Catalogue livres

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Ouvrages dont l'auteur commence par la lettre : P


PAGE Martin
Comment je suis devenu stupide

Tout est affaire de méthode. Même la course au néant. « Surtout la course au néant », rétorque le narrateur de Martin Page. Birman de souche, sorbonnard de maintien, faible mais obstiné, il a décidé de s'offrir en proie au rien, de s'annihiler avec rigueur. Et dans son cas, néant = sottise. il lui faudra donc « couvrir son cerveau du suaire de la stupidité ». Mais d'où plonger pour ce grand bain de vide, d'où s'autopropulser au cœur de l'absence ? Première procédure envisagée : l'éthylisme. Il y a en effet dans l'alcool des potentialités à l'affaissement cérébral, des richesses en matière de dissolution mentale qu'il serait vain de nier et bête de négliger. L'ingurgitation méthodique de breuvages fatals est donc envisagée, ce sous l'œil d'un spécialiste. Las ! la mousse d'une simple bière n'a pas effleuré la lèvre de notre candidat à l'auto-dissolution que le voilà comateusement jeté à terre. Reste l'acte ultime, qui réclame une volonté de boxeur et une discipline de samouraï : la crétinisation. La tâche s'annonce complexe, l'effort énorme. Il lui faut, pour plier ses bagages mentaux, abolir sa bibliothèque, effacer sa mémoire, dissoudre son q. i. Il s'aide pour la chose d'une substance idoine censée le bêtifier sans faille. La chose prend tournure. Mais c'est sans compter avec de redoutables anges gardiens qui s'en viennent glisser sous son œil vide un choix de la correspondance de Flaubert. Patatras ! Un éclair d'intérêt se remet à brasiller dans cette prunelle promise à l'atonie. Son retour au monde des mammifères cérébrés se fera grâce à une espastroulante séance d'exorcisme. Est con qui peut. N'est pas crétin qui veut (vieux proverbe birman).

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PAGE Martin
La Libellule de ses huit ans

Fio, son sourire, flotte et volette tout au fil de l’Histoire, de tombe en visage, de potence en caresse. Un jour, il s’incarne et Fio entre dans le temps. Une mamé caravanière, des parents braqueurs et vite disparus, une vie entre tableau noir et porte en fer qui s’ouvre au chantage et à la peinture comme à des plaisirs domestiques. Un jour, elle se voit enlevée par ses victimes, princesse raflée, portée dans un château hanté de masques curieux disposés autour d’un mort. De retour entre ses murs, elle y retrouve Zora, ex-mannequin, aventurière et misanthrope. Réapparaît alors ce Charles Folquet qui exécute son enlèvement sur ordre du mystérieux – et feu – Ambrose Abercombrie. Fio se laisse porter, modeler, moduler jusqu’à ce tout s’abolisse et Fio s’en retourne au fleuve pour s’y diluer doucement. Martin Page nous conte l’histoire d’une note, d’une nuance ; d’un personnage verlainien qui ne « pèse ni ne pose », une plume balancée dans le froid. Fio ou celle que l’on a cru apercevoir.

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PAGE Martin
On s'habitue aux fins du monde

Élias, c’est son nom, celui du héros de Martin Page. Élias produit des films, se dévide une vie lisse, cadrée, sillonnée de Clarisse éthylique et de Zoé folle, existence hantée pourtant de vides, des poches de rien qui le meurtrissent doucement. Un soir de remise de prix, sa vie, cette vitre mince, s’étoile. Élias craque, jette sa vie, son prix, à la Seine. Coiffe fougueusement le destin d’Élias la présence épaisse et douce de Caldeira, cinéaste fameux, ou celle d’Arden Gaste, son supérieur, qui finissent par l’éjecter et le mettre au rencard. D’autres figures s’en viennent tisser autour d’Élias un réseau d’étreintes suicidaires : Margot, Darius, Marie la secrétaire, Victor et ce détective tout penaud qu’il paye pour enquêter sur… lui-même. Tout conspire à noyer la vie d’Élias dans les replis d’un marivaudage toxique émaillé de coups, ponctué d’impasses, écrasé de désillusions. Rien ne semble prendre corps dans cette vie où tout se délite, s’ensable ou se disperse. Peut-être après un ultime passage africain retrouvera-t-il avec Margot autre chose que faux-semblant et ersatz de rien ? Aurore ou fin du monde ? « La vie est un lent et merveilleux suicide », déclarait Patricia Highsmith, dont acte avec ce dernier Martin Page.

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PAGNIER Dominique
Les Filles de l'air

"Dominique Pagnier est touché d'un mal étrange : l'austropathie galopante. Ce mal revient à aimer l'Autriche et à n'avoir de cesse d'y déambuler ; l'œil est un aimant qui capte tout (couleurs, femmes et bruits) de la fourmillante limaille de détails épars dans l'air ; derrière le paravent du regard, Pagnier entrepose toute une brocante intime : des décors de théâtre jésuite, des plaquettes en piles de poésie tranchante et névrosée, des chutes d'eau, des nymphes en socquettes de dentelles, des épaisseurs de crème, des bruits de tramway, des rendez-vous manqués et des réveils nocturnes."

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PARONUZZI Fred
10 ans 3/4

Alors voilà. C’est l’histoire d’un petit Savoyard, enfin d’un presque grand. 10 ans 3/4 sous la toise (et dans le titre). L’âge où on a enfin les pieds qui touchent quand on est assis à table. Nom : Falcozzi Frédéric. Celui d’une tribu suractive et ragouteuse qu’il nous croque par le menu : la mère, la grand-mère, le chien péteur, le père, les amis d’Afrique et d’ailleurs, la concierge à bigoudis. L’histoire d’un regard avec ses lubies, ses émerveillements, mais aussi d’un corps de môme avec ses avaries : un jour à l’hôpital pour se les faire descendre enfin, le lendemain au cirque pour voir pisser les dromadaires, le reste du temps à l’école pour faire avec les mots des autres mômes et scruter la gent enseignante. Disert et prématuré, maigre comme un lacet et futé comme un loir, Frédéric enquille les portes initiatiques comme un slalomeur fieffé : le sexe et la folie, la frime et les filles, les frontières et la cage d’escalier. Tout s’achèvera en altitude avec l’urne de Mémé. Fred Paronuzzi, ou quand le jeune Doisnel apprend à fumer au petit Nicolas.

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PARONUZZI Fred
Comme s'ils étaient beaux

C’est Jérémie, Jérémie Toussaint. Il vit petit et tranquille, à Solex, entre maman et un tonton foreur de Sahara, baroudeur nostalgique. Elle s’appelle Rose, Rose in USA, elle loue des chambres et prend des coups, à des résidents de passage et de son Doug pas très doux. Jérémie croise la vie d’une Élodie qui de leur enfant ne voudra pas. Jérémie soignera sa plaie à grandes rasades de chlore, entendez la piscine avec sa séance spéciale « femmes enceintes », à grandes cuillerées de psychanalyse, entendez culino-thérapie, avec le frétillant docteur Boo. Mais le meilleur est à venir. Parti aux States piloter des étudiants, Jérémie s’en ira gîter dans le logis de Rose. Suave coup de foudre ! Révélation ! Liaison ! Amour. Doigts noués, cœurs embrasés, la trop grosse Rose a trouvé son Jérémie ami. D’une vie morose et d’un destin menu, faisons un gros bouquet brûlant, un crépuscule sucré. Sont-ils beaux ? Faisons comme si… Paronuzzi jongle avec les cœurs comme avec des oranges. Jus et saveur sont au rendez-vous.

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PAROUTAUD J.-M.-A.
La Ville incertaine

"L'œuvre de Paroutaud est un de ces lieux écartés de la littérature où, dans une tonalité à la Buzzati ou à la Michaux, s'ouvrent les fentes du temps, dérape le réel. Ici, la ville de Paroutaud est illogique, mouvante, improbable ; Ranède y débarque un jour, comme ça, fugueur et fiévreux. La ville l'accueille, comme ça, l'air de rien. Et puis, lentement, tout dérive et il comprend. La ville n'a pas de sens, ou plutôt tous les sens, la ville change de sens comme de chemise, de règles et de lois comme de date au calendrier. Rien ne s'y conserve si ce n'est le perpétuel changement des règles à un jeu qui porte la mort en récompense. Et Ranède, de femmes en lieux, de codes en marches et contretemps, se fait lentement désorienter, malmener et broyer. Paroutaud fait le vide comme d'autres la fête, ne livre pas un récit à son lecteur mais livrerait bien plutôt son lecteur en pâture à un récit qui le gobe tout cru et l'annule avec minutie. Une machine à démonter le temps, une superbe table de désorientation."

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PAUCARD Alain
Supplique à Gorbatchev pour la réhabilitation de Staline

Voilà un pays, l'U.R.S.S., qui s'en va à vau-l'eau. Et tout le monde de se féliciter de cette chute, en oubliant au passage que le communisme fut, selon Paucard, une ultime tentative religieuse, sacralisante, pour sauvegarder les habitudes par la sainte terreur que doit inspirer une liturgie impitoyable. Staline avait compris qu'en fait de politique, une fiction égalitaire ne peut survivre qu'en appliquant son programme à l'envers. La promotion généralisée des innocents en coupables, voilà ce que fut la réalité théâtrale du stalinisme. Alain Paucard s'attaque dans cette Supplique, écrite en février 1991, à un lieu commun des plus tenaces : la supériorité indiscutable de la démocratie sur la dictature. Mais il le fait, bien sûr, pour des raisons esthétiques.

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PAUCARD Alain
Tartuffe au bordel

Et une fois de plus, comme un seul homme, la Rosalie au canon, l’étendard brandi et donnant du clairon, Alain Paucard lance l’assaut, fonce dans la brèche ! Celui qui défendit, seul contre tous, la mémoire calomniée de Joseph Staline, prit fait et cause pour la série B, déchaîna sa ire contre les vacances, se fit le Bossuet du pur malt, sacrifia au culte d’Audiard et fit de Guitry l’une des très riches heures de la langue et de l’esprit français, ramasse aujourd’hui l’épée de Condé pour relever l’honneur du tapin, défendre en sa vérité la prostitution gauloise, menacée par une législation inique et maladroite. « Touche pas à ma pute » tonne le père Paucard depuis cette chair(e) généreuse où il aime tant à monter pour dénoncer les dérives puritaines, les hypocrisies bien-pensantes et la connerie au pare-chocs de 4x4 qui menace la si poétique péripatéticienne, lieu de mémoire et figure clé du paysage français. Partant de la sage constatation qu’« il y a deux sortes de clients de prostituées : ceux qui vont les voir parce qu’ils n’ont pas de femme et ceux qui vont les voir parce qu’ils en ont une », Dom Paucard fait feu de tout bois, multiplie les exemples historiques, déroule toute une casuistique précise, inspirée de l’histoire récente, visant à démontrer que la prostitution ou art du monnayage érotique participe, non de l’esclavage (même si elle en prend souvent la forme), mais d’un exercice consenti de la liberté, une forme de commerce plus équitable que prévu. Démonstration étayée, et c’est l’un des plaisirs de ce libelle, par une expérience personnelle (n’oublions pas qu’il est l’auteur du Guide Paucard des filles de Paris, 1985) où flamboie cette maxime cinglante et roborative : « LA CHAIR N’EST PAS TRISTE, CERTES, ET VOYEZ DANS MON LIVRE. »

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PAUCARD Alain
Dictionnaire des idées obligées

in-16 br., édition originale, 1 des 33 exemplaires numérotés à la main ou hors commerce (selon disponibilité), sur vergé (seul grand papier), non coupé

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PENNACCHI Antonio
Mon frère est fils unique

C’est l’histoire d’un qui s’appelle Accio. La scène est dans les années 60, en Italie : famille modeste, foi intacte. Accio nous prend par la main quand il est en bouton : tourment de la foi, lierre grimpant des tentations, école et parfum de confessionnal. On l’accompagne au fil d’une fugue, au vif des rixes et broncas familiales, on le suit au MSI, chez les néomussoliniens où il entre pour fronder un peu plus, joue les gribouilles et se fait sortir pour perturbation de concert (une fanfare américaine). Des tentations, le lierre grimpe encore et fleurit peu : branlette et déniaisement triste. Mais le noir de la chemise se fait libertaire au soleil de Francesca, tantôt radieuse « Walkyrie milanaise », tantôt statue de sel, et Accio passe du Duce aux camarades : action révolutionnaire, manifs, piquets de grèves, coups encore, coups toujours, jusqu’à la mort, la clandestinité. La boucle se bouclera comme de juste : dans un confessionnal. Ainsi va la vie d’Accio Benassi, fils, frère et foutu furieux, entre madone et uppercut, fraternité et rendez-vous manqués, coups de cœur et coups de boules : entre Guerre froide et années de plomb, dix ans dans la vie de l’Italie moderne. Le roman d’Antonio Pennacchi (Il Fasciocomunista) a été adapté au cinéma en 2007 par Daniele Luchetti.

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PERELMAN Sydney Joseph
Tous à l'ouest !

" On ne voyage que pour raconter " nous a soufflé Pascal, Blaise, peu joué sur Broadway. On voyage aussi pour oublier, rajoute Perelman, qui connut peu Pascal et aurait aimé être joué à Broadway. Dont acte avec ce  Tous à l'ouest ! qui narre par le menu la saga touffue et ébouriffante d'une paire d'entertainers new-yorkais, Hirschfeld et Perelman, partis " globe-trotter " all around ze weurlde pour noyer dans le mouvement l'échec d'une comédie musicale. On ouvre avec un stage survie dans les décors de Hollywood, on embarque à San Francisco, à bord du Marine Flier, direction l'Orient extrême, ses fragrances, son mystère. En attendant la " troublante et insondable Asie ",  Perelman se fait plumer aux dés. Ils abordent à Qinhuangdao, sa rade, ses échoppes, Shanghai suit, sa foule, son dollar dévalué, puis Hong Kong pour un rencontre avec Bao Daile déconfit. Le lecteur se retrouvera ensuite à un pique-nique au tapioca avec un potentat malais et à visiter - chaque tronc a son petit nom - une plantation d'hévéas ; à Bangkok,  Perelman manque d'acheter un éléphanteau d'appartement : échec. Et pourquoi vous dévoiler les passionnantes péripéties survenues à Penang, Ceylan, Bombay, devant le Taj Mahal, Agra, alors que vous n'avez pas encore pris l'engagement d'offrir le volume à tous vos proches ? J'agirais de même avec l'escapade au Caire, Pompéi, le Negresco, Paris ou Londres. Sachez seulement que Tous à l'ouest résulte d'un mix hautement salubre entre Phileas Fogg et les Marx Brothers, le planning de l'un revu par la capacité de gestion des catastrophes des autres, et Tous à l'ouest définit autant le mental de l'auteur qu'il sert de titre à son livre. Et maintenant : tous en scène !

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PÉRICHON Dominique
Motus

Lui, c’est lui ; celui qui conte et qui raconte. L’autre, c’est Machin, Machin jacte, bavasse, « empalé » sur son bras à lui. Il faut tout lui faire : le porter, l’astiquer, lui écrire ses mots. C’est une affaire de ventriloque. Notre rat de cabaret s’apprête à embarquer pour une croisière, essentiellement des vieillards. L’arche s’appelle La Belle et il y rencontre la faune pailletée des amuseurs tarifés, des goualeuses replâtrées et des imitateurs miteux. Route, donc, sur la Méditerranée, « l’Aqualand de mon imagination malade ». L’imitateur a imité, le magicien magicié, c’est à lui. Il effectue : succès moyen. Au fil des vagues, les escales serviront de drain à l’ennui pulvérulent qui habite chacun. Au point que l’affiche se vide et que, la scène se désertifiant, le ventriloque reste seul à donner du ventre. Outre la fugue singulière d’un des « athlètes du rien » qui meublent les soirées, on retournera au port, sonnant le retour d’une fête flétrie. Machin rentrera dans sa boîte. On éteint. Y a-t-il un sens à tout cela ? « Motus » et vogue la galère. Une romance morose et délectable à la gloire des déconfits de naissance.

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PÉRICHON Dominique
Samedi soir et des poussières

Après Motus (Le Dilettante, 2004), l’histoire ô combien itinérante et rocambolesque d’un ventre loquace, Dominique Périchon nous revient avec, dans le coffre arrière, de troubles histoires de hanches ondulantes, de babines glossées, de chiens morts, de cœurs lourds et de faux cils. La mince et vertigineuse romance d’elles deux, Lydie et la Chatte, deux minettes siamoises, l’une dévolue aux attentes tapissières en bordure de bar ou aux abords des pistes dansantes, l’autre une fleur de dance-floor épanouie, apte au déhanché méchant et aux pétrissages de banquettes arrière. Venant rompre cette unité, survient Marc qui ouvre Lydie aux mondes troublants de la conclusion amoureuse. Le drôle, vigile de son état, payé à scruter des écrans de contrôle, finit par mettre Lydie dans ses meubles, puis à en faire une mère de famille fantasque. Survient alors, nouvelle chienne dans ce jeu de filles, une sirène hoquetante que Marc sauve de la noyade et qui s’installe à demeure ; Lydie opte alors pour une réclusion délicieuse aux profondeurs de la baignoire, dans la moiteur sucrée d’une salle de bains fermée de l’intérieur. Le trio virera au quatuor avec le retour de la Chatte qui bondira, brusque, perturbante, en plein cœur du dispositif. DJ Périchon fait aller, goguenard, ce petit monde à son destin, se contentant de l’éclairer au néant et d’en observer, amoureux, les cocasseries amères.

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PERRET Jacques
Les Collectionneurs

"Jacques Perret est un philaphile. Le philaphile est un collectionneur au carré, un amateur d'amoureux, un curieux des fondus et des toqués. Enfilade de tableautins roses et tendrement cocasses, ce recueil de courts textes nous initie aux rites de singulières tribus : celle des philatélistes (les timbrés) ; celle des numismates (d'antiques monnaies sans prix sont leurs plus belles pièces de collection) ; celle des philuménistes (ou comment s'enflammer pour une boîte d'allumettes) ; celle des fibulanomistes (ils peuvent en découdre pour un bouton), etc. Un livre réservé aux… bibliophiles ?"

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PERRET Jacques
Comme Baptiste …

"Féru de trouvailles pour peaufiner la Création, l'homme a inventé l'anxiété, fille de l'angoisse, et éleva sa nichée nombreuse : le tourment, le tracas, l'insomnie, la bile, le souci, le stress (dernier-né)… Il a fallu lutter ; on suscita en riposte les tranquillisants. Huit textes mènent pour nous une parade chronologique des « anxiolytiques », souvent surprenante : de la massue à la lyre, depuis l'argent jusqu'au discours. En clôture de visite, Jacques Perret pointe du menton le cap de Bonne-Espérance : la force de caractère. Une bonne dose et vous vivrez heureux, agile, frondeur et calme… comme Baptiste. "

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PERRET Jacques
François, Alfred, Gustave et les autres…

Le danger majeur de l'essai littéraire est de s'apparenter à la taxidermie. Loin des trophées ternes et figés, Jacques Perret nous fait visiter son ranch. Là, les écrivains, comme des bêtes, renâclent, brament, pleurent et chient tout leur soûl : Rabelais s'en met partout, Vigny est roide et piaffant, Balzac, bestial et finaud, matoisement balourd. Puis ce sont un Dumas démoucheté, un Flaubert bouchonné, et encore Poe, Barbey, Renard, Vialatte, London. Voilà, tout ce monde est atrocement vivant. Perret nous les sort, les ferre, les selle et les fait trotter sous nos yeux, dans nos têtes, en une parade à mi-chemin entre le commentaire et la dégustation amicale. Et c'est la seule critique viable : celle d'un écrivain décrivant amoureusement d'autres écrivains.

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PERRET Jacques
L'Aventure en bretelles suivi de Un Blanc chez les Rouges

Le Blanc, c’est donc lui, Perret Jacques, l’épingleur de caporal, un mètre quatre-vingt-cinq de baroudeuse décontraction et d’ardente flânerie ; les Rouges ce seront eux, Indiens de la sylve guyanaise, industrieux, paisibles et hautement capiteux. L’affiche est au complet, alors levons le rideau : en 1930, deux nababs de la chaussure, d’or avides, financent une mission d’orpaillage en Guyane ; le musée de l’Homme bénit l’équipage. Route ! De cette petite virée tropicale humide résulteront maints textes que voici : articles de journaux dans Un Blanc chez les Rouges, et nouvelles avec L’Aventure en bretelles. Tout en macérant dans l’air lourd comme de l’étoupe des sous-bois guyanais, pagayant furieux sur un fleuve aux mille bras, Perret, flanqué de l’ami Poubeau, croise une faune prévisible de blancs obnubilés, chasseurs d’or ou chercheurs de papillons, est reçu par les seigneurs du lieu, dont l’Indien Toucoutsi, chasseur d’agouti et s’adonne à des rituels basiques : suer, cuisiner, se protéger des insectes, se garder des dames et surtout s’engloutir dans les tréfonds du « carbet », le sommier local, hamac dit-on en Europe. Cosse de toile pour notre graine de flemmard. Et c’est sans doute, ce que nous retiendrons : au cœur de la forêt tropicale, offert, indémodable, autel à la déesse sieste : un hamac où renaître.

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PERRET Jacques
Mutinerie à bord

Mutin, Jacques Perret l’est des pieds à l’âme. A la pointe de toutes les révoltes sacrées : contre l’ordre établi, la pensée aux plis repassés, l’ennui en terrine, les flatulents de tout poil et les poussifs de la vie. D’où son goût violent pour la marine à deux (avec son ami, l’illustrateur Collot) et les promenades à voile. D’où, croisement inévitable, cette Mutinerie à bord que Le Dilettante fait remonter de la cale, l’œil sec, la joue fraîche et les poings dans la poche. A l’histoire : nous sommes sous Badinguet (Napoléon le troisième) dont le règne se découvre une « grande pensée » en la personne de l’expédition du Mexique, louche magouille impérialo-financière qui devait faire de Maximilien d’Autriche l’empereur des Aztèques. Four retentissant. Un des aspects les plus sordides de l’opération fut le destin des zouaves dont les régiments fondirent là-bas comme beurre sur la poêle. Pour rendre moral aux troupes, on songe à leur faire porter une cargaison de rouge, du fin, du choisi. Et c’est tout l’affaire de notre roman. Le Fœderis Arca, capitaine Richebourg, appareille de Cette avec un équipage de trognes avides et gueules en pente pour porter, missionnaire de la grappe, la bonne bouteille aux Joyeux en souffrance. On prend la mer, plein de sa mission, mais le naturel s’invite à bord et les bouteilles se vident à cadence d’éperonnage. Vin bu, tout se finira à l’eau de mer (dans les soutes puis à la rame). Préface, verte de langue (et d’habit) d’Erik Orsenna.

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PERRET Jacques
Enfantillages

Des Jacques Perret, mon bon, les Lettres Françoises ( maison de confiance fondée au IXe siècle )  en exposent deux en vitrine : Jacques II, latiniste sorbonicole et inventeur de l'ordinateur ( entendez le mot ) et Jacques Ier, le très nôtre ( 1901-1992 ), auquel le Dilettante prête ces quelques "enfantillages" hirsutes et  hautement rafraîchissants. Un Jacques Ier qu'on ne parvient pas à faire asseoir et qui n'a guère le goût du cadre et le sens de l'alignement : à peine s'habitue-t-on à son falzar bouffant de tirailleur algérien qu'il faut apprécier ses godillots de chercheur d'or ; tout juste s'est -on fait aux semelles de crèpe du reporter tout-terrain (Suède, Honduras, Liban, etc) qu'il faut subir sa capote de prisonnier de guerre et son moment maquisard. Il aimait le vin de pays et l'indien guyanais, le bateau très à voile et l'Algérie bien française. Il est donc normal que cet inguérissable grand môme monarchiste soit pris à gaminer un peu. Ouvrent le bal "Les Mystères de la chambre rouge", une apologie douillette et épiquement rêveuse du département de l'Ain où siègeait la maison de famille recélant ladite chambre. À ce pourpre paradis succède en fanfare un mince traité de vélologie et protocole d'anatomie bicyclétique : la bête à deux roues nous est saisie en plein vol et scrutée de la naissance à la mort. Vient l'instant légendaire avec un "pique - nique" familial qui voit le jeune Émile Cuisset, de la race des dénicheurs de nids et des dégommeurs de vitres, assigné à résidence pour trouble pétaradant de la messe dominicale : il rentrera en grâce en rapatriant le clan familial entier assailli par la foudre et harcelé par un sanglier à bord d'une voiture de parade. S'ajoutent à cela une plongée dans les profondeurs odorantes du cartable scolaire et les abysses de l'encrier d'émail blanc , une leçon de calcul enchantée et les mésaventures d'une tirelire - grenouille. Voilà, sonnez,  fin de récré ! Mais où est donc Perret ?

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PERRET Jacques
Dans la musette du caporal

La guerre, c’est comme le citron, ça avive les plaies et relève le goût du plat, du plat commun, de la vie de tous. C’est ce que semble dire Jacques Perret, tout en vidant sa musette. Et la guerre, lui, Perret, il la connaît?: la der des ders fera rapidement de son père un prisonnier et de son frère aîné un mort parmi d’autres, livré à la boue et à la fosse. Frère dont il nous narre, dans La Mort de mon grand frère, la brève vie militaire et le transfert des cendres, texte bouleversant marqué par le «?cri étouffé?» d’une mère endeuillée à vie. En 1921, il se donne à la guerre du Rif (ses papiers et son maigre argent le sauveront?: entendez par là que son portefeuille déviera un coup de poignard) ; prisonnier en 1939, le caporal se désépingle à la quatrième tentative ; fait la belle, il intègre l’ORA (la Résistance militaire). 1954, les «?événements?» d’Algérie lui offrent une nouvelle occasion de remonter au front et de batailler pour l’Algérie française. Ces temps forts, politiques et aventureux, d’une vie d’évadé de naissance on les retrouve dans d’autres articles de cette «?musette?»?: Accident du travail (et les solidarités clandestines), Le retour à Berlin du caporal épinglé (ou comment l’artiste vient rôder sur les lieux de son chef-d’œuvre?: son évasion), Scarlett derrière les barbelés (Margaret Mitchell en marraine de guerre), Prisonnier de guerre (ou comment faire un sort à la «?fraternité?» des camps). En bouquet final Pour Ramos rend un nouvel hommage au héros résistant de Bande à part. Ainsi fut Perret, atypique et Français toujours, délectable écrivain.

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PIERRAT Emmanuel
Histoire d'eaux

Le Jardin zoologique de Lutèce est un enclos choisi, la dernière fauverie où l’on broute, l’ultime volière où s’éjouit de concert un lot de spécimens choisis pour l’élégance du plumage ou la musicalité du ramage. Le Jockey-club du mammifère exotique. Veille en chambellan sur ce petit Monaco zoologique, un sieur Sentinelle, retour des Indes, grand buveur d’absinthe et téteur de bambou opiacé devant l’Éternel. Ce dernier se rappelle d’ailleurs aux Lutéciens qui écopent, fin janvier 1910, d’un déluge d’anthologie. Débordante, la Seine s’invite partout, engloutissant les rues, submergeant les demeures, vouant l’humain piéton à écoper de nouveau, mais des barques cette fois, ou son rez-de-chaussée. Sentinelle voit son pré carré zoophilique disparaître sous une eau qu’il cantonne d’ordinaire au rôle de supplétive de l’absinthe. Les bêtes sombrent, surnagent. S’organisant, devenu insulaire fidèle au poste, il sauve ce qu’il peut du cheptel. Le passage d’un évêque en barque, bénissant les eaux, l’incline à rouvrir la Bible à A comme Arche. À défaut de conseils, il y trouve une motivation. Une Histoire d’eaux, entre Tardi et Jarry, à lire au sec, une fée verte sur les genoux.

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PIERRAT Emmanuel
La Course au tigre

«La chair nivernaise s’est faite triste, hélas, et j’ai lu bien des livres», maugrée Bastien Sentiment, notaire. D’où nécessité de fuir «là-bas». Et ce «là-bas», c’est l’Inde. L’Inde, spacieux parc aux tigres où pour assouvir son érotique fringale de grosses prises, il atterrit à Calcutta sur Bengale, en plein hourvari politique et s’implante au Great Eastern Hotel (concierge Mr Sanjiv, dit le Manchot). Immergé dans la ville, le voilà qui hume, palpe, mastique, s’imprègne, quand sort des eaux gangéennes la terrible Shatee, divinité locale de l’indiano-bolchévisme, seule source possible de permis de chasse, avec laquelle il fusionne au fil de moult galipettes tantriques hautement sculpturales. Les amants randonnent en ville, de zoo en meeting, quand survient l’atroce nouvelle : exclu le permis de chasse et fusils mis sous séquestre. Seul le mariage dévérouillera cela, croit-il un moment. Que nenni, car l’État s’en mêle. Après un Paris noyé, c’est une Calcutta délicieusement bourbeuse tel un bain de vase aux aromates où nous offre de descendre Emmanuel Pierrat avec cette tartarinade flamboyante comme une boîte de cigares, plus fessue qu’un Clovis Trouille et plus gouleyante qu’un curry de babouin aux cent saveurs : OH ! CALCUTTA !

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PIERRAT Emmanuel
L'Industrie du sexe et du poisson pané

Deux, elles sont deux, les sœurs Frossec, Frossec de Tribidec. La Gaëlle et la Gwenaëlle, blondes de crins, l’œil bleu et la chair lisse, héroïnes du dernier roman d’Emmanuel Pierrat. Fruits d’une oisiveté parentale consécutive au mazoutage des côtes, elles coulent un ennui crispé entre criée et pelotage, pêche en mer et prêche en chair(e), dépucelage et dégazage. Côté sexe, ça tangue flou, mord mou et le recours aux ustensiles faits main n’apporte que morosité et désillusions. L’idée, donc, de gagner Paris où cousin Yann tient échoppe sexy dans le quartier Montparnasse. Commence alors pour nos deux oiselles un dessalage charnel de haute école, drivé serré par cousin Yann qui va leur faire vibrer toute la lyre et bosser les Annales. Rien n’est oublié : à un, à deux, à trois ; par-devant, par-derrière ; en le lieu élu ou par l’entrée des fournisseurs ; avec chien, clous, crottes et fouets ; en plein vent ou en sous-sol ; coup d’œil ou coup de reins. Bilan des courses, nos deux robustes finiront par trioler en famille avec cousin Yann qui s’en viendra ouvrir un magasin en pays breton. Et Pierrat de nous conter tout ça, avec des élans bateleurs et des minuties d’érudit. Patron, la même chose !

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PIGEAT Jean-François
À l’enseigne du cœur épris

Au chapitre des bois dont sont faites nos amours, nous avions déjà, en magasin, divers modèles : les très écologiques Philémon et Baucis, mêlant tendrement la croissance de leurs ramures, dans un style plus brut et élagué Héloïse et Abélard, au chapitre des essences vénéneuses Tristan et Isolde. Avec Stéphane et Geneviève, les héros d’À l’enseigne du cœur épris de Jean-François Pigeat, l’offre s’enrichit. C’est l’amour au temps d’Habitat ou du Bon Coin qui s’offre à nous, mi-kit, mi-bonne occase, trouvaille et bricolage : à la complexité du mode d’emploi répondent les problèmes de pièces manquantes et surtout les difficiles étapes de l’assemblage. Stéphane capte Geneviève sur un site de rencontres, premier baiser romantique dans les ruines de l’abbaye de Jumièges, s’engage alors entre eux un lent montage amoureux, pièce à pièce, fait d’exquis moments d’aisance ou de douloureuses difficultés d’emboîtages, d’autant que les matériaux ne sont pas les mêmes : elle est un bois fluide, tendre, aisé à tordre ou à briser, lui un matériau noueux, compact, dur à travailler. Parents, amis, enfants secrets, chacun découvre à l’autre des cloisons coulissant sur les mystères intimes, des doubles fonds amers. Survient, nette, la brisure. À la survenue d’un fils caché, Stéphane s’efface, s’éloigne d’une Geneviève au corps handicapé par une douloureuse blessure. Quelques mois plus tard, il apprend la disparition de Geneviève. Il s’adonne alors à un fiévreux chinage amoureux : lieux, choses, présences. Qu’est devenue Geneviève ? Puis soudain, à la grande braderie de la vie, la revoilà. Mais les amours mises en pièces se reconstruisent-elles ? Dans ce premier roman, Jean-François Pigeat, dans la foulée des Choses de Perec, met en scène, au sein d’un monde d’objets intimes ou standardisés, une douloureuse mécanique amoureuse tout en engrenages et échappement.

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PIGEAT Jean-François
Bingo

Avouez qu’on croit rêver et qu’il y a de quoi se frotter les yeux : s’appeler Bingo père, avoir un Bingo de fils, et ne jamais tirer le bon numéro, être un abonné du petit jeu et de la mise en pure perte. Les choses, pourtant, n’avaient pas trop mal commencé avec, de la tête aux pieds, un physique de rêve. Mais rien n’y fait, ça sonne à vide, la chance est de sortie : Jacky Bingolacci (pour la faire longue) alias l’Apollon des voies de garage, hanté par « la conscience d’avoir toujours tout foiré », après avoir tâté de la chanson, du cinéma, finit par tomber dans une affaire branquignolesque. Fils Florian, quant à lui, gazouille et zone dans la vie sous la surveillance de maman, as des questions pressantes et de l’osso buco, épris d’Azra, une dulcinée albanaise tout en longs cils et cousins violents. À l’ombre, Jacky devient l’homme de confiance de Salvatore Di Pietro, dit « le velu », un pileux qui le charge de récupérer, de nuit, dans une villa désaffectée et avec l’aide d’une consœur en dévouement, le trésor de guerre des Noyaux révolutionnaires prolétariens. Bingo se lance mais a décidé que, cette fois-ci, on jouait gagnant. Ne m’en demandez pas plus car, entre de sombres histoires de pucelages tarifés, de pitbulls en rut, d’homme en bonnet bleu, de lingots d’or et de poubelles jaunes, ce concerto pour pieds nickelés et roue de la fortune empile les péripéties comme des jetons de loterie, accumulant les coups de théâtre comme les coups de poing, sans oublier le coup de pot final. Et Jean-François Pigeat de nous driver l’attelage avec un bonheur de scénariste à l’italienne et de gagman existentialiste, un vrai régal, et prenant avec ça ! Faites vos jeux, rien ne va plus !

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PONS Maurice
Le Festin de Sébastien

Tout se mange. Tout s'ingère, se mâche, se mastique. Il y a de la saveur partout et en tout. écoutez plutôt la trouble geste de Sébastien. Petit, Sébastien sniffa du métal (un boulon de laiton pour dire vrai). Puis, à la faveur d'un éblouissant incendie, adhéra à ce point au métal d'un balcon qu'il s'y vit collé, soudé. Le baiser de fer continue plus tard, via un véhicule actionné par un corps d'amoureuse puis un scooter aimé. Peu à peu, pour Sébastien, l'amour prend la forme de complexes et fringants organismes de métal, s'ordonne, autour de rituels automobiles implacables et risqués. Arrive ce qui doit arriver : Sébastien, promu homo automobilus, finit contre un tronc. Il était du métal dont on fait les grands amants.

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PONS Maurice
Douce-amère

Onze fois douces et onze fois amères, ces onze nouvelles de Maurice Pons. Onze petites fioles débouchées d’où monte à pas lent une fragrance nauséeuse. D’elles émanent, lourdes et entêtantes, une délicatesse feutrée et morbide, la saveur toxique d’une friandise fondante et empoisonnée qu’on laisserait se dissoudre sous la langue et qui vous expédie sagement, sans bruit ni fracas. Onze fois le goût d’une herbe fatale qu’on mâche comme ça et qui vous tue l’air de rien. Tout cela, discret et glaçant comme un entrefilet poli qui vous avertirait de votre propre mort. Laissons Le Dilettante nous faire les honneurs de cette bonbonnière profonde comme un tombeau. Au hasard, la première : il y a ce boulanger qui, un beau matin, se perd dans la nature, dont la femme épouse le mitron, dont le fils bute, à date fixe, sur le fantôme et dont on retrouve peut-être les os dans la boue d’un chantier ; il y a Angeline, bambin asiatique, qui étourdit le passager d’un avion avant d’être retrouvée, dépecée, dans un sac poubelle ; il y a Sylvie qui, toutes veines ouvertes, appelle d’un lieu sans téléphone ; il y a Muriel Simon, actrice, qu’un tandem de scénaristes avinés veulent couler dans le béton d’un scénario sanglant et qu’on retrouve charcutée dans un parking ; il y a Nadia, fille de l’air, morte qui ne tient pas en place… Une silencieuse parade de fantômes insistants, de vivants fantomatiques, d’êtres impiégeables balancés entre douceur et amertume comme entre morts et vivants, de présences qui ne tolèrent guère que la rêverie d’un ami, l’agenda du hasard, qui fuit les coups de sonde de la logique. Maurice Pons réfute la brocante fantastique, l’effet-tripaille, parle sans hausser le ton de choses affolantes, écrit avec des mots plats et minces comme une lame de rasoir. Vivre pour lui est un état second ; alors laissons faire…

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PONS Maurice
Délicieuses frayeurs

Maurice Pons – sortilèges, vertiges et poisons – maison de méfiance depuis 1951, nous dit l’enseigne. Et les neuf sœurs, atrocement exquises, qui forment la ronde de ce recueil, rajouteront une étoile à la réputation de notre as en chausse-trappe, aiguillage sans issue et lucarne ouverte sur le grand Rien. Nul besoin, chez Pons, de convoquer l’horrifique brocante de l’effroi, tout s’y nourrit d’attente atroce – comme cette fenêtre, là-bas, qui ouvre sur le monde –, de dépit violent, celui de ce marin seul à fêter un amer Noël dans une ville en liesse, d’espoirs morts, propres à ces tribus migrantes, en route vers un supposé bonheur, de bijoux rampants, de coups d’archet vertigineux, de sonnettes fantômes et de rencontres nocturnes pour de labyrinthiques terreurs. Et le tout porté par un lyrisme exacte, un verbe tenu, sans faste ni bavures, qui pique où se hérisse la peur, incise où s’engouffre l’angoisse. Neuf mauvaises fées autour de votre réveil, neuf gouttes de sueur froide dans un plein bol de fièvre. Mais qui donc frappe à la porte ? Quelle porte ?

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PUÉRTOLAS Romain
L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea

Premier roman de la Révélation de la Rentrée 2013 : Romain Puértolas   Il était une fois Ajatashatru Lavash Patel (à prononcer, selon les aptitudes linguales, « j’arrache ta charrue » ou « achète un chat roux »), un hindou de gris vêtu, aux oreilles forées d’anneaux et considérablement moustachu. Profession : fakir assez escroc, grand gobeur de clous en sucre et lampeur de lames postiches. Ledit hindou débarque un jour à Roissy, direction La Mecque du kit, le Lourdes du mode d’emploi : Ikea, et ce aux fins d’y renouveler sa planche de salut et son gagne-pain en dur : un lit à clous. Taxi arnaqué, porte franchie et commande passée d’un modèle deux cents pointes à visser soi-même, trouvant la succursale à son goût, il s’y installe, s’y lie aux chalands, notamment à une délicieuse Marie Rivière qui lui offre son premier choc cardiaque, et s’y fait enfermer de nuit, nidifiant dans une armoire… expédiée tout de go au Royaume-Uni en camion. Digne véhicule qu’il partage avec une escouade de Soudanais clandestins. Appréhendés en terre d’Albion, nos héros sont mis en garde à vue. Réexpédié en Espagne comme ses compères, Ajatashatru Lavash Patel y percute, en plein aéroport de Barcelone, le taxi floué à qui il échappe à la faveur d’un troisième empaquetage en malle-cabine qui le fait soudain romain… et romancier (l’attente en soute étant longue et poussant à l’écriture). Protégé de l’actrice Sophie Morceaux, il joue une nouvelle fois la fille de l’air, empruntant une montgolfière pour se retrouver dans le golfe d’Aden puis, cargo aidant, à Tripoli. Une odyssée improbable qui s’achèvera festivement en France où Ajatashatru Lavash Patel passera la bague au doigt de Marie dans un climat d’euphorie cosmopolite. Sur le mode rebondissant des périples verniens et des tours de passe-passe houdinesques, voici donc, pour la première fois dans votre ville, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, un spectacle en Eurovision qui a du battant, du piquant et dont le clou vous ravira. Non, mais.

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PUÉRTOLAS Romain
La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel

Si tout a commencé, pour Romain Puértolas, par l’ambulation à succès, chahutée et planétaire, d’une armoire bien complète de son Fakir, tout va continuer avec la geste aérienne d’une donzelle hors norme : Providence Dupois, debout dès l’aube, flair de reine, six orteils au pied droit, factrice de profession et mère par instinct. Coincée en aérogare par la nuageuse colère d’un volcan islandais, Providence ne peut aller quérir-guérir au Maroc l’enfant malade qu’elle a adoptée : Zahera, fillette aux poumons embrumés (toujours des nuages) par la mucoviscidose. Elle tempête, trépigne et songe à l’enfant qu’elle a découverte, petite boule de charmants prodiges, lors d’une hospitalisation au Maroc. Quand soudain les dieux suscitent un génie : le maître 90, dit aussi Hué, pour qui vole qui veut, suffit d’ouvrir les bras, l’envol se prend comme un élan : hop ! Et Providence de voler, cap Maroc ! Mais si, en définitive, tout cela n’était que chimère à réacteurs, un conte odoriférant, une rêverie en altitude… Qui sait ? « le monde est un enfant qui veut voler, avant de savoir marcher » nous glisse l’artiste : dont acte, rêvons, volons, rêvons que nous volons. Lisons.

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PUÉRTOLAS Romain
Re-vive l'Empereur!

Le voilà ! Il est là, à nouveau, de retour ! Mais qui ? Mais lui, l’Empereur, l’empereurissime Napoléon, premier du nom, le seul, l’unique. Après nous avoir conté les déambulantes et transnationales aventures d’un fakir emboîté dans une armoire Ikea et d’une factrice toutes ailes dehors ravagée par le don de soi et l’envie maternante, Romain Puértolas taille plus large et fond sur l’Aigle lui-même, le diable corse, l’as de coeur des batailles. Certes, il affiche moins beau qu’à la grande époque : on les repêche, lui et son cheval Le Vizir, flottant au large de l’Islande. Bien complet de son bicorne et de sa redingote, mais défaillant du pénis, ses valseuses impériales lui ayant été prélevées par un fan indélicat à l’heure de son trépas. Pris en charge par le chirurgien Bartoli, un cacique de la CGT (Confrérie des grognards tristes), après une légère remise en selle chronologique dans un monde où les femmes portent le pantalon et où Daesh mène une danse fatale, l’Empereur retrouve son élan et ses réflexes : à nous deux la société civile. Langue prise avec les puissances élyséennes interloquées, son sac à dos bourré de Coca Light, Napoléon arpente Paris, ayant rallié des danseuses de cancan, installe ses quartiers dans un hôtel Formule 1 et finance sa nouvelle campagne de France en cédant son précieux bitos sur eBay. Fort d’une Ferrari et d’un jet, il décide d’enquêter sur une éventuelle descendance. Déception apparente : un simplet et une fille des rues. D’autant que son come-back tourne à l’aigre : on le prend pour l’un de ceux qui se prennent pour lui. D’où internement à l’asile de Sainte-Verge dont il s’extraie pour reprendre la lutte contre le péril islamiste, ayant découvert que l’imam de Paris est son plus authentique descendant. Tout s’achève par une pyrotechnie de cocasseries apocalyptiques.

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PUÉRTOLAS Romain
Tout un été sans Facebook

« Enfin ! Enfin un mort, un mort à moi, un vrai, un homicide garanti sur blessure ! » Telle est l’exclamation que ne peut retenir son illustre rondeur, le lieutenant Agatha Crispies, figure nodale de la police new-yorkaise (enfin, New York, Colorado, 150 habitants et 198 ronds-points, petite piqûre de rien sur la carte, bourgade certifiée sans Internet où ne « déborde que le lait »), animatrice d’un club de lecture et initiatrice de la méthode d’enquête dite associative (transposition à l’investigation policière de la libre association poétique des mots et des idées), face à la ratatouille humaine qu’elle a couru expertiser, hors de sa juridiction, en compagnie du shérif Donald (MAC Donald !!!), un brouet d’homme qui fut sans doute Peter Foster, tué à l’aiguille à tricoter au vif d’une dégustation de lentilles. Agatha se lance alors dans une enquête fiévreuse et non paramétrable durant laquelle on titille une voisine au nom imprononçable, observe un écureuil radioactif, croise un bûcheron au nom de sanitaires, a affaire à la mafia, rencontre le Shakespeare du pressing et Old Joe le garde-barrière, tout cela rythmé par l’ingestion frénétique d’une pyramide de donuts au chocolat. D’autant que les morts s’empilent : un second, foré d’un trou, apparaît, puis un troisième, se balançant à un lustre. Tout cela pour aboutir, après nœud de pistes, raisonnements à tirer dans les coins et crypto-intuitions, à une solution cristalline et évidente. Qu’on imagine Miss Marple s’invitant chez les Simpson, Twin Peaks rebalisé par les frères Coen, et on aura la chance de tirer le bon fil et de passer tout un été sans Facebook grâce à Romain Puértolas qui, après avoir randonné dans une armoire, volé vers le Maroc, et drivé Napoléon dans les rues de Paris, fond en piqué, pour notre plus grand bonheur, sur l’Amérique bien profonde ! Joie !

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PUJOL Pascale
Petits plats de résistance

Tout tient au ventre, chez l’homme, chacun le sait. Dis-moi ce que tu mitonnes je te dirai ce que tu mijotes, confie-moi ce que tu goûtes, je te dirai quoi tu guignes. C’est forte de pareilles maximes que Pascale Pujol nous convie à la dégustation de ses Petits plats de résistance, un premier roman à la carte en forme de comédie urbaine tressautante, de pochade érotique et de sociodrame papillaire où chaque chapitre est mis sous l’invocation d’un plat ou d’une denrée. Soit, en entrée, Sandrine Cordier, une Pôle-employée tant futée et ambitieuse qu’allante et dodue, nantie d’un Guillaume de mari dont le grand oeuvre est une arnaque aux kiosques de presse et deux enfants, une fillette surdouée du net et un ado mode et sous-tendu ; soit, en plat principal, le groupe Lacarrière résumé au patriarche patron de presse libéral, Marcel, à son rejeton, un baise dru jet-setteur et plutôt nigaud, et à son porte-flingue, Bricard is the name, finaud et haut en magouilles. Épice l’ensemble et agrémente l’assiette toute une garniture aux petits oignons : une internationale de cordons-bleus sans trop de papiers, Ferreira le voyeur, Benoliel l’agent immobilier, une flottille de drôlesses cascadantes et minaudantes et de ploucs grandioses dont, trônant parmi quelques mannequins d’un soir, l’opulente et vorace Annabelle Villemin-Dubreuil (ex Lamoul Véronique), ancienne de Langues O’ passée à la carte du tendre et au courrier du coeur. Tels sont les ingrédients de base de cette goûteuse potée romanesque où l’on savourera selon les bonheurs de la pêche : des secrets familiaux, une géographie poétique de la Goutte d’Or, un tribunal de commerce mué en ring de catch, une crépitante méditation sur la tectonique des classes et le choc des cultures et surtout, surtout, où l’auteur affirme un goût certain pour une vision papillaire des mots et gustative de la littérature. À table !

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