Catalogue livres

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Ouvrages dont l'auteur commence par la lettre : M


MAC ORLAN Pierre
La Danse macabre

"La vie, d'ordinaire, on croit la valser, gauchement ; mais l'on est si étroitement enlacé à sa mort qu'on croirait bien danser seul. Fatale lubie ! Car c'est elle, la maigre et funéraire taxi-girl, qui décide du rythme, impose le tempo et arrête l'instant d'être guidé hors piste. La danse macabre, publié en 1927 à 325 exemplaires, c'est vingt brefs crayonnés où se déploie l'éventail morbide. La mort est une boule de tango éclairée par la lune, une et éclatée, solitaire, colossale. Hilare, la foule du dancing – une clique de squelettes – tournoie sur fond d'extase, de volupté, de démence, d'amour et de gloire. Entrez dans la danse !"

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MAGNANE Georges
Les Hommes forts

Se détachant soudainement du peloton dense et opaque des méconnus littéraires, voici que Georges Magnane, roulant sous les couleurs de l’équipe Dilettante, amorce une belle échappée. Sera-t-il l’homme fort de cette étape ? On redécouvre là Les Hommes forts (Gallimard, 1942). Sans sucer la roue d’un pétainisme alors en cours, Magnane y réalise, à Marseille, Limoges ou Paris, au stade, sur un tapis de lutte ou l’aviron en main, une approche fervente et empathique de l’acte sportif : vertige de la mécanique corporelle, émulations athlétiques et goût du podium, ivresse de la victoire et dynamique du groupe. Mais ce qui fait la force romanesque de ces « hommes forts », c’est qu’ils ne le sont qu’apparemment. Organisé autour des figures tragiques de Quercy, le modèle insurpassable, et de Tania, la muse pathétique, le roman de Magnane fait du sport l’élan émergé de drames intérieurs qui finissent toujours par craqueler le masque du héros : « Tranquille, éternel et constant comme une allégorie, le masque affirmait : “Je suis Force Virile, Courage et Endurance.” Et il fallait se contenter de cette affirmation. Car si l’on cherchait au-delà, le doute s’éveillait... »

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MARCELLE Pierre
Articles de Paris

Parus dans Libération durant l'hiver 1988-1989, ces « articles » assemblent en quelque sorte l'herbier, ambulant et pédestre, d'un flâneur. À la surface de Paris, Pierre Marcelle, le prévôt des marcheurs, prélève de menues parcelles : une placette, rue Didot ; un billard à Clichy ; un pont aux Buttes-Chaumont, etc. Articles de Paris, ou l'esquisse du « plan de Paris pour gens de tout repos » dont rêvait L.-P. Fargue en 1938.

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MARCELLE Pierre
Fériés

Marcelle marche. Il flâne comme il respire : lentement, à fond, en détail. Humant Paris à pleines jambes, il s'étourdit de quelques lampées de bitume sous la langue. Aujourd'hui, c'est pause. Pierre Marcelle prend Paris au bivouac, à l'heure des chants et du repos. Il y a des jours, comme ça, où Paris freine et s'offre des plages de débrayage urbain. C'est, en l'an 94, ces quelques jours où la ville fait relâche : Pâques, fériée sans féerie, Paris évidé comme une coquille. 1er Mai, où les travailleurs se ruent dans la rue qui se fait lit pour leurs cohortes. 8 Mai, petite feria guindée et militaro-cocardière ; l'Ascension ; Noël… Marcelle se fait zapper par l'actualité socio-policière, abbé-pétro-kouchnérienne, Sarajevo, Goma, Kigali. La marche se casse à ces kiosques où l'actu vous accoste toutes plaies dehors. Que voulez-vous, il y a les jours avec et les jours sang.

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MARÉCHAUX Laurent
Les Sept Peurs

La chose est connue : à l’instant de la grande goulée, de l’ultime rasade, quand l’océan s’en vient vous prendre dans ses replis, on revoit tout. Du plus infime au très saillant et ce sur grand écran, petits instants et grands moments. Il en est là, Babour, le narrateur de Laurent Maréchaux, rejeton fiévreux de forestiers nantis et catholiques. Bien calé dans les froidures d’une lame, son film lui est projeté en exclusivité, plein cadre : années torero (avec gradins grondants et épée qui flanche), années militantes (tôle et matraque pour cause d’antisoviétisme contondant), années spaghetti (braquage à l’italienne et cœur en miettes), années Appalaches (« force de la meute », dérapages, chutes fatales plein merisier), années moudjahidin (crapahutages afghans), années fric (sexe en sus, par tout temps et tout terrain), les années Horn (dites encore années Bilou-la-fumée, coureur de mer et frère de la côte). Tout ça pour quoi, pour le Horn, mais l’autre, celui qu’années après années, il a cherché, l’autre Horn, un Horn à soi, tout en dedans.

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MARÉCHAUX Laurent
Le Fils du Dragon

 C’est une histoire d’hommes perdus en mer, de bordels caraïbes et d’opium, de retrouvailles et de poésie, c’est une histoire de marins. Son nom, au héros, c’est Victor, Victor Combault. D’avoir un jour, enfant, vomit à la face de son père, il est dit par ce dernier le « Dragon ». Après avoir tâté, et mal, de la vie d’équipage, Dragon se fait la belle, laissant à quai une femme grosse tout en pleurs. Lancé comme injures ou dés à la surface du monde, il bourlingue tant et plus, essuie du climat des coups bas, des hommes des coups tordus et surtout croise deux « drôles très solides » : l’un, un Polonais dandy du nom de Korzeniowski, dit le « Comte » ; revenu de la mer il signera Joseph Conrad une pleine malle de romans ; l’autre un poète foutraque, homme de l’Est et qui se nomme Rimbaud. Il lui arrive de lâcher parmi le brouillard des pipes et le heurt des verres, maints poèmes étranges. Le trio se nouera, se dénouera, à la faveur d’une tournée, d’un hôpital ou d’un appontage. Dragon changera de peau, oubliant Nantes et les siens, pour caboter vers Java, une belle orchidée nommée Mey Lan à l’oreille. Un jour, d’un coup, Victor mourra. Sous un grand teck, on l’enterrera. Son fils Rodolphe le retrouvera-t-il avant ? Brodé avec finesse, narré avec rudesse par Laurent Maréchaux, c’est une histoire d’orphelins et de naufrages, de trafics, de vie lente et violente. Une histoire de Nantais. Route!

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MARÉCHAUX Laurent
Bijoux de famille

Imaginez-les comme les doigts de la main, une paire d’yeux, deux facettes d’une unique pierre, ce tandem héroïque de Bijoux de famille. L’un c’est Ivanov, Sacha; l’autre Bornstein, Victor. Russes tous deux, blancs par destin, ils se taillent à même le XXe deux belles parts de lion qu’ils engouffrent en boulimiques de la vie : révolution rouge d’Octobre qui les coupe de la Mère Patrie, Grande Guerre faite au front d’Orient dans la légion, années folles vécues follement, exil, Résistance, déportation. L’un sauve l’autre; ils vendangent ensemble femmes et souffrances, espoirs et pentes rudes : deux poumons, un même souffle. Et le fils de ressembler à son père : Igor, rejeton de Sacha, espagnol de mère, militaire, mutin de l’Algérie française. Troisième temps de la valse : Léo, fils d’Igor, petit-fils de Sacha. Même trempe avec ceci qu’il effectue un retour aux sources russes, hanté par les racines familiales, avant de globe-trotter partout dans le monde, journaliste. L’arbre des Ivanov, bondé de sève, tresse ses branches à la folie, mêlant ses racines et ses ramures, mères, amantes, père, fils, petit-fils : « Il n’y a pas de hasard, rien que des enchaînements maudits. » Puis, peu à peu, le temps raye les hommes, comme les hommes rayent les jours : d’un trait patient. Meurent les Ivanov, un à un. L’œil avide, Maréchaux et ses troupes descendent le XXe à cheval sur la rampe, dans un grand sifflement heureux; les bagages suivront plus tard. VIDEO : [DAILYMOTION]x6xobz[/DAILYMOTION]

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MARTIN Yves
Retour contre soi

Yves Martin : une présence dense et minutieuse, celle d'un ogre dentellier. Rue Ordener, rue Frochot, cimetière Saint-Vincent : tout le XVIIIe arrondissement est là, où un minotaure mélancolique s'est taillé un labyrinthe à sa mesure. Il en enfile les passes les plus secrètes, ricoche à tous ses carrefours et apponte au zinc de ses bistrots avec la candeur attentive du poète. Yves Martin, ou les éblouissements d'un rôdeur, dont Retour contre soi permettra de pister les brisées toujours fraîches.

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MARTINET Jean-Pierre
Ceux qui n'en mènent pas large

Une paire de perdants. Des nés finis. Lui, c’est Maman, Georges Maman ; acteur raté, fin de droits qui se paupérise mollement entre une cannette vide, une boîte de Canigou et un téléphone qui ne sonne plus. L’autre, c’est Dagonard ; gros poings, grande gueule, la bourrade sonore et la liasse accueillante. Assistant de cinéma. Un soir, l’assistant percute l’assisté ; se renoue alors, pour une nuit, une louche amitié. Une longue nouvelle à lire comme un journal de noyade où chacun apporte à l’autre le secours d’une bouée de plomb, la vue d’un naufrage plus rapide. À noter en même temps la réédition de Jérôme chez Finitude et de L'Ombre des forêts à la Table Ronde dans la collection "Petite Vermillon".

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MÉGNIN Jean-Philippe
La Voie Marion

Marion, fille d’Annecy, parents dignes et coudes au corps, ouvre à Chamonix une librairie, plaisir et défi tout à la fois. Un jour, dans la porte, s’encadre Pierre, géant de granit rose, colosse timide qui peu à peu l’entraîne dans ce qui lui sert d’élément et d’horizon : la montagne. La montagne est la vraie langue dans laquelle s’exprime Pierre à coups de piolets, à force de pitons, d’encordements ; taillant, dans la masse impavide des sommets, voies et parcours. Une fée vorace qui lui a également pris son père, disparu au fil d’une course. Peu à peu, Marion s’initie par lui à la discipline pratique du périple montagnard. À la cordée succède le lien amoureux. Mais l’enfant qui doit marquer cette victoire, cet accès au bonheur, se fait attendre. Au roman-fleuve, ample, lent, charriant masse énorme de faits, de figures, répond ce récit-glacier : court, ténu, brûlant comme la glace, inexorable en son avancée fatale. La Voie Marion ou les neiges éternelles n’existent pas.

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MÉGNIN Jean-Philippe
La Patiente

Apparemment, ce devait être une journée comme une autre, à faible potentiel romanesque : la place Saint-Sulpice, fontaine et fronton, dans son rôle de place Saint-Sulpice; sous les yeux et entre les mains de Vincent, gynécologue, le défilé des clientes, polies, patientes, rythmé par Bach et son violoncelle seul. Confiance, efficacité. Seulement voilà, elle est désormais là, vient d’entrer et de s’asseoir dans le cabinet, et « une sensation obscure, un sentiment d’insécurité diffus mais palpable, comme une brume matinale » s’insinue, s’empare du lieu. Son nom : Camille D. Et d’un mot, d’une remarque, sur l’homosexualité de Vincent, elle entaille, crée l’accroc.   Et tout, dans la vie de Vincent, se démaille : comment sait-elle ? Au fil d’autres rendez-vous, de quelques mots piqués comme des fléchettes, la vie de Vincent se défait, s’effondre lentement. À tant de ruines, une raison, une cause ? Et c’est Camille qui la donnera, dévoilant l’ampleur d’un drame dans lequel Vincent n’est qu’un second rôle. Avec une efficacité sourde et un sens du tourment feutré, Mégnin marche sur les traces de Boileau-Narcejac. La toile est prête : entrée du moucheron !

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MÉRINDOL Pierre
Fausse route

Mérindol, nom rêvé pour un village, ou pour un couteau de poche, l’un qu’on respire fleuri à souhait, l’autre, fidèle, à la main. En l’occurrence, notre Mérindol à nous, Pierre, né Gaston Didier, c’est un zigue de première, complice de Robert « Bob » Giraud, l’auteur du Vin des rues, l’Homère des rades, et Robert Doisneau, l’Orphée du Rolleiflex. Formé après-guerre, le trio triole à souhait quelques années puis s’explose, chacun prenant sa voie : Robert Doisneau devient Doisneau, Giraud reste Bob, se fondant dans son paysage intime, notant, zinc après zinc, les « choses bues » du Paris populaire. Pierre Mérindol, lui, nous apprend Philibert Humm dans sa goûteuse préface, après avoir bezotté pour le galeriste Pierre Loeb, rôdé à la Contrescarpe et poussé une dernière fois, sur scène, la grande Fréhel, s’exfiltre, gagnant Lyon où il se mue en localier au Progrès. De lui nous reste, paru en 1950 aux Éditions de Minuit, aujourd’hui réédité par Le Dilettante, Fausse route. L’histoire d’une paire de drôles, le conteur et son pote Édouard, qui se camionnent la France en tous sens. Ils héritent en cours de route de la Françoise, une drôlesse finaudement mélancolique qui devient leur part à deux, à la pause ou sur les cageots de légumes et finit par se mettre avec Édouard, ouvrant un bar de poche rue Mouffetard. Sortie de route prévisible, hélas, quand se joindra au trio le gars Jules, nigaud ardent et brouilleur de cartes. Sans pause pipi, ni arrêt buffet, au fil de ce road-book noirissime, les routiers de Mérindol taillent la route à la diable, bitume et toiles cirées, en tous sens, panneaux publicitaires succédant à de somptueuses apparitions de villes ou éclosions de campagnes. Le Ciel est aux violents, dit-on, l’enfer aux fous du volant, dont acte.

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MESSINA Marion
Faux départ

Ma foi, qu’est-ce donc que la vie, la vie qu’on vit ? D’expérience, elle a la douceur d’un airbag en béton et la suavité d’un démaquillant à la soude, la vie ne serait-elle qu’une épaisse couche d’amertume sur le rassis d’une tartine de déception ? Pas moins, pas plus ? C’est en tout cas la démonstration que nous livre Marion Messina, l’Emmanuel Bove de ces temps, dans Faux départ, son premier roman. À ma gauche, Aurélie, à ma droite Alejandro ! Entre la Grenobloise de toute petite extraction qui crève la bulle d’ennui dans une fac facultative, souffre-douleur d’un corps en plein malaise, et le Colombien expatrié, ça s’aime un temps mais ça casse vite. D’aller de Paris en banlieue et de banlieue à Paris, d’œuvrer comme hôtesse d’accueil, de manger triste, coucher cheap et vivre en rase-motte,  rencontrer Franck puis Benjamin ne change que peu de choses à l’affaire. Renouer avec Alejandro ne modifie guère la donne : l’amour fou, la vie inimitable, le frisson nouveau sont toujours à portée de corps, mais jamais atteints. Toujours en phase d’approche, jamais d’alunissage. Marion Messina décrit cette frustration au quotidien avec une rigueur d’entomologiste. Que voulez-vous, la vie fait un drôle de bruit au démarrage. Jamais on ne passe la seconde. Faux départ, telle est la règle.

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MICHARD Sophie
Les Petites filles modernes

à quoi rêvent les jeunes filles ? Mon Dieu, c'est faussement simple : d'un star system D qui leur bricolera un coordonné beauté-célébrité, de futées petites combines qui vont permettre de rafler la perle sans se fader l'huître. Ces Petites filles modernes fleurent bon le chlore et l'espérance, la clope et la déserrance, fréquentent les castings cheap et les piscines municipales, les rêves à deux et les bandes d'ados. Par instants, elles s'expatrient, le temps d'une cueillette en jean cigarette de mirabelles rondes et dodues comme leurs petits seins, le temps d'un chuchotis mutin avec les cousines. à quoi rêvent les jeunes filles ? On vous l'a dit, on vous le répète : d'éphèbes abricot, de maturation rapide, d'amour minute.

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MICHEL Hubert
Requiem pour une huître

Il s'appelle Jacques Bénigne, comme Bossuet. Un prénom de prédicateur, d'évêque, qui en fait une façon d'icône, de dieu en chaire et tweed pour un narrateur qui n'attend qu'une date dans l'année : celle de l'anniversaire de son idole. Et puis Jacques Bénigne meurt : la chaire est vide, la bière pleine. L'autre chair redevient triste. De Jacques Bénigne, d'ailleurs, que dire ? Dandy, funambule, marié au champ d'honneur avec trois enfants qui valent citations, et expert dans le catapultage des Hollywood citron. Avec JB (Jacques Bénigne) le narrateur connaît un bonheur calme « comme un plat de charcuterie ». Une béatitude paisible adonnée au déglutissage des huîtres. Il arrive même que Jacques Bénigne rencontre madame la femme du narrateur, c'est dire. Par ailleurs, JB peint et s'expose. Le couple s'offre un pas de côté en secteur batave, histoire d'y respirer plus au large. Puis Jacques Bénigne s'éloigne, s'éloigne, se fait évanescent, convalescent. Notre homme s'éloigne aussi, se livre à de certaines aventures saumâtres et peinturelureuses. Arrive le jour fatal du trépas de Jacques Bénigne qui sera inhumé en Bretagne et que la mort a gobé, telle une huître, et qu'on met en terre, dans le vent et les parages d'un cirque. Un pas de deux qui se déguste en frissonnant, les pages tournent comme palais claque dans le frisson des saveurs et une certaine fraîcheur amère bien ostréicole. À lire comme on savourerait l'huître du condamné.

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MICHEL Hubert
Tout s'avale

Tout s’avale. C’est de Mezz Mezzrow, Mezz qui pourtant ne fit jamais cul sec avec son anche et son embout. Tout s’avale, c’est le cri de guerre du déréglé délicat dont Hubert Michel a enfilé la paranoïa pour ciseler l’ouvrage du même nom. Tout s’avale, du café matinal à la liqueur séminale, au boulot ou au bord de la piscine de l’hôtel La Fortezza de Mondello. Tout. Celui dont on piste les ingurgitations semble évoluer dans un monde curieux, à la fois minutieusement logique et hautement flottant. Le héros vit les coudes posés sur une ample table de désorientation qui lui sert à jouir d’un panorama où brillent Iris ou Klövtill. Parfois des détails surgissent comme des récifs dérisoires : une bouffée de Chostakovitch, du jazz, comment prononce-t-on Sciascia ? Entre toques infimes, dégustations charnelles et ballet foutraque, le monde d’Hubert Michel prend en compte le tangage du temps, le naufrage des corps. Un chaloupé non-euclidien qui, tout avalé, arrive à tout faire passer.

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MICHEL Hubert
J'ignore ce que me réserve encore mon passé

Il lui dit « tu ». Tu, c’est cet ami d’enfance, ce complice des premières glissades érotiques qui a frôlé la mort, connu l’hôpital et à qui le narrateur s’adresse tout au long du récit. Entre eux surnagent l’image de Glawdys, présence enfuie, spectre collant et la silhouette de la mère inquiète, furieuse. Quand survient Flore, revenante attentive qui endosse l’amertume de ce fantôme amer qu’est devenu ce « tu » à qui il parle. Flore pour qui, passation de plaisir, le narrateur quittera sa volage de Patricia et se livrera à quelques dérades érotiques puis continuera, fuite en avant, seul cette fois. Loin des rais poisseux du chassé- croisé érotique. Ce sera à François, son enfant né de Flore morte peu après la naissance, de relancer les dés, de rouvrir le bal, ce quadrille suicidaire et vertigineux que ne cessent de danser les figures d’Hubert Michel, toupies frénétiques en quête de petits abîmes intimes.

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MILLON Alexandre
Mer calme à peu agitée

À trente ans, comme la plupart d’entre nous, il croyait se connaître, il nageait tranquille à l’intérieur de lui-même. Il flottait dans une vie quasi clinique dépourvue de véritables surprises où l’essentiel se jouait sur des « petits riens ». Jusqu’ici il n’avait aimé que la Musique. Et puis un jour, il se découvre une part de perversité surgie d’on ne sait quelle geôle de son inconscient. Et même si on ne dérape qu’une seule fois dans sa vie, rien après ne sera plus jamais pareil. Rien. Il n’était plus ce brillant informaticien, célibataire, sans histoires, bien sous tous les rapports comme on dit. Ce jour-là, un 31 décembre, alors qu’on fête les dernières heures de l’année, il était entré dans l’irréversible. «L’écriture de Millon, riche en adjectifs, avec ses délicates descriptions de la chair féminine et sa palette de couleurs irisées, le situe dans la lignée d’un auteur déraciné : Nabokov. Mais son ancrage dans le Hainaut l’apparente aussi par une écriture parcourue d’aphorismes, sa tentation des inventaires et son sens des images, une constante autodérision, aux surréalistes belges.» Éric Allard.

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MINIÈRE Isabelle
Cette nuit-là

« J’ai peur » : c’est autour de ce peu de mots, de ce petit amas livide et atroce, tapi tout au centre, que va tourner, virer et tournoyer le livre d’Isabelle Minière. Sa Lisa est grosse de sa peur, la porte en elle tel un fruit suave et horrible. Peur de qui ? De l’autre, de Clément, son mari, devenu un autre, un « prince violent », un père-la-colère dont le retour est attendu comme l’éclair par la femme et l’enfant. « L’heure que papa rentre » dont l’attente dévide tout le jour l’angoisse, comme un long fil de bave dans laquelle elle se prend, revisite sa mémoire, récapitule. Violence plus lourde d’être latente. Arrive l’instant où il, cet « il » tant redouté, évoque le désir d’un nouvel enfant, désir que sa violence crue tente d’imposer. Lisa finira par fuir, s’extraire du piège. Clément, seul, tournera la violence contre lui-même. Une violence qui retournera à Lisa comme une bête fidèle, un remords tenace. Fallait-il partir plus tôt ? Qui est coupable ? Personne. « C’est comme ça ».

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MINIÈRE Isabelle
Un couple ordinaire

Elle : elle confond l’amour et le pouvoir, le couple et la hiérarchie ; sa beauté n’y change rien : faire l’amour avec elle est devenu un supplice… Lui : à force de compromis quotidiens, et toujours à sens unique, il s’est comme vidé de lui-même ; le seul soleil de sa vie, c’est sa petite fille… la menace d’en être séparé le maintient muselé, enchaîné. La grâce d’une lecture lui ouvre enfin les yeux, le guide, le bouleverse : il entre en dissidence. Avec un humour grinçant, Isabelle Minière dessine le portrait incisif d’un couple bancal, où le pouvoir tient lieu d’amour ; elle dépeint le désarroi d’un homme qui à la moindre rébellion se voit accusé de machisme ; elle montre comment la lecture d’un livre peut changer la vie – et, ce faisant, rend hommage à Plutarque.

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MINIÈRE Isabelle
La Première Marche

C’est une histoire, une histoire d’amitié entre une petite fille et un escalier. La première apporte ce qu’elle a : sa solitude désolée, ses rêves, ses peurs ; le second ce qu’il peut : sa robustesse, sa fidélité, ses marches (première, dernière, troisième). La petite, si petite, voit tout d’en dessous : sa mère passe au ciel comme une nuée d’orages, son petit frère (avec son petit tuyau) qui crépite d’une pétulance continue, la table familiale et, surtout, les pas, pas qui claquent, pas qui tac-taquent, les pas. Parfois, d’autres choses rompent la cadence : un séjour en colonie (ennuyeux), une coupe de cheveux (clac-clac), la visite du médecin ; le père passe en trombe, présent-absent. Isabelle Minière cisèle la perspective pour nous offrir un monde vu d’en bas, d’où tout semble plus fort, plus violent, plus lourd et bruyant ; un regard qui de tout fait cris, choc ; un monde en perpétuelle contre-plongée, surprenant, effrayant. Après Ce que savait Maisie, voici ce que ressent la petite. Et si le secret vous reste, demandez à l’escalier. Lui sait.

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MONTANA Cyril
Malabar trip

Notre héros est un débrouilleman fieffé, un bon jeune plutôt nerveux et bourlingueur, dans le sillage de son copain Matéo, érotomane averti. Il est affublé d’une Mathilde, grande mâcheuse de malabars, avec laquelle il part s’essayer aux vacances en Corse, via le Lubéron pour voir Mamie. Le temps d’enterrer un écureuil, d’enfourcher son scoot et bonjour à toi île de beauté. Plutôt à la hauteur de sa réputation, l’île : soleil, farniente. Mais voilà, adroga basta est tagué sur les murs. La vadrouille s’organise, le temps se balise, on s’adonne aux délices de la débrouillardise. Cette petite virée s’achèvera avec une femelle doberman sur les genoux et des gitans dans une piscine. Une tranche de vie découpée à l’Opinel avec de vrais morceaux de bonheur dedans.

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MONTANA Cyril
Carla on my mind

Carla, sa Carla, c’est tout pour lui. Lui qui raconte d’une voix haletante, un peu hâbleuse, un peu gênée, les yeux par terre, tripotant ses clefs. Pour elle, il cisaille des chaînes même les grosses et bourre-pifferait des gros cons s’ils n’étaient pas si gros... Mais Carla reste hors d’atteinte et ça mouline dans sa tête. Lui, c’est le héros du dernier roman de Cyril Montana. Pour l’heure, il est en coloc avec une petite rousse boulotte et se déverse sur ses potes Seb et Claude le Chinois. Il part en excursion dans le monde cliquant du Net, s’offre un détour avec Ouchika de Bourg-Saint-Maurice, mais même ces filles-là lui filent sous les doigts. Il vit dans un perpétuel « à deux doigts », dans l’imminence du retour hypothétique de sa bien-aimée. Il a le cœur bien accroché notre « Caliméro du cul ». Plongeur, faiseur de manche, serveur, bagagiste, d’expérience en expérience, après un passage aux urgences psychiatriques, tout cela s’achèvera mystiquement au désert. A la première personne, en style pulsant, le carnet de bord trashy d’un ensablé de naissance.

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MONTANA Cyril
La Faute à Mick Jagger

Un jeton dans la fente, et c’est parti ! Ci-joint, en 224 pages, médiator et cordes acier, contée au présent du subjectif et au passé du dépréciatif, la ballade de Simon, garçon contemporain. Face A. L’histoire de Simon depuis tout petit : parents babs, disjonctés et enjointés, virée dans le Lubéron avec son père chez la redoutable Nina, puis retour à Paris avec ce même père, rongé par le cancer. Un trou de ciel néanmoins : la mamie mutine et gymnaste. Face B. Le présent de Simon : une fuite en avant où s’entrelardent visite et coup de fil gonzo d’une mère niortaise très « like a rolling stone » ; balade en province pour retrouver la de moins en moins anguleuse Angelica, avide d’amour méthodique, luttant contre les angles à coups de bassines de frites ; solitude parisienne et découverte de Lucile ; course après la mère partie en virée pour nulle part, internement d’icelle puis mise en liberté surveillée par les psychotropes. Les deux faces se succèdent, un temps chaque, histoire de ne pas laisser tiédir. J’ai viré précaire, c’est la faute à Jagger, en plein cafard cosmique, c’est la faute au vieux Mick : ainsi vit Simon, jeune homme d’aujourd'hui. On la rejoue ?

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MORTON John Bingham
Mr. Thake

Source majeure des Monty Python, admirées de Chesterton, qui les recevait comme un « vent grondant de rire élémentaire, essentiel », d’Evelyn Waugh, pour qui elles furent le comble de la « fertilité comique », de John Lennon, qui fit de Beachcomber un pseudonyme, ou encore de l’auteur de comic-fantasy Terry Pratchett, les chroniques de Beachcomber aidèrent, cinquante et un ans durant (1924-1975), les lecteurs du Daily Express à mettre un nez rouge à la grisaille des temps ou à repeindre en jaune framboise la noirceur de l’histoire. Création d’un mister Jeebee Morton, ces chroniques consistent en un florilège poignant de correspondances méticuleusement absurdes et signées O(swald). Thake, sorte de tory tendance groucho, postées de lieux improbables tels l’hôtel Colossal de Brighton ou l’hôtel Malsain de Paris. Le monde (ses contrées, son babil, ses thés dansants) n’est qu’un immense sabot pour les deux pieds d’O. Thake, qui tente en permanence d’échapper à divers périls (jouer du basson dans un jazz-band, devenir agent littéraire de maints bas-bleus envahissants, de rats d’hôtel entreprenants) ou de s’offrir en fatal sacrifice pour le bien de la communauté. Se collant régulièrement une flèche dans le pied, son arc a plusieurs cordes : la rencontre intéressante, la causerie pertinente, la balade enrichissante, l’initiative florissante. Bilan de quoi, joué, moqué, chansonné, Oswald le floué devient un gag en col dur, l’œil niais d’un cyclone comique en perpétuel déplacement. À recommander donc, sans modération, à tout amateur de « couteau sans lame auquel manque le manche ».

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