Catalogue livres

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Ouvrages dont l'auteur commence par la lettre : S


SAINTE-CROIX-LOYSEAU
Dépêches au cerf-volant

"Je voudrais être comme le camphre, brûler sans laisser de résidu", déclarait Sainte-Croix-Loyseau (1901-1987). En publiant ses œuvres complètes Le Dilettante extrait avec délicatesse, d’une ombre dense et méticuleusement entretenue, un poète qui n’a souhaité pour lui que la pure flamme d’un chant discret, l’ardeur secrète d’une parole réservée, sans fariboles publiques ni "résidu" mondain. Fils d’une famille de bonne bourgeoisie, Christian Belle opta, au civil, pour une carrière diplomatique qui le mena en tous points de la planète, de l’Amérique du sud, où il représenta la France libre, à l’Asie et l’Europe. À l’écart du monde diplomatique, et à l’image d’autres, comme Claudel ou Saint-John Perse, qui comprirent qu’il est parfois utile d’être ambassadeur pour rester poète, Sainte-Croix-Loyseau trama puis déroula l’étoffe mince et serrée d’un chant poétique d’une rare intensité. Sa solitude fut celle d’une oriflamme : offerte au vent. Être retenu mais esprit disponible au monde, il pratiqua un intimisme de grand vent. L’Océan fut son alcôve, la Terre, sa boule de cristal. À l’image de celle d’un Supervielle, sa poésie est portée par une houle énorme et douce, la lame de fond d’une joie d’être au monde et sur laquelle la plume se pose. Un mélange d’amplitude et de ténuité, un sens aigu de la vision microcosmique qui sublime le tout dans l’élément restreint d’un poème ou d’une prose. Feuillets d’album maritime, exégèse intérieure vécue dans le quotidien, prose romanesque à la Gadenne où les personnages sont des signes chargés d’intensités contraires, visions lointaines proches de celle d’un Chadourne ou d’un Segalen, le petit archipel littéraire nommé Sainte-Croix-Loyseau déroute par l’incessante variété de ses paysages, la saveur de ses criques, l’ampleur subite de ses étendues. Oeuvres complètes

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SALBERT Marc
De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire

C’était inéluctable. De même que le pointu poignard de Ravaillac devait rencontrer le royal poitrail d’Henri IV, la balle d’Oswald approcher le crâne de J.F.K., il était dans l’ordre des choses que la matraque d’un CRS entre en contact, square Clignancourt, par un petit matin venteux, lors d’une charge réprimant un campement de sans-papiers afghans, avec le front d’Arthur Berthier, héros de De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire, roman ébouriffé de Marc Salbert. De cet impact déterminant, comme la chute en cascade d’un rang de dominos, tout découle. Rock-critic dans un quotidien, muté aux faits de société pour raisons disciplinaires, voilà notre nightclubber électrique devenu martyr du journalisme de terrain. Flanqué de son ami Hassan, Marocain bien né et photographe dragueur, il se mue en icône politique, subit une IRM, retrouve l’admiration de sa fille, l’intérêt de son ex-femme, signe un contrat avec un éditeur flairant un bon coup et surtout, surtout, héberge Daoud, un SDF afghan qui lui mitonne des spécialités culinaires locales, et s’improvise son majordome. Salbert, de concerts en boîtes de nuit, de meetings bobos en rendez-vous d’affaires, talonne son héros, personnage sémillant et émouvant, roublard et amoureux, avec une jubilation certaine. Le pic du pinacle sera atteint lors de sa rencontre avec Marzia, la sœur de Daoud, une Vénus tout en cheveux, tout en jambes, tout en tout, avec laquelle il convolera, à l’ombre du Sacré-Cœur de Montmartre, pour une éternité d’amour aussi délectable qu’exemplaire. 

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SALBERT Marc
Amour, gloire et dentiers

Une thèse est à soutenir ; son titre : Du rôle des charges de CRS dans les romans de Marc Salbert. On attaquerait par le premier, De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire où, on s’en souvient, Arthur, le héros journaliste, voyait sa vie chavirer et s’épanouir suite à un revers de matraque reçu lors d’un assaut antimigrants. On enchaînerait par le petit dernier sur lequel vous allez porter un œil avide : Amours, gloire et dentiers. Là, c’est une charge de cinéma à laquelle d’authentiques serviteurs de l’ordre donnent un poids de réel inopiné, le temps pour le nez de Marie-Hélène, figurante, d’être pulvérisé et, pour Stanislas, producteur, de la consoler à la hauteur d’un bambin vite abandonné, Martin. Fin de la séquence. Quelques décennies plus tard, on retrouve le duo père-fils : père est devenu une icône baltringue du cinéma Z français, fils le gérant psychorigide d’un mouroir campagnard et climatisé, le Jardin d’Éden, où vivotent un lot de vieillards, cossus, fantasques et en fin de course. Terminus champêtre où Stanislas, aux abois, finit par se réfugier. Une incursion qui tourne à l’incrustation et ne tarde pas à révolutionner l’endroit : adieu bout du rouleau, la vie reprend ses droits ! Et pensionnaires de muer leur antique carcasse en instrument de plaisirs, Stanislas de renouer avec la vie, le fric et l’inspiration, Martin d’enfin connaître le grand amour, le tout sur fond de folies deauvillaises, libertines et cinématographiques. Bilan, une tranche de vie juteuse, festive et rocambolesque, jouissive comme un Molinaro période faste ou un de Broca grand cru. Salbert ou le triomphe du CRS : Comédie Romanesque et Sentimentale.

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SAULNIER Laurent
Bonneville

C’est l’histoire d’un mec dans une auto avec des idées noires et un fort pétage de fusibles. Pourtant, au départ, rien que du paisible : une maman poule plutôt revêche qui pèse son poids d’amour étouffant sur ses deux poussins qu’elle gave de poulet, un père bientôt décédé, tout en rêve et qui se lance dans la grande aventure : acheter sans rien dire à personne une belle américaine, une vraie, une grande, une Pontiac Bonneville, trois cents chevaux et huit cylindres en V majuscule qui devient l’icône, le totem et l’emblème de la famille. Une danseuse tout en acier fin et pur nickel qu’il faut néanmoins gaver de pétrole « autant qu’un char Sherman » et bichonner à mort. Trop belle pour nous ! Si belle qu’on finit par l’admirer plus que la piloter, cette maîtresse coûteuse et défaillante. Mais peu à peu, depuis la pompe où il gagne petit, le fils de la maison, un drôle à problèmes, long comme un devis de chauffagiste, se sent pousser des ailes de chrome : à nous deux la route et la vie inimitable. Pourquoi pas moi. Et voilà notre héros lancé on the road, se rêvant le Clyde de cette Bonnie sur coussin d’air. L’aventure, hélas, va donner dans le saumâtre. Pour son premier roman, Laurent Saulnier a verrouillé les portières et bloqué les freins, on respire à peine et le mur se rapproche, ce qui ne l’empêche pas de siffloter sur le fil d’un rasoir romanesque tranchant et fatal. Vous êtes prévenus !

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SAVIO Francesco
Mon père était très beau

C’est une histoire de bicyclette rouge posée contre un mur, de père défunt, de famille soudée, d’enfant véloce et futé, c’est l’histoire de Nicola. Marié à Leonilde, Guerrino le père, dont la voix revient hanter le texte, ouvre le récit par sa mort, une mort que l’enfant reçoit comme un gros paquet dur à porter. Devenu " le roi pauvre du quartier ", le sempiternel fils du mort doit subir la pesante bienveillance des voisins, endurer les coupes de cheveux aberrantes qu’il masque avec un bonnet Ferrari, recevoir en présent le saucisson d’âne du boucher Luciano, les sorbets à l’œil du glacier Bedont, d’autres encore. Mais ce gavage affectif ne peut rien contre la… biligorgne. Tristesse douceâtre qui vient se lover dans le cœur de l’enfant quand il trie les photos de famille, celles surtout où il est avec son père : " Pourquoi les gens morts restaient-ils coincés dans les photos ? (...) Il fallait des ciseaux pour découper les gens morts des photos. " Pour y échapper, il y a, certes, les boucles blondes d’Andrea, la poussière soulevée par les trains, des envies de trompettes débouchées, mais il y a avant tout le rêve d’une vie balle au pied, d’un destin platinique qu’émaillent plaies et bosses. Mais le ballon rentrera au garage, les rêves à l’étui et l’enfant Nicola deviendra calmement ce que fut son père : matelassier, fabricant de ces matelas sur lesquels meurent les pères et dorment les enfants. C’est une histoire de Fiat 127, de fugue en train, de blessure en cours de match, c’est l’histoire de Nicola et de ses souvenirs du temps où " son père était très beau ".

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SCHIFFTER Frédéric
Délectations moroses

Au nombre des vices enfantés par l’oisiveté, saint Augustin déplore la delectatio morosa, qu’il définit comme la « longue et complaisante rumination de pensées que l’âme devrait rejeter sitôt qu’elle en est effleurée ». Or, Frédéric Schiffter cultive coupablement cette passion triste. Échoué à Biarritz depuis des années où il jouit sans entraves de ses temps morts, le « philosophe sans qualités » – selon sa carte de visite – a tout loisir de noter des cogitations, des souvenirs, des regrets et des humeurs dont l’acidité, même diluée dans les larmes, n’épargne rien, ni le monde ni son ego.

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SCHIFRES Alain
Sympa

C’est ainsi : plus les temps sont durs, plus les gens sont mous, plus les ombres s’allongent, plus ils s’encocoonent contents, se lovant sous la couette lavable de leur prêt-à-penser nigaud, n’offrant guère au talon d’airain de la violence généralisée qu’une consistance mollassonne qu’agrémente un sourire bonasse de réglisse éventée, des mirettes de cockers neurasthéniques et surtout, le pire du pire, une dévotion pour le « sympatoche », un goût du cool, de l’équitable, de l’écoute Bisounours qui donne la nausée. C’est pourquoi, avalant quatre à quatre les marches de la tribune et s’emparant du micro comme de l’épée de Condé, Alain Schifres (dont on sait l’application virtuose à crier haro sur les poncifs) dénonce, au fil de Sympa, le devenir chamallow de la conscience occidentale et décrète la Saint-Valentin du cliché, la Saint-Barthélemy de la neuneuserie béate et l’éradication du poutou. Tout y passe : le goût du calinou, la coolitude organisée, les marronniers de l’info et la sacro-sainte mamie, le culte du « c’est mieux sans » qui promeut la voiture sans conducteur et la Terre sans hommes, la dictature des « cellules d’écoute psychologique » et l’omniprésence du « Rien ne sera plus comme avant » faisant du petit bois des « quadras » avenants et des « mousquetaires » d’un jour, pilonnant sans trêve les « santons du sympa » regroupés dans la crèche à ravir de la niaiserie commune. Pour une France sans sucrette ni additif de synthèse, votez Schifres ! (et surtout lisez Sympa).

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SEBHAN Gilles
Salamandre

« Donnez-moi mon tapin quotidien » ou « La Messe à l’envers de Gilles Sebhan ». Cachez Sebhan que je ne saurais voir ! Mais non, au contraire montrez-le, affichez-le, exhibez-le, bref éditez-le ! Et c’est ce que fait le Dilettante en publiant cette délectablement sulfureuse, donc hautement sebhanienne, Salamandre. Romancier des amours mâles, tous âges et saveurs confondus, biographe de Tony Duvert et de Jean Genet, Sebhan nous livre là les étapes d’une méthodique descente aux enfers, celle d’un enseignant-poète dont on suit la geste sexuelle et la mort programmée. Ouverture dans un lycée chic du Maroc, à Casablanca, où il rencontre Mouloud, l’amour de sa vie, où un jeune Didier en fait sa chose et sa victime, l’enferrant dans une affaire criminelle grave, passage par la prison puis piaule à Barbès et backrooms de la rue Saint-Denis où le diable lui offre son tapin quotidien, qu’il soit jeune Dracula bulgare ou Rom d’aventure. Stations d’une passion qui ne s’enchaînent pas mécaniquement mais forment crescendo les notes d’une vie vécue comme la vrille éperdue d’une vocalise charnelle à perdre haleine, jusqu’au dernier souffle et ultime couteau. Salamandre ou l’autocombustion lente au brasier noir du désir.

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SEBHAN Gilles
Retour à Duvert

« Tony Duvert, le dernier maudit peut-être » confie sobrement, à un détour de son livre, Gilles Sebhan. Sebhan qui compose là, plein de rigueur patiente et de ferveur retenue, un magnifique « tombeau » pour l’auteur de Paysage de fantaisie et de Quand mourut Jonathan. Ni hommage larmoyant, ni déploration hagiographique, mais tentative, pièces en main, photos à l’appui et fort de témoignages sincères (ceux du journaliste Jean-Pierre Tison et du philosophe René Schérer notamment), de dire l’ardent mystère et l’ascèse fatale d’un homme porteur au front d’un signe caïnique, celui des amours pédophiles et d’un attrait exalté pour l’enfance. Une marque infâme le vouant à la solitude, l’exil, l’oubli et à une mort de reclus en 2008, corps confiné et oublié. Remettant ses pas dans ceux de Duvert, Gilles Sebhan suit avec intense gravité, de l’adolescence brillante à l’ermitage coupable, la courbe d’une vie tragique : jeunesse toute en vitalité, émergence d’une sexualité que seule la fréquentation du Maghreb permet d’accomplir, amours secrètes, militantisme frondeur et castagneur, succès de plume, puis repli, solitude, trépas sordide, cendres. Complété de textes rares et de photos privées, Retour à Duvert est une tentative d’accompagner, par-delà la mort, le destin terriblement tenu et voulu d’un écrivain pour qui « ce qui était en jeu (...) c’était la redéfinition de l’enfance, sans quoi l’homme n’a pas de sens ».

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SIMON Sylvie
Le Couloir

"Quatre voix qui, comme l'huile et l'eau, se superposent sans se fondre ; quatre voix tressant l'anxieux débit de leur monologue ; quatre voix presque blanches, lourdes d'angoisse. Quatre voix qui se mêlent : il y a la basse continue d'un verbe au grain épais ; deux timbres usés, absents, presque mécaniques ; et la voix de Mélanie – intermittente, faible, peu modelée. Que nous fredonne, à bouche fermée, cette petite chorale, éparse entre une chambre et un couloir d'hôpital ? À peine un drame, une anecdote, dans l'enfer feutré de ces petits brins de vie rectiligne. Quatre vies qui s'égouttent, d'où l'ennui perle comme d'un drap qui sèche."

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SIMON Sylvie
Mathilde

À suivre Le couloir, premier roman de Sylvie Simon, on scrutait la lente et terne extinction d'une famille. Avec Mathilde, le couloir n'est plus qu'un boyau qui draine du ventre vers la vie. Entre Rose, à la croisée de tous les mâles, Victor (monsieur Mathilde), Borniol en fin de course, Nathan le fugace amant, et Lui, l'enfant qui l'angoisse (il est mongolien), Mathilde suffoque. Elle s'épuise à vivoter en ville, s'assèche. Lourde d'un enfant de Nathan, aimantée par la rude fraîcheur des forêts, Mathilde s'éclipse pour réapprendre la patience avec elle-même. Après le conduit qui mène outre-ventre, y aura-t-il aube ou tunnel ?

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SOLUTO
Glaces sans tain

Glaces sans tain ou l’art de voir sans être vu, de scruter à loisir sans subir de regard en retour, œil de Dieu, pupille du Diable qui sonde en paix les plis et replis de l’âme rongée. Quel meilleur titre pour ce recueil de nouvelles signées Soluto où un quatuor d’esprits aux abois se dénude et s’explicite face à un miroir qu’il croit opaque, mais derrière lequel Soluto convie le lecteur à prendre place. On assiste ainsi à la mise à nu, lente, méthodique, scrupuleuse de la vie d’un chirurgien émérite et digne père de famille qui se souvient du lycéen normand qu’il fut. On suit le déroulé de l’existence psychiatrique d’une brute lourde hantée par une voix qui lui chuchote les envers secrets du monde. On accompagne le destin morne d’un éternel petit garçon figé dans l’enfance. Et pour clore, on met nos pas dans ceux de Soluto lui-même, portrait de l’écrivain en peintre dragueur de supermarché. Soluto ou l’art de la confession d’autant plus impudique qu’elle se croit soliloque. Les glaces sans tain ont un parfum amer. 

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STERN Théo
Va où ta queue te mène

Pour bien se diriger, suivre les frétillements de sa boussole, se caler sur les vibrations de l’aiguille, surtout celle que la nature vous a fichée entre les cuisses. Marcher à la queue, comme d’autres à l’étoile, ou certains au canon, telle est la méthode de Théo Stern, roi mage en route vers un en-deçà de jouissances permanentes, son pénis comme cap unique. Théo Stern, figure connue de la société civile, agit là sous le loup d’un pseudonyme passe-partout. Il faut néanmoins le truchement malin d’une étudiante, Jill, et les ombres capiteuses, les sièges « moelleux » d’un bar chic, le Crillon, pour ouvrir les écluses d’une mémoire libertine bondée de noms, soûlée de frottements, frôlements, épanchements multiples, postures et caresses complices. Le coup d’envoi a lieu sur un cône de sable, de nuit, au cœur d’un chantier, suit Frédérique pour de l’amour en chambre (de bonne), Clémence tôt partie, Anne-Laure, Mélanie, Laurence l’infirmière, etc., une rafale de petits noms, une parade méticuleuse d’instants choisis, de jouissances précises ne cesseront de défiler, spasmes annotés avec humour par des notes d’une érudition caustique. Les variations semblent infinies, de la petite mélodie physiologique, pays, physique, circonstances, le carrousel n’a de cesse de tournoyer, l’aiguille de vibrer. Le pôle sexe est en vue, toujours à reconquérir, jamais atteint. Entre l’indolence acérée d’un Frank et les frénésies d’inventaire d’un Bonnand : voilà Théo Stern, son minutier érotique et ses vaginales annales.

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