Catalogue livres

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Ouvrages dont l'auteur commence par la lettre : R


RAPHAËL Maurice
Les chevaux de bois sont ivres

Tout comme Les yeux de la tête, ces cavales captives sont prélevées sur L'emploi du temps (1953). Une nuit, veille de 14 Juillet, entre Clichy et Belleville, l'Opéra et Pigalle. Et Desdémone, récif glissant auquel on se cramponne, qui vous fuit et, partant, vous pilote. Une virée chaloupante dans Paris qui fermente, une nuit violente, cliquetante de couteaux et tatouée de morsures. L'écriture de Maurice Raphaël, sans arpentage ni mesure, déverse la splendeur scintillante et pulvérisée d'un feu d'artifice et convoque des monstres postiches, felliniens en diable. Une averse de confettis, des rasades d'étincelles.

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RAVALEC Vincent
Les Clefs du bonheur

Ravalec, opus 2. L'artiste n'a pas son pareil pour entrer par effraction dans la vie de quelques anonymes galériens. Délinquants qui se réinsèrent dans un phalanstère new age, dealer arnaqué par une compagne qui feint la grossesse avant de mettre les bouts, junkie numérologue qui mise au turf pour finir par tomber de haut sont les passants insoucieux que l'on croise dans ces nouvelles, comètes tragiques au goût de dragées comiques.

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RAVALEC Vincent
Vol de sucettes

"Ravalec, c'est tout simple : il a tendu un fil barbelé entre deux châteaux d'eau de pluie, puis entre deux silos (coke et sucre glace), et il danse, il danse. N'y a qu'à piocher : Vol de sucettes, ou le monologue d'un mineur camé pris de fringale en tôle ; Viva Madrid !, un film-pub où on loue à prix d'or les lambeaux urbains d'une Espagne paupérisée ; Après-midi à Aquaboulevard : dans le tiède vivarium, un ramassis de banlieusards s'empressent d'oublier le froid du dehors. Puis c'est l'immersion en sous-sol, croupe-minute pour un méli-mélo malin de rombières empommadées et de prestes messieurs qui s'entr'imbriquent à l'envi dans une catacombe douillette. Bilan : Dieu est partouze."

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RAVALEC Vincent
Recel de bâtons

"Ravalec, c'est tout simple : il a tendu un fil barbelé entre deux châteaux d'eau de pluie, puis entre deux silos (coke et sucre glace), et il danse, il danse. N'y a qu'à piocher : Vol de sucettes, ou le monologue d'un mineur camé pris de fringale en tôle ; Viva Madrid !, un film-pub où on loue à prix d'or les lambeaux urbains d'une Espagne paupérisée ; Après-midi à Aquaboulevard : dans le tiède vivarium, un ramassis de banlieusards s'empressent d'oublier le froid du dehors. Puis c'est l'immersion en sous-sol, croupe-minute pour un méli-mélo malin de rombières empommadées et de prestes messieurs qui s'entr'imbriquent à l'envi dans une catacombe douillette. Bilan : Dieu est partouze."

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RAVALEC Vincent
La Vie moderne

"Dix faits divers, dix récits pantelants exécutés à coups de Ravalec, arme de poing d'invention récente, à mi-pente entre la matraque électrique et le rasoir à main. D'une bien embourbante affaire de carambouille charitable, ou comment faire suppurer la fracture sociale et maquiller le pus en or (La vie moderne), aux maugréments cafardeux d'un séropo qui s'écoute ronger (Mourir comme un moins que rien), en passant par la fusion du voyeurisme sado-sulpicien et de la rave érotico-mystique (Folie des images pieuses) et une course à cœur perdu contre la dope (La course à pied) ; sans oublier ce vol planant d'un pigeon ludiquement défécatoire, et ce taxi revenu de tout, qui fonce vers nulle part. Voilà dix récits qui n'ont pas le temps de jouer au récit, qui verglacent comme des trottoirs vides, fument comme des télex, hoquettent comme des repêchés tremblants."

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RAVALEC Vincent
Treize contes étranges

D'un ongle peint, verdâtre ou mauve, crochu, l'oncle Vincent nous assigne une place à l'entour de son feu. Et plantés là, nous l'écoutons qui incante, qui conte à tombeaux ouverts ses Treize contes étranges comme autant d'encoches dans la moelle. Les histoires défilent, et plus elles passent moins on sait à quel diable se vouer. Entre méditations rosses sur le devenir de l'espèce, faits divers qui semblent issus de toutes les coupures possibles taillées dans les colonnes du déambulatoire quotidien, ces contes logent des anfractuosités, font entendre des grincements un peu partout dans le décor. Ravalec ne moralise pas, ne ricane pas. Ravalec est un sableur de mécaniques, un grippeur-né de rouages. Le monde est un moteur où il entend un bruit, un petit, mais quand même. On n'arrête pas le véhicule. Alors, entrez dans le petit bal des ardents de Ravalec et valsez les ombres !

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RAVALEC Vincent
Un pur moment de rock'n roll

Ni usinage du style, ni lutherie verbale, ce premier livre de huit textes serait plutôt fait de rognures de phrases arrachées dans la fièvre, de mots captés à chaud. L'attaque est sèche; sur un tempo rapide se succèdent des instantanés bien banals et marrants, ponctués de regains de détresse. Ce sont, en tout, huit plages où la plume de Ravalec laboure la vie comme un vieux saphir ses sillons bourbeux, huit vies à purger comme des peines, huit purs moment de rock'n roll.

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RAVALEC Vincent
L'Auteur

D'être apparu, un matin, sur l'écran-radar d'une grosse maison (Flammarion), Ravalec se fait arraisonner, le temps d'un manuscrit (Cantique de la racaille), et écope d'un prix. L'animal accepte la selle et, qui sait, bientôt le mors. Mais gare! Ravalec, tient, plus qu'à tout, à sa stridente minceur d'herbe coupante, à son lyrisme d'harmonica rouillé qui déchiquette le tympan. Il festoie donc sur ses gardes, ce qui est peut-être la solution au succès, au drame d'être devenu un "petit quelqu'un" qu'on siffle pour l'accolade et le podium. Il se méfie de cette gloire qui graisse la patte et vous laisse la nostalgie, celle du temps où vous étiez mince, comme un marque-page.

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RAVALEC Vincent
Le Retour de l'auteur

Chaud devant ! On s’écarte ou j’en mets partout ! Quoitaisse ? Rien de moins que ce scoop monstrueux : l’auteur de L’Auteur remet les couverts avec un autre Auteur, plus long d’un bonus épastrouillant comme jamais. Ah oui ? Retour image ! Souviens-toi, modeste barbare : en août 95, Ravalec Vincent, bien connu de nos services, Cosmic- freluquet et dandy chafouin, se voit devenir objet de passion de la part des éditeurs et médias parisiens. De cette passion de papier encré, il connaîtra toutes les stations : foire à la nouvelle dans l’unterland chti, atelier d’écriture en roue libre, prix littéraire bien complet de sa remise pipolisée, radio, télé, l’as-tu-et-à-toi de rigueur avec les collègues, les sollicitations moites et les bourrades viriles du milieu. Tout cela hérissé de féminitudes attentives. Sur tout cela, Vincent R. porte le regard de l’as de pique, jongle avec les couverts, s’éponge avec les nappes et sort par la fenêtre. « On m’aura peut-être, mais pas vivant », nous claque-t-il à la figure. Et le bonus ? « On se calme, ami, j’y viens. » Notre joker en vient à troquer son cuir de pur rocker pour la cape de l’initié aux mystères des lettres, ce en se faufilant dans une secte d’adorateurs de l’alphabet où un sous-maître, large d’épaules et gros de sous-entendus, le prend en main. En sortira-t-il vivant ? C’est ce que vous allez savoir en lisant Le Retour de l’auteur, le dernier volet des aventures de Vincent Ravalec. À paraître : L’auteur coupe à coeur, L’auteur enfonce le clou, Le Retour du fils de l’auteur contre Maciste. Bientôt en devanture.

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REBATET Lucien
Lettres de prison

"L'homme incarcéré à Fresnes après la Libération pour intelligence avec l'ennemi n'est plus l'auteur adulé des Décombres. En pleine déroute, Rebatet, polémiste antiparlementaire, antibourgeois et antisémite qu'il était depuis 1935, n'aspire plus qu'au roman. En prison, il lit beaucoup et écrit à son confident épistolaire Roland Cailleux, qui l'incite à terminer Les deux étendards. Ce roman cristallise tout l'enjeu de la correspondance ; son aboutissement occulte très vite toute autre préoccupation. Et l'incertitude sur le temps qui lui reste à vivre en prison, si elle le stimule jusqu'à sa condamnation à mort, puis jusqu'à sa grâce, devient intolérable dès qu'il se sait sauvé."

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REBATET Lucien
Les Épis mûrs

Rebatet ! Lucien Rebatet ! On entend déjà les commentaires. À quoi bon exhumer, rendre à la lumière, rehausser sur le pavois éditorial, photo d’époque, préface émue et dossier critique, les œuvres de celui qui fut, après avoir bataillé à l’Action française, le porte-plume le plus incisif et vitriolant de la Collaboration intellectuelle. Celui qui, à côté de la grande et déferlante célinienne, sanieuse, somptueuse, offrit, avec Les Décombres un scanner amer de l’avant-guerre et de la défaite de 40, pointant là ce qui, pour lui, était les signes sombres de la décadence française : les politiciens, la démocratie, les juifs. En effet, pourquoi. Parce qu’il y a, à Rebatet, un autre Rebatet. Au publiciste pronazi répond en effet, dès les années trente, un esthète, un amateur encyclopédique de littérature, peinture, cinéma et, avant tout, un musicologue éclairé, ardemment moderniste. Ce dernier, on le trouvera s’exprimant dans l’opulente Une histoire de la musique, mais également dans ces Épis mûrs que Gallimard publia en 1954 et que réédite aujourd’hui Le Dilettante avec une étude du critique musical Nicolas d’Estienne d’Orves. Ce Doktor Faustus (Thomas Mann) à la française déploie pour nous le destin fracassé de Pierre Tarare, rejeton frondeur d’un chapelier et d’une mère anxieuse et surtout, avant tout, génie musical en herbe. Depuis les premiers tapotis prometteurs sur le piano familial jusqu’à l’adoubement solennel de Fauré et d’Enesco, ce roman nous expose la croissance contrariée, l’expansion douloureuse d’un autre Berlioz ou Wagner, infatigable et conscient de son avant-gardisme génial. Une « courbe de vie » endiguée par la férule imbécile du père, troublée par les soubresauts de la sexualité et le traditionalisme, finalement bienveillant, des professeurs. À l’heure de la reconnaissance et de la célébrité internationale, c’est un autre tonnerre qui attend Pierre Tarare : celui de la Première Guerre mondiale. Chronique d’un gâchis dénoncé, ce roman est également une peinture passionnée, et cocasse, des combats houleux de la modernité musicale des années trente. Comment a-t-il pu y avoir des « maîtres chanteurs » à « Nuremberg » ? Telle est toujours la question.

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RENAULT Murielle
À qui le tour ?

On mène sa vie, soit toute calme et sagement rectiligne, sans tangage ni trompette, soit bien foldingue, dure ou difficile, quand soudain, brusque, effrénée, la chance dévaste tout, ne laisse rien debout. Le doigt de Dieu vient de vous toucher, bagué de toute une série de zéros, ceux d’un gros, très gros lot du loto. Dès lors, il faut gérer vertiges et frénésies : tout devient possible. Une catastrophe dorée, c’est ce que vivent les cinq héros de Murielle Renault : Chantal, employée de préfecture ; Bruno, SDF ; Capucine, jeune fille moderne ; Roger, retraité ; Carine, la meuf à Tony. Le quintette redoublé des amis et conjoints se retrouve au Ritz, assemblé là par la Française des Jeux, pour un round d’observation. Démarre ensuite le parcours du gros gagnant : gestion, patrimoine, placement. On investit dans la pierre, on dépense du kilomètre, on écoule du grand cru, et surtout on endure l’autre, le proche, l’ami, l’amant, l’enfant. Chantal tente de faire digue face à cette crue de félicité en invitant la brochette d’élus. Rien n’y fait. Et tout dégénère. Après tout, ça vaut sans doute mieux. La chance, comme le diable biblique, « rôde, cherchant qui dévorer ». À qui le tour ?

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RENAULT Murielle
Enfin la vérité sur les contes de fées

« Que fait un personnage quand il est hors champ ? » À cette question, le cinéaste Lucas Belvaux a répondu en 2003 par une rafale de trois polars, de trois points de vue distincts, sur une même histoire. Que fait une héroïne quand elle est hors plume ? Ou en contre-plume comme il y a un contrechamp ? C’est la question que pose Murielle Renault dans Enfin la vérité sur les contes de fées. Soit un roman, Treize minutes, de Nicolas Rey. Soit les personnages : Simon, Antoine, Marion, etc. Soit leur histoire commune : Simon qui voit déferler Marion dans l’appartement qu’il occupe avec Alban et Théo ; la recomposition sentimentale qu’elle y génère ; les dérives qu’ils y vivent. L’auteur s’invite dans le récit comme Marion dans l’appartement. L’histoire est semblable mais l’angle de visée, le regard, différent. C’est Marion qui raconte, non plus Simon. Plus qu’un changement d’optique narrative, c’est une autre chimie passionnelle qui s’élabore, un autre corps qui témoigne, jouit et souffre, une autre mentalité qui décrypte les événements. Petite révolution copernicienne à l’usage de la jeune génération : Murielle Renault. Avant-propos de Nicolas Rey (extrait) : « Murielle Renault a choisi le cadre de Treize minutes pour mieux le faire exploser. Treize minutes n’est qu’un prétexte à un premier roman autonome, féminin, vénéneux, drôle, tendre et poignant en diable. »

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RENAULT Murielle
Le Strip-tease de la femme invisible

C’est l’histoire de Mélanie, de Mélanie momoche, de Mélanie trop ronde, de Mélanie Lagrange et de sa mère en absolutely hauts talons. Acte I : elle a quinze ans. Un soir, sa copine Fanny la relooke à coups d’onguent et de ciseaux. Mais l’offensive échoue. Une séance de shopping en remet une couche dans la désespérance. Ultime espoir : le nutritionniste et un planning de dégraissage drastique. De nouveau, Mélanie des Douleurs. Acte II : elle a alors vingt-cinq ans. Flanquée de l’inoxydable Fanny, elle tente bouboulina.com : et de trois dans l’échec amer. Survient Pascal, outsider qui, à la faveur d’une tartiflette-partie, lui ouvre à deux battants les portes du grand amour. Acte III : trente-cinq ans, rien n’a bougé. Du gras en veux-tu, en voilà. C’est le baroud d’honneur avec l’émission Relooking extrême et sa chirurgie en direct. Mais avant cela, pour « duper les récepteurs de la satiété » (sic), introduction d’un ballon gastrique. Joie ! Ce sera, enfin, le lever de rideau sur New-Mélanie aux fesses dégonflées, à la poitrine rehaussée. Une vie chamboulée : bonheur factice et obsession pondérale. L’histoire, donc, d’un corps-à-corps avec son corps, combat fatal, combat sans fin, perdu d’avance.

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RENAULT Murielle
Oui...

Trois lettres. Trois lettres qui sonnent comme les trois derniers chiffres d’un compte à rebours au final explosif : O-U-I. Un simple oui, projeté à la mairie entre Juliette et Benjamin, une simple union maritale comme épicentre d’un séisme psychologique. Cette simple nouvelle amorce chez les pères, mères, amis, amies, ex, ami(e)s des ex, belles-mères, beaux-pères, rivales et rivaux, une onde de choc déstabilisante. Le oui est d’abord remis en question, puis validé. Alors, on se voit, on s’en parle, on épluche les souvenirs, on dénombre les mensonges, on sombre dans le doute, les rivalités, on agonise, on esquisse des suicides, ressuscite des brouilles. Dans l’arbre généalogique et le réseau social des deux tourtereaux court alors une sève amère ou une électricité panique qui transforme la bague au doigt en bracelet de forçat, la haie d’honneur en effet domino. D’autant que Murielle Renault a le génie d’évacuer les noms, de ne garder que les prénoms, chacun devient alors, au fil des très courts chapitres, un électron libre de ses dérives, une boule de billard électrique ivre d’entrechocs. Tout s’achèvera par une hallucinante fête de mariage où rôde un photographe cynique dont chaque cliché est un coup de grâce tiré à bout portant, chaque flash une giffle en pleine face. Murielle Renault invente le marivaudage de l’ère atomique. Attention : ralentir mariage.

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RIVOAL Isabelle
Grosse

Certains sont forts, d’autres enveloppés, pour quelques-uns on parlera d’obésité. Adèle, elle, l’héroïne de Grosse, campe par-delà tout qualificatif?: elle est à perte de vue, fleuve de viande en crue, mer de chair en perpétuelle expansion, océan d’humanité sans rives, ni bornes. Posée là, pour toujours, gardée par Antoine qui la couve, erre dans le réseau de ses plis et replis et Zohra qui l’entretient comme un objet sacré que l’on se doit de déparasiter, épousseter, curer, aspirer. De toute façon, elle n’a jamais vraiment voulu en être, Adèle, de la partie. Rétive à naître, butée pour manger, une jeunesse anorexique ou quasiment. Et puis un jour, miracle, Adèle mange, mastique, ingurgite, de tout, en masse. Elle s’arrondit, sous le regard admiratif de sa grand-mère, éveille l’appétit des messieurs, puis consomme fugacement avec cousin Baptiste. De retour à Paris, elle laisse la bride sur le cou à son corps, sentant alors sa chair « simplement là, au cœur de l’être » devenant dodu modèle, vedette de la pose grâce à quoi elle rencontrera Antoine, sa moitié d’orange. Mais emplir l’appartement où ils vivent, comme l’eau une bassine, n’être plus qu’une colossale flaque de chair, finit par peser à la copropriété. On décide la désincarcération d’Adèle, son démoulage. Grutée, tractée, entreposée dans l’ombre d’un chapiteau, Adèle est stockée comme une motte colosse de barbaque en souffrance. C’est là qu’elle se sentira se perdre en elle-même, se fondre en soi jusqu’à plus soif, disparaître. Tel aura été le destin d’Adèle Seilman. Grosse, mais surtout d’espoir et de désirs à jamais inassouvis.

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ROBERT Pierre-Edmond
Un siècle et demi de bonheur

Pierre-Edmond Robert évoque à nouveau ici l'Amérique des classes moyennes. Mais ici, pas d'ardeurs pionnières, de frénésie kilométrique. L'Américain moyen, sous les traits d'un petit col-blanc au babil ravi, cultive ses muscles et se cherche des rides : c'est un homme complet. Mais cette vie douce et statique ne parvient pas à masquer la mort à l'œuvre : c'est ce que l'auteur nous fait pressentir, avec son art de la hantise. On songe à Raymond Carver. « À une demi-heure de Detroit, le jardin d'Éden, tel aurait pu être le slogan de notre ville », affirme le narrateur. Le jardin d'Éden, nous en avons été chassés. Un siècle et demi de bonheur. Pour combien de temps encore ?

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ROBERT Pierre-Edmond
Version originale

Rien. Apparemment rien ne vient troubler l'Amérique que Pierre-Edmond Robert, universitaire français, passionné de Proust, de Céline, de Dabit, nous dépeint dans les trois nouvelles de Version originale. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que Bruce Heavens, envoyé du Télégraphe de Détroit, interviewe deux has been glorieux du base-ball ; à ce qu'un chômeur du Michigan veuille refaire sa vie et celle de sa famille au soleil de la Louisiane ; que Maud et Winnie, espiègles mamies, se rendent en bougonnant à un congrès d'anciens élèves ? Rien. Cet american way of life effare moins qu'une douche de motel. Et pourtant. Sous une lumière crue, d'une plume qui, ligne après ligne, brille comme un scalpel, P.-E. Robert dissèque ce grand corps trop nourri. Lentement l'aimable chronique tourne à l'hallucination. Il monte de ces récits un vertige douceâtre. Rongé au-dedans, l'édifice s'effrite. Le rêve alors se dissipe. L'Amérique, ce n'était donc que cela ? A cette question, P.-E. Robert répond comme le narrateur du Corbeau, d'Edgar Poe : Only this and nothing more (cela seul et rien de plus).

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ROBERT Pierre-Edmond
Rien que des étoiles

"L'Amérique, ce gros astre terne et omniprésent, s'impose par sa masse, mais sa lumière, depuis longtemps, s'est éteinte. Ce qu'observant, Pierre-Edmond Robert nous a déjà livré deux recueils de croquis et de relevés, Version originale et Un siècle et demi de bonheur. Le revoici avec Rien que des étoiles. Trois étoiles sorties des rangs qui frappent le fanion u.s. ; trois textes où l'on cherche à fuir la statique et empoisonnée douceur des choses, trois nouvelles, insolites comme des confessions d'auto-stoppeurs ou des lettres ouvertes par mégarde."

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ROUBAUDI Ludovic
Les Baltringues

Se faire son cirque, son petit, tout petit cirque à soi au sein du grand braoum général, hisser son rêve comme on dresse la tente, tel est le but de Marco, ex-dompteur, héros teigneux et monsieur Loyal planté par Ludovic Roubaudi au centre de son roman. Marco, c'est un baltringue, entendez par là les déployeurs de chapiteau, les monteurs de mâts. Tout aurait pu continuer ainsi, longtemps, "d'un chapiteau à l'autre". Mais enfin Chaipas vint. Chaipas un beau "sujet". Entendez une vraie bête de scène, un animal dramatique qui de dompteur n’a nul besoin, fait son show seul. Une bonne pâte de chien qui ne demande qu’à jouer en scène. Ce sera là la chance, la pépite, la belle occaze de monsieur Marco qui va en faire le néon, la mascotte de son circus personnel. L’aventure peut commencer. Valsez baltringue !

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ROUBAUDI Ludovic
Le 18

Il est des romans rose bonbon, gris trottoir, noir c’est noir. Voici un roman rouge, rouge feu, rouge sirène. Un roman pompier. Grand, le héros casqué, opère entouré d’autres drilles… l’adjudant-chef Blain, Tirpitz et sa lance extravagante, Alex, la Gentiane, et puis Malavoie ! Malavoie et ses engins, sa première classe et son Musée des horreurs. Dans son quotidien de tôle froissée et de corps incarcérés, de sinistres ardents et d’accidents cocasses, la caserne vit sa vie tranquille et presque monotone quand l’impensable arrive : il a pour nom Métrono. Capitaine Nathalie Métrono. Une femme et une femme capitaine avec ça. D’emblée, ça dérape ferme avec l’abrupt et sexiste Malavoie. Les choses empirent, puis se tassent. La tolérance s’installe, les braises tiédissent… mais le feu couve toujours. Beau comme du Mash version sapeur, avec buffet à volonté : sang, tripes, cendres, cris. Tenté ? Faites le 18, demandez Roubaudi, en urgence !

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ROUBAUDI Ludovic
Les Chiens écrasés

Alors voilà, ils sont deux : l’un qui scrute et qui scripte, l’autre qui cadre et qui cliche (enfin qui, alcool faisant, tente de ne pas trop tanguer du cadre). Deux « vautours de la misère », des becqueteurs farouches de faits divers salacement sordides, des chiffonniers de l’effroi social mâtinés de spécialistes de la note de frais gonflée à l’hélium. Deux journalistes à Radar. Le tandem s’importe dans un infime patelin où, à ce que dit l’histoire, un tyran de supérette a affamé des SDF en cadenassant ses poubelles. Enquête. Mais c’est alors, attaque en piqué du destin, que s’invite dans le décor une blonde personne, Mademoiselle, qui trouble hautement l’un des deux drilles. Nécessité de rester. On dope dès lors l’affaire avec une meute fictive de mâtins sans niche fixe, destinés à relever l’horreur de l’histoire. Tout roule et l’idylle se noue. Mais, comme le note l’auteur : « Les emmerdes, leur naturel, c’est le peloton. L’arrivée en solitaire est un exploit. » La fin de l’histoire aura un goût de fiel et de sang, une fin qui fera néanmoins méditer notre écraseur de chiens de héros, et l’amènera à rompre avec son cynisme hilare et ses magouilles futées. Comme lune rousse sur ville en ruine, se lève sur ce récit initiatique une couverture du grand Angelo Di Marco, le Caravage des cœurs fourbus, le Raphaël du geste fatal, le Michel-Ange des mains courantes. Notre maître à tous.

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ROUBAUDI Ludovic
Le Pourboire du Christ

La vie étant plutôt lente et l’espérance décidément violente, il est urgent d’y aller rondement et avec les moyens du bord. Ces derniers, pour le beau Rodolphe, héros du Pourboire du Christ de Ludovic Roubaudi, sont bien là. Mâté comme un cap-hornier, doté d’une bonne plume et du goût pour la comptabilité, il opère d’abord comme rédacteur dans des feuilles à fantasmes avant que sa douce amie Gertrud, starlette du X, ne le jette en pâture au Maître Ramon Tripier, Citizen Sex en personne, et à sa « maman » handicapée, fruit des oeuvres d’une princesse russe et d’un baron d’aventure. Le Maître utilise ses talents de plume en lui commandant des scénarios affriolants (péplum à risques et porno politique) et son goût pour les chiffres en le nommant conseiller fiscal. L’équeutage soudain, homicide et vengeur, d’un maître étalon en plein tournage ayant contraint Rodolphe à une cavale d’urgence, il se réfugie à la campagne avec Maître Ramon et se met à fréquenter, sous le pseudonyme de Karl, diverses coteries où il joue les analystes financiers, les traders matois. Le trio infernal formé de Ramon, de « maman » et du précieux Karl s’investit ensuite dans une magouille municipale et escroquerie cléricale à base de neuvième croisade.Tout cela finira, entre horions et sodomies - « l’anal, c’est du brutal ! » - , par une empoignade généralisée où Dieu ne reconnaît plus les siens. À l’heureuse conjonction de Marc Dorcel films, de Philippe de Broca et d’Octave Mirbeau, voici donc Le Pourboire du Christ de Ludovic Roubaudi. 

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ROZA Bruno
Leçons de choses

Le réel, je le connais, semble nous dire Bruno Roza, c'est une chose lourde et précieuse, rangée là, un peu haut, sur une étagère. Il suffit de se hisser pour prendre, soupeser, humer, caresser. Ce léger effort pour se saisir des choses a un nom : la littérature. Il se hisse donc légèrement pour nous pointer du doigt un certain nombre d'ustensiles précieux, d'objets de toujours, d'outils familiers. Quelque part entre Ponge et Delerm, Bruno Roza prononce ses Leçons de choses avec une minutie patiente et éblouie, évalue le vinaigrier, scrute le tue-mouches, parcourt la cuisine, cerne le presse-purée, dit les meules, le galet, l'étiquette. Et ses courts textes ne seraient qu'une ribambelle de jolis camées, des vignettes concrètes, s'il n'y avait, tapi sous les mots, le secret désir de toucher à l'essence des choses, de sentir sous sa plume "l'absolue rondeur du monde".

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ROZEN Anna
Plaisir d'offrir, joie de recevoir

La vie, la ville, c'est une affaire de point, de sextant, de croisement longitude-lassitude entre des brassées de corps délirants, des pelotes de désirs instantanés qui se coagulent et se défont dans un instant plus ou moins long. Ce petit carrousel des désirs, c'est ce que s'applique à photographier Anna Rozen. Elle semble s'être assise là, devant nous, encore nimbée de stupeur, tiède et sidérée, pour tenter de recoller les mots, de traduire en préservant tension et onde de choc quelques expériences charnelles et désirantes. Et toujours, se faufilant dans le texte, le « il » magique et maniaque, qu'on prend en écharpe, qui vous assaille, vous sollicite et qui prend sa part dans ces incantations… Des textes voués à ces planches grinçantes que sont les corps en marche, pour lutter contre le flou à coups de mots.

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ROZEN Anna
Méfie-toi des fruits

Ces fruits, dont Anna Rozen s’est faite la cueilleuse passionnée et la palpeuse effrontée, sont les fruits dont notre corps est l’arbre : couilles et mamelles, sexes ; qu’ils soient fermes ou flapis, lisses ou ridés. Fruit du ventre, enfant. Fruits également de la rêverie plume en main : personnages qu’elle s’extraie, dont elle s’opère et qu’elle regarde bouger, cheminer, jouir, parler comme on s’amuse du titillement d’un insecte dans la paume. Et d’abord leur trouver un nom ? François ? Maurice ? Ce sera Tibor et puis il y aura « elle », « notre elle », dit-elle. Elle qui photographie, parle, qu’on écoute parler, parler des liens, des corps, des heurts, de la chair sienne, d’autres chairs. Anna Rozen écrit penchée amoureusement sur ses personnages, parle d’eux comme d’un autre elle-même, les laisse grandir et la submerger. Elle les écrit. Ils la parlent.

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ROZEN Anna
Vieilles peaux

En trois temps, deux nouvelles, Anna Rozen exécute une balzacienne physiologie de la « vieille peau ». Créature singulière que cette dernière qui n’a rien de la vieillarde vénérable et échappe à l’archétype de la femme mûre. Tanguante, ballottée entre elles deux, la « vieille peau » vit le passage de l’une à l’autre dans l’amertume inquiète et l’effroi paniqué, giflée par les miroirs, alourdie d’un vis-à-vis tout aussi terne et pareillement fripé. Elle n’est pas vieille mais se sent le devenir. Affaire de conscience plus que de rides, d’anxiété plus que d’artères. Vieilles peaux, celle de Cressida, star des lettres empêtrée dans la gestion de sa mémoire écrite et les bras plutôt ballants de ses secrétaires successifs. Puis celle de Marthe, la Marthe de Fernand, pour qui le temps s’égoutte et la vie s’arthrose. Peaux en plis tristes et piquées comme de vieux miroirs. En clôture à cette double déploration et lent naufrage, une pyrotechnique valse des consciences, où l’auteur, en digne Fregoli de la plume, joue de tous les personnages, peaux aussi vite quittées qu’endossées : à l’arrivée « il n’y a personne. Que vous, Et moi ». Anna Rozen.

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ROZEN Anna
La Bombe et Moi

Deux, elles sont deux : elle et l’autre, la pauvre Elle et Autre-la-terrible. Miss Anna et Sister Bomb : allantes et offertes aux poids des regards ; l’une qui endure souffrance, l’autre qui en jouit dans l’instant ; l’une qui se tend et s’offre, l’autre qui se retient, s’affole ; l’épanouie et la rétractée. Siamoises et conflictuelles, elles ne sont d'accord sur rien : l’art de draguer, la valeur du string, conclure vite ou non. Et pourtant, il faut que l’une fasse avec l’autre et surtout avec le désir, ce « chien chinois sans poil » nous souffle la Bombe, le chihuahua pathétique qui s’enrhume, tremble et trottine. Elles vont donc ainsi :  soudées, partageant les rencontres, les soirées moites et les salons du livre, les élans sans suite et les occasions perdues, sœurs de chaîne et copines comme cochons. Et puis un jour, coup de gueule : tout implose. La bombe s’éclipse. L’une a-t-elle mangé l’autre ou l’autre avalé l’une ? Anna Rozen, face miroir, nous offre ses deux profils et nous assure d’une chose : le désir a les yeux vairons.

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ROZEN Anna
Je vous prête mes lunettes

Acte I : « Ploc » fait la goutte, tombant du plafond piqué de rouille. Et le mal d’entrer dans le monde, entendons l’appartement d’Anna Rozen, sujet désormais à un dégât des eaux. Et les mâles d’entrer dans la ronde (il s’agit d’une danse) : syndic agacé, peintres version cool ou balourds, experts pointus en goutte-qui-perle-au-plafond. Chassée de chez elle par la réfection, notre narratrice passe au cinéma où l’accoste un tousseur en manque de lien. Retour at hommes où la salle de bains prend des airs d’Éden, quand « Scroutch »... fait le bruit. Retour à la case angoisse. Acte II : Qu’est-ce qu’elles ont toutes : la blonde en noir du RER, la fausse maigre en jersey. Elles sont là, toutes, à m’assaillir, à tenter de ravager, de séduire. Hantise, obsession, vertige : elle consulte. Une bête, une bête qui rôde dans les mystères du corps, telle est la cause de tout ce barouf intérieur. Ouf, le mal a un visage, et plus celui d’une goutte, celui d’un fennec mignon. Ledit intrus résistera-t-il à une mise à contribution très directe du médecin ? Oui. Allergologue, traitement, rien n’y fera. Et puis, après tout, ma bête, elle est moi, je me la garde. Acte III : « Je n’aime rien mais j’aime bien la vie » nous dit l’homme agueusique, privé de sens du goût. Cela dit tous m’étouffent, tous ! Sauf peut-être Georges avec qui je me restaure une fois par semaine, et Bernard qui me fait les honneurs et le bilan de ses amours (et qui finira suicidé), et Annie chez qui je suis client et Florence, une vieille copine, et d’autres, d’autres encore, vus, entendus, croisés, frôlés. Lui, l’homme agueusique, au regard de « vieil or terne », il est pour toujours de l’autre côté de la vitre. En transit. En trois temps, un petit périple dans le monde vu par le regard déformant d’Anna Rozen : « Je vous prête mes lunettes ? » Allons.

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ROZEN Anna
J'ai eu des nuits ridicules

L’air nous est connu : « Si par une nuit d’hiver, un voyageur… » Sauf que dans ce dernier roman d’Anna Rozen la « nuit d’hiver » a fondu en un frais crépuscule, quelque part du côté de Richard-Lenoir, et que le « voyageur » a la timide dégaine d’un ado en dérive, avec « grosses baskets » et des « cheveux en herbe à chat ». Pareil accostage soudain, a priori, Valérie, notre héroïne, n’a rien contre. Muse mondaine œuvrant dans la com, elle s’honore d’un panel d’amants variés qu’elle sonne à la demande et spécialise à loisir. Une galaxie érotique qui tournoie néanmoins autour d’un astre-fétiche, Thaddée, parfait de la voix aux doigts, hélas souvent pris par madame. Mais, pour l’heure, le problème n’est pas tant l’absence de Thaddée que l’insistance d’Étienne, môme glauque et frêle asperge en demande d’asile. Belle âme, mais surtout collectionneuse fieffée, Valérie lui fait une place d’un soir dans son petit intérieur. Une concession qui tourne à l’accoutumance mutuelle car l’Étienne s’accroche, adhère, se love, s’installe, faisant de Valérie complice, sa psy et son doudou. Une nounou qui, dans l’entre-temps, a percé le mystère d’Étienne le fugueur, fils de famille dont elle s’emploiera à régler la situation et vaincre les problèmes. Un roman qui tient de la quête érotique, du jeu de piste psychologique et du marivaudage cynique, sans oublier un portrait sans complaisance de la gentry glamoureuse, frétillante et jacassante, des nuits parisiennes.

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RUZÉ Franck
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S’épiler furieusement du moindre poil de graisse, traquer sans relâche le plus léger soupçon d’adiposité, s’écorcher les peaux d’orange, tel est le programme de Priscille, l’héroïne de Franck Ruzé, sa dame au clavier égaré dans le palais de miroirs aveuglants de la mode, hantée par le maigrissement et la moindre chair. Mannequinage et relookage sont les deux mamelles siliconées d’un monde qu’il nous magnétoscope à coup de presse-bouton urgent. Arrière, avant… Avant, arrière… Au doux pays du mincir/vomir, son Alice franchit en se coupant les vitres en miettes de l’apparence et du reflet, croise des ombres improbables, émet des avis sans suite. De mails tordus en propos de cabine, de vacances au soleil en shopping allègre, les corps s’en vont, se fuient, s’épaulent et s’interpellent au fil d’un récit visionné dans la hâte. À se demander si, pour l’homme, la femme, le poids rêvé n’est pas celui du squelette.

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