Grand Jeu et à qui il réservera un bouquet de finaliste ébouriffant. Alors roulez, bolides, dans cette effervescente romance signée Guillot où Dieu est un podium et Assalti son ultime prophète.

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GUYARD Alain
33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons

Nom : Guyard ; prénom : Alain ; vocation : Socrate des parloirs, Bergson des centrales. Si Hammett, comme l’a écrit Chandler, a ôté le polar de son vase vénitien pour le jeter dans la rue, Guyard, lui, a extrait l’art de philosopher des hauteurs sacrées de la chaire pour le fourrer en tôle, soumettre la dialectique à l’écoute des incarcérés. La chose n’est d’évidence pas fort aisée ; en témoigne son précédent opus, La Zonzon ou les soubresautantes avanies du philosophe Lazare Vilain, parti philosopher entre quatre murs, et ce qu’il en advint. Mais initier à l’art du concept les écroués, s’il se fonde sur le talent de l’orateur, se doit aussi d’en passer par l’art du manuel, d’où ces 33 leçons que publie le Dilettante. Partant du constat que « l’histoire de la philosophie ressemble plus à une cour des Miracles qu’à un court de tennis », Guyard narre l’histoire de la métaphysique comme elle doit l’être : avec l’encre des faits divers, éclairant les aventures du concept à la lumière des réverbères. Socrate se fait « philosophe de comptoir », Épicure écope de l’étiquette demi-sel, Ockham joue du rasoir dans les contre-allées de la théologie, Machiavel vire au serial killer, Descartes au mercenaire ; quant à Spinoza, c’est carrément « Ramdam à Amsterdam ». Cossery, « dernier des pharaons », ferme cette « parade sauvage ». Sont joints à ces coruscantes méditations canailles des travaux pratiques, utiles pour l’évaluation des sujets. 33 leçons pour rendre à la philosophie, aujourd’hui si populaire mais si inoffensive, son maquis et sa bonne odeur de poudre, de fer chauffé à blanc, et de vin rouge.

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GUYARD Alain
La Zonzon

Après certaine Philosophie dans le boudoir rêvée par Sade à la Bastille puis à Charenton, le Dilettante vous offre, en programme exclusif, offert par Alain Guyard, la philosophie dans le parloir, une version hautement pénitentiaire et fort peu dialectique de la méditation métaphysique et de l’investigation morale. Mais encore ? J’y viens. Attendez-vous à savoir que Lazare Vilain, philosophe de formation et dialecticien de vocation, s’en vient, suite à une proposition officielle, à enseigner son noble art devant un public de taulards, histoire de pondérer leurs ardeurs et d’ouvrir dans leur mental irascible une fenêtre vers le ciel des transcendantaux. Il monte donc en chaire en tout lieu de détention qu’on lui signale. La chose se passe au mieux : troublé, inquiet, séduit, le public répond présent. Mais peu à peu Vilain se familiarise, copine, couche et devient passeur de courrier, puis partie prenante du milieu, pas de celui qu’il importe de garder en toute chose, mais de l’autre qu’il importe de ne fréquenter qu’armé de méfiance et d’un Glock fait à sa main. Dans son sillage, on fréquente salle de boxe, clubs, claques, arrière-salles et bas-fonds ; on s’invite à la table de M.Riccioli, on croise Rocky-les-baffes, Leïla la veuve d’un braqueur anar et les Barbarovitch les bien nommés, les Peachum du PACA, régnant sur toute une famille de mendiants et d’ouvriers bidon. On assistera même à une corrida carcérale et croisera un « pizzaiolo pornologue ». Final en forme de déclaration d’amour et de règlement de comptes politique. Nietzsche a rêvé d’une « philosophie à coups de marteau », Guyard vous offre, porté par un style goûteux et argotique, la métaphysique à coups de mandales. Affaire de style. Tendez la joue gauche, premier service !

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GUYARD Alain
La Soudure

Tremblez faiseurs et vous indignes passeurs de momies et autres fourgueurs de mornifle littéraire, le Guyard circus is back in town ! Les yeux regagnent leurs orbites en catastrophe, les pendules sont remises à l’heure au pas de charge, on retouche terre dans l’euphorie : voilà du vrai, du velu et du carné. Voilà de l’écriture ! Après l’épopée philosophico-carcérale de La Zonzon, après une montée en chaire d’anthologie pour 33 leçons de philosophie voyoutes, voilà La Soudure qui est, je n’apprends rien à personne, l’art de boucler son mois et de fusionner les métaux. Romance chienne pour Gitan technophile, saga en roue libre pour quelques éborgnés de la vie. J’énonce : Lui, c’est Ryan Moreau, impatient-né et dentellier-soudeur virtuose, elle, c’est Cyndie Roux, une gentille téléportée du bulbe qui vit d’amour pur et d’art métallique ; autour de ces accortes tourtereaux démonétisés et sans enfant gravite une galaxie de monstres joviaux comme maître Cube, obèse avocat marron, les patibulaires frères Patrac, Kristopher, compagnon de route et de déroute, la reine Josépha, impératrice des caravanes. Et tout ce beau monde d’affiner à l’infini l’art de gagner plus en travaillant peu, si ce n’est en trafiquant de l’herbe louche ou de la poudre d’escampette, en désossant les 4 X 4 et en rêvant méthode, planning et dividende. Après passage par la case prison et embrasement généralisé, tout cela aurait pu mal finir, dans l’hécatombe et le déficit, si ce n’était l’appui poétique d’un capitaine lyrique aux élans homériques qui remettra à flot tout ce beau monde. Alors quoi, en définitive ? Eh bien c’est : « criard, vulgaire, agressif et disproportionné comme une femme saoule qui accouche debout (...) absolument mochetingue, mais joyeusement barbare, délicieusement obscène comme un bikini de petite fille taillé dans une escalope crue. » C’est l’auteur qui le dit, croyons-le. 

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